À crier dans les ruines

Alexandra Koszelyk

Éditions Aux Forges de Vulcain, sept 2019, 251 p., 19 €

 Lu aussi dans le cadre du challenge « IlEstBienCeLivre »
janvier lire un livre acquis en 2019
Challenge rentrée littéraire 2019

crier

Lena et Ivan sont deux adolescents qui s’aiment. Ils vivent dans un pays merveilleux, entre une modernité triomphante et une nature bienveillante. C’est alors qu’un incendie, dans l’usine de leur ville, bouleverse leurs vies. Car l’usine en question, c’est la centrale de Tchernobyl. Et nous sommes en 1986. Les deux amoureux sont séparés. Lena part avec sa famille en France, convaincue qu’Ivan est mort. Ivan, de son côté, ne peut s’éloigner de la zone, de sa terre qui, même sacrifiée, reste le pays de ses ancêtres. Il attend le retour de sa bien-aimée. Lena, quant à elle, grandit dans un pays qui n’est pas le sien. Elle s’efforce d’oublier. Mais, un jour, tout ce qui est enfoui remonte, revient, et elle part retrouver le pays qu’elle a quitté vingt ans plus tôt.

Anecdotes de lectrice :

Ce roman a toute une histoire personnelle donc un petit supplément, je n’ai pas coché une case et il est arrivé… non ! Si vous me suivez sur les réseaux vous l’avez déjà lue, mais je vais le raconter ici pour garder une petite trace écrite.
L’éditeur a la gentillesse de m’envoyer parfois des services presse mais pour celui-ci ça ne s’est pas fait. Alors je décide de l’acheter. Je vois alors que l’autrice allait présenter et dédicacer son livre dans la ville où vit ma fille… j’ai tellement insisté qu’elle est allé me le chercher malgré la fièvre ! Était-ce un signe ? Un lien entre l’histoire et ma propre vie ?
Juste avant de lire ce livre j’ai lu un roman jeunesse « Dix minutes en mode panique » de Jean-Christophe Tixier. A première vue rien ne les reliaient et pourtant il y est question de coquelicots et d’un garçon préférant la vie dans la forêt et la nature (que l’homme détruit) qui va se retrouver séparé de sa bien aimée (moins longtemps), et les héros ont 14 ans et là aussi l’adolescent frôle la mort…
Une dernière petite anecdote… je lisais cette histoire et à un moment donné notre héroïne se retrouve en Roumanie dans les Carpates et j’ai souris car au moment où paraissait ce roman un autre roman de la même maison d’éditions sortait et il y a une partie de l’histoire dans les Carpates !!! Question est-ce que l’éditeur impose des « contraintes littéraires » à ces auteurs ?  Je me suis demandé s’il n’y avait pas d’autres subtilités du même genre que je n’aurais pas repéré puisque je ne lis pas tous les romans parus…

Ma chronique :

Une histoire d’Amour publiée chez Aux Forges de Vulcain ne signifie pas une romance loin de là. Après lecture je vous le confirme. Là on est dans l’Amour Unique, sublime, absolu, inconditionnel d’autant qu’il y a en lui l’exaltation et les illusions de l’adolescence, à la vie à la mort.
On va donc avoir toutes les thématiques universelles de l’adolescence mais bousculées par les événements du 26 avril 1986.
On retrouve toute l’innocence de l’enfance. C’est deux êtres que tout devait séparer vont vivre de manière fusionnelle. A l’âge des premiers émois amoureux ils vont être projetés hors de leur Eden sans avoir coqué la pomme. Deux cœurs purs emportés par l’histoire.
On va découvrir les déchirante séparations et comment ils vont devoir survivre chacun de leur côté. On va avoir toute la thématique des barrières, barrière culturelle, barrière de la langue, barrière es-ouest etc..
En parallèle on a l’Ukraine  déjà éprouvée par l’histoire qui va subir ce drame qui va la faire sortir de son innocence, ignorance, du déni et de l’incompréhension.
Je me suis remémoré cette époque là, j’avais à peine plus que nos héros, j’habitais près d’une centrale et on n’était pas plus informés qu’eux ? Le sommes nous plus aujourd’hui ? Qu’avons nous appris de cette catastrophe ? Les infos, les réseaux sociaux, internet sont des sources plus fiables ?
Ce roman retrace aussi les bouleversements politiques et socio-économiques qui ont suivi. La chute du mur de Berlin, la Pérestroïka etc.
Mais ceci n’est qu’une infime partie du roman. Il développe aussi d’autres sujets comme la culture, la langue, l’Histoire et ses éternels recommencements. Histoire avec un H majuscules et l’histoire familiale avec ces conséquences.
L’exil, un autre traumatisme. On va découvrir comment chaque membre de cette famille va survivre, s’adapter ou pas. Trois générations sous un même toit, trois visions de la vie et de l’histoire. Les non-dits, ces traumatismes refoulés. Qui dit exil, dit départ, déracinement, changement de langue, modification de l’identité, et de manière induite il a ceux qui sont restés. Thèmes de l’abandon, de la trahison, du sacrifice…
Ce que j’ai aussi beaucoup aimé ce sont toutes les références littéraires qui vont servir de substrat. La place des  « passeurs de mots » de contes et légende, on a tous besoin d’une Mme Petitpas.  Complété par la place de l’écrit et de l’oral, les chants et des lettres vont compléter les parts manquantes. Sa rencontre avec une autre âme sœur féminine qui va lui faire découvrir un autre aspect des racines familiale.
De la forêt à la mer, de la terre à l’eau en passant par le feu nucléaire on y retrouve ce qui fait l’âme slave, cette nostalgie, ce côté tragique, ce vague à l’âme entre rire et larmes. Il y  a beaucoup de souffrance et de violence et pourtant c’est l’espoir qu’on ressent, on se raccroche à chaque signe.
Ce roman est un coup de cœur par qu’il est bien écrit, riche et intense, il y a un crescendo dans ce qu’on ressent. Alexandra Koszelyk a su donner un côté universel en intégrant la littérature, les mythes et légendes. Léna aura eu besoin d’un voyage intérieur et une reconstruction de son histoire pour retrouver son Ithaque, mais son « Pénélope » aura-t-il eu la force de l’attendre alors qu’il vit abandonné dans les décombres et les tombes ?

Il y a beaucoup de sujets qui entre en résonance avec ma vie.

L’autre jour je parlais d’un autre roman et je disais qu’il traité de la thématique de  la famille. Pour moi c’est un sujet qui m’accompagne depuis toujours alors c’était une évidence je n’ai pas développé. La personne en face qui ne me connais pas depuis longtemps m’a demandé de développer. Et je lui répondu « la famille est une micro société, on est sensé être protégé et en fait on retrouve dans ce microcosme toutes les grandes sentiments, c’est reflet de l’extérieur, le mensonge, la trahison, la violence pas toujours la sécurité attendue ainsi que l’amour. » Eh bien cela se confirme dans cette histoire.
Si vous croyez que je vous ai dévoilé ce roman vous vous trompez car ce n’est pas forcément ce qui aura retenu votre attention. Certains seront pris par la force d’évocation, le phrasé, les mots,  d’autres cette quête de soi et de l’autre, d’autres c’est l’aspect politique et historiques… allez savoir ce qui vous plaira dans cette intrigue !
Je ne vous ai pas parlé des personnages aux fortes personnalités et à leur intériorité puissante… ni des lieux traversés…
Je comprends pourquoi ce roman est encensé par les libraires et les lecteurs…

Allez-y les yeux ouverts !

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