Au cœur de la Folie

Luca d’Andrea

Trad. Anaïs Bouteille-Bokobza

Éditions Denoël, Coll. Sueurs Froides, oct. 2018, 444 p., 21,90 €

Mes lectures Denoël

4e de couv. : Italie, hiver 1974. À bord d’une Mercedes crème, Marlene fuit à travers le Sud-Tyrol. Elle laisse derrière elle son mari, Herr Wegener, et emporte les saphirs qui lui avaient été confiés par la puissante mafia locale. Alors que, devenu fou, il retourne la région pour la retrouver, Marlene prend un mauvais virage et perd connaissance dans l’accident. Simon Keller, un Bau’r, un homme des montagnes, la recueille et la soigne. Marlene se remet petit à petit dans un chalet isolé, hors de portée de poursuivants pourtant infatigables, et fait un jour la connaissance de Lissy, le grand amour de Simon Keller.

Entre huis clos des sommets et traque mafieuse en Italie, Au cœur de la folie nous entraîne dans une spirale de frayeur, à la suite de personnages d’une noirceur fascinante.

Anecdote de lectrice :

Si vous me suivez vous aurez remarqué que j’adore tout ce qui touche aux contes, alors vous imaginez bien que j’étais dans mon élément. Il se trouve qu’en se moment je suis en train de lire un recueil de contes « Rebelles »  et je suis dans ceux qui s’inspirent du conte de barbe bleue…

Ma chronique :

Je commencerais ma chronique par vous parler des couvertures des deux romans de Luca d’Andrea. Je les trouve sublimes et en parfaite adéquation avec ses romans. De plus, il y a  une cohérence entre les deux.  Luca d’Andrea nous plonge dans une région montagneuse où le froid et la neige jouent un rôle. En prenant un ou l’autre  de ses livres dans les mains on devine qu’il s’agit d’un roman de cet auteur.

C’est un roman que j’ai dévoré en un week-end, on tourne les pages, on passe d’un chapitre à l’autre en voulant savoir ce qui va se passer après…  l’inconvénient c’est que maintenant  il faut attendre le prochain roman ! 

C’est un roman qui fait froid dans le dos et il donne vraiment des « Sueurs Froides » comme le nom de la collection des Éditions Denoël !

Cette histoire va se dérouler en 1974 dans le Sud-Tyrol. C’est l’occasion de se remettre dans le contexte de l’époque. Luca d’Andrea explore cette zone de l’Italie très particulière. Cette région était autrichienne, donc de langue allemande avant de devenir italienne. Cela crée un lieu un peu à part entre les montagnes où la langue et les traditions germaniques sont plus présentes que le côté latin. On a aussi une scission entre les gens de la montagne et les gens de la ville. On est une fois de plus dans la confrontation entre deux mondes.

Marlène est une transfuge, elle a quitté son milieu d’origine pauvre, mais sous le vernis de la richesse il reste la culture des bau’rs, des paysans de la montagne. Elle va être un lien entre ses deux mondes. Elle ne sera pas dans le jugement, cela faussera son regard et elle ne verra que ce qu’elle a envie de voir, son passé va refaire surface. Il y a une sorte de retour aux sources, cette étape inattendue va lui permettre de retrouver son véritable moi. J’ai beaucoup aimé le paradoxe qui naît de cette erreur de route, cette idée de destin qui se joue des humains.

Ce qui est très intéressant dans ce roman c’est le travail sur le langage. Selon qui parle on va découvrir  codes sociaux  différents. Nous avons un narrateur à la troisième personne, mais d’un chapitre à l’autre on va suivre plus particulièrement un des personnages. Chaque personnage à un rapport à son lieu, à son milieu, à sa langue, à son traumatisme. Personne n’est indemne au départ. Le titre  trouve tout son sens, chacun est à la frontière de la folie. Ils sont tous proches du point de rupture, le monde rationnel ne peut que basculer vers celui de la folie. Marlène va être le grain de sable qui va créer le déséquilibre. L’apocalypse peut advenir.

Le sujet  de l’innocence est très présent. Sous les apparences, on va se rendre compte que tous ont de sombres secrets, des âmes torturées. J’ai bien aimé  comment est introduit,  entre autre,  le mythe d’Ulysse dans cette thématique. Un sujet sous-jacent est celui de la pureté, on a la neige immaculée et des paysages d’une blancheur virginale mais cela va se transformer en piège mortel.

Nous avons d’un côté la mythologie locale liée aux contes de Grimm et d’autre part le côté biblique. C’est surtout le côté obscure de ces histoires traditionnelles qui est mise en avant. Cela donne au thriller une dimension encore plus intense.  J’ai adoré comment il imbrique la fiction (légendes) avec la réalité des personnages et comment les chapitres qui semblent ne rien avoir en commun vont se retrouver liés. Il y a un véritable travail d’orfèvre.

Parmi les éléments liés aux thrillers on à la thématique de la traque, du traqueur, de la proie et du prédateur, mais on va voir que chacun peut se retrouver dans l’un ou l’autre camp, rien n’est figé.

J’ai beaucoup aimé le rôle joué par la nature et les éléments qui contribuent  à créer une ambiance anxiogène et létale. On va vers l’enfouissement, vers les profondeurs, comme si ce lieu devenait une tombe d’où personne ne sortira indemne…  AAAAh ! La fin est juste terrible et géniale.

Je ne veux rien dévoiler mais un des personnages est une maison… il y a un côté maléfique des contes et un côté à la Edgar Poe avec ses maisons vivantes.

Ce roman est un coup de cœur car j’ai été happée par cette histoire diabolique dont la richesse thématique déclenche des réactions chez le lecteur qui se retrouve dans des chemins tortueux, des forêts sans issu. J’avais adoré le premier roman de Luca d’Andrea, mais je trouve celui-ci plus peaufiné…  

Je remercie les Éditions Denoël pour leur confiance.

Denoel
kokeshi coup de coeur
1% rentrée 18
essence du mal

Article précedemment publié sur Canalblog

Bon à tuer

Paola Barbato

Trad. Anaïs Bouteille-Bokobza

Éditions Denoël, col Sueurs froides,  avril 2018, 417 p., 20,90 €

Mes lectures Denoël

B26806

4 e de couv. :

Corrado De Angelis et Roberto Palmieri sont deux écrivains que tout oppose. Le premier, neurochirurgien, doit son succès à la qualité de ses textes qui ont su redonner au roman policier ses lettres de noblesse. Palmieri est quant à lui un auteur vedette qui ne rate pas une occasion de faire le buzz et passe son temps sur les plateaux de télévision pour le plus grand plaisir de ses milliers de fans, et ce malgré la piètre qualité de ses romans.
Les maisons d’édition de De Angelis et de Palmieri ont passé un accord diabolique : les deux auteurs sortiront leur nouveau polar le même jour à la même heure, et un prix sera décerné à qui vendra le plus de livres. La compétition sera lancée en direct à la télévision. Mais, le grand soir, rien ne se passe comme prévu, et De Angelis disparaît quelques minutes après avoir quitté le plateau. Le mystère s’épaissit lorsque débute une série de meurtres imitant à la lettre les crimes des thrillers de l’écrivain disparu. Une véritable chasse à l’homme commence alors, car tout porte à croire que Palmieri, jaloux et souffrant d’un indéniable complexe d’infériorité, est coupable. Mais la réalité est bien différente et, comme dans chaque roman de Paola Barbato, insoupçonnable.

Mon Billet :

Voilà environ trois ans j’ai découvert  le deuxième roman de cette jeune autrice italienne « Le fil rouge ». Je n’avais pas tenté la lecture du premier roman car il était sur le thème de la boxe. « A mains nues » me semblait trop « brutal » pourtant les retours des lecteurs étaient excellents.  « Le fil rouge » aussi mettait le corps à rude épreuve mais j’avais été emportée par l’intrigue. J’ai rencontré en mai 2016 l’autrice à la « Comédie du livre », je lui avais parlé de ma réticence à lire son premier roman, ce à quoi elle m’avait répondu qu’elle comprenait mais quelle ne le trouvait pas plus violent que celui que je venais de lire, juste différent. Je n’ai  toujours pas passé le pas.

C’est avec impatience et curiosité que je voulais lire « Bon pour tuer ». Avec un titre pareil en français on a deux façon de l’aborder… bordereau qui autorise à tuer, ou personne qui mérite d’être tuée… alors qu’en italien il est intitulé « Scripta manent » : locution latine qu’on pourrait traduite par « les paroles s’envolent, les écrits restent ».

J’ai retrouvé cette mise en avant du corps et cette tendance à le contraindre, le torturer et le mal mener. Mais n’en disons pas trop.

C’est étrange que je ne retienne que cette partie corporelle alors que psychologiquement les personnages de ses romans sont aussi traumatisés. Sujet à creuser !

Nous sommes en Italie à Milan de nos jours. Tout va se jouer autour du thème du « personnage » et/ou « auteur ». Qui se cache derrière tout cela ? Est-ce une personne ou le reflet de plusieurs personnes ?

La TV trash avec une émission « Duels » qui cherche l’audimat par l’affrontement verbal, les débordements sont implicitement conseillés ! Deux maisons d’éditions montent en épingle une rivalité entre deux auteurs très vendeurs mais diamétralement opposés. L’émission s’achève dans une grande confusion car l’un des deux à un comportement très étrange et l’autre disparaît sans laisser de traces.

On se rend vite compte que ces auteurs sont deux « vitrines » qui attirent le chaland. Le côté factice va ralentir l’enquête.

Le roman va se dérouler en deux temps. La mise en place des faits et des personnages, ce qui va correspondre à saisir ce qu’ils cachent et qui est le criminel, rien n’est vraiment résolu d’autres surprises nous attendent. Dans la deuxième partie c’est la traque à proprement parler. Il va falloir essayer de découvrir quels vont êtres ses prochains coups comme dans une partie de jeu d’échec. Les relations entre les personnages vont différentes. Trois êtres qui n’avaient en apparence rien en commun vont changer la donne. On va aller de découverte en découverte, de rebondissements en rebondissements et l’histoire va prendre une tournure différente.

Ce que j’ai beaucoup aimé dans l’écriture c’est la présence d’extraits du roman policier dans le roman policier, cette mise en abîme permet d’approcher ce roman qui est au cœur de l’histoire, le « poids de la mort de Corrado de Angelis. C’est toujours délicat de parler d’un roman écrit par un personnage mais ici cela donne une nouvelle dimension à l’enquête.

C’est un roman à la troisième personne on va donc passer d’un personnage à l’autre, les victimes et les bourreaux, les témoins et les enquêteurs. Dans la première partie l’identité de certains protagonistes restent dans l’ombre, le regard ne se porte pas sur les visages mais sur leurs actes. Dans un même chapitre qui correspond en fait à une journée,  on a plusieurs angles de vue, plusieurs actions, il faut être attentif car visuellement on  a seul un saut de paragraphe entre les deux. Certains paragraphes nous laissent en suspend, c’est frustrant et excitant… On ne sait pas à quel moment on aura la réponse à notre interrogation…

Ce que j’ai trouvé très intéressant, c’est que parfois on a la narration à la troisième personne et en en italique vient s’insérer une pensée, une précision d’un des personnages concernés.

Ex : « Maintenant, il savait. Dans son cas, il était seulement attaché

Bloqué

Il ne pouvait pas bouger ses jambes ni ses bras mais ils étaient là… » (p.120)

Ces petites incisions avec insertions donnent au personnage une voix qu’il n’a pas. C’est comme voir les personnages analyser les situations qu’un narrateur/auteur nous raconte.

Les digressions, divagations des protagonistes nous montrent que ce  sont  des  êtres « torturés » de l’intérieur, ils ont des choses à cacher, ils sont parfois leur propre bourreau. Ils sont en quête de qui ils sont vraiment.

On retrouve la notion de « nul n’est innocent »…

Mais que fait la police ? Vous demandez-vous ? Il faut un policier qui marche à l’instinct pour démêler le vrai du faux. Massimo Dionisi de l’autre côté de l’écran Tv va sentir qu’il va se passer quelque chose de grave. Il va faire son enquête mais les protagonistes n’en font qu’à leur tête, leurs cachotteries ne font que le ralentir et le diriger vers d’autres pistes. Il va résoudre l’affaire par un autre biais.

Chaque chapitre correspond à un jour cela commence le 1er octobre. Le 2 octobre c’est page blanche. Paola Barbato ne se contente pas de sauter le jour. Visuellement  cela correspond à un blanc dans les alibis. Cela m’a fait penser à ce que l’autre jour une autrice disait dans une conférence sur l’écriture de l’importance des « blancs » dans les pages, c’est pauses permettaient au lecteur de visualiser une image suggérée par les phrases qui les précédent. Et c’est tout à fait cela.

Un roman policier avec du suspens et des rebondissements. Paola Barbato joue avec qui sommes nous intérieurement et en public, elle va plus loin que la dichotomie intérieur/extérieur.

Je remercie les Éditions Denoël de leur confiance.

Sur ce blog : cliquez

fil rouge

Article précédemment publié sur Canalblog

Maudit printemps

Antonio Manzini

Traduit de l’italien par Samuel Sfez

Éditions Denoël, mai 2017, 292 p., 20,90 €

Mes lectures Denoël

4e de couv. :

Chiara Breguet, héritière d’une riche famille d’industriels du Val d’Aoste, étudiante brillante admirée de ses pairs, n’a plus donné de ses nouvelles depuis plusieurs jours. Persuadé que cette disparition est inquiétante, Rocco Schiavone se lance dans une course contre la montre pour sauver la jeune femme et découvrir ce que dissimule la façade impeccable de ce milieu nanti. Pendant ce temps, la neige tombe sur Aoste en plein mois de mai, et cette météo détraquée ne fait qu’exacerber la mauvaise humeur légendaire de Rocco.

Mon Billet :

Il y a des livres que vous dévorez et ensuite vous devez  attendre le prochain épisode. C’est ce qui fait le charme des romans policiers avec un enquêteur attitré.

L’intérêt de la lecture de ce type de roman, réside dans l’enquête et sa résolution ainsi que dans l’intrigue personnelle des personnages récurrents. Cependant,  ce n’est pas  gênant de lire ce roman avant les autres, l’auteur distille suffisamment d’éléments sur les spécificités de la série.

On apprend très vite les manies et réactions de Rocco. J’aime bien ces petits trucs qu’on attend dans la mesure où on donne un sens symbolique qui forge l’identité du personnage.

On voit si le personnage a évolué ou si certains actes sont devenus une part de lui-même. Il y a aussi une part comique dans les choses qui pourraient à première vue puéril, comme ses obsessions à ne se chausser que de chaussures, des Clark inadaptées à sa nouvelle région. il pleut s’en cesse et vous attendais le moment où il va mettre les pieds dans une flaque et où il devra battre le pavé sous la pluie et la neige détruisant ses chaussures de peau s’en suivent des scènes de mauvaises humeur, de colère, de tristesse voir de douleur physique. Un romain à Aoste qui ne veut pas s’adapter ou qui s’auto-puni au choix… Puis, il y a la quête d’une nouvelle paire pratiquement introuvable et le soulagement lorsque ses pieds blessés (maltraités) chassent les nouvelles Clark taille 44. Ces différentes étapes accompagnent l’enquête et influencent les relations  avec les autres. Ces collaborateurs ont  vite compris qu’elles servent de baromètre dans les réactions de leur chef. Ils tiennent les comptes depuis l’arrivée du sous-préfet neuf mois plus tôt.

Il a un rapport aux femmes très conflictuel. Elles essaient  de le retenir et lui fait tout pour pourrir les situations. Il ne veut pas ou ne peux plus aimer une femme car il n’a pas fait le deuil de Marina dont il retient une sorte de fantôme qui  fait partie de sa vie. Voilà un deuxième exemple d’automutilation le corps (chaussures) et le cœur (Marina). Bien sûr il y a toujours une femme qui s’accroche à lui et cela crée des étincelles dans ses relations conflictuelles.

On pourrait ajouter la cigarette et le cannabis. Encore deux autodestructions qui influent sur ses rapports aux autres. Il fume des Camel et continue à prendre les cigarettes de ses collaborateurs qui fument d’autres marques. Avec le cannabis, on rit de le voir se cacher pour fumer dans son bureau avec la fenêtre ouverte… personne n’est dupe. Cet élément fait partie de son aspect borderline. Il franchit parfois la frontière de la légalité, il s’arrange avec les lois. Il crochète les serrures, casse les vitres,  toujours pour une bonne raison, mais ces actes répréhensibles pourraient porter préjudice dans les enquêtes. Le juge Baldi essaie de rattraper autant que possible ses incartades. Mais heureusement il ne les connait pas toutes.

Je ne vais pas vous dévoiler tous les petites manies, défauts et qualités de Rocco. Rocco le cynique, le sadique, le robin des bois, jaloux et incontrôlable mais fidèle en amitié.  Tout semble se liguer contre lui…

C’est la troisième enquête qu’Antonio Manzini publie. Chaque roman a en dehors des spécificités (dont je viens de vous en énumérer certaines) une trame particulière. Il y a le côté polar avec la description d’une certaine société italienne. On y voit les bas fonds, les malfrats, petites frappes, petites gens dans la détresse, les sans papiers… mais aussi les notables, entrepreneurs, banquiers et notaires, hauts fonctionnaires… La corruption, les petits arrangements…

Ce qui m’a beaucoup plu dans ce roman, ce sont les enquêtes qui viennent s’insérer dans la narration, sans que Rocco soit au courant.  Nous avons donc tout ce quotidien avec les embrouilles « amoureuses », les problèmes de gestion du personnel, une enquête sur un accident avec une camionnette portant une fausse plaque alors que le propriétaire est au volant. Nous avons un texte en italique, la voix d’une jeune fille de 19 ans qui a été enlevée ligotée et abandonnée. Et personne qui semble la chercher. Ce texte en italique joue avec le registre de l’angoisse et de l’émotion. On la voit se battre, essayer de comprendre ce qui lui arrivé et où elle se trouve, mais la déshydratation et la panique font aussi qu’elle souffre et perd conscience…. Va-t-elle mourir ? Il attendre une soixantaine de pages pour voir arriver des informations extérieures.

Les deux enquêtes vont soulever d’autres interrogations. Là, on a l’Italie  dans toutes ses diversités qui s’invite. La place de la famille, la tradition, les règlements de compte, la corruption, la passion latine, clandestins …

Je ne vais pas vous en dire plus sur les enquêtes pour vous laisser la surprise…

Juste un mot pour dire que jusqu’à la fin, il y a de l’émotion et du danger… Cette terrible fin ouvre la porte à un prochain épisode et laisse le lecteur dans l’attente de la prochaine publication.

A chaque nouvel épisode je trouve que les histoires s’intensifient. Antonio Manzini tisse une toile au motif  de plus en plus complexe.

Je remercie les Éditions Denoël pour leur confiance.

Article précédemment publié sur Canalblog

Les larmes noires sur la terre

Sandrine Collette

Editions Denoël, coll. Sueurs froides, 2017, février 2017, 334 p., 19,90 €

Mes lectures Denoël

4e de couv. :

Il a suffi d’une fois. Une seule mauvaise décision, partir, suivre un homme à Paris. Moe n’avait que vingt ans. Six ans après, hagarde, épuisée, avec pour unique trésor un nourrisson qui l’accroche à la vie, elle est amenée de force dans un centre d’accueil pour déshérités, surnommé «la Casse».
La Casse, c’est une ville de miséreux logés dans des carcasses de voitures brisées et posées sur cales, des rues entières bordées d’automobiles embouties. Chaque épave est attribuée à une personne. Pour Moe, ce sera une 306 grise. Plus de sièges arrière, deux couvertures, et voilà leur logement, à elle et au petit. Un désespoir.
Et puis, au milieu de l’effondrement de sa vie, un coup de chance, enfin : dans sa ruelle, cinq femmes s’épaulent pour affronter ensemble la noirceur du quartier. Elles vont adopter Moe et son fils. Il y a là Ada, la vieille, puissante parce qu’elle sait les secrets des herbes, Jaja la guerrière, Poule la survivante, Marie-Thé la douce, et Nini, celle qui veut quand même être jolie et danser.
Leur force, c’est leur cohésion, leur entraide, leur lucidité. Si une seule y croit encore, alors il leur reste à toutes une chance de s’en sortir. Mais à quel prix?

Mon Billet :

Je vais vous parler d’un roman que j’attendais avec impatience car les deux précédents romans de Sandrine  Collette m’ont laissés sans voix. Et pourtant j’ai mis plus d’un mois à le lire ! Vous allez voir pourquoi…

Ce que j’aime dans ce roman c’est son architecture. Chapitre après chapitre Sandrine Collette construit une spirale qui ressemble à une descente aux enfers. Les chapitres sont assez courts alors on les enchaîne rapidement…

Ce roman commence comme l’histoire de violences ordinaires d’ordre privée. Une jeune fille polynésienne se retrouve dans la campagne française avec un mari qui se révèle violent et une belle-mère despotique. Coupée de ses liens familiaux elle ne peut compter que sur elle-même. On voit malheureusement dans les faits divers que cela existe à côté de chez nous. On se doute que ça va mal finir avec l’escalade de la violence et de la maltraitance, le coup de trop etc. On a ensuite quelques sursauts d’espoirs mais c’est pour mieux plonger.

Sandrine collette va créer un climat social, et un lieu en France qui fait froid dans le dos. Une variante d’un campas comme celui de Sangatte. Là encore on a des images qui viennent étayer cette construction.

On suit la trajectoire de Moe et de son bébé. Dans un premier temps j’ai dévoré le livre et puis j’ai eu un blocage émotionnel au moment où elle est confrontée à un dilemme. C’était trop pour moi et j’ai dû poser le livre et lire d’autres choses entre deux lectures. C’est là qu’on se dit que l’auteure est très forte car elle a su insuffler à son histoire quelque chose de très prenant.

Il y a une sensation d’étouffement qui s’installe. On est en France, dans un camp social où il n’y a pratiquement pas d’espoir de sortir en vie. Il y a une placette formée par le feu central et autour voitures roulottes et caravane des habitantes. Fils barbelés, ordures, manque d’hygiène, violence, trafics en tout genre, pas d’école… tout le monde est sur le qui-vive et l’instinct de survie est primordial.

A partir de leur entrée à la Casse, on a une nouvelle façon de voir le monde. Un nouveau vase clos. Après l’île et la famille, Moe a connu la campagne française un autre petit microcosme. La troisième étape c’est la casse et sa courette où elle va vivre avec cinq femmes très abîmées par la vie qui essaient de se créer une bulle de protection. Chacune a une certaine philosophie en elle.

Moe depuis toujours à l’art de prendre les mauvaises décisions. Et là, ces cinq femmes vont essayer de la guider+ Chacune (ou presque) va raconter son histoire et ce qui les a conduites là et c’est un peu sensé leur montrer qu’elle est en train de prendre de mauvaises décisions. Elle n’y  voit pas toujours ce côté « parabole » et se fourvoie encore et encore. Elle n’arrive pas à se servir de l’expérience des autres. C’est plus fort qu’elle. Elle croit qu’elle s’en sortira mieux que les autres et vlan elle descend d’un cran. Grâce à l’entraide et à la main tendue, elle ressort un peu la tête de l’eau… mais pas longtemps !

Ce que j’ai aimé, c’est ce côté clan de femmes. Tout n’est pas rose, elles ne sont pas des saintes, mais elles ont bien compris que seules elles seraient mortes depuis longtemps. On retrouve cette thématique qui me plaît, celle de la famille que l’on se crée !

***

Si vous mettez cette histoire dans le contexte politique mondial actuel, elle entre en résonance et c’est encore plus effrayant de se dire que cela pourrait arriver.

Dernièrement j’ai vu un reportage sur les « Kamalari » c’est petites népalaises qui se retrouvent vendues par leurs parents pour faire du ménages et autres travaux. Ces petites filles se retrouvent piégées. C’est tellement ancré dans leur culture que c’est une fatalité acceptée. Urmila est la porte parole d’une ONG qui l’a aidée à s’en sortir.

D’autre part j’ai lu un roman qui traite des «ospedale » (orphelinats à Venise) qui pendant quelques siècle à servit de refuge aux fillettes abandonnées. Elles passaient ensuite quasiment leur vie à travailler pour l’orphelinat pour payer leur dette. « Sonate Oubliée » de Christiana Moreau.

***

Jusqu’à la fin on souffre avec Moe et les autres. Sandrine Collette manie l’art du suspens jusqu’au bout. Elle n’édulcore rien, elle tranche dans le vif et emporte ses lecteurs !

Je remercie les Éditions Denoël pour cette belle lecture.

Qui en parle ?

DUP

Stephanie plaisir de lire

Sur la route de Jostein

partage de lectures

Article précédemment publié sur Canalblog

Le fil rouge

Paola Barbato

Éditions Denoël, coll.  Sueurs Froides, nov 2015, 359 p., 21,90 €

Traduction de l’italien : Anaïs  Bouteille- Bokobza

Mes lectures Denoël

fil rouge

4 e de couv. :

Antonio Lavezzi mène une existence solitaire et monotone depuis le jour où Michela, sa fille de treize ans, a été sauvagement assassinée. Sa femme l’a quitté, et le meurtrier n’a jamais été arrêté. Antonio travaille dans le bâtiment avec un ami d’enfance. Ce dernier lui présente inlassablement de petites amies potentielles qui ne l’intéressent pas. Lorsqu’un corps est découvert sur le chantier dont il est responsable, des éléments troublants amènent Antonio à penser que cette affaire et son histoire personnelle sont liées. Contacté par un homme mystérieux, baptisé l’Assassin, qui lui ordonne d’exécuter des criminels ayant échappé à la justice, Antonio décide d’obéir et va s’extraire peu à peu de sa torpeur et de son silence. L’Assassin semble savoir qui a tué Michela, et Antonio, pris dans une spirale meurtrière, est plus que déterminé à venger sa fille. 
Paola Barbato impose une fois de plus sa vision et son style uniques : le schéma de vengeance privée à l’œuvre est savamment imaginé et décrit. Le Fil rouge, c’est à la fois un Crime de l’Orient-Express moderne et un Dexter à l’italienne.

Ma chronique :

Lorsque l’on débute ce roman, on part sur un type particulier de roman policier. On se dit d’accord j’ai compris ce qu’a voulu faire l’auteur, c’est classique et facile. Mais petit à petit Paola Barbato nous conduit vers le Thriller et on voit s’ouvrir des chausses trappes  devant Antonio, le personnage principal. On se demande alors à quel moment il va bascule dans le côté obscur et perdre son âme.

C’est un roman qui interpelle le lecteur car le personnage principal est un quidam quelconque. On nous le présente avec une vie insipide et bien réglée avant le drame qui va le « détruire ».  Une série de cas dramatiques vont être exposés auquel le  lecteur peut s’identifier même si heureusement il n’a rien vécu de tel.

On s’attache à Antonio même si on a envie de lui donner des baffes car il se laisse écraser par les autres notamment son ex-femme, son complexe d’infériorité et sa culpabilité n’arrangent rien. Il est passé à côté de sa vie.

Ce qui était intéressant dans ce roman noir c’est qu’il ne s’agit pas d’une vengeance à chaud. Qui n’a jamais pensé « si on touche à l’un des miens je tue le coupable » ? Passerions-nous à l’acte ?  Si oui, serais-ce tout de suite ou plus tard ? Là nous avons un personnage qui est tombé dans le coma au moment de l’agression de sa fille, puis semble avoir perdu tout ressort. Cinq ans ont passé. Il a préféré masquer sa souffrance dans une vie « mécanique ». Alors il ne se pose pas de question pour ne pas ouvrir la boîte de Pandore. Il va falloir attendre que quelqu’un déclenche le mécanisme de cet automate qu’il est devenu. Et il va se poser des questions : Pourquoi ne me suis-je pas suicidé alors que je ne vie pas vraiment ?

Le déclencheur de se retour à la vie est assez étrange, un pédophile notoire tué sur l’un de ses chantiers ?  On se demande s’il aurait quelque chose à voir avec le meurtre de Michela, mais la piste est vite écartée. On se demande aussi si quelqu’un ne veut pas l’impliqué dans ce crime. Encore une piste d’écartée car il n’est pas inquiété par la police. Alors que lui veut le vengeur masqué ?  Dans un premier temps on se dit qu’il l’utilise et qu’il veut le tester. Puis petit à petit, on tombe dans un jeu pervers et on va suivre le personnage avec ce fil rouge. Qui est ce manipulateur qui se fait nommer l’Assassin? Le mystère sera bien préservé.

La dernière partie où Antonio, notre héros malgré lui,  va essayer de prendre la main est très prenante et se lit d’un trait. On va obtenir des réponses.

C’est un roman qui traite du sujet bourreau-victime … mais n’est on pas le bourreau ou la victime de quelqu’un ou tantôt l’un et l’autre ?

L’histoire va prendre un virage dangereux avec l’arrivée d’un animal à travers lequel on entr’aperçoit l’assassin.

Le lecteur va suivre les aventures d’Antonio, il va entrer plus ou moins en empathie avec tous les personnages qu’il va croiser quand dans la scène finale Paola Barbato renverse la situation dans laquelle elle l’avait entraîné et nous laisse pantelant !

Wouah quelle fin  ! Elle terrible….

Je remercie les Éditions Denoël pour la découverte de cette jeune auteure dont le premier roman « A main nue » a eu un bel accueil des lecteurs.

Article précédemment publié sur Canalblog