Le sang des sirènes

Thierry Serfaty

Le Livre de poche, 2002, 248 p.

Challenge 15K  #29 Allo allo monsieur l’ordinateur

4e de couv :

Sur fond de piratage informatique et d’espionnage industriel, le roman de Thierry Serfaty – Prix Polar 2000 – explore les limites de l’au-delà et du monde virtuel. Dans ce stupéfiant scénario, un chercheur en immunologie nous entraîne – malgré lui ? – dans une guerre impitoyable entre laboratoires de recherche. Au centre de cette série noire, Jan Helleberg n’a qu’un tort : ne pas croire en l’immortalité. C’est pourtant lui qui revient six mois en arrière, en chair et en os, pour enquêter sur les circonstances troublantes de sa propre mort – mais à une seule condition: ne rien changer au cours de l’histoire. Une intrigue hallucinante, une construction d’une habileté démoniaque pour un thriller scientifique high-tech, brillante variation autour de La Petite Sirène d’Andersen, qui impose Thierry Serfaty comme un jeune talent qui n’a rien à envier aux auteurs anglo-saxons.

Mes impressions de lecture :

Je me suis laissée séduire par « sur fond de piratage informatique » et « un thriller scientifique high-tech » ce qui correspondait à un item du Challenge de Mr Cabrik 15K. Mon cerveau avait juste oublié de noter que ce roman avait eu un prix en 2000.

La thématique de l’informatique est assez succincte car l’histoire se déroule en 1997. Oui il y a un ordinateur, des transmissions, du piratage… mais des disquettes et des CD-Rom. Le téléphone portable n’était encore un objet qu’on oubliait à la maison. C’est intéressant de réaliser que lorsque ce roman a été écrit c’était super technologique ces quelques éléments, à la pointe du progrès.

C’est un roman policier à énigme, même si les enquêteurs ne sont pas des policiers.

L’originalité du roman tiens à sa légère part de fantastique. Le personnage principal meurt et c’est le black out dans sa mémoire mais une entité qu’il appelle « la vie » lui permet de revivre dans sont corps les six derniers mois pour pouvoir mourir en comprenant pourquoi il a été assassiné. Il ne doit pas changer les grandes lignes de sa fin de vie. On le voit donc revivre son quotidien avec les trahisons, ses doutes et ses questionnements  de l’époque  tout en connaissant la fin de sa vie. C’est bien raconté. C’est drôle de voir le personnage revivre les événements en mettant en avant les possibles coupables. Cela donne lieu à hypothèses et des fausses pistes.

On a un autre fils narratif avec l’enquête « après la mort de Jan » menée par deux journalistes. Sa dernière compagne est interrogée par une journaliste qui veut écrire un article plus détaillé qu’une simple nécrologie. Une source proche de l’enquête lui a fait comprendre qu’il ne s’agit ni d’un suicide, ni d’un simple accident. C’était très intéressant de voir les deux femmes démêler les mystères. C’est aussi une façon d’avoir un autre regard que celui de Jan revivant son passé.

La fin est surprenante. La résolution aura lieu. Les coupables seront identifiés, Justice sera faite, d’une certaine façon. Je vous laisse découvrir le développement choisi par l’auteur.

Bonne lecture.

NB : ce roman pouvait aussi entrer dans la catégorie #23 MacGyver

Le portrait de la Traviata

Do Jinki

Traduit du coréen par Kyungran Choi et Delphine Bourgoin

Éditions du Matin Calme, 2020, 221 p., 18,90 €

Masse critique Babelio / Éditions du Matin Calme

Les enquêtes de Gojin, avocat de l’ombre
Deux morts dans un appartement au premier étage d’un immeuble paisible de Séoul. La femme qui y habitait – un coup de couteau pour elle – et un voisin – un coup de poinçon pour lui -, un type détestable qui lui tournait autour ces derniers temps. Mais puisque le principal suspect gît à côté de la victime, il faut chercher ailleurs. Le concierge pourrait faire un coupable correct, le commissaire Lee Yuhyeon boucle son enquête et l’envoie en procès.
Mais rien ne se passe comme prévu. L’innocence du vieux bougre s’impose, le procès est un fiasco. C’est alors que dans son téléphone, Lee Yuhyeon entend un rire familier et moqueur, celui de l’avocat Gojin, l’avocat de l’ombre. Oui, il faudra tout recommencer, tout reprendre depuis le début. Car chacun dans cet immeuble pourrait avoir quelque raison d’avoir commis ce double meurtre.

Mes impressions de lecture :

Je ne sais pas si vous connaissez cette jeune maison d’édition spécialisée dans le polar coréen qui a vu le jour en 2020. J’ai déjà lu deux titres de chez eux dans les catégories différentes d’abord une comédie policière «  Carnets d’enquête d’un beau gosse nécromant » très intéressante et un cosy mystery « les 4 enquêtrices de la supérette Gangseon ». Cette fois-ci j’explore un roman policier à énigme. Vous aurez remarqué je n’ai pas encore tenté les thrillers psychologiques et autres romans plus effrayants. Qui sait un jour peut-être.  Il est temps de vous parler de ce « portrait de la Traviata ».

J’ai choisi ce roman non seulement parce qu’il s’agissait d’un roman policier à énigme mais aussi parce que je trouvais le titre très évocateur. Je me suis rendu compte après que je ne connaissais de la Traviata que le nom de l’opéra et son compositeur mais pas le sujet traité. Maintenant que j’ai lu ce roman et le sujet de Verdi je vois le lien. C’est presque spoliant.

Ce que j’ai aimé dans ce roman c’est la forte présence de dialogues. La résolution du crime se fait en grande partie grâce à des conversations entre deux amis un policier honnête et consciencieux et un avocat assez singulier. Le  policier explore ces propres pistes et celles issues des hypothèses du presque avocat. On passe de la théorie à la pratique.

 On a bien entendu de nombreuses fausses routes qui donnent lieu à des scènes cocasses. Il y a une grande part d’humour. On se demande parfois si l’avocat ne prend pas plaisir à proposer des solutions erronées, qui une fois vérifiées éliminent des possibilités, pour voir le policier se démener dans des interrogatoires farfelus. Il laisse faire le sale boulot aux policiers alors qu’il sait que ce n’est pas possible que ce soit le coupable.

J’ai apprécié ce duo entre un officiel pro des enquêtes et l’autre amateur averti  qui travaille dans l’ombre. Le policier est dans l’affirmative : c’est lui le coupable et il insiste tant qu’il y a des hypothèses possibles, c’est à la limite du harcèlement policier. Coup de théâtre à la fin comme il se doit !

Un petit détail m’a aussi plu, il y a le plan des deux lieux des crimes. C’est tout bête mais on a l’impression de voir le policier entrain de dessiner les deux scènes des crimes, cela crée une proximité.

Dans ce roman, on explore le monde interlope de la nuit à Séoul, je ne connais pratiquement rien de ce pays cependant on comprend bien ce qui se joue dans les différents lieux grâce aux petites explications glissées par l’auteur.

En guise de conclusion je tiens à rappeler qu’il s’agit de roman à énigme alors le rythme est assez lent et oubliez les scènes d’action et les courses poursuites. Par contre on y boit et on y mange souvent.

Un bon moment de lecture qui nous laisse le temps d’apprécier certains personnages et d’autres beaucoup moins.

J’ai pris plaisir aussi à retrouver les thématiques qui tournent autour de la « maison » et de « de l’apparence » et d’autres.

Quel sera mon prochain Matin Calme ? Je ne sais pas encore… mais c’est avec plaisir que j’aimerai retrouver ce duo.

 Je remercie Babelio et les Éditions du Matin Calme de leur confiance

Le saut du diable

Jacques Lavergne

Éditions Cairn, Du noir au Sud, 2022, 191 p., 11 €

Mes Lectures Cairn

Ceux qui la connaissent peu ou mal prétendent que la Camargue est un paradis. C’est faire peu de cas des moustiques, du froid, du vent, de l’humidité, du sel. Toutefois, si ce n’était que cela, elle demeurerait un fabuleux pays. Mais il peut y avoir pire : des hommes véritablement doués pour exercer le mal avec un talent certain. C’est ce que le commandant Sagnes de la police judiciaire et son groupe, vont éprouver durement dans cette enquête où ils vont laisser un morceau d’eux-mêmes…
Mais aussi réaliser de belles rencontres. Reste à savoir si, au final, le bilan s’avérera positif ?

Mes impressions de lecture :

J’ai découvert cet auteur avec « Echecs et meurtres », un roman dont je vous ai déjà parlé. En septembre, j’ai rencontré le très sympathique Jacques Lavergne au « Festival du polar et de l’aventure » au Barcarès. C’est donc avec curiosité que je voulais lire cette nouvelle enquête.

Je vous conseille fortement de lire « Echecs et meurtres » avant d’enchaîner avec « Le saut du diable ». Bien que dans chaque roman l’intrigue est complète il y a un quelques liens… les petits rappels ne peuvent suffire à comprendre complètement la psychologie des personnages et la dynamique qui a changé à l’issue de la précédente enquête qui les a traumatisée.

Nous sommes au cœur de la Camargue.  On va avoir plusieurs intrigues qui vont occuper les policiers en même temps. À priori elles n’ont rien à voir entre elles… On va avoir des personnages mystérieux avec des extraits du journal intime de Théo. Qui se cache derrière ses écrits ? Qui est ce mystérieux motard qui fonce sur ses routes étroites ?  Ce séducteur aux yeux bleus ? Les petits secrets vont faire surface.

Il y a aussi les petites tensions entre policiers et gendarmes qui viennent parfois compliquer les actions.

Une nouvelle fois j’ai aimé suivre la façon d’enquêter des policiers et celle de la journaliste. Avec leur position différente face aux témoins, les résultats sont différents. J’avais déjà bien aimé ce personnage de la journaliste intègre qui cherche à comprendre et ne cours pas juste pour avoir un scoop. J’ai aussi aimé le reversement des rôles entre flics et vieux voyous.

Des rebondissements tragiques viennent déstabiliser les personnages. Des fausses pistes aussi sont là pour relancer le suspens. Mais je ne peux en dire plus.

Ce qui m’a marqué dans  ce roman, c’est  l’emploi parfois dans l’écriture le langage imagé des classiques du genre, avec un peu d’argot, c’est la grande place du vocabulaire autour de la nourriture. Je n’avais pas réalisé qu’il y avait autant d’expression culinaire. Je ne parle même pas des « poulets » etc… On ajoute à cela que Sagnes est un fin gourmet qui régale ses convives avec de délicieux produits du terroir et ses spécialités.

Il y a heureusement de l’humour qui vient détendre l’atmosphère…

Jacques Lavergne joue aussi avec la vaste palette des émotions.

Quel contraste entre l’image de la Camargue et celle que l’on découvre dans les romans de Jacques Lavergne…. Il me reste un roman dans ma PAL…

Je remercie les Éditions du  Cairn de leur confiance.

Voir sur ce blog :

Une mémoire d’éléphant

Agatha Christie

Le club du masque, 2004, 156 p.

Black November

4e de couv. :

Jamais une querelle, pas de liaisons… Les Ravenscroft filaient le parfait amour. Si on ajoute à cela une excellente réputation et une situation financière confortable, on en déduit qu’ils étaient de ceux qui meurent dans leur lit. Et non d’une balle dans la peau.
Double suicide, a conclu la police, sans trop y croire. Une fin singulière pour un couple uni et paisible… Mais qu’envisager d’autre ? Un double assassinat ? Un meurtre suivi de suicide ? Guère plus plausible. Alors ?
Alors, Hercule Poirot a horreur des histoires inachevées. Et même si le début de celle-ci remonte très loin dans le passé. il en connaîtra le fin mot… Comme d’habitude.

Mes impressions de lecture :

J’aime bien participer au « Black novembre » organisé par Séverine de « Ilestbiencelivre » mais cette année je ne suis pas disponible.  Cependant voilà bien longtemps que je voulais lire ce roman d’Agatha Christie alors je n’ai pas résisté longtemps.

Lorsque j’ai acheté ce roman, il y a quelques années je ne connaissais pas le titre et il m’intriguait. Depuis j’ai vu l’épisode de la série des David Suchet et j’ai trouvé l’histoire passionnante et je voulais voir ce que cela donnait à l’écrit.

C’est une histoire avec  Poirot et Mrs Oliver.  Ce que j’aime dans cette série c’est que Mrs Oliver vient bousculer Poirot vieillissant. Elle l’agace et le fait sortir de sa zone de confort.

Ce qui m’a intéressé dans ce roman c’est d’une part le personnage de l’écrivaine et toutes les considérations sur son statut et sur l’écriture. Je trouve qu’Agatha Christie en profite pour être ironique sur sa propre personne. Son travail d’écriture  a été dénigré bien des fois. Autodérision.

Un autre sujet qui est développé ici est celui de la mémoire et des témoins. Tant qu’il y a des témoins d’une époque même s’il s’agit de témoignages indirects ils détiennent une part de vérité. Une trace du passé.

C’est un roman assez tardif puisque Mrs Oliver cherche son carnet d’adresse d’avant 1971. Hercule Poirot a une longue carrière derrière lui. Il fait référence à d’autres enquêtes qui ont jalonné son parcours comme les « 5 petits cochons »,  « mort de Mrs McGinthy » … encore aspect de la mémoire. Ce que j’aime dans les romans d’Agatha Christie c’est le reflet de la société anglaise qui de part l’étendue de l’Empire britannique voyage ou vit une partie de leur vie à l’autre bout du monde. Ce qui est propice aux mystères. On peut refaire sa vie, revenir et avoir une nouvelle « virginité. La mémoire déforme les faits.

Ici les parents de Célia sont allés vivres en Inde alors que Celia et son jeune frère étaient en pension en suisse ou en Angleterre.

Mémoire des policiers à la retraite, regard en arrière, chacun détient  des bribes du passé. Le passé vaste sujet. Il reste les dossiers, les traces écritures.

On  retrouve les thèmes liés à la médecine et notamment à la maladie mentale. Il est question aussi de gémellité. Des sujets  qui marquent une époque.

J’ai bien aimé comment l’affaire a été amenée. Une femme interpelle Mrs Oliver qui a son tour va interpeler Poirot.

J’aime bien les parties dialoguées car elles permettent d’avancer des hypothèses, poser des questions etc.

On va avoir deux manières d’enquêter mais c’est Poirot qui aura le fin mot de l’histoire. Il a l’esprit de synthèse. C’est un cold case qui aura occupé les petites cellules grise de notre détective.

Il y a quelques détails qui m’ont laissée perplexe mais j’ai pris grand plaisir à lire cette histoire.

La commissaire n’a pas l’esprit club

George Flipo

Folio, 2021, 293 p., 8,10 €

Masse critique Babelio / Folio

4e de couv. :

La commissaire Viviane Lancier est envoyée incognito sur l’île de Rhodes pour enquêter sur le meurtre de King, le chef tyrannique d’un village de vacances. Alors que son nouveau lieutenant, Willy Cruyff, se fond avec enthousiasme dans la masse des joyeux vacanciers, Viviane s’efforce tant bien que mal de tirer les fils de cette sombre affaire, entre cours d’aquagym et leçons de tango. Assommée par la chaleur et déprimée à l’idée de se promener en maillot de bain, elle ne cesse de rudoyer son pauvre adjoint. Et pendant ce temps-là, les morts s’accumulent…

Mes impressions de lecture :

Lorsque je l’ai vu dans masse critique, le titre et la couverture m’ont attirée, lorsque je l’ai reçu et que j’ai fait quelques recherches je me suis rendu compte qu’il s’agissait d’une réédition d’un roman de 2010. Je n’en avais pas entendu parler. C’est donc une bonne chose de redonner une visibilité à ce texte. Il est vrai que le cosy mistery a le vent en poupe en ce moment, alors j’espère que l’auteur sortira une troisième enquête prochainement. Car il n’existe que deux enquêtes avec la commissaire Vivianne Lancier.

Les deux enquêtes publiées sont indépendantes, celle-ci  est la deuxième et il est fait souvent mention à la première. Ce qui a titillé ma curiosité et il faudra que je la lise car c’est agaçant. Ah Ah Ah !

Il y a des lectures qui vous renvoient à d’autres. À la rentrée j’ai lu « Badroulboudour »  de Jean-Baptiste de Froment, une étrange histoire qui se passe dans un club de vacances et j’ai aussi lu il y a quelques mois « La dixième muse » d’Alexandra Koszelyk qui parle de Guillaume Apollinaire et des poèmes à Lou en particulier. Et voilà que dans un roman de 2010 ces deux thèmes se croisent. Je pensais dans un premier temps qu’enquête et Rhodes me feraient plutôt penser à Poirot… quoique à bien y réfléchir…

Mais revenons à  Rhodes à « l’Esprit Club » où il se passe de drôle de choses. Cela débute par une mort étrange, celle du directeur du centre retrouvé pendu et bâtonné par les vacanciers qui pensaient que c’était un mannequin, la nuit du 14 juillet.  Pour des raisons diplomatiques on envoie une commissaire assez singulière. Côté discrétion elle se pose là, mais elle comprend la notion de ne pas faire de vague. Elle va pourtant remuer beaucoup de vase avec ses gros sabots.

C’est un roman policier qui traite le sujet avec humour, la commissaire doit régler cette enquête incognito, mais elle a l’art de se mettre dans le pétrin et de déterrer des secrets, sans parler de sa désastreuse inaptitude à la vie sociale. Un comble pour des « vacances » dans une petite communauté qui prône « le tout ensemble ». On a un duo policier improbable et diamétralement opposés, ils se complètent sans vouloir l’admettre.

L’enquête se fait un peu en dépit du bon sens puisqu’il est sensé ne pas y avoir d’enquêteur et donc d’enquête. Ce qui m’a plu c’est comment l’auteur à travers son duo d’enquêteurs incognitos va soulever les voiles de se décor factice de bonheur et de joie de vivre. Il démonte les rouages de cette machinerie.

Le chef de camp avait des problèmes pour se rappeler le nom de ses employés et de leurs fonctions, il avait trouvé comme solution de donner un nom en relation avec leur travail. Les animateurs sont les  «  kiki » (femmes) et les « coco » (hommes)  et cela donne coco Picole pour celui qui gérait le bar et la boîte de nuit, Kiki muscule celle qui s’occupaient des activités sportives etc. Cela donne le ton du roman.

L’auteur dévoile aussi les dessus financiers de ce camp fort rentable. Il est  assez sarcastique pour expliquer que de Paris on ne voit que le rapport financier et ne veulent pas voir comment on obtient de tels rendements.

Les rebondissements qui frôlent la maladresse et le ridicule rendent les crimes moins horribles, ou le contraire…

Je pense lire la précédente enquête.

Je remercie Babelio et Folio de leur confiance.

Le mangeur d’âmes

Alexis Laipsker

Michel Lafon mars 2021, 350 p., 18,95 €

Masse Critique Babelio /Éditions Michel Lafon

4e de couv. :

 » Il n’a pas crié. Ils ne crient jamais. « 
Certains secrets, pourtant bien gardés, s’avèrent parfois trop lourds à porter…
Quand des disparitions d’enfants et des meurtres sanglants se multiplient dans un petit village de montagne sans histoire, une vieille légende nimbée de soufre ressurgit… Diligentés par leurs services respectifs, le commandant Guardiano et le capitaine de gendarmerie De Rolan sont contraints d’unir leurs forces pour découvrir la vérité.

Mes impressions de lecture :

J’attendais ce roman avec impatience, car j’avais beaucoup aimé le premier roman d’Alexis Laipsker « Et avec votre esprit… » et j’étais curieuse de lire une nouvelle enquête et connaître les nouveaux (ou pas) personnages.

La couverture du livre est magnifique. J’ouvre le livre et commence la scène inaugurale, celle qui doit « choquer » le lecteur. C’est réussi, première réflexion, est-ce que c’est vraiment pour moi ? Je suis une petite joueuse. Je commence le chapitre et là nouvelle inquiétude… et puis tout à coup, je lève la tête et j’en suis à la page 77 ! Et après je ne l’ai plus lâché !

Ce roman évoque pour moi d’anciennes lectures comme les romans de Jonathan Kellermann (crimes autour des enfants), ou encore ceux de Luca D’Andrea (croyances et légendes du fond de la vallée perdue), ou Maud Tabachnik (pour le côté traque dans la neige « jour de glace »). Vous l’aurez compris j’étais à fond dans l’ambiance.

Le décor et la météo jouent un rôle car cela accentue le côté coupé du monde et course poursuite difficiles. Sans parler du téléphone…

Pour mener son enquête, Alexis Laipskair à choisi cette fois de créer un duo étonnant. Les personnages se découvrent en allant sur la scène du crime. Chacun vient pour une enquête différente. Les deux affaires s’entremêlent.

On a le jeu entre gendarme et policière. Lui capitaine et elle commandante. Jeu avec un certain humour « sexiste » comme pour éviter les tensions sexuelles entre nos deux « célibataires ». On retrouve le petit clin d’œil de l’auteur pour les probabilités et le Poker qui sont les spécialités de l’auteur.

On comprend très vite qu’on a affaire à deux écorchés âmes en peine. On découvrira pourquoi au cours de l’histoire. Mais chut ! Un duo intéressant.

Le lecteur se rend compte que le partage d’information n’est pas équitable, du coup le lecteur en sait plus que les protagonistes. Leurs relations sont faussées dès le départ.

On est sur le thème de l’innocence perdue et les croyances religieuses. Ainsi que sur la thématique de la justice. Cela crée aussi une ambiance lourde de secrets, une touche de mysticisme et presque de surnaturel. C’est là que le côté terre à terre de notre duo va jouer un rôle important pour ne pas les déstabiliser.

Le sujet est dur, diaboliquement cruel et la résolution est à la hauteur. Personne ne sort indemne. On a des frissons tout le long et ce n’est pas à cause de la neige…

Il ne me reste plus qu’à attendre la prochaine enquête d’Alexis Laipsker.

Je remercie Babelio et les Éditions Michel Lafon pour ce partenariat.

Rendez-vous au 10 avril

Benoît Séverac

Pocket, 2018, 288 p. 7,30€

4e de couv. :

Toulouse, 1920. La Grande Guerre est achevée depuis trois ans déjà et chacun reprend sa place comme il peut dans une société qui s’étourdit pour oublier. Pourtant, les douleurs et les blessures rejaillissent de façon bien étrange. Lorsque deux meurtres perturbent l’équilibre de la ville, un seul homme, un inspecteur rescapé de guerre qui n’est plus apte aux sentiments, ose affronter la situation. Un point commun relie les deux affaires, a priori sans aucun rapport : l’École vétérinaire de Toulouse. Seulement, la grande école connaît ses propres codes, ses propres règles. Parviendra-t-il à briser la chape de silence et à faire éclater la vérité ?

Mes impressions de lectures :

J’ai choisi ce roman pour plusieurs raisons. La première c’était pour découvrir un roman adulte de Benoît Séverac, en effet jusqu’à présent je n’avais lu que des romans jeunesse, que j’apprécie beaucoup. La deuxième raison c’est à cause du titre et enfin parce que cela se passe à Toulouse où je suis allé me balader quelques fois. Ceux qui connaissent la ville vont encore plus visualiser les lieux cités.

Je vous disais que le titre m’avait attiré et je voulais le lire pour le 10 avril, qu’elle ne fut ma surprise de découvrir le vrai sens du titre… Je vous laisse le découvrir.

C’est un roman qui se déroule en 1920 on va donc avoir des fils thématiques autour de la première guerre mondiale, des traumatismes, des sales affaires autour de la guerre, ou les bonnes affaires grâce à la guerre, tout dépends où vous avez passé cette période. De ces sujets là abordent le thème de la mémoire et de la souffrance.

On a aussi tout ce qui touche à l’animalité, la bestialité, et la thématique animales.

Tous les sens sont sollicités, on est dans les extrêmes mais c’est surtout l’odorat qui m’a marqué. Il observe, mais la vue peut tromper, on joue avec les apparences. L’ouïe est aussi en éveil, les sons liés aux « morts violentes » on a aussi les sons de la guerre qui jaillissent des souvenirs et des cauchemars. Le goût est altéré par le goût de la terre, des morts et de l’alcool. Le toucher est à peine présent avec Gigi qui masse notre héros.

Roman à la première personne on en oublie le nom (et on comprendra pourquoi à la fin) il se cache derrière sa fonction « Inspecteur ».

On peut aussi dérouler le fils de l’histoire d’une ville et de ses habitants. Les métiers, les vêtements, la musique. Une époque « nouvelle » se profile dans cette reconstruction après guerre.

Comme on peut s’en douter la souffrance, la maladie, la mort et la déchéance, notre héros incarne tout cela. Ce que les gens voient en lui c’est un être dépravé qui boit, se drogue et passe ses nuits dans un bordel, alors qu’il est sensé incarner le héros, il s’est battu pour la France… Mais pour ceux qui sont revenus c’est très compliqué.

Les enquêtes sont un contrepoint de tout cela avec les arrangements avec les notions de justice, de morale,  les sombres secrets enfouis qu’il ne faut pas déterrer. La résolution de l’enquête est à la hauteur de se qui est annoncé.

C’est un roman noir, la présence des bas-fonds et en miroir les quartiers chics et qui ont pignon sur rue.

Il y a aussi des thématiques de tragédie avec les trahisons, les guerres de pouvoir…

J’ai lu se roman pratiquement le temps d’un week-end, je voulais connaître les tenants et les aboutissants de tous ses secrets.

Ce roman nous montre aussi que les années après guerre ne sont pas faciles, les « années folles » ont attendre un peu.

Il me reste encore des romans adultes à découvrir !

Je vous souhaite une bonne lecture.

Désert noir

Adrien Pauchet

Éditions Aux Forges de Vulcain, oct 2020, 540 p., 19 €

4e de couv. :

Paris. Une pilule mystérieuse fait vaciller la capitale. Elle permet, à celui qui la consomme, de revoir les êtres chers qu’il a perdus.
Jocelyn est un jeune flic. Après une intervention désastreuse, il intègre l’équipe qui a pour mission de démanteler le trafic de cette nouvelle drogue. S’engage alors une course poursuite où dealers déchus, policiers, mafieux, assassins et innocents, cherchent la source du produit miracle, qui permet d’ouvrir la porte du royaume des morts.
Mais est-il possible de sauver une société qui ne veut pas l’être ?

Mes impressions de lecture :

J’ai lu il y a plus de 3 ans le premier volet de cette histoire « Pills nation ». Je n’ai pas eu le temps de le relire et je me suis rendu compte au fur et à mesure que je m’en souvenais bien, signe que c’est un roman marquant et celui-ci est dans la même veine.

Peut-on lire directement celui-ci ? je suppose que oui mais il y a beaucoup de subtilités qui vous manqueront. Pour bien faire je vous dirais plutôt d’enchainer les deux volumes.

Ce deuxième épisode fait suite aux découvertes macabres et aux événements tragiques qui ont eu lieu dans le premier roman.
On découvre petit à petit ce qui arrive aux survivants, car en fait tout n’avait pas été résolu dans la première partie.
Ce qui peut surprendre ce sont les différents changements de scènes, pour suivre certains personnages à des moments clés. Certaines scènes « oniriques » intimes, ses voyages intérieurs.
On peut lire ce roman comme un roman policier avec les enquêtes et la vie des différents protagonistes. J’ai été happée par tout ce qu’ils vivent et les conséquences de ce qu’ils ont vécu précédemment. J’ai aimé retrouver certains personnages et découvrir de nouveaux.
Mais il y a d’autres niveaux de lectures. J’ai notamment été intéressé par la place de la ville, Paris en l’occurrence, et de tous les changements qu’elle vit. Les bouleversements et les mutations urbaines, inversions. Le point central qui a attiré mon attention c’est de voir le 36 quai des orfèvres  passer aux Batignoles. Ses nouveaux bureaux et leur toit végétalisé. On retrouve cette idée sur la couverture avec cette chute à l’envers.
Changement d’époque. Changement dans la continuité car le crime continu et la guerre des services aussi.
Il est encore beaucoup question de mort et d’au-delà avec cette impression de vie parallèle ou psychique.
J’ai beaucoup aimé les différentes écritures, article de journal, procès verbal et certains passages avec une mise en page particulière pour encore mieux faire vivre ce que ressentent les personnages.Il y a une part de SF avec le personnage d’Emma et ses pouvoirs.
Je vous laisse découvrir d’autres aspects qui vont attirer votre attention.
Ce roman au rythme effréné. Les seuls moments de pause seraient les « voyages ».
On retrouve aussi la thématique de la famille, puisqu’on est dans la continuité de la première partie, je ne développerais pas.
Vous l’aurez compris j’ai adoré cet univers sombre.

Je remercie les Éditions Aux Forges de Vulcain de leur confiance.

Une étoile en enfer

Guy Rechenmann

Éditions Cairn, mars 2020, 293 p., 11 €

Enquête 5

étoile en enfer

4e de couv. :

Fait rarissime, une montagne s’écroule en 1248. Dès lors les crimes commis sur le versant du mont Apremont, dans la vallée de la Chartreuse, ne seront jamais élucidés. C’est sans compter sur la pugnacité d’Anselme Viloc, le flic de papier, qui, confronté à la fois au mystère du naufrage d’un chalutier d’Arcachon et à la disparition d’une jeune fille du pays partie en apprentissage à Paris chez un cuisinier en devenir, va, non sans mal, arriver à remonter le temps. Anselme Viloc, le savoyard adopté par le Bassin et ses humeurs, est devenu une référence dans le domaine des « crimes à haute probabilité de non-résolution », c’est son patron le commissaire Plaziat qui l’affirme et il va, encore une fois, nous en faire une brillante démonstration.

Ma chronique :

C’était avec impatience que j’attendais ce roman. Je devais le recevoir avant le confinement mais l’enveloppe c’est perdu dans la confusion. Et ce n’est qu’après le déconfinement que j’ai pu en recevoir un exemplaire.

Je disais donc que c’était un roman attendu. C’est la cinquième enquête (4 publiées chez Cairn Editions) que je lis. Le personnage récurrent me plait, ce n’est pas un policier assez particulier. Il a autour de lui un petit cercle d’intimes qui l’aident et l’accompagne. Dans cette enquête ils interviennent assez peu au quotidien mais le peu de fois où ils apparaissent lui apportent un grand soutien.

Ce que j’aime c’est aussi qu’il est heureux en amour. Enfin si on veut car c’est à croire que le destin s’acharne sur eux pour essayer des les séparer.  Dans cet épisode Sylvia frôle la mort et va être en convalescence tout le long. Elle sera quand même d’un grand secours pour l’aider dans ses réflexions avec son amnésie. J’ai découvert des techniques pour recouvrer la mémoire après un traumatisme que je ne connaissais pas. C’est ça aussi cette série apprendre des choses… et ici ce ne sera pas la seule !

J’ai découvert aussi le mot  « béatilles » et d’autres choses dont je ne peux parler pour ne pas dévoiler le mystère, les secrets de cuisine ! Qui sont le cœur de cette enquête.

Nous avons donc notre gentil Anselme qui se fait du mauvais sang pour sa moitié et qui devra pourtant poursuivre sa quête.

En fait d’enquête nous allons en voir trois. Elles semblent en apparence être différentes et sans liens et pourtant ! Une des particularités d’Anselme Viloc c’est de sentir des liens souterrains  qui relient des événements aux quatre coins du monde, comme si des forces telluriques qui tisseraient des réseaux invisibles. On le voit rêveur et pourtant c’est un être très attaché aux racines.

Après avoir résolu le secret de sa naissance il est passé à autre chose concernant son passé. Un souvenir d’enfance, une quête sur un mystère qu’il a découvert du temps où il habitait du côté de Chambéry.  Un mystère ancien qui n’a rien à voir avec son histoire à lui. Mais alors qu’il s’est décidé à faire des recherches deux autres mystères vont se présenter à lui. Vont-ils l’arrêter ou au contraire le pousser à aller plus loin ? L’actualité va-t-il le stopper dans ses recherches sur le passé ?

Le temps, l’espace temps est important dans les enquêtes de Anselme Viloc. Ce substrat que forme le passé est là, va-t-il s’enliser ou au contraire s’en nourrir ?

Quand je parle de temps je pense aussi à  l’époque choisie par Guy Rechenmann pour le déroulement de ces aventures, les années 90 avec sa technologie de l’époque.

Une autre des spécificités de la vie de ce personnage c’est le besoin de se raccrocher au lieu de vie. Il est très attaché au Cap Ferret et ses environs proches, mais cela ne l’empêchera pas de se déplacer et de nous faire voyager.

Il faut attendre la fin pour comprendre pourquoi ces différentes enquêtes vont se faire écho.  Le lecteur comprendra des choses mais c’est Anselme qui nous tissera la toile finale.

C’est un roman à la fois à la première personne (Anselme Viloc narrateur) et à la troisième personne mais c’est toujours Anselme qui est dans le point de mire.

Il ne me reste plus qu’à attendre le prochain épisode !

Je remercie les Editions Cairn de leur confiance.

cairn

Sur ce blog :

Flic de papier

Fausse note

A la place de l’autre

Même le scorpion pleure

La nymphe endormie

Ilaria Tuti

Trad. Johan-Frédérik Hel Guedj

Éditions Robert Laffont, La Bête Noire, 605 p., 21,50 €

Mes lectures La Bête Noire

nymphe endormie

4e de couv . :

« Le temps cache toujours un secret. Il camoufle même les crimes. »

Derrière la beauté bouleversante de la Nymphe endormie se cache l’horreur : au lieu de peinture, l’artiste a peint le tableau avec du sang. Voilà ce qui lance le commissaire Teresa Battaglia sur la piste d’un meurtre commis soixante-dix ans plus tôt, dans les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale. Une enquête où il n’y a ni corps ni scène de crime, ni suspect ni témoin. Rien qu’une trace génétique que Teresa remonte jusqu’à une vallée isolée et mystérieuse du nord de l’Italie : le Val Resia.
Après avoir marché sur le toit de l’enfer, Teresa doit percer le secret du sommeil de la Nymphe.
Vous n’oublierez jamais Teresa Battaglia. Mais il est possible qu’elle vous oublie…

Ma chronique :

J’ai eu très envie de lire cette histoire pour différentes raisons. Le synopsis m’intriguait et la photo sur la couverture m’attirait. Les autres raison sont plus subjectives. Il se trouve que depuis quelques années j’ai l’impression que certaines maisons d’éditions nous ont traduit des petits bijoux italiens. Des auteurs de la jeune génération qui nous montre une autre Italie que celle méditerranéenne (que j’adore). Ainsi avec Luca d’Andrea on est dans une région au nord de l’Italie frontière avec l’Allemagne et l’Autriche ou encore Paola Barbato, Antonio Manzini…

Je n’ai pas lu l’enquête précédente, mais elle est dans ma wish list depuis cette lecture. J’ai donc découvert cette autrice et son univers.

Ce roman est plus qu’un roman policier car il y a des liens entre l’enquête et les policiers plus complexes.

Comme mon intuition (si les lecteurs aussi se mettent à avoir des intuitions ! où allons-nous ? !!) il y a une part de « magie atavique » ou liée à la terre. Depuis quelques années cela semble être une thématique qui se développe après l’ésotérisme religieux. (voir la trilogie du Baztan de Dolores Redondo).

Une toile semble se former au fur et à mesure que l’on découvre les personnages dans leur part intime et l’enquête. On a donc des fils qui tissent le temps. Qui dit temps dit passé et mémoire. Entre cette enquête qui nous renvoie à la seconde guerre mondiale, et les problèmes de mémoire de Teresa Battaglia. L’autre fil qui vient s’entrecroiser c’est celui du sang et pas seulement celui des crimes, il y a celui plus intérieur de la vie utérine. Et enfin celui de la « forêt » comme entité vivante et mystérieuse. Vous allez en trouver d’autres qui vous correspondrons tous.

On est sur l’idée de monde clos que ce soit cette fameuse vallée, celle de la forêt du crime originel, ou encore ce peintre qui es resté enfermé en lui-même et à cessé de parler, ou encore ces ventres féminins porteurs de vie ou de mort. Qui dit clos dit caché ou protégé, ce qui nous renvoie aux secrets et des croyances.

Silences et secrets, non-dits et autres choses tues tout cela contribue à engendrer des situations tendues.

Les thématiques de la vie et la mort sont évidemment  présente puisqu’on est dans un roman policier et qu’il y a des scènes datant de la guerre mais cela va au-delà.

Les personnages ont chacun leur spécificité. C’est la première fois que je vois aborder la maladie d’Alzheimer dans le cadre d’une enquête, c’était parfois déstabilisant en voyant Teresa perdre pied dans le présent et en masquant ce fait important à son entourage. J’ai bien aimé introductions des extraits de son journal qui lui permettent de retrouver le fil de ses pensées. Les autres personnages son aussi hauts en couleur… je ne vais pas trop vous en dire…

Je vous laisse découvrir cette atmosphère assez particulière et cette enquête singulière.

Je remercie les Éditions La Bête Noire de leur confiance. Ce roman sera lié au confinement, un petit voyage immobile en Italie.

Article précédemment publié sur Canalblog