Opération Farceuses

Roddy Doyle

Ill. : Brian Ajhar

Trad. : Marie Aubelle

Gallimard jeunesse, 2001,92 p., 10,70 €

Chronique jeunesse du mercredi

opération farceuses

4e de couv. :

Qui sont les Farceuses ?
D’insaisissables petites créatures qui adorent les enfants.
Que font-elles ? Elles les suivent partout pour s’assurer que les adultes les traitent convenablement, sinon…Sinon quoi ?
Elles les punissent en déposant de la crotte de chien sur leur chemin pour qu’ils mettent le pied dedans.
Et pourquoi Mister Mack va-t-il être puni ?

Ma chronique :

Je remercie Jangelis et Maeve de m’avoir permis de combler une lacune en littérature irlandaise. Quel moment de plaisir ! Le livre a fait le tour de la maison et je pense le conseiller à la médiathèque.

Dès la couverture, on se dit que ces farceuses on un sourire et un regard qui ne laisse présager que des bêtises. Mon fils a été déçu par les illustrations intérieures où elles sont légèrement différentes… je vais trop vite !

C’est un roman jeunesse d’un format particulier (24×16,5) , illustré par Brian Ajhar (je ne connaissais pas non plus), mais rien à voir avec un album comme pourrait le suggérer la  couverture. Les illustrations sont des crayonnés dans les tons gris, en pleine page encadrée ou juste un dessin qui accompagne le texte.

J’aime beaucoup le travail fait sur les titres de chapitres, c’est un petit plus qui attire souvent mon attention. Ici, c’est un texte dans le texte. Le narrateur insère des commentaires, joue avec le lecteur.

Il y a dans la narration un jeu. On dirait que le narrateur nous parle, et en même temps, on a l’impression d’assister à une conversation avec un conteur et un auditeur, par moment on dirait que le narrateur pose les questions et y répond, c’est très amusant car on se dit parfois que justement on aurait bien posé cette question là.

Le travail sur la temporalité fait partie de l’originalité de l’histoire. La narration va tenir « l’espace «  de trois pas dont le dernier va s’éterniser dans un ralenti incroyable qui va tenir le lecteur en haleine. Durant ce temps on va avoir des explications sur les personnages et le pourquoi de la situation, des flashs back et des commentaires.

Il y a un côté  visuel qui joue sur le burlesque, un homme en costume qui va mettre le pied dans un énorme tas de crotte de chien. J’ai eu le vers de Lamartine qui m’est venu à l’esprit « Ô temps ! Suspends ton vol » ce vers est venu interférer ma lecture d’autant qu’on a droit à une mouette bavarde…

On a un évidement un côté fantastique voir surréaliste entre le vautour voleur de sandwich, la mouette qui n’aime pas le poisson et ces fameuses farceuses.

Je vous laisse découvrir comment tout cela va s’imbriquer. Je ne sais pas si les autres ouvrages de cet auteur sont aussi loufoques mais je vais essayer d’explorer au gré de mes trouvailles.

3 femmes et un fantôme

Roddy Doyle

trad. Marie Hermet

Flammarion 2013, 223 p., 11,50€

Je continue ma découverte des écrits de Roddy Doyle, après « Opération farceuses » un roman pour jeunes lecteurs, je vous présente maintenant un roman préconisé à partir de 13 ans…

3 femmes et un fantôme

4e de couv. :

Emer, la grand-mère de Mary est sur le point de mourir. Apparaît alors le fantôme de son arrière-grand-mère, morte dans les années 1920 : elle a un message à faire passer à Emer et souhaite la soutenir dans cette dernière épreuve. La mère de Mary va les aider. Toutes les quatre entament alors un road-trip délirant à travers l’Irlande vers la maison de famille abandonnée.

Ma chronique :

C’est un roman jeunesse. Est-ce parce que Mary à 12 ans ? Parce que le roman est court ? ou parce qu’il aborde la mort avec une part de fantastique, de réalité magique ? Je pense qu’il peut s’adresser à tous les publics. On remarquera qu’il y a des morts dont on ne parle pas…

C’est un roman qui aborde le thème de la mort, et  de la disparition d’un proche en particulier. Nous avons ici  Emer  la grand-mère  de 85 ans qui est hospitalisée, et plutôt sur le déclin, enfermée dans ses craintes. Comment gérer cette situation, ce départ imminent ?

C’est aussi un roman sur les femmes à des âges différents, à des époques différentes. Va apparaître le fantôme de la mer d’Emer, donc la quatrième génération. A travers sont personnage c’est une histoire de femme du début du XXe siècle en Irlande. La maison, la famille, la femme, la maternité, l’amour, la maladie… Tansey va entrer en contact avec le reste du clan par l’élément le plus jeune Mary 12 ans qui est réceptive et va faire le lien. Scarlett, la mère de Mary, la fille d’Emer, la petite fille de Tansey. Elle a le rôle de la femme active, elle a la place intermédiaire. Elle doit tout gérer, les problèmes de sa mère, son mari et ses garçons.

Les garçons ont du mal avec l’état de leur grand-mère qui empire, ils se réfugient dans leur monde d’ados.

Ce n’est pas traité comme une histoire triste même si le sujet est sérieux et si les personnages sont émus et touchants. Il y a de l’humour dans les situations. Le fantôme dédramatise , elle crée des scènes cocasses et insolites. Scarlett avec sa place intermédiaire doit rester raisonnable et forte, elle est malgré tout « paumée » dans une détresse contenue.

Mary la gamine qui n’est plus une enfant mais pas une femme non plus. Elle a aussi un langage « jeune », avec des formulations tel que « genre » dans toutes les phrases. Elle a aussi la langue bien pendue et essai de se rattraper avec des « ce n’est pas de l’insolence » « je ne suis pas insolente », ce qui n’est pas l’avis de tout le monde. Elle est attachante car avec chaque personnage elle a une complicité et une grande empathie.

C’est aussi un roman sur « l’entre deux ». Tansey est entre disparaître complètement et rester en attente là. Elle est entre deux époques. Emer est entre la vie et la mort. Scarlett est entre deux générations, entre sa mère et sa famille, entre le passé et le présent. Mary est entre l’enfance et l’adolescence, entre le présent et le futur (tu auras une fille à ton tour).

La composition du roman se fait à travers le regard de chaque personnage. Le chapitre porte le nom du personnage en question.

On va découvrir le passé de cette famille, le rôle, la place des femmes.

J’ai pris grand plaisir à lire ce roman… je vais continuer à explorer l’univers de cet auteur irlandais je crois que je suis en train de devenir fan.

opération farceuses

Article précédemment publié sur Canalblog