Le Cercle de Caïn

Sophia Raymond

Éditions Michel Lafon, 2018, 351 p., 17, 95 €

Mes lectures Michel Lafon

4e de couv. :

Une journaliste baroudeuse en pleine débâcle professionnelle et affective.

Un corps qui réapparaît, miraculeusement conservé, 5 000 ans après une mort peu naturelle.

Et L’Enfer de Dante…

Clara Fischer, en flairant le scoop qui doit relancer sa carrière de grand reporter, n’a-t-elle pas sous-estimé le danger menaçant ceux qui approchent de trop près la momie des glaces ?

Anecdote de lectrice :

C’est un livre dont le titre, la couverture et le pitch mon plu. J’ai été ravie de le recevoir en ce début d’année. Je venais de lire un roman avec une journaliste qui par son enquête se mettait en danger et son entourage et voici qu’un thriller me proposait un journaliste qui tombe sur un scoop. Là s’arrêtent les similitudes… vous verrez dans quelques jours une chronique d’un autre livre qui aura un lien avec ce roman à savoir une malédiction…

Ma Chronique :

Je trouve que la couverture de ce livre est magnifique et si représentative de l’ambiance.

C’est un roman qui se passe à deux époques, aujourd’hui et un an auparavant. On va dire que la scène originelle a eu lieu l’année précédente. On a donc une certaine distance avec les faits et Clara va devoir se baser sur des rapports écrits par d’autres et des informations indirectes.

Sophie Raymond revient sans cesse sur cette originelle en changeant les points de vue, en convoquant les témoins. Grâce à cela on voit presque ce dessiner une scène en 4D. A chaque nouvelle façon de raconter l’histoire Clara avec son regard de journaliste décèle de nouveaux petits détails à chaque fois. Elle point le doigt sur des différences, des ajouts. Cela renforce l’idée de Cercle.

Ce que je trouve intéressant en ce qui concerne les personnages c’est le fait que la plupart sont absents et pourtant de part les témoignages qu’ils ont laissé ils sont vivant et participent à l’intrigue. Les personnages actuels vivent avec leur conscience et parfois leur culpabilité et donc avec encore une interprétation des faits. Avec les témoignages ont n’a plus ces préoccupations. Cela crée aussi une dynamique dans la narration, c’est du moins ce que j’ai ressenti.

C’est une lecture prenante avec des scènes troublantes, par exemple des selfies indélicats, des morts étranges. On va suivre les progrès de l’enquête de Clara Fischer avec ses questionnements, ses doutes… Clara est femme tenace qui a été injustement mise au placard.

L’intrigue est basé sur la malédiction à l’instar de celle de Toutankhamon, il y a tout un chapitre consacré à ce sujet pour ceux qui ne la connaîtrai pas, ce qui donne lieu à une jolie interview d’un septique. Le manque de respect envers la dépouille des participants à cette découverte est assez dérangeant. C’est fou comme cette trouvaille fait ressortir les mauvais côté des gens et leur besoin de flatter leur ego.

Il y a toute une thématique autour de l’ascension et de la chute. Cela donne une image comme les montagnes quand on les dessine. Clara est au plus bas et cette affaire va la propulser dans phase ascensionnelle. Les participant après l’ascension vers la découverte vont chuter etc…

Je ne voudrais pas trop déflorer l’intrigue alors je vous laisse la découvrir… car j’ai pris grand plaisir à suivre Clara Fisher !

J’ai lu ce roman alors que le climat était plutôt froid alors cela a rajouté une petite touche glaçante.

Je remercie les Éditions Michel Lafon pour leur confiance. Et une nouvelle année qui débute avec une belle lecture !

Article précédemment publié sur Canalblog

Et j’abattrai l’arrogance des tyrans

Marie-Fleur  Albecker

Éditions Aux Forges de Vulcain, 2018, 199 p., 18 €

Mes lectures aux Forges de Vulcain

tyrans

4e de couv. :

En 1381, la grande peste et la Guerre de Cent ans ont ruiné le royaume d’Angleterre. Quand le roi décide d’augmenter les impôts, les paysans se rebellent. Parmi les héros de cette première révolte occidentale : John Wyclif, précurseur du protestantisme, Wat Tyler, grand chef de guerre, John Ball, prêtre vagabond qui prône l’égalité des hommes en s’inspirant de la Bible. Mais on trouve aussi des femmes, dont Joanna, une Jeanne d’Arc athée, qui n’a pas sa langue dans la poche et rejoint cette aventure en se disant que, puisque l’on parle d’égalité, il serait bon de parler d’égalité homme-femme…

Ma chronique :

« Et j’abattrai l’arrogance  des tyrans » est un titre qui nous indique clairement de quel côté de la barrière va se trouver notre héroïne.  Johanna une femme au moyen âge en Angleterre va se retrouver emportée par sa conscience dans cette révolte des paysans, serfs. La révolte et la soif de justice est déjà en elle.

La narration va de Johanna, donc de l’individu à la collectivité, ce va et vient de particulier au général fait écho au mouvement social et physique. On va suivre cette femme qui se lance dans l’aventure où nul ne se rend vraiment compte de ce qui va advenir, ils vont se laisser déborder par les événements. Cela part d’une injustice qui concerne la liberté d’aller travailler où l’on veut. Au temps du servage c’est inconcevable. Il y a toute une hiérarchie féodale qui gère la vie des hommes et des bêtes. La grogne va toucher aussi les impôts trop importants.

En chemin elle va rencontrer des hommes dont le nom va passer à la postérité comme John Ball. A ce sujet je vous conseille de voir un autre point de vue complémentaire sur cette période dans « John Ball » de William Morris publié aussi aux Forges de Vulcain.

Johanna est un personnage fictif, mais de toute façon aucune femme n’a laissé de trace de cette période là.

Marie-Fleur Albecker ni va pas avec le dos de la cuillère, elle est plutôt du genre incisif, la fourche  est plus appropriée pour symboliser la paysannerie et la révolte. Le langage est plutôt actuel, elle nous plonge dans ces années là avec la langue d’aujourd’hui pour rendre plus parlant les questionnements des ses hommes et femmes. Elle utilise des images très significatives et des expressions très fleuries. Elle emploi une langue acérée mais très travaillée.

C’est un roman dans la lignée de certains romans de la maison d’édition « Aux Forges de Vulcain ». Des gens à la croisée des chemins qui revendiquent leur façon de voir la société en employant les grands moyens.  L’humour provocateur et satyrique renforce le côté iconoclaste.

Je me suis régalée, ce mélange  de provocation par la langue et de travail documentaire qui crée les fondations de cette histoire. Elle donne le droit à une femme du « peuple »  de penser,  sans en faire une copie de Jeanne d’Arc bien  au contraire.

Johanna s’inquiète de cette petite voix intérieure qui la pousse à vouloir une meilleure vie. Une femme qui exprime les pensées est vite taxée de sorcière. Ce roman met l’accent sur les barrières mentales qui cloisonnaient les gens.

Il y a le village puis le chemin,  l’immobilisme et le mouvement, dans tous les sens physique et moral. On passe de l’isolement et la population maintenue dans l’ignorance et dans un lieu retreint vers la sortie de sa « zone de confort  autorisée» pour aller vers l’autre, et vers d’autres façons de penser l’avenir.

Dans la structure de la narration on retrouve ce crescendo  de quelque chose de spontané vers quelque chose de plus structuré. J’ai trouvé intéressant que Johanna fasse le distingo entre la révolte et la révolution.

On découvre aussi la géographie de l’Angleterre de l’époque, c’est très visuel, Marie-Fleur Albecker nous remet dans le contexte avec la place de Londres, de la Tamise et des difficultés pour atteindre le but physiquement. Elle sous resitue aussi le contexte politique et la place de chaque personnage politique de l’époque. Où aller et à qui s’adresser…

Ce que j’ai beaucoup aimé ce sont ces digressions qui donnent un plus à la narration .

Je vous laisse découvrir ce roman passionnant et dynamique qui donne  envie de bouger et de s’exprimer.

Je remercie les Éditions Aux Forges de Vulcain pour leur confiance. Elles viennent de fêter leurs  8 ans d’existence et sont toujours aussi remarquables.

vulcain
1% rentrée 18
john ball

Article publié précédemment sur Canalblog