Serial Tattoo

Sylvie Allouche,
Editions Syros, « young adulte », sept 2019, 366 p., 16,95 €

Masse Critique Babelio / Editions Syros,
Chronique jeunesse du mercredi

4e de couv. :
Pourquoi la commissaire Clara Di Lazio remarque-t-elle cette femme nigériane qui se tient dans la salle d’accueil du commissariat ? Sans doute parce que la détresse d’Ayo Madaki est immense. Sa fille Shaïna a été piégée par un homme qui lui a proposé beaucoup d’argent. Le pire serait qu’elle ait été embarquée par un réseau de trafic de jeunes femmes. Pour la retrouver, Clara Di Lazio va suivre son instinct. Et impliquer son équipe corps et âme.

Mes impressions de lecture :

J’adore cette série jeunesse. J’attendais donc avec curiosité cette nouvelle enquête. A chaque fois je me dis qu’elle traite d’un sujet fort qu’il n’est pas facile de proposer en jeunesse. Et à chaque fois je trouve que Sylvie Allouche  emporte les ados dans des aventures actuelles et réalistes. En tant qu’adulte je suis autant emportée…

Un nouveau coup de cœur !

Les personnages « victimes » sont des lycéens ou qui pourraient être à peine sortis du lycée… Tous ont un vécu lourd malgré leur jeune âge. Ils ont connu la violence à tous les niveaux. Ils sont prêts à tout pour aider leur famille. Cette notion de sacrifice fait aussi partie de leur culture et les prédateurs le savent. Il y a d’autres personnages légèrement plus âgés qui ont été entrainés dans le monde de la prostitution. On sent la différence entre les deux groupes.

On est dans l’esclavage moderne, déshumanisation des êtres humains… ce roman mets en lumière sur le problème des mineurs.

Nous sommes sur Paris. On va découvrir la misère liée aux guerres, les réfugiés étrangers dont les mineurs peuvent devenir une monnaie d’échange. C’est enfants ont déjà souffert dans leur pays de naissance, ils ont connu les massacres, les viols et autres méfaits… ils arrivent dans le pays des droit de l’homme et ils peuvent retomber dans les mêmes travers. Ils semblent conditionnés pour se sacrifier et accepter leur sort. Il y a aussi  celles (majoritairement des filles) qui sont qui sont recrutées sur place et achetées à leur famille. On est dans un réseau international.  Et quand on pense que l’évolution au sein de cette organisation va conduire certaines victimes à devenir à leur tour des recruteuses. Ce qui rend encore plus pervers ce système.

C’est la deuxième fois depuis cette rentrée littéraire que je lis un roman traitant de prostituées nigérianes sur Paris, des mamas qui tiennent les filles avec des juju. « Le souffle de la nuit » Alexandre Gallien.

On se rend compte que différents services de polices travaillent chacun de son côté sur un des aspects du problème. Le tout c’est de pouvoir croiser les infos… C’est là que la personnalité des enquêteurs va faire la différence.

La narration à la troisième personne va nous faire vivre cette enquête sous plusieurs angles, du côté des truands, du côté des victimes, du côté de la police…

Ce qui m’a plu c’est que tout n’est pas mal/bien. Il y a de l’entre deux. Il y a notamment des « indics », « la fille d’un criminel » etc.

L’enquête est menée tambour battant mais bien sûr il y a des contretemps dus entre autre à des préoccupations personnelles… cela augmente les tensions émotionnelles… En parlant de tensions émotionnelles nous avons un prologue qui nous immerge au cœur d’une course poursuite très angoissante… ça donne le ton !

Je vous laisse découvrir les nombreux rebondissements qui vont tenir le lecteur en haleine.

J’ai remarqué que dans cette série la place de la famille est très ambigüe, elle n’est pas toujours là pour protéger, ce roman le confirme.

Je remercie Masse critique Babelio et les éditions Syros de leur confiance.

kokeshi coup de coeur
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stabat murder
snap

Article précédemment publié sur Canalblog

La fenêtre au sud

Gyrdir El­íasson

Trad. Catherine Eyjólfsson

Editions la peuplade, septembre 2020, 161 p., 18 €

Masse critique Babelio / éd. La Peuplade

Rentrée littéraire 2020

fenêtre au sud

4e de couv. :
Quelque part en Islande, au bord de la mer, un village de maisons noires fait face à l’infini de l’eau. Dans son repaire, un romancier peine, sur sa vieille Olivetti, à écrire la vérité d’un couple parti en vacances pour se retrouver. Qui s’amuse ? se demande-t-il, déposant les feuilles dactylographiées sous la fenêtre sud claire. La radio, pendant ce temps-là, donne des nouvelles d’un autre monde : le séisme de Fukushima, l’assassinat de Ben Laden, la guerre en Syrie. Au rythme des quatre saisons de l’année, comme un contrepoint nordique aux célèbres concertos de Vivaldi, La fenêtre au sud transforme cette histoire simple d’amour et de fantômes en un livre immense sur les crépuscules de la création. L’encre s’épuise, l’écrivain tapera bientôt blanc sur blanc, traversant la page comme on marche dans la neige.

Mes impressions de lecture :

J’ai découvert cet auteur cet été avec « Au bord de la Sandá » et ce fut un coup de foudre littéraire. J’étais en adéquation avec ce qu’il racontait et le personnage qu’il avait créé.

Cette fois-ci Gyrdir Eliasson met en scène un écrivain face à la mer. Un solitaire qui essai d’écrire dans un petit village de pêcheur islandais.

Mais voilà l’inspiration cela ne se commande pas. Il essai d’écrire le roman attendu par son éditeur et ce sont des poèmes qui lui viennent à l’esprit.

C’est un roman à la première personne alors on va avoir des monologues intérieurs et des scènes avec des interactions extérieures.

On va découvrir les petits parasitages qui font dériver ses pensées…

La famille, sa mère et sa sœur par téléphone interposé vont venir créer des interférences dans sa quête de tranquillité. Il y a une certaine régularité, surtout avec sa mère, une ponctuation temporelle.

D’autre part on a le propriétaire et ami qui lui prête la maison et son éditeur qui ponctuent leurs appels par des notions de temps… mais il arrive à repousser les dates butoirs.

Sa vieille machine à écrire qui s’emmêle les marteaux et le ruban qui s’abîme, ils rappellent l’usure du temps.

Les vacanciers qui viennent tous le week-end pendant la belle saison. Cela rythme ses semaines, car il perd la notion du temps à vivre ainsi en dehors de la vie sociale.

On lui prête gracieusement la maison, il y a donc un côté temporaire.

Ces lectures le plongent de plus en plus dans les souvenirs littéraires du passé, il retrouve des éditions qu’il avait étant plus jeune. Il en est de même pour le cinéma. C’est comme s’il se créait une bulle temporelle faite de bons souvenirs.

Les mauvaises nouvelles du monde lui parviennent par la radio, seul média qu’il s’autorise à petite dose. Nous sommes en 2011.

La musique tient une certaine place. Son ouïe est souvent sollicitée par la nature ce qui forme un contraste avec le glissement vers un certain mutisme, économie des mots.

Les rêves aussi faussent la relativité du temps. Il y a quelques scènes où la réalité est un peu irréelle.

J’aime beaucoup la composition du texte, qui ressemble à des réflexions dans un journal même s’il n’y a pas de date. On va avoir ainsi une alternance de tous les sujets dont j’ai parlé précédemment. On a aussi l’avancée (ou non-avancée) des scènes du roman en cours de création. Cela forme comme un tableau impressionniste. Il excelle dans l’art de l’ellipse.

Il y a beaucoup de références culturelles : littérature, cinématographiques, musicales, pictographiques…

Il partage ses réflexions autant sur ce qu’il écrit que sur ce qu’il lit.

Le narrateur à un côté désabusé, presque cynique. J’ai adoré ses réparties lorsqu’on lui dit qu’il est écrivain, ou sur son travail. Il y a de l’humour et de l’autodérision dans ce qu’il nous raconte, en contrepoint comme pour ne pas basculer dans la mélancolie totale.

Et l’amour dans tout ça me direz-vous ? il a un amour mystérieux, secret dont on ne saura pas grand-chose. Il y a une relation entre ce qu’il vit et ce qu’il arrive à écrire (ou plutôt ce qu’il n’arrive pas à écrire).

Au fur et à mesure on voit se dessiner le portrait du narrateur au fur et à mesure de l’avancée de la narration car toutes ses réflexions, introspections font avancer le récit de ces mois passés dans ce lieu isolé et magnifique.

J’ai adoré ses relations avec sa machine à écrire, les lettres qui s’emmêlent et l’encre qui s’épuise… Petit à petit on a l’impression que les mots qui resterons visibles seront les plus importants. Il brûle beaucoup de ses écrits, là aussi il ne restera que l’essentiel. On a presque l’impression de le voir et on sent que la fin sera sur la même idée…

Tout s’estompe au fil des mois qui passent. On le retrouve dans l’utilisation des couleurs si on retrouve des touches de vert, de jaune et de rouge. Il y a une prédominance de noir, de blanc et de gris…

D’avoir lu les deux romans à la suite, « Au bord de la Sánda » où l’on suit un peintre qui remets sa vie en cause et dans « Fenêtre au sud » avec cet écrivain qui se questionne aussi on a comme un diptyque. De la rivière à la mer… il sème des petits cailloux dans ces deux romans différents. Je n’ai pu m’empêcher de chercher un fil rouge… Par exemple cette femme mystérieuse sur la plage qui fait écho à la femme en rouge dans la forêt…  Est-ce que le prochain roman nous parlera d’un musicien ?

Ce roman est un coup de cœur pour sa poésie et une nouvelle fois il y a des échos personnels.

Je remercie Babelio et les éditions de la Peuplade de m’avoir permis de lire ce roman de la rentrée.

NB: Dans ma wish list de Noël il y a « Les excursions de l’écureuil » si je ne craqua pas avant !

peuplade
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au bord de la Sanda

Requiem pour une apache

Gilles Marchand
Éditions Aux Forges de Vulcain,  août 2020, 414 p., 20 €

Mes lectures Aux Forges de Vulcain
Rentrée Littéraire automne 2020

requiem

4e de couv.:
Jolene n’est pas la plus belle, ni forcément la plus commode. Mais lorsqu’elle arrive dans cet hôtel, elle est bien accueillie. Un hôtel ? Plutôt une pension qui aurait ouvert ses portes aux rebuts de la société : un couple d’anciens taulards qui n’a de cesse de ruminer ses exploits, un ancien catcheur qui n’a plus toute sa tête, un jeune homme simplet, une VRP qui pense que les encyclopédies sauveront le monde et un chanteur qui a glissé sur la voie savonneuse de la ringardisation.

Mes impressions de lecture :

Lorsqu’on débute une histoire de Gilles Marchand on se demande où il nous entrainera, dans quel confins de la littérature il nous emportera… On sent dans chaque histoire qu’il raconte un brin de nostalgie et de souvenirs, un soupçon de tendresse et de passion, quelques pincées de rêverie et de poésie, quelques notes de musique,  quelques gouttes de malice et d’humour, quelques rasades d’équité et de tolérance… mais d’un roman à l’autre et d’une nouvelle à l’autre le mélange épicé varie et les dosages aussi…

Nous allons faire un bond dans le temps et nous embarquer pour un voyage dans les années 60 jusqu’au début des années 80 à Paris. Bien entendu avec le voile narratif les teintes sont passées par le prisme de l’imagination de l’écrivain.

Des souvenirs d’enfance à ceux de l’âge adulte d’une ribambelle de personnages qui ont traversé ces années-là avec des difficultés émotionnelles.

L’écriture de Gilles Marchand est souvent qualifiée de « musicale » avec de nombreuses références musicales et une play-list qui identifie chaque personnage… A chaque pause lecture j’écoutais le morceau cité. Dans la composition du texte il y a des passages qui ressemblent à des ritournelles grâce à des répétitions, des anaphores (et autres variantes). Il y a aussi des passages qui font penser à des refrains où le narrateur reprend les idées déjà développées. Le fait que le narrateur soit un ancien chanteur et musicien explique aussi c’est jeux avec les sonorités dans la manière de raconter.

Je suis sûre qu’avec une lecture à haute voix on se rendrait encore plus compte de la rythmique. Une étude plus poussée mettrait en évidence d’autres procédés littéraires et rhétorique.

J’ai bien aimé retrouver le style qu’on retrouve dans l’écriture de Gilles Marchand, comme par exemple l’énumération. Par exemple on va passer de la présentation détaillée des personnages principaux à une liste de personnages à peine esquissés. Là aussi j’ai pensé à des chansons.

Les instruments de musique jouent un rôle dans la narration dans le passé ou le présent… de la guitare à l’harmonica… de la musique à la musique de film il n’y a qu’un pas pour les références cinématographiques qui sont très importantes pour la narration.

On comprend d’entrée que cela ne peut que mal finir. Il y a des tournures de phrases qui préparent le lecteur… Un exemple d’entrée le narrateur nous parle de « légende » et de la dimension « d’héroïne ». Il dit aussi « si nous avions su » « si nous avions fait ceci ou pas fait cela »…

Si l’idée d’un lieu qui accueille les éclopés de la vie pourraient faire penser à un roman feel good, oublié cette idée tout de suite. Ici cela va se compliquer dès l’arrivée d’un nouveau personnage qui porte en lui une colère qui n’est pas apaisée. Jolène va créer involontairement un déséquilibre dans cette stabilité précaire. Ils étaient dans le renoncement, la résignation face à la société. Pas dans la résilience juste l’acceptation et le besoin de devenir invisibles.

La vie des personnages principaux est introduite après une sorte de résumé de ce qui se passe au présent. On a ainsi des ruptures entre le passé et le présent.

Plus avant dans la narration, on verra à travers le récit du narrateur que les personnages vont se raconter entre eux. Entre ce que lui dit d’eux et ce qu’eux disent d’eux-même on sent la différence de perspective.

Le réel merveilleux fait aussi partie des histoires de Gilles Marchand, on a ici des « dérives » avec entre autre les personnages d’Alphonse et de Gérard. Cela ajoute à la poésie déjà présente dans la narration.

On retrouve aussi la thématique du handicap physique ou mental, celui qui isole ou met l’humain au ban de la société, c’est une thématique récurrente dans l’œuvre de Gilles Marchand. La « Dignité »  est une des préoccupations importantes dans ces écrits.

Il explore tout ce qui peut mettre l’Homme à part, que ce soit les différences au niveau économique, social ou culturel. Ajoutez à cela le passage par la case « prison ».

La situation «intellectuelle » explique que les personnages n’est pas pris la mesure du drame qui se joue autour d’eux. Ils ne se rendent pas compte de la portée de leurs paroles et de leurs actes. Ils vont être dépassés par les événements puisqu’il n’y a aucune stratégie, ils ont dans l’émotionnel.

Le personnage de Jolène prenant le leadership d’un groupe d’homme m’a fait penser Joanna de « Et j’abattrais l’arrogance des Tyrans » de Marie-Fleur Albeker avec toutes les différences que les deux héroïnes malgré présentent.

Que l’histoire se transforme en drame est compensé par l’idée qu’ils ont repris courage, qu’ils ont repris pendant quelques instant leur vie en main, ou comme dit Gilles Marchand « ils se sont rappelés qui pouvaient être debout».

Ce roman aborde de nombreux sujets comme par exemple celui de l’identité. Que ce soit dans le regard de l’autre que dans le nom que l’on porte.

J’ai aussi noté l’utilisation des sens pour exprimer des sentiments. L’odeur de « Suzanne » le côté tactile avec « Alfonse » l’ouïe avec la musique (entre autre) la vue avec le regard artistique, le regard intérieur et le regard que s’échangent les personnages…. cela donne « corps » à  quelque chose impalpable

Je vous en parlerai encore longtemps car c’est un roman très riche en thématiques mais je préfère vous laisser découvrir avec votre sensibilité.

A chaque fois que je lis un roman de Gilles Marchand je le trouve encore meilleur que le précédent mais ils ne sont pas comparables car ils sont différents chacun à sa singularité et son charme. A chaque fois c’est mon préféré !

Vous l’aurez compris c’est un coup de cœur, maintenant il me reste plus qu’à attendre le prochain roman.

Maintenant que je vous ai parlé du texte sans vous dévoiler les différents rebondissements et l’histoire je vais partager avec vous des histoires de lectrice…

NB : j’ai trouvé des clins d’œil à certains romans des éditions Aux Forges de Vulcain. Le plus évident grâce au poème de Louis Aragon « A crier dans les ruines » … J’ai fait le lien avec le roman d’Alexandra Koszelyk qui porte aussi ce nom.

J’ai aussi remarqué  le titre d’un autre roman que je n’ai pas lu « Incivilités fantômes » de Rivers Solomon.

Je vous souhaite une bonne lecture.

kokeshi coup de coeur
kokeshi rentree

Mes anecdotes de lectrice :

Un jour sur Facebook, je découvre que Gilles Marchand et son éditeur David Meulemans étaient invités à la librairie Torcatis à Perpignan le 25 septembre, à une heure de chez moi. Ni une ni deux je trouve quelqu’un pour me remplacer à la médiathèque. J’entoure la date sur le calendrier… partage l’info… une vrai fan ! une gamine…ce qui amuse mon entourage… J’assume

J’ai filé acheter le roman et le lire avant la rencontre !

Avec ma meilleure amie que j’ai embarquée dans l’aventure nous étions devant la librairie avant l’heure…  Bien sûr le train de Gilles Marchand à eu du retard à cause de perturbations climatiques… Comme pour donner à cette rencontre un côté « réalisme magique » comme pour marquer cette venue. un vent terrible a abîmé les caténaires.

J’avais écris le brouillon de ma chronique avant la rencontre pour ne pas me laisser influencer. Pendant cette rencontre où un médiateur nous a exposé l’histoire et a posé des questions pertinentes notre duo auteur-éditeur nous a livré quelques anecdotes et réflexions autours des sujets abordés dans le roman. Puis les lecteurs se sont aussi exprimés. C’était très intéressant d’entre ce que les autres lecteurs attentifs avaient à dire des romans de Gilles Marchand et les réponses des deux intervenants. Cela m’a paru court car les échanges étaient très agréables et drôles, et intéressants. Ce genre de rencontre permet de se poser des questions sur notre lecture et sur le travail d’écriture. Confronter son regard avec les acteurs du livre est enrichissant.

Il a été question de roman social ou/et politique, et de la place de l’humain au centre de l’histoire. C’est un aspect que je n’ai pas développé dans mes impressions de lecture car je ne suis pas trop calée sur ces sujets là.

Les lecteurs ont aussi fait référence à la musique et de poésie… entre autres sujets. Un autre roman de Gilles Marchand a fait forte impression «Une bouche sans personne ».

Une lectrice a fait mention du fait que les personnages bougent assez peu et restent dans cette pension. Je n’ai pu répondre car une autre lectrice a enchainée avec une autre question. Je voulais dire que pour moi le mouvement se fait entre le passé et le présent à travers leurs souvenirs et leurs déplacements plutôt passé vers l’a venue comme aboutissement. La pension est comme un cocon maternel. Ce qui aurait rejoint mon intervention sur la question d’identité et de renaissance.

Mon humble contribution à la discussion portait sur le fait que les personnages étaient présentés par des surnoms. Ces noms qui vous qualifient plus justement que les prénoms de naissance que nos parents nous donne avant de nous connaître. Comme une deuxième naissance à l’âge adulte. Gilles Marchand m’a fait remarquer que c’est le narrateur et sa subjectivité  qui nous parle des personnages et de leur surnom. «le nom est en rapport avec la sphère familiale et le surnom est en rapport avec la société»  «le surnom apparaît avec le collectif».

J’ai beau suivre Gilles Marchand et David Meulemans sur les réseaux sociaux et lors de  leurs d’interviews retransmises c’est autre chose d’être là, présente et à l’écoute. C’est comme pour ma chronique ci-dessus j’aurai aimé prolonger la discussion ! J’ai un partenariat informel depuis 7 ans avec les Forges de Vulcain cette rencontre est un prolongement de nos échanges.

C’est dans cet échange qu’on se rend compte qu’on ne parle pas tous de la même façon d’un même roman chacun va mettre en avance certaines sujets qui l’on marqué.

J’ai été heureuse de les voir en « vrai », c’était comme continuer une discussion commencée à l’écrit.

Gilles Marchand a même joué le jeu en se faisant photographier avec mon « avatar », ma kokeshi !

Je vous conseille donc si vous en avez la possibilité d’aller les rencontrer.

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Nos chevaliers masqués très attentifs …

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bouche sans personne
funambule
mirages plein les poches

La vérité sur la petite graine

Claire Ubac
Ill. Zelda Zonk

Éditions Syros, 3 sept 2020, 111 p., 10 €
9-12 ans.

Mes Lectures Syros

Chronique du mercredi (Ok on est vendredi !!)
Rentrée Littéraire 2020

vérité sur la petite graine

4e de couv :

Un roman drôle et tendre, qui déconstruit les stéréotypes les plus tenaces !

Grande nouvelle ! La maîtresse est enceinte. À propos, d’où viennent les bébés ? Lena, Luc et Sakina ont chacun leur idée. Anis, lui, en est certain : les spermatos de l’homme font la course, c’est le plus fort qui gagne ! La maîtresse devra rectifier de fausses croyances et leur donner les dernières infos de la science… Pour former le futur être humain, tous les spermatos doivent coopérer. Mais au fait, et si c’était l’ovule, la vraie vedette de cette histoire ?

Ma Chronique :

Cette histoire est racontée par une gamine, Léna, elle est en primaire. Elle est passionnée par les insectes et la nature. Elle est très observatrice et aime connaître le pourquoi du comment. Son esprit plutôt « scientifique » ne peut se contenter d’approximations. Ses parents sont présents et très ouverts et elle a un grand frère en CM2.

Elle est à un âge où on peut parler de tout, alors que son frère lui est déjà dans la phase « il y a des sujets tabous ». On va avoir droit à un renversement de situation ou la petite va apprendre des choses au grand frère malgré ses « chut ne parle pas si fort, des adultes pourraient t’entendre ».

Alors que personne ne s’intéressait à cette question existentielle, ils apprennent que la maîtresse est enceinte et cela va déclencher une avalanche de questions. Dans un premier temps on va avoir la discussion entre enfants du même âge, puis avec les adultes. C’est là qu’on va découvrir que parler « reproduction » chez les être humains peut poser des problèmes avec certains parents qui font un blocage avec le « sexe » en tant que pratique sexuelle.

A quel âge en parler ? Comment en parler ? La maîtresse va développer le sujet en se basant notamment sur un travail pédagogique, en faisant parler les enfants et en visionnant un documentaire. Puis par ses propres recherches.

A nouveau réaction négative d’un parent. Ce roman montre différentes réactions.

Là, les enfants vont se questionner sur les conséquences pour la maîtresse et sur l’enfant dont le parent est bloqué. Puis la réaction d’un enfant sur le sujet qui va apporter de nouveaux éléments.

Et c’est seulement après tout cela qu’on aura la vision dans une partie du monde animal avec la naissance d’un bébé requin…

Attention  !!! Il s’agit bien d’un roman alors il y a une trame narrative qui aborde d’autres sujets que « la vérité sur la petite graine », il y a les familles et l’amitié et les chamailleries qui le sel de l’enfance.

J’ai bien aimé ce roman par sa liberté de ton sur un sujet délicat à aborder. Pour la maîtresse c’est un sujet comme un autre, en parler d’une manière décomplexée casse les barrières autour d’un sujet « tabou ». On nous montre aussi que l’école à évolué et que c’est bon de voir une équipe pédagogique soudée.

Les illustrations de Zelda Zonk sont tendres et humoristiques pour accompagner les différentes discussions. Pour certains enfants ce petit «complément » vient  « détendre » l’atmosphère, car tous ne sont pas à l’aise avec le sujet.

Ce qui m’a plu dans ce roman c’est la clarté des explications de l’adulte et sur le travail d’écoute. A l’heure des infos sur le net c’est bon de se rappeler l’importance de l’accompagnement. Mais Claire Ubac ne fait pas l’impasse sur les à priori et sur les blocages culturels.

La curiosité n’est pas un vilain défaut si c’est pour ouvrir les esprits et aider à grandir.

Je remercie les éditions Syros de leur confiance.

syros

Chinatown, intérieur

Charles Yu

Trad. Aurélie Thiria-Meulemans
Éditions aux Forges de Vulcain, 28 Août 2020,  277 p., 20 €

Mes Lectures Aux Forges de Vulcain

chinatown

4e de couv :

C’est l’histoire d’un Américain d’origine asiatique qui essaie de trouver sa place dans la société américaine. Et, comme on est dans la patrie d’Hollywood, Yu raconte cette épopée sous la forme d’une quête du rôle idéal. Car le rêve de toujours du héros c’est de devenir Mister Kung Ku : il a vu la série à la télé quand il était petit, et c’est son but dans la vie. Sauf que plus il monte les échelons, plus il comprend que Mister Kung Fu n’est qu’un autre rôle qu’on veut lui coller parce qu’il est asiatique. C’est un roman high-concept écrit sous la forme d’un scénario : le héros n’est ni « je » ni « il » mais il est désigné par un « tu ». Le héros suit le script qui peint sa vie comme une série télé en mélangeant les genres : la bonne vieille série policière, avec un flic noir et une flic blanche et une grande tension amoureuse entre les deux, des scènes de kung fu, et on finit sur une superbe scène de court drama où l’Amérique se retrouve jugée pour son traitement de la communauté asiatique. Un roman virtuose, drôle et attachant : un Lala Land sauce aigre-douce.

Ma chronique : Coup de cœur

Le premier qui me dit que tous les romans de la rentrée se ressemblent je l’envoie lire celui-ci !

La couverture de « Chinatown, intérieur » donne déjà des indices sur certains aspects de l’histoire. La mise en lumière d’un masque, de type asiatique, dans le monde du cinéma. Le monde des apparences, de ce qu’on veut voir ou de ce qu’on veut nous faire voir. Les jeux de lumière vont jouer un rôle, tantôt l’un sera mis sous les projecteurs tantôt c’est autre, tout le monde court après  la « poursuite» (projecteur qui forme un rond de lumière)  alors que c’est elle qui fait sortir de l’ombre. (note à moi-même : thématique de la lumière à creuser)

Lorsque vous ouvrez le livre vous marquez un temps d’arrêt devant la typographie qui rappelle les textes écrits à la machine à écrire. Puis vient la structure, on lit « Acte I Asiat’ de service » et on se dit que c’est une pièce de théâtre… En fait c’est un roman polymorphe, protéiforme. A la limite avec un OLNI (objet littéraire non identifié ».  On a des citations, des listes, des textes succincts avant d’entrer dans la narration et les dialogues. J’ai bien aimé ses commentaires sur d’autres « séries » Tv… De nombreuses mise en abîmes, une histoire dans l’histoire (sortes de poupées russes).

Puis vient la narration à la deuxième personne du singulier. « Tu » ne s’adresse pas au lecteur, c’est plutôt un dialogue intérieur du narrateur avec lui-même, de celui qui écrit à celui qui  a vécu dans sa chair (et vice versa). C’est un roman viscéral, j’entends par là qu’il fait souvent référence au corps. Le corps en tant qu’enveloppe avec sa couleur et ce que cela implique mais aussi le corps qui a faim, le corps qu’on martyrise, qui vit et qui meurt, un corps de qui on exige beaucoup. Il y a des moments très touchants que le narrateur balaie d’un geste comme pour ne pas s’attarder sur le sujet, pas de pathos.

Le texte fait penser à un document pour un film, dans la quatrième de couverture parle de scénario, il me semble que c’est bien plus que cela car il y a des commentaires, des notes pour rejouer son film intérieur, personnel, sa vie revue avec un autre regard qui créent une sorte de mise à distance.

Lorsque je lisais les différents types de rôles cinématographiques qui incombent aux acteurs asiatiques de Chinatown. Ils font partie de la mémoire collective (de ma génération ?). Je l’ai ai visualisés car je suis revue en train de regarder ces films qui ont bercé mon enfance et adolescence. A la Tv on avait droit régulièrement à tous les épisodes de « Kung fu » avec David Carradine. Tous les étés j’allais dans le même village, dans le même cinéma de village espagnol et on nous repassait les Bruce Lee et autres films du même genre. Et moi aussi petite fille blanche gringalette, souple comme un verre de lampe,  j’étais le petit scarabée,  je voulais devenir moine Shaolin.

La narration va nous raconter la vie du narrateur, de sa famille mais aussi de tous ceux qui l’entourent dans son immeuble et forment une micro société. On a des zooms arrière et des zooms avant, des travelings… La thématique de la famille est omniprésente.

On retrouve dans ce roman ce côté « work in progress »  qui est une des caractéristiques de l’œuvre de Charles Yu (si je m’écoutais mes chroniques auraient plus de digressions, c’est peut-être pour ça que je me retrouve dans les romans et nouvelles de Charles Yu !). J’aime cette façon d’écrire qui demande au lecteur d’être actif. On n’est pas dans la linéarité on a les petites cellules grises qui entrent en action, et font appel à la pensée en arborescence. Une idée en appelant une autre tout en gardant la ligne directrice pour atteindre la canopée.

Charles Yu tisse une grande toile. C’est un roman très visuel mais qui fait réfléchir sur la condition humaine. On finit par chercher comment positionner sa caméra intérieure.

Par moment je transposais l’histoire à d’autres communautés, d’autres histoires… mutatis mutandis!

« Chinatown, intérieur » est un roman avec différents niveaux de lecture. Chaque lecteur s’attachera à une façon de raconter une histoire. Vous n’avez rien compris à ce que je vous ai raconté ? Le mieux c’est de lire le roman !!!

Ce roman est un coup de cœur pour tout ce que j’ai dit et ce que je n’ai pas dit…

Je remercie Les Éditions Aux Forges de Vulcain de leur confiance.

vulcain
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