L’essence du Mal

Luca d’Andrea

Trad. Anaïs Bouteille-Bokobza

Éditions Denoël, 2017, 457 p., 21,90 €

Mes lectures Denoël

essence du mal

4e de couv. :

En 1985, dans les montagnes hostiles du Tyrol du Sud, trois jeunes gens sont retrouvés morts dans la forêt de Bletterbach. Ils ont été littéralement broyés pendant une tempête, leurs corps tellement mutilés que la police n’a pu déterminer à l’époque si le massacre était l’œuvre d’un humain ou d’un animal.
Cette forêt est depuis la nuit des temps le théâtre de terribles histoires, transmises de génération en génération.

Trente ans plus tard, Jeremiah Salinger, réalisateur américain de documentaires marié à une femme de la région, entend parler de ce drame et décide de partir à la recherche de la vérité. À Siebenhoch, petite ville des Dolomites où le couple s’est installé, les habitants font tout – parfois de manière menaçante – pour qu’il renonce à son enquête. Comme si, à Bletterbach, une force meurtrière qu’on pensait disparue s’était réveillée.

Mon Billet :

J’ai choisi ce roman grâce au synopsis et cette magnifique couverture que je trouve très glaçante. De plus je ne connais aucun roman qui parle de cette région dans les Alpes.

Lorsque Séverine Lenté a proposé de lire un thriller publié en 2017 pour sa cinquième semaine de challenge « The Black November » j’ai tour de suite pensé à ce roman.

Ce roman aborde plusieurs drames et états d’angoisses. Le narrateur n’est pas complaisant avec lui et il aurait une certaine tendance à se dénigrer et à pointer le doigt sur ses failles intimes. Failles voilà un terme qui a une grande importance dans ce roman. Attention, je ne parle pas de sa conception !!! Il y a des failles temporelles puisque certains protagonistes sont restés bloqués dans le passé ou les passés. Failles dans l’esprit humain avec les séquelles post traumatiques, failles dans la nature,  le décor.

Dans failles il y a le côté « entailles » et « entrailles ». Des peurs viscérales presque irrationnelles qui peuvent paralyser ou pousser dans ses extrêmes. Il y a aussi l’image des « tripes à l’air » au sens physique. Les plaies rouvertes alors qu’elles n’ont pas cicatrisées. Des douleurs que l’on réveille.

On débute avec un drame qui laisse notre héros ko, sur la touche, à la frontière entre la survie et la vie. Comme ce lieu géographique qui nous est décrit comme un no man’s land. Ni Autrichien, ni Italien, avec ses propres codes moraux, entre le passé et le présent. On a même parfois l’impression que les vivants ne laissent pas partir leurs morts et que leurs âmes hantent les lieux. Qui dit frontière dit étranger à la communauté. C’est ça aussi qui caractérise Salinger il a des racines Allemandes et il est marié à une fille du village il est juste toléré.

On a deux histoires principales, la première n’est là que pour expliquer l’état dans lequel Jeremiah Salinger se trouve. Il est le survivant, encore une raison de le montrer du doigt. Les traditions et les superstitions ne vont pas jouer en sa faveur. Il  ne se sait pas dans quel gouffre il a mis les pieds. C’est plus fort que lui. Même s’il risque de perdre sa femme, sa fille, sa raison et sa vie il continue aveuglé par sa douleur et son obsession. Bien sûr il est sous influence, alors il met du temps à mettre les pièces du puzzle en place et parfois il se trompe de sens. 

Il y a l’image du miroir aux alouettes qui me vient à l’esprit. On lui fait miroiter des choses qui perturbent sa vision des événements. Il se fourvoie ou on l’entraîne sur d’autres pistes.

Le lecteur a des temps de répit on lui expose les faits, on lui montre des scènes de famille, du quotidien et puis s’est l’accélération avec de nouvelles révélations, de nouveaux incidents puis un temps mort… de nouvelles promesses qui ne seront pas tenues…

Il ne se rend pas compte de ce que cela implique vraiment dans sa vie quotidienne toutes ses découvertes et tout ce venin qui se répand  dans son esprit.

Le doute s’insinue chez le narrateur et chez le lecteur… va-t-il s’en sortir ? Va-t-il trouver ? Va-t-il perdre la raison et/ou  la vie ?

Ce que j’ai aimé c’est cette descente dans les entrailles de la terre. On croit qu’il va y avoir une sorte de renaissance après un passage par une sorte de mort, une sorte de purification qui lavera l’âme blessée de Salinger et en fait pas du tout. C’est juste un passage par les enfers, il laisse derrière quelques illusions. Point de Jonas dans la baleine, n’oublions pas qu’il se prénomme Jeremiah !

Il y a une sorte de descente aux enfers, une spirale infernale dont chaque protagoniste devra faire sont voyage… Non je ne vais pas vous parler de Dante (que je n’ai pas lu !) juste parce que Luca d’Andrea  est italien et qu’il traite de l’enfer !

Il y a toute une thématique que je ne développerais pas mais qui concerne les femmes, leur place et le rôle qu’elles jouent dans toutes ses vies et ses morts. Elles son omniprésentes.

Je m’arrête là pour ne pas vous dévoiler tous les chausses trappe dans lesquelles le narrateur va souvent tomber.

Tomber voilà un verbe aussi qui a son importance dans cette histoire. Il y est question de chute dans toutes les acceptions du mot… je vous laisse découvrir…

Les personnages ont leur importance de par leurs origines ou leurs positions sociales. Prenons par exemple le narrateur… Salinger le marcheur de Brooklyn ( j’y ai vu un  petit clin d’œil avec le Salinger  l’auteur de « l’attrape cœur » et son personnage de Holden qui aime marcher à NY) Le fait que Jeremiah soit à moitié américain et à moitié allemand cela forge un certain caractère et une façon d’aborder le problème. Le côté rationnel et le côté imaginaire. Vouloir aller jusqu’au bout quitte à briser les traditions séculaires tout en ayant en partie la mythologie des « frères Grimm ».

Coup de cœur !

Luca d’Andrea est un auteur que je vais suivre…

Je remercie les Éditions de Denoël pour leur confiance.

RL 2017
kokeshi coup de coeur

Article précédemment publié sur Canalblog

Une robe couleur de vent (1)

Sophie Nicholls

Trad. : Michelle Charrier

Éditions Préludes,oct 2017, 333 p., 15,90 €

Mes lectures Préludes

robe de vent

4e de couv. :

Fabia Moreno vient de s’installer avec sa fille, Ella, dans la petite ville de York, où elle a ouvert un magasin de vêtements vintage. Une boutique de rêve, comme les femmes de York n’en ont encore jamais vu. Car Fabia possède un don pour dénicher la robe idéale et l’ajuster à chaque cliente. Autour de son commerce, bientôt, les destins se croisent, les identités se révèlent et les amours s’épanouissent… mais naissent aussi la méfiance et la jalousie.
L’exubérance de Fabia dérange, et la jeune Ella, à la peau cuivrée, est une adolescente bien mystérieuse.
Parviendront-elles à s’intégrer dans la communauté ?
Quel sombre secret cache Fabia derrière ses tenues flamboyantes et son accent chantant ? Sa fille elle-même sait-elle tout de l’histoire familiale ?

Mon Billet :

Le titre a tout de suite titillé mon imagination, peut-être un souvenir d’enfance avec la fameuse robe du temps de peau d’âne. Cela fait aussi penser à d’autres contrées.

Besoin d’un peu de douceur aussi.   C’est  un roman « froufroutant » on a l’impression d’entendre le bruit des tissus au milieu du silence.

Silence bien bruyant fait de cris étouffés de souvenirs du passé, de souffrances que l’on cache derrière de beaux atours.

Société des apparences devoir cacher ses origines pour avoir droit à la paix. Derrière les apparences sociales et la bien séance se cache parfois la détresse. Avoir peur du bonheur si fragile qui peut basculer en malheur.

Fabia essai de raccommoder sa vie et celle des autres femmes mais c’est comme si on lui refusait à elle d’être heureuse.

Il y a pourtant de belles rencontres et des sourires retrouvés, des corps en accord, des corps ré-appropriés.  Il y a une petite touche de magie qui fait des étincelles et briller les yeux et  les âmes.

Ce sont surtout des histoires de femmes de milieux différents qui vont faire des choix. Certaines vont parler et d’autres se taire, certaines vont faire du bien, d’autres vont combattre leur démons  et affronter la vie, alors que d’autres vont vouloir entraîner les autres dans leur chute.

La famille est très importante pour la transmission et la protection. Les uns doivent pouvoir compter les uns sur les autres.

Ce roman est un concentré de couleurs qu’il s’agisse de peau, de tissus ou d’atmosphère. C’est une histoire qui fait la part belle aux couleurs étincelantes et lumineuses.

Le seul bémol, c’est la fin, la coupure entre la confession et l’épilogue. Il y a un petit trou … un petit quelque chose qui m’a manqué.

Il y est question de Grand Amour, d’amour maternel, d’amour filial, de bienveillance. La malveillance, la méchanceté et la jalousie ne font que mettre en valeur les bonnes ondes et donnent encore plus de consistance au sujet de fond, vivre en accord avec ses principes.

C’est un roman très visuel avec toutes les petites notes sur les différents vêtements, chaussures et accessoires. Ces petites touches en début de chaque chapitres son un beau fil rouge et une jolie entrée en matière.

J’ai beaucoup aimé les textes dans le texte, les étiquettes, les lettres, les contes etc… ils donnent une touche supplémentaire. Sophie Nicholls a une façon de conter par petites touches et allusions qui donne envie de tourner les pages pour avoir le fin mot de l’histoire.

Le temps est très important il y a le temps présent et les temps plus lointains, souvenirs de Fabia ou souvenirs d’Eustacia (de façon indirecte), il y a le temps des contes aussi, cela donne un petit côté poétique.

C’est annoncé comme un premier tome et je suis bien curieuse de savoir qu’elle sera le propos du tome 2. Peut-être que le côté magique sera développé…. Patience !

Je remercie les Éditions préludes pour leur confiance.

RL 2017

Article précédemment sur canalblog