Échecs et meurtres

Jacques Lavergne

Cairn Éditions, coll. Du noir au Sud, 8 avril 2021, 11 €

Mes lectures Cairn

4e de couv. :
Que se passe-t-il en pays camarguais ?
La sérénité des lieux est troublée par le meurtre sauvage d’un médecin retrouvé égorgé et pendu par les pieds à l’une de ces croix qui jalonnent le pays. Un assassinat a priori inexplicable qui frappe l’imaginaire de toute la région. Et ce d’autant plus que cet acte se révèle totalement inexplicable.
Dans le même temps, une clinique locale déplore des décès se produisant au bloc opératoire sans que l’on en comprenne l’origine : banals accidents ou crimes sordides ?
Le commandant Sagnes de la police judiciaire et son groupe d’enquêteurs vont tout mettre en œuvre pour démêler ces imbroglios. Mais les défis sont de taille et les résultats rien moins qu’incertains.

Mes impressions de lecture :

J’aime bien cette collection car les enquêtes se déroulent dans le Sud. Je découvre certains lieux ou j’en retrouve certains qui me « parlent ». Ici la Camargue, mon enfance… Des polars qui mettent en avant un lieu, une population, une légende ou une tradition, une histoire locale. C’est ce qui m’attire un autre lecteur y trouvera d’autres attraits. D’ailleurs c’est ce qui est mis en avant sur la couverture du roman. Le format poche est agréable à lire.

Je ne connais pas cet auteur, mais j’ai lu qu’il  était avocat, cela joue une certaine influence dans la description des procédures et des fonctions. Par exemple les policiers ne sont pas un groupe avec un chef charismatique, ici chacun non seulement à un rôle mais il a une fonction, il y a le commissaire, le commandant, le procédurier…

L’auteur s’attache à bien marquer la place et la fonction de tous les personnages quelque soit le corps de métier. On pourrait y voir un sens du détail si cela n’avait pas un écho avec le reste de l’affaire. Comme le titre l’indique le jeu d’échec joue un rôle dans cette série de meurtre. Et tous les personnages jouent leur rôle dans la vie comme des pièces sur un échiquier. Quelles pièces vont-elles être sacrifiées ?

Les déplacements entre les villes de la région et la Camargue semi-aquatique avec ses contraintes de déplacement, un peu comme pour certaines pièces de l’échiquier.

J’ai beaucoup aimé suivre d’une part l’enquête du côté de la police avec toutes les procédures, tout en aillant une approche différente avec la journaliste qui a d’autres méthodes à sa disposition.

Je ne peux rien dire le/la/les criminel.les (bon je suis perdue avec l’écriture inclusive, vous aurez compris ce que j’ai voulu dire ou taire !) j’avais compris certaines choses avant les personnages. Suffisamment pour avoir envie de dire à tel ou tel personnage, attention ! Les auteurs jouent avec leurs personnages mais aussi avec leurs lecteurs !

Quand est-il de la vie privée des personnages ? Je suppose que Jacques Lavergne a créé des personnages récurrent car j’ai vu que dans son précédent roman le commandant Sagnes était déjà là, la vie privée c’est ce qui crée chez le lecteur de séries policières le lien entre une enquête et une autre. Certains éléments sont déjà en place, cependant ce n’est pas la partie que l’auteur a choisi de développer le plus.

Vous l’aurez compris j’ai bien aimé cette lecture récréative (oui j’ai parfois de drôles de façon de me détendre). Un texte maîtrisé, structuré qui montre la folie de certains Hommes. L’influence du métier de l’auteur se retrouve dans le mot juste et bien choisi, quelques régionalismes mais pas trop. Je pense que c’est un auteur que je vais suivre.

J’aurais pu vous parler du choix judicieux de cet espace entre eau salé et douce et ces parcelles de terre et tous les possibles pour l’imaginaire, mais c’est un vaste sujet !

Je vous souhaite une belle découverte.

Je remercie les Éditions Cairn de leur confiance.

Où m’entrainera ma prochaine lecture ? Affaire à suivre !

Le souffle de la nuit

Alexandre Galien,
Michel Lafon, 24 sept 2020, 318 p, 18,95

Mes lectures Michel Lafon

souffle de la nuit

4e de couv. :
 » Les silences de Valmy, au bout du fil, avaient résonné dans leurs oreilles comme le sifflement d’un corps qui tombe droit dans l’abîme. Pourtant quand le chef de la Crim’ avait prononcé les mots  » meurtre ‘,  » poupée criblée de cicatrices ‘,  » vaudou ‘ et  » bois de Vincennes ‘, une tension inhabituelle avait envahi la pièce. Jean et le commissaire ne surent dire si c’était sa respiration qui avait changé, ou s’il était habité d’une force inconnue, mais le Valmy qu’ils connaissaient avait repris le dessus. « 
Des faubourgs de Barbès aux dorures des ambassades, entre prostitution et magie noire, le groupe de Philippe Valmy se reforme pour traquer un tueur sanguinaire qui met à vif les cicatrices du passé.

Mes impressions de lectures :

Je découvre le commandant Valmy avec cette deuxième enquête. Ce n’est pas gênant puisqu’il s’agit d’enquêtes qui se terminent à la fin du livre. D’autant plus que nous avons force détails sur l’enquête précédente, trop à mon goût. Alors si je lisais « les cicatrices de la nuit » ce serait plus pour la mécanique que pour la résolution de l’enquête.

Toutes ses informations liées au passé permettent au lecteur de se faire une idée de la profondeur du chagrin de Valmy.

La coïncidence ou le destin veut que Valmy soit parti au Nigeria pour se remettre des drames vécus et que les crimes actuels semblent avoir un lien avec le milieu des prostituées nigérianes.

Son retour à Paris ne va pas être de tout repos. On va le suivre avec une équipe qui doit travailler avec d’autres services de police. On va le voir se débattre avec ses propres démons intérieurs alors que les « forces du mal » semblent se déchaîner.

C’est un roman à la troisième personne du singulier alors on va suivre plusieurs personnages dans leur « vie personnelle » si tant soit peu qu’ils en aient une  et cette enquête criminelle assez violente et viscérale. Amours, sexe et carrières… soif de pouvoir.

Cependant l’auteur réserve au lecteur la primeur de certaines informations puisqu’on va avoir des chapitres à la première personne où le tueur s’exprime et raconte ce qu’il fait et pour quoi. Le lecteur en sait plus que les enquêteurs du moins pour cette partie de l’enquête.

Il va y avoir des développements inattendus puisque le lecteur n’a pas certaines informations et qu’il les découvre quand il croit que le « coupable » va être appréhendé… qui vont entrainer les enquêteurs dans des milieux autres que  ceux les petits trafiquants de Barbès.

On découvre certains aspects de l’Afrique tant au niveau des traditions du Nigéria que dans les arrangements avec le gouvernement français !

Pour ceux qui connaissent Paris il y a quelques scènes d’action que vous visualiserez facilement.

De nombreux rebondissements et twists vont tenir en haleine le lecteur jusqu’à la conclusion de cette affaire.

Je remercie éditions Michel Lafon de leur confiance.

lafon

Coups de vieux

Dominique Forma

Éditions Robert Laffont, La Bête noire, 22 août 2019, 384 p., 20 €

Mes lectures La bête noire

coup de vieux

4e de couv :

Ils ont passé l’âge… Si ce n’est de faire justice eux-mêmes. Clovis le facho et André le gaucho. Deux frères ennemis à la longue histoire de coups tordus.
Le soir tombe sur Le Cap d’Agde. André, la soixantaine, s’aventure dans les dunes des échangistes. Bientôt, il aperçoit l’objet de ses fantasmes : une belle femme nue allongée sur le sable. Il s’approche. Son désir s’éteint aussitôt : la belle est morte, assassinée.
Craignant de devenir le suspect n° 1, André appelle Clovis à la rescousse. Avec l’aide d’Alexe, une libertine craquante, le duo improbable Algérie française et Gauche prolétarienne débute une sulfureuse enquête parsemée de sang, de sexe et de sales magouilles…
Un roman noir jubilatoire qui transgresse avec brio et impertinence les codes du genre.

Ma chronique :

Je connaissais l’écriture de Dominique Forma version jeunesse et j’avais aimé sont côté « action » et le mouvement dans sa narration. C’est donc la curiosité qui m’a poussé à découvrir un polar adulte qui venait de paraître et donc l’intrigue se déroule à un peu plus d’une heure de chez moi, c’est assez troublant. Ajoutez à cela que je vais peut être le rencontré vendredi 11 octobre à Toulouse Polar Sud.

C’est un roman adulte et un polar, alors âmes prudes passez votre chemin car le sexe est assez présent. En effet on a trois fils rouges : le sexe, l’argent et le passé militant. Dominique Forma a formé une belle tresse où tous les brins s’entremêlent.

Le lecteur comprendra certaines choses avant certains protagonistes (voire plus qu’eux) car il a une vue sur tous et tout.

Les enquêteurs amateurs forment un duo improbable, du type frère ennemis, nous avons André un journaliste gauchiste pur et dur et Clovis un pied noir ancien OAS qui vendait des journaux. Et dès le début ils ont conscience qu’ils ont pris un coup de vieux mais ils ne savent pas ce qui les attend…

Ce que Dominique Forma est arrivé à créer c’est une toile d’araignée tissée autour du domaine de Garens. On finit par ce dire que le monde est petit car le cercle des personnes concernées est assez restreint et elles sont liées entre elles.

L’histoire débute fort par d’un côté  la découverte du corps d’une femme et de l’autre un incendie d’une partie du domaine où elle habite. On se doute bien que ces deux crimes sont liés, la concomitance de ces deux affaires va engendrer bien des questions… la gendarmerie enquête de son côté… mais l’invité de la maison qui a découvert le corps de l’épouse de son ami ne peux rester les bras croisés.

Le mari est dans un état second il ne sera d’aucun secours…

Alors André Milke se tourne vers son ami-ennemi de toujours Clovis qui vit dans la région et connait du monde. Oubliez les héros, tempes grisonnantes et en pleine forme, car c’est une équipe de bras cassés qui va passé la moitié de leur temps à se disputer et s’insulter tout en se mettant dans de beaux draps.

Il y a des personnages qui vont passer à côté des coups et d’autres qui vont en prendre à leur place. Coups de vieux et vieux qui prennent les coups c’est au choix !

On va découvrir aussi les montages financiers autour du blanchiment d’argent via la spéculation immobilière. On va explorer de sombres histoires.

Et les femmes me direz-vous ? Nous avons trois spécimens assez haut en couleur. Fragiles et fortes à la fois. Elles retournent leurs points faibles  pour mieux s’en sortir… enfin sauf la morte !

Lorsque le roman se termine on se rend compte de qui elles sont vraiment. Il y a un décalage entre ce qu’on voit d’elles et ce qu’elles sont. Elles ont toutes les trois un but dans la vie et elles foncent quitte à perdre la vie.

Les hommes eux sont moins reluisants. Ils ont un petit sursaut, mais là je ne parle pas des méchants. Car il y a de vrais méchants sans sentiments ni scrupules.

Ce que j’ai aimé dans ce roman c’est le portrait des personnages qui se dessine petit à petit et dont on garde une image assez claire à la fin. J’ai aussi trouvé intéressant de ne m’attacher à aucun personnage, on dirait qu’ils font tout pour cela. Il y a une petit côté cynique et ironique qui m’a plu. J’ai souris de les voir en fâcheuse posture.

C’était intéressant de retrouver des éléments de ma région qui collent bien à la réalité. Et Dominique Forma brosse un tableau assez réaliste des vestiges du passé dans notre présent, de l’influence de certaines idées actuellement.

Je remercie les Éditions Robert Laffont et La Bête noire de leur confiance.

Je reviendrai vous raconter si j’ai rencontré l’auteur en chair et en os à Toulouse Polar Sud.

robert laffont
bête noire
RL19
toulouse polar sud

Littérature jeunesse

nano risque tout

Article Précédemment publié sur Canablog

Le sang dans la tête

Gérard Guégan

Éditions de la Table Ronde, La Petite Vermillon, mars 2018, 205 p., 7,30 €

Mes lectures de la Table Ronde

4e de couv. :

«En racontant une semaine de la vie de l’inspecteur principal Ruggieri, chaque chapitre correspondant à une journée, Gérard Guégan superpose une enquête et un portrait. L’enquête, qui se déroule en 1980, c’est celle autour de l’assassinat d’un jeune boxeur noir dans les toilettes d’un bistrot, bientôt prolongée par la découverte de cadavres d’enfants vietnamiens dans la cuve de colle d’un atelier d’ameublement. Le portrait, c’est celui de son flic, veuf et joueur d’échecs, qui a des manières bien à lui de se consoler dans l’intimité de la mort de sa femme. Le Sang dans la tête est un roman de l’amour monstre et du racisme qui commence alors à devenir une donnée immédiate de la société française.»
Jérôme Leroy.

Anecdote de lectrice :

Au détour de certains romans, je découvre la France de mon enfance. Au temps de notre insouciance nous ne regardions pas la société dans son enfance. Le journal télévisé c’était pour les grands » et nous avions tôt fait de partir dans notre univers d’enfant. Alors parfois je tombe des nues comme si j’avais vécu ailleurs. Pour la lecture,  c’est pareil il y a des pans complet de la littérature que je n’ai découvert qu’à travers des émissions comme « mauvais genre » sur France culture et parce que je suis curieuse.

Lorsque « La Petite Vermillon » m’a annoncé et proposé de découvrir des rééditions de polars des années 80, je me suis dit que c’était une belle occasion  d’approfondir le sujet. Sans parler que c’est une sélection de Jérôme Leroy, je savais déjà que ce n’était pas de l’eau tiède qu’on allait boire !

Je ne sais pas si le fait de voir autant publication à chaque rentrée ou même mensuellement ne vous fait pas réfléchir sur le devenir de tous ses textes. Quel roman passera le cap des 5, 10 ? Qui sera là pour les défendre encore dans 20 ans et plus ?

Je trouve très intéressant que des livre soient republiés, re-traduits, remis en avant par des passionnés.

J’aime chiner et je pourrais retrouver des titres des années 70-80 mais qui choisir ?

Alors j’ai décidé de faire confiance aux éditeurs qui font le travail de fond avec une certaine cohérence ou ligne éditoriale.

Je me demande comment ceux qui n’ont pas connu ses années voient les choses.

Prochainement je vous parlerai de « il ne faut pas déclencher les puissances nocturnes et bestiales » de Kââ… tout un programme !

Après ces généralités passons au texte qui nous occupe …

Mon billet :

En débutant « le sang dans la tête » on fait un plongeon direct dans le passé. Du côté du sang, de la peur, du racisme, de la violence. Depuis des années l’immigration des anciennes colonies, l’immigration après guerre, l’immigration économique, la clandestinité tout cela avait créé des communautés. Et attisé la haine de certains.

On se dit que certaines choses ne disparaissent pas, sauf qu’aujourd’hui il est de bon ton de lisser tout cela avec le politiquement correct.

Les faits divers sont encore une source d’inspiration comme ici.

Gérard Guégan (que je découvre) n’y va pas avec le dos de la cuillère tout le monde en prend pour son grade. La police n’est pas épargnée bien au contraire.

Ça fume, ça boit, ça dégaine facilement, ça n’y va pas mollo avec les témoins ou pendant l’interrogatoire des suspects.

On est dans un polar alors les travers de la société sont exacerbés et le trait légèrement noircie (enfin j’espère).

Le proxénétisme « familial » et la pédophilie fond partie de la toile de fond. Cela se savait mais personne ne cherchait à enquêter à enrailler le problème.

Le monde du travail n’était guère plus tendre.

Le personnage de l’inspecteur divisionnaire Ruggieri, ne respire pas la joie de vivre, il vit mal son veuvage. Son franc parler ne plaît pas à tout le monde.

Les personnages que nous croisons en suivant Ruggieri sont hauts en couleur. On découvre des intérieurs à l’image de leurs habitants avec leurs manies, leurs obsessions, leur monde clos. Chacun cache ses démons derrière la porte de sa maison.

Ce qui est drôle aussi, c’est que l’informatique, le téléphone portable n’étaient pas là pour informer. C’était d’humain à humain. Chacun son mode de classement.  Alors il fallait savoir les bonnes questions aux bonnes personnes pour essayer de recouper toutes les informations. On tapait les rapports à la machine avec toutes les erreurs de frappe que cela impliquait…

Ce roman comporte deux (vois trois) enquêtes. On découvre la frustration de connaître les coupables et de ne pouvoir les appréhender ou remonter la filière plus que les hommes de main.

La deuxième enquête on suit plus les étapes. L’enquête de terrain, enquête de voisinage, la pêche aux infos, les indics, l’attente…

Et puis il y a les femmes… mais ça c’est un autre programme.

Le seul petit bémol c’est le dernier jour … c’était en trop pour moi… un dernier barouf d’honneur. Une autre facette de la criminalité.

J’ai aimé retrouver certaines expressions ou références qui passeront inaperçues aux plus jeunes. Ainsi que les références culinaires, bœuf carotte, blanquette, sole meunière, et terrine de poisson…

Un roman ou on n’a pas le temps de s’ennuyer et qui se lit d’un trait.

Je remercie les Éditions de la Table Ronde pour leur confiance.

Article précédemment publié sur Canalblog