Réexposition

Un paysage unique envisagé 99 fois

David Samblanet

Éditions Photœil, coll. Un manteau d’image, 2020, 122 p., 25,32 €

David Samblanet

4 e de couv. :

Réexposition : un paysage unique envisagé 99 fois.Ce livre est le résultat d’une rencontre sidérante entre le cirque de Viviès et le photographe David Samblanet. La contrainte était de décliner un même paysage photographiquement 99 fois, en référence au livre singulier « Exercices de style » de Raymond Queneau qui raconte 99 fois la même histoire, mais dans un style à chaque fois différent. Le titre « Réexposition » vient des compositeurs classiques qui utilisaient la structure « forme-sonate » pour le premier mouvement de leurs œuvres musicales. Cette structure comportait l’exposition, le développement et la réexposition : c’était entendre à nouveau ce qui était présenté dans l’exposition sous des aspects identiques ou voisins

Neuf textes correspondants à neuf personnages, seront présents toutes les onze réexpositions. Si vous souhaitez les lire, il vous suffira simplement de scanner les « QR code » avec votre téléphone. La répétition du même paysage, appelé le cirque de Viviès, à Saint-Laurent de la Cabrerisse, proche dans sa composition de l’origine du Monde de Gustave Courbet, du point de vue de l’artiste, deviendra obstinément un prétexte à une construction mnémonique. C’est à l’aide des mots qu’il trouvera un passage.

Mes impressions de lecture :

Je connaissais David Samblanet avant de savoir qu’il était photographe. Nous avions parlé de littérature et autres sujets plus quotidiens. Il vit dans un village à côté de chez moi et nous avons une amie en commun qui a su mettre en avant le travail de David. Une exposition était prévue en juin 2020 dans la médiathèque où je travaille, mais les événements en ont décidé autrement. Nous avons pu la mettre en place pour juin et juillet 2022.

Une chose c’est voir les photos sur le site de l’artiste une autre de les voir face à vous en 1×1 m, 10 photos. C’est un travail qui surprend par les formes qu’elle prend. La démarche artistique est fort intéressante. Voir un espace naturel qui nous est familier prendre des formes aussi étranges il faut faire la démarche de se plonger dans cet imaginaire.

Les photos sont numérotées mais n’ont pas de nom contrairement à Queneau qui annonçait le titre de l’exercice. Ici le photographe laisse le « spectateur » se projeter émotionnellement ou mentalement. J’avoue avoir un faible pour #88. Certaines on un effet hypnotiques comme si on plongeait dans une autre dimension. Des sphères argentées, d’autres translucides ou d’autres objets étranges viennent se superposer au paysage. Tantôt David Samblanet joue avec les couleurs et les déformations, tantôt on voit le paysage voler en éclat… laissant l’observateur interpréter son ressenti.

Comme je disais, l’exposition est constituée de 10 grandes photos, pour avoir les 99 photos, il faut feuilleter le livre ( format ≃ 22×22). Vous savez que je suis une amatrice de livres donc toutes les excuses sont bonnes pour avoir le livre dédicacé et customisé par l’artiste.

Dans un avant propos l’auteur nous explique le pourquoi et le comment accéder à ses textes. En effet le photographe a inclus des textes pour certaines photos, mais il a choisi d’utiliser des QRcod pour les lire, il faut vivre avec son temps,  par pudeur puisque ce sont des personnes qui les lui ont inspiré. Je trouve l’idée très intéressante car on feuillète un « album photo » avec toutes ses variantes sans que le regard soit perturbé par du texte. D’autant qu’il n’y a que 9 textes et  99 photos.

Ces neuf textes qui abordent le thème de l’origine, la pédophilie, des traumatismes de la guerre, souvenirs de rencontres marquantes, voyages… et il y a les textes en suspend qui attendent le moment où l’auteur sera près à les dévoiler. C’est comme si l’auteur se donnait la possibilité de faire évoluer ses textes et pourquoi ne pas en créer d’autres.

Ce livre « d’images » nous invite aussi à nous plonger dans ses paysages modifiés et comme le dit l’auteur « Il regardait le paysage comme un horizon et il songeait… » Voilà qui pourrait donner lieu à des ateliers d’écriture (d’ailleurs il me semble que lors d’une expo ce fut proposé).

Et vous que vous inspirent  ces photos ?  ICI

Je ne vais pas analyser ces photos, c’est un exercice que je ne maîtrise pas du tout.

Je vous laisse découvrir le travail photographique de David Samblanet et les lieux de ses expositions.

NB : pour la petite anecdote, je suis arrivée dans ce village il y a 9 ans et je n’ai toujours pas fait cette randonnée, quelque chose me freine… Je ne connais donc que la partie extérieure… David y voit l’origine du monde à la Courbet et moi un lieu étouffant… mon côté claustrophobe resurgit.

Challenge VLEEL « un livre qui « ouvre mes horizons littéraires »