Inflorescence

Raluca Antonescu

Éditions de la Baconnière, janv 2021, 258 p, 20 €

Masse critique Babelio / La Baconnière

4e de couv. :

Jura, 1911. Une femme se désespère d’être à nouveau enceinte. Pour implorer la fin de sa grossesse, elle se rend au Gouffre du Diable. A partir de ce lieu dont la terrifiante et réelle histoire nous est contée, Raluca Antonescu entrelace quatre générations de femmes qui traversent le siècle.
Lorsqu’il a plus d’une fleur sur une tige, on parle d’inflorescence. Les protagonistes de ce roman se construisent au sein de leur jardin, chacune à son rythme, en se réappropriant leur vie. L’inflorescence se fait l’expression de la transmission muette entre générations, le jardin un lieu-miroir qui n’appartient qu’à soi et permet la reconstruction.
Jardin ou gouffre, pépinière en Argentine ou plates-bandes ordonnées d’un lotissement Levitt, pollinisation ou pollution ; l’auteure observe ce perpétuel balancier.

Mes impressions de lecture :

Lorsque j’ai vu passer ce livre sur les réseaux sociaux c’est la couverture qui m’a attirée, ensuite c’est cette histoire de femmes. J’ai eu le plaisir de découvrir en ouvrant le livre que chaque partie est séparée par une page graphique qui représente une sorte d’empreinte de plante, en deuxième page c’est indiqué « élaboration graphique sur base des cyanotypes d’Anna Atkins (1799-1871) », tiens encore une femme.

 Je ne connaissais pas cette jeune maison d’édition suisse. Le livre est agréable à tenir en mains, il est souple.

J’ai aimé les chapitres courts où on suit chaque femme, à la première ou troisième personne (cela dépend). Le nom et le lieu et date sont indiqués en titre ce qui permet de bien se repérer même si chaque histoire est clairement identifiable. Les écritures sont aussi différentes.

Il y a une grande vivacité dans l’écriture, c’est femmes ont cela aussi en commun.

La vie, la mort, le deuil et tout ce qui se déroule entre temps. La femme faisant partie de la nature. Il y a l’idée du tout, du cycle.

J’ai beaucoup aimé ce roman tant dans sa structure que dans les idées développées. C’est une autrice que j’espère suivre.

Lu dans le cadre de Masse Critique, je remercie Babelio et Les éditions de la Baconnière pour ce partenariat et cette découverte.

Vivendier des sorcières

Recettes et savoirs magiques pour enchanter sa cuisine

Xenia Vetsera

Éditions Danaé,  mai 2020, 196 p, 18 €

Masse critique Babelio / Éditions Danaé

Le Vivendier des Sorcières ne consiste pas en une énumération de recettes de cuisine. Bien sûr, concocter de succulents plats en apprenant à cuisiner avec la lune ou les éléments fait partie intégrante de ce livre. Mais celui-ci va plus loin encore. Il insuffle une certaine façon de vivre dans un heureux mariage entre magie et sciences. La cuisine occulte qui y est développée est directement héritière de la Kitchen Witchery anglo-saxonne, un domaine encore très peu présent et rarement traduit sur le marché français. Dans cet ouvrage, l’auteure nous livre un travail consciencieux de recherche autour des propriétés médicinales des plantes, des épices, des huiles essentielles, mais également leurs correspondances en magie et leurs usages. Parce qu’insuffler un peu de magie dans son quotidien est finalement une chose toute simple, Xenia Vetsera partage avec nous son expérience ainsi que ses conseils pleins de bon sens et de bienveillance pour fabriquer ses propres cosmétiques, ses produits d’entretien, ses conserves…, en exploitant avec respect ce que la nature nous offre au fil des saisons.

Mes impressions de lecture :

Il y a quelques mois, cela devait être au moment de la publication du livre, une copine est venue me voir pour me demander si j’avais ce livre car elle sait que j’aime cuisiner à base de produits du jardin et de la nature. Lorsque j’ai vu ce titre dans la liste Masse critique Babelio je me suis dit c’est un signe, c’est pour moi !

C’est le premier livre que je lis des éditions Danaé et pas le dernier.

J’aime le sous titre de ce livre « Recettes et savoirs magiques pour enchanter sa cuisine ».
Ce n’est pas l’aspect sorcière qui m’a attiré, mais tout ce qui tourne autour des plantes, que ce soit pour leur côté gustatif ou leurs biens faits.

Mais avant d’entrer dans le sujet à proprement parler, je vais m’attarder sur l’objet livre qui joue un rôle dans cet ouvrage. Les tons de la couverture font penser aux livres reliés en cuir. Lorsqu’on l’ouvre  la magie continue avec des pages décorés aux fonds aspect vieilli. Les illustrations sont de différents types tantôt des gravures, des photos, des dessins… J’ai passé un moment à lire les pages avec les «  crédits photos », choses que l’on fait rarement, tout y est détaillé. Dans les annexes on a aussi une bibliographie sur la thématique. De quoi aller plus loin si le sujet vous intéresse.

Cet ouvrage contient de nombreuses entrées. On a comme dans les bons livres de cuisine des pages sur les ustensiles, sur le but recherché par l’ouvrage, et une belle introduction. Ensuite il se divise en saisons et là aussi nous avons différentes rubriques : la santé les recettes pour manger/boire se faire du bien. J’ai commencé par l’hiver, autant commencer par notre saison. Pour bien se repérer le bord des pages à une couleur différente en fonction de ce qu’elle contient. C’est repères visuels sont pratiques pour revenir sur tel ou tel sujet. Je me suis fait la réflexion qu’il n’y avait pas de ruban marque page, mais j’ai réalisé qu’en fait il en faudrait plusieurs ! Les post’it et autres marques pages viendrons marquer les articles à relire.

Pour chaque saison nous avons des « correspondances »  comme par exemple : fruits et légumes de saison, pierres, couleurs, huiles essentielles… puis un sujet  autour de la saison, la lune, c’est la partie « ésotérique » « sorcière », on va aussi avoir des histoires, des légendes. Quand aux recettes elles sont de différents types « entrées », « plats » « pains » « desserts » « tisanes » « soins ». J’en ai noté plusieurs à faire dans d’autres saisons. J’ai eu la surprise de voir des recettes avec de l’alcool, allez savoir pourquoi je ne m’y attendais pas ! que d’à priori on a parfois !
C’est un livre très plaisant à lire, je pense que chaque lecteur s’attardera sur les points qui l’intéressent. J’ai appris des choses, J’adhère à certaines et je suis septique sur d’autres… Ce que j’ai aimé ce sont les articles pas trop longs et la mise en page qui rend la lecture agréable.
C’est un livre qu’on garde sous la main pour y revenir quand l’envie nous en prend ou au changement de saison…

Je remercie les éditions Danaé et Babelio.

La Piste des Cendres

Emmanuel Chastellière

Éditions Critic, fév 2020, 615 p., 24 €

Masse Critique Babelio / Éditions Critic

Site auteur

Vous pouvez trouver ce livre en numérique…

4e de couv.

1896, Nouveau-Coronado.
Fils illégitime d’un influent propriétaire terrien, Azel fuit son destin, ballotté entre des origines indigènes qu’il renie et une famille qui ne l’accepte pas. Il a préféré rejoindre les montagnes, où il se contente de jouer les chasseurs de primes.
Pourtant, loin des hauts plateaux, la menace d’une guerre se profile dans la péninsule : le Nord, véritable grenier à blé, estime être exploité par le Sud, plus industriel, qui dispose d’un accès à l’océan grâce au port de Carthagène.
Lorsque Azel accepte à contrecœur d’accompagner un convoi d’indigènes décidés à quitter leurs anciennes terres pour le Grand Exil, le jeune homme est loin d’imaginer qu’il va lui-même se retrouver entraîné dans cette guerre civile… et tout ce qu’elle risque fort de réveiller.

Ma Chronique :

J’ai eu le plaisir de pouvoir commencer à lire ce roman pendant « Le mois d’Emmanuel Chastellière » sur le blog Book en Stock et le recevoir pendant le confinement.

J’ai lu, juste avant, « L’empire du Léopard » une aventure qui se déroule vingt cinq auparavant dans cette partie du monde imaginaire de la Péninsule de la Lune d’Or. J’avais encore l’esprit rempli d’images. Les deux romans peuvent se lire séparément mais je vous conseille de les lire dans l’ordre pour avoir cette impression de prolongement. On va se rendre compte que les problématiques sont différentes entre ces deux époques.

Au-delà des intrigues et autres actions de l’histoire, la narration met en avant ce qui a été construit tant au niveau des bâtiments et des villes mais aussi dans l’implantation à long terme des colons. Mais bien sûr la destruction n’est pas bien loin. On sent que les années ont été mises à profit pour asseoir un certain pouvoir. On sent vite poindre le point de bascule. Les rébellions grondent sur plusieurs fronts.

Nous allons suivre deux groupes avec des dynamiques différentes. L’un est militaire avec tout ce que cela comporte de stratégie et de logistique, et l’autre est humaine à petite échelle. Les déplacements vont se faire de façons différentes. C’est un peut comme si le fond et la forme étaient diamétralement opposés.

Il y a tout ce qui touche à la temporalité. Là aussi il y a plusieurs lignes. On va découvrir Azel petit puis jeune adulte. Mais on va aussi voir l’ex vice-roi qui vivait un peu banni de la cour devoir revenir prendre les rennes du pouvoir. Le monde à évolué et même s’il s’est tenu au courant de ce qui se tramait à Carthagène on a l’impression que c’est le passé qui refait surface.

Azel a perdu sa naïveté à 9 ans et il doit vivre avec le côté négatif du métissage. Il vit en déséquilibre entre ses deux cultures soit qu’il rejette soit qui le rejette. J’ai eu l’image du balancier en le voyant réagir à certaines situations.

Emmanuel Chastellière aborde la thématique de la famille à travers la famille Julen comme une image  concentrée de la société. Nous avons le patriarche premier colon père de deux garçons élevés comme au Coronado. On a Azel les fils illégitime conçu avec une indigène  qui meure avant le début de l’histoire. Puis on a la jeune belle-mère qui représente une nouvelle étape, une nouvelle génération. On a la famille recomposée avec toutes les tensions que cela comporte comme un effet miroir de cette colonie. Les terres, les armes, la religion, la descendance, le pouvoir…

Ce roman met en évidence les rouages du pouvoir, la maîtrise par la force et l’argent. La religion va aussi jouer un rôle.

La mort et la vengeance vont accompagner certains personnages. Mais aussi amour et passion…

C’est un roman d’aventure avec ses péripéties mais aussi cette mise en mouvement, cet élan vers l’avant.

Les cendres jouent aussi un rôle. Et c’est l’expression « le feu couve sous les cendres » qui m’est venu à l’esprit… sans parler de la Salamandre ! la présence du feu aurait sa place jusqu’au bout de ce roman d’aventure.

J’ai pris un grand plaisir à lire à suivre toutes ses tragédies humaines.

C’est un roman qui m’aura accompagné pendant quelques semaines de confinement en me donnant la sensation d’être ailleurs.

Je remercie Babelio et les Editions Critic.

Qui en parle ?

Je vous laisse le découvrir sur Book en Stock.

Sur ce blog du même auteur :

empire
village

Article précédemment publié sur Canalblog

NB 2020

NB 2016

33 bonnes pratiques en UX Design

Les fondamentaux de la psychologie numérique

Liv Danthon Lefevre

Éditions Eyrolles, nov. 2019, 161 p., 29 €

Masse Critique Babelio / Eyrolles

4e de couv. :

Vivre une expérience, c’est interagir avec le monde. En design UX, nous nous intéressons à l’expérience. Ce qui importe, c’est de proposer une expérience réellement pertinente, spécifique pour vos utilisateurs, d’anticiper leurs attentes, leurs désirs, leurs usages avant même qu’ils ne les expriment.

Cet ouvrage expose ce qui fait l’essence du fonctionnement cognitif et émotionnel humain. Dans vingt ans ou plus, au-delà des principes actuels, les lecteurs pourront extrapoler les principes du design UX de demain.

A Chronique :

Lorsque j’ai vu cet ouvrage dans le masse critique non fiction, j’ai tout de suite eu envie de le lire. Il était bien spécifié « pro » ou un terme dans le style. Je précise que je ne suis pas dans ce milieu là. Ma seule expérience avec un vague lien est celle de tenir un blog et d’avoir un accès limité dans un site. Il y a un peu plus d’un an je ne connaissais pas ce terme, quelqu’un de proche me la fait découvrir. C’est donc avec une grande curiosité que je me suis lancée dans cette aventure.

La préface de Nabil Thalmann est un premier pas pour découvrir l’autrice et le sujet traité. J’ai beaucoup aimé la présentation que l’autrice fait de son parcours.

J’ai lu cet ouvrage dans l’ordre. Mais comme l’explique l’autrice dans son avant propos puisqu’il s’agit de fiches on peut aussi aller directement vers certains points. Un index en fin de volume le permet. Je n’ai pas voulu « picorer » je voulais me plonger dans cet univers.

Il s’agit de fiches très bien faites. Elles sont composées un point « théorie » « comment l’appliquer » «  A retenir » « Bibliographie » « en savoir plus »  parfois il y a un encadré « le saviez-vous ? » ou des schémas. Qui dit fiches dit sujet condensé. L’avantage c’est que c’est relativement bref, le niveau de concentration pour une non-initiée est donc aussi limité. L’inconvénient c’est que certains points il faudrait les approfondir, au lecteur d’aller voir les références données par Liv Danthon Lefebvre.

Bien entendu j’ai appris beaucoup de choses puisque je ne suis pas dans le milieu et il faudrait que je relise certaines fiches ou que j’aille plus loin mais sans mise en pratique c’est moins motivant. Cependant je me suis rendu compte que certains points rejoignaient des domaines qui me concernent plus. J’ai donc été surprise de certains liens dont je n’avais pas conscience. Je suis d’une génération où l’on a découvert l’informatique d’une manière différente des générations actuelles, plus de théorie que de pratique dans les années 80. Donc lire ces fiches sans les mettre en pratique ne m’a pas dérangé.

Derrière l’UX Disign il y a l’humain, son esprit, sa mémoire, ses réflexes… cela rejoint les sciences humaines qui sont plus mon domaine. Cela englobe aussi des techniques étudiées en marketing en ce qui concerne le comportement humain.

Les exemples concrets permettent de vraiment appréhender la question traitée.

J’ai noté certains conseils à mettre en pratique pour mon blog et pourquoi pas si un jour je passe le pas pour mon site. Et si l’occasion se présente je pense que j’approfondirai le sujet.

Je remercie Babelio et les Éditions Eyrolles de cette découverte de cet ouvrage passionnant.

Article précédemment publié sur Canalblog

Nostalgia

Jonathan Buckley

Trad. Richard Bégault

Éditions du Castor Astral, août 2019, 411 p, 22 €

Masse Critique Babelio / Castor Astral

4e de couv. :

Au cœur de l’été toscan, la petite ville imaginaire de Castelluccio se prépare pour le festival annuel en l’honneur de son saint patron. Pendant le carnaval, Gideon Westfall, un peintre anglais exilé depuis de nombreuses années, doit incarner la figure emblématique de l’histoire millénaire du lieu. Dans le même temps, Ilaria, la jeune fille qui lui sert de modèle, a disparu. Quelques jours avant la fête, l’arrivée imprévue de sa nièce, Claire, bouleverse son quotidien et le contraint à faire face à son passé. Cette visite dévoile les trésors artistiques et les secrets des habitants de cette région d’Italie. Jonathan Buckley distille alors de passionnantes observations sur la faune, la flore, la religion, l’art ou encore la géologie. Entre le spectaculaire et l’intime, entre le passé et le présent, il tisse des récits kaléidoscopiques et peint la fresque audacieuse d’une Toscane qu’il revisite, s’approprie et réinvente au fil des pages. Pour paraphraser Marianne Moore : Castelluccio est un jardin imaginaire avec de vrais crapauds.

Ma Chronique :

Lorsque j’ai choisi ce livre le titre « nostalgia » a attiré mon attention. Il est très évocateur, il crée des images de temps passé, de douceur. Qeu l’intrigue se déroule en toscane a joué aussi un rôle dans mon choix.

Je ne connaissais pas Jonathan Buckley et j’ai été enchantée par son écriture. J’ai d’abord été surprise par la numérotation à l’intérieur de chaque chapitre 1.1 , 1.2, 1.3… Mais on s’y habitue on a presque l’impression que c’est pour mieux retrouver les passages lors de recherches littéraires ou pour mémoriser.


Dans un premier temps ce qui a titillé ma curiosité ce sont les relations familiales, pourquoi n’a t-il pas revu sa nièce depuis longtemps ? Par exemple.


Puis, ce sont les personnages et leur portrait qui se dessine peu à peu… la mise en avant de leurs personnalités et des relations entre eux.


Vient ensuite la peinture, la lumière et les couleurs… Je ne sais pas si cela vient du fait que l’oncle soit un peintre mais on a une forte présence du regard. C’est très visuel.
Et enfin la terre, ce village et sa force d’attraction… La nature.


Je ne vais pas vous dévoiler l’intrigue car c’est un roman qui se savoure. Le rythme est lent. C’est un roman qui convient aux lecteurs qui aiment les atmosphères, les romans où on s’installe pour explorer les lieux, leur histoire et leurs habitants.On suit les personnages dans tous leurs déplacements, leur découvertes, leur interrogations.


Je remercie les Éditions du Castor Astral et Babelio pour ce partenariat. Jonathan Buckley est un auteur que j’aurai  plaisir à lire.

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Article précédemment publié sur Canalblog

Lettres à un jeune auteur

Colum McCann

trad. (irl) Jean-Luc Piningre

Éditions Belfond, mai 2018, 169 p., 16 €

Babelio / Belfond

lettres à un jeune auteur

4e de couv. :

Délaissant – momentanément – la fiction, Colum McCann nous livre un petit livre original et fort utile, sorte de guide pour tout aspirant auteur et, plus généralement, pour tout lecteur intéressé par l’écriture. Sans oublier les fans de l’écriture sublime de l’auteur des Saisons de la nuit et de Et que le vaste monde poursuive sa course folle.

Mon billet :

J’ai eu envie de lire ce livre, car il y a fort longtemps j’avais lu et aimé « lettres à un jeune poète » de Rainer Maria Rilke. Je trouvais le clin d’œil engageant.

D’autre part, je connais un peu le côté fiction de Colum McCann et  son écriture ciselée. J’ai aussi vu des interviews de lui par François Busnel (entre autre) et il dégage une impression de passion maîtrisée, mais revenons à notre livre du jour.

Il y a dans la lecture de ces lettres  un côté très oral, on entend presque l’auteur parler. Dans son introduction, il explique l’origine de ces lettres.

A l’heure où tout le monde donne des conseils d’écriture, il faut trouver le ton juste pour faire passer ses idées. Il y a le risque de se mettre trop en avant, de ramener à soi. Il a su allier son expérience personnelle aux conseils qu’il donne aux autres.

Les lettres ne sont pas très longues, chacune représente une réponse à une question que tout auteur en devenir ou lecteur pourrait lui avoir posé. Chaque titre et incipit (citation d’un autre auteur) est déjà une piste de réflexion. A l’instar d’un des chapitres intitulé « la Première phrase » chaque lettre débute par une phrase percutante. Un exercice style dans l’exercice.

Colum McCann s’adresse au jeune auteur avec un « tu »,  cela crée une relation directe entre maître et auteur en devenir. Il n’y pas de condescendance, il ne joue pas l’écrivain qui a atteins son apogée. On dirait presque qu’il se recentre en donnant des conseils plein de bons sens. Rien n’est acquis, toujours travailler et affûter sa plume.

Un mélange de verbes à l’impératif pour être incisif et d’explications plus explicites avec des exemples concrets.  J’admire ce côté artisan qui revient cent fois sur son ouvrage. La recherche du mot juste, de l’idée bien développée… C’est un livre dont je vais m’inspirer et qui va m’accompagner encore quelques temps, car il demande réflexion.

En lisant ces lettres, mon côté lectrice attentive, qui cherche derrière les mots un sens caché à ce que les auteurs veulent exprimer, a été satisfait. J’aime lire ce que les auteurs pensent de leur travail d’écriture, de leur rapport à l’écriture.

Pour finir un petit mot pour la couverture. Le nom de l’auteur en vert et un crayon vert sur un fond blanc, sans parler des pages de gardes vertes, tout cela est porteur de sens. Un écrivain irlandais face à la page blanche…

Je remercie les Éditions Belfond et Babelio pour m’avoir permis de lire ce livre qui m’incite encore plus à lire les romans de Colum McCann.

babelio 18
belfond vert

Article précédemment publié sur Canalblog

Les détectives du Yorkshire 1. Rendez-vous avec le crime

Julia Chapman

Trad Dominique Hass

Robert laffont, La bête noire, 2018, 384 p., 14,90 €

Babelio/ La bête noire

4e de couv. :

Quand Samson O’Brien débarque sur sa moto rouge à Bruncliffe, dans le Yorkshire, pour y ouvrir son agence de détective privé, la plupart des habitants voient son arrivée d’un très mauvais oeil. De son côté, Delilah Metcalfe, génie de l’informatique au caractère bien trempé, tente de sauver de la faillite son site de rencontres amoureuses. Pour cela, elle décide de louer le rez-de-chaussée de ses locaux. Quelle n’est pas sa surprise quand son nouveau locataire se révèle être Samson – et qu’elle découvre que son entreprise porte les mêmes initiales que la sienne !
Les choses prennent un tour inattendu lorsque Samson met au jour une série de morts suspectes dont la piste le mène tout droit… à l’agence de rencontres de Delilah !

Mon Billet :

J’ai été attirée par le synopsis et par le fait qu’il s’agisse d’une enquête en duo. J’aime les personnages récurrents dans les romans policiers. De plus les prénoms des protagonistes Samson et Delilah laisse présager une dose d’humour avec ce jeu d’homophonie avec les personnages bibliques. Dalila qui coupa les cheveux de Samson pour lui retirer sa force. Tiens tiens notre détective aussi a les cheveux un peu longs !  Dans ce duo, on retrouve la dualité pulsion-répulsion. Je t’aime moi non plus et inversement.

Nous avons une trame policière avec une enquête et en contrepoint la trame personnelle. Samson revient dans son village natal qu’il a quitté assez abruptement. Quatorze ans ont passé mais on lui en tient rigueur. De son côté lui aussi à de sérieux contentieux avec les gens de sa jeunesse. Pourquoi revenir alors ? Cela fait partie de ses petits mystères et sous entendus qui ne dévoileront pas complètement ce secret. … il faudra continuer la série. D’où l’intérêt de commencer dès maintenant puisque c’est le premier épisode.

Delilah se retrouve malgré elle embarquée dans une relation « professionnelle » avec son ancien  binôme de course en montagne. Ils sont fauchés l’un  comme l’autre mais aucun des deux l’admettra.

On est dans un village, on va donc ce retrouver avec des personnages haut en couleur qui forment une communauté, avec ses clans, ses familles et ses institutions. Cela donne une galerie de portrait savoureuse. Le caractère de chacun ou place dans la société va jouer un rôle dans l’intrigue.

Samson arrive et il dérange certaines personnes, il est comme un chien dans un jeu de quille. Il n’est pas le seul à avoir des secrets. On lui prête des intentions qu’il n’a pas  (pour l’instant) suite dans le prochain épisode. Il y a des indices qui laissent entrevoir certaines choses.

L’intrigue policière se met en place en parallèle. Le lecteur va assister à certaines scènes et donc en savoir plus que les enquêteurs.

Le problème dans ses huis clos villageois, c’est que soupçonner son voisin, c’est souvent soupçonner un ami ou un membre de la famille. C’est délicat voire compliqué.

Nos deux personnages se débattent avec leurs problèmes personnels qui  font diversion et retarderont parfois les conclusions qui s’imposent. Leur défiance permet de créer encore plus de suspens et fera réagir le lecteur (il ou elle va lui dire ?).

Nous sommes dans un premier tome d’une série, je savais donc qu’il y aurait une certaine lenteur dans la mise en place. Mais ces scènes d’exposition sont accompagnées d’humour alors j’ai bien rit et cela ne m’a pas gêné. Comme je disais en débutant ma chronique j’aime les personnages récurrents et j’aime cet arrière plan qui n’est pas vraiment en parallèle puisqu’il joue un rôle dans l’enquête.

Je me suis prise au jeu et j’ai eu du mal à poser le roman sur le dernier quart où le rythme c’est accéléré. J’ai failli oublier de parler du rythme de la narration. Il y a des variations avec des accélérations qui m’ont fait penser à Delilah lorsqu’elle s’entraine en montagne. Tantôt en petite foulée, tantôt plus rapidement avec des montées qui vous coupent le souffle.

J’ai adoré la fine équipe de la résidence, le côté famille recomposée. On croit qu’ils vivent coupés du monde dans leur bulle et en fait ils ont beaucoup d’atouts dans les mains. Ils m’ont bien fait rire.

Il y a  des personnages qui semblent anodins et qui pourtant on leur importance car ils sont des liens entre divers groupes. J’ai adoré  Ida  qui vaut sont pesant de cacahouète (son langage, sa logique et sa loyauté) !

Bon j’arrête là vous l’aurez compris j’ai bien accroché.

Je remercie Babelio et les éditions Robert Laffont/ « la bête noire » pour cette découverte. J’espère pouvoir continuer à suivre les aventures de « Samson et Delilah ».

Petite parenthèse de lectrice :

Je lisais juste avant un roman où la place du feu était important (« le septième guerrier-mage » de Paul  Beorn) et bien figurez-vous que dans « rendez-vous avec le crime » le feu aussi va jouer un rôle, mais je vous laisse découvrir. Quand au personnage masculin malmené ici aussi c’est le cas. On ne va pas comparer deux romans, mais c’est drôle de voir des similitudes entre deux lectures. Dans les deux cas le rôle féminin principal est tenu par une jeune femme de poigne qui n’hésite pas à taper du poing (et pas que sur la table !)

Article précédemment publié sur Canalblog

Les illusions de Sav-Loar

Manon Fargetton

Milady, 2017, 863 p., 8,20 €

Masse critique Babelio / Milady

4e de couv.

Dans le royaume d’Ombre, les femmes qui possèdent le don sont persécutées. Pour survivre et devenir magiciennes, il leur faut se réfugier dans la cité légendaire de Sav-Loar.
Or Bleue se trouve très loin de là lorsque apparaissent ses pouvoirs : elle n’est qu’une jeune esclave entre les griffes d’un seigneur sadique desquelles nul ne s’est jamais évadé. Mais certains de ses compagnons de captivité vont risquer leur vie pour tenter de sauver Bleue, à commencer par Fèl, une beauté farouche qui ne rêve que de liberté. Leur fuite éperdue va précipiter le royaume dans une guerre impitoyable au cours de laquelle Bleue, dont la puissance s’affirme de jour en jour, pourrait bien changer le monde…

Mon billet :

La couverture de ce roman est encore une magnifique création de Magali Villeneuve. Elle nous ouvre une porte dans ce monde de fantasy.

J’avais lu « Héritage des rois passeurs » et j’avais beaucoup aimé cet univers que Manon Fargetton avait créé. Je suis donc très heureuse de voir d’autres personnages évoluer dans ce monde.

J’ai retrouvé avec plaisir une façon de raconter et une écriture qui vous emportent dans une narration très vive.

Ce que j’aime dans les romans de Manon Fargetton c’est cette énergie qui se dégage des aventures qu’elle nous décrit.

Les personnages féminins sont très forts et mis en avant, ce qui n’est pas toujours le cas dans la fantasy. Elle inclut le sexe et la violence faite aux femmes, la main mise des gens de pouvoir sur le reste des gens.  L’esclavage avec le droit de vie et de mort sur ses semblables cela donne des relations remplies de haine.

Elle crée des liens très particuliers entre les personnages qui n’a rien de naturel.

La magie est omniprésente et là aussi il y a une discrimination entre les hommes et les femmes. La magie se manifeste de différentes façons.

La thématique de la lumière est présente jusqu’à la fin. Elle est importante dans la magie, dans le combat entre le bien et le mal. Izil la déesse du jour et Aa le dieu  de la nuit font partie de l’aventure.

Les couleurs ont dans ce roman un rôle symbolique, elles représentent par exemple des groupes : les esclaves portent du bleu. Les magiciens portent la cape d’or. Mais il existe des exceptions  comme par exemple Minuit qui s’habille en bleu nuit alors qu’il est un magicien renégat…

J’avais eu une petite crainte quant à la taille du roman 863 p. en format poche, mais en fin de compte on tourne les pages sans s’en préoccuper dès qu’on est pris par les mésaventures des personnages.

Les scènes intenses s’enchaînent. Lorsque apparait une nouvelle partie le lecteur souffle un petit instant. Manon Fargetton sait entraîner le lecteur dans les combats ou les poursuites. Courir, sauter, galoper, affronter les armes et la magie, elle fait de tout bois pour faire avancer ses personnages. Certains d’entre eux seraient prêts à abandonner la vie mais non elle trouve la parade pour les faire se relever et combattre. Et poursuivre le chemin vers Sav-Loar.

La nature est toujours aussi présente dans l’œuvre de Manon Fargetton. Prenons par exemple au début le l’aventure le désert  est magnifique est en même temps il représente une prison avant de trouver la solution pour le traverser.

Dans ce roman il est question de liberté et de prisons physiques ou mentales. Il n’est pas exempte de violences de toutes sortes.

Je vous laisse poursuivre la découverte de cette autrice en lisant les interviews dans « le mois de Manon Fargetton » sur book en stock.

Ce roman à tous les ingrédients qu’on attend d’un roman fantasy avec la touche très personnelle de Manon Fargetton.

 Je remercie les Éditions Bragelonne/Milady et Babelio pour ce joli partenariat.

héritage des rois passeurs
june 1

Article précédemment publié sur Canalblog

Aphrodite et vieille dentelle

Karin Brunk. Holmqvist

Éditions Mirobole, 2016, 251 p., 19,50 €

Traduit du suédois par Carine Bruy

Masse Critique/ Babelio / Editions Miroboles

4e de couv. :

Tilda et Elida Svensson, 79 et 72 ans, célibataires, mènent une vie à la routine paisible. Elles font des confitures, vont à l’église et se couchent chaque soir exactement à la même heure. Pas de commodités à l’intérieur de leur maison vétuste : les toilettes sont au fond du jardin, l’eau est à tirer au puits. Tout change à l’arrivée d’un nouveau voisin, Alvar Klemens, ou plutôt de son chat : le félin est pris de frénésie sexuelle en mangeant une des plantes d’Alvar, que celui-ci entretient avec un engrais curieux. Et si elles tenaient avec ce produit l’occasion de s’offrir enfin des W.C. dignes de ce nom ? La révolution est décidée : les deux dames montent un business clandestin d’élixir aphrodisiaque…

Mon Billet :

Encore un petit voyage dans la littérature suédoise…

C’est avec plaisir que je retrouve les éditions Mirobole. Merci à Masse Critique de m’avoir fait découvrir ce roman dont le titre m’intriguait. La quatrième de couverture est assez aguicheuse.

L’histoire commence tout doux avec ses deux sœurs tranquilles qui semblent même plus âgées que leur âge. Leur vie est réglée comme du papier à musique, avec une régularité rassurante. On a parfois l’impression que le temps s’est arrêté.  Elles sont passées à côté de la vie mais sans aucune rancune elles se préparent à glisser vers une mort paisible. Puis des grains de sable viendront gripper cette machine si bien réglée…

Ah ces hommes ! Tilda et Elida qui fonctionnent presque comme des sœurs jumelles ont eu leur vie marquée par leur père… Elles ont laissé leur place à leur frère Rutger qui a pu faire des études et sortir du village…  Puis arrive Alvar… qui sans le faire exprès va contrecarrer les nouveaux projets de Rutger…

Pauvre Rutger approche de la soixantaine et il mène une vie bien rangée. Il n’est pas très heureux, il glisse vers la vieillesse, il se fane. Sa vie a été marquée par les femmes. Sa mère très sage qui est morte relativement jeune, ses sœurs sages qui l’on chouchouté, sa femme « une épouse respectable à son service » et une fille sage… Il arrive à un moment dans sa vie où les femmes semblent échapper à sa volonté…

On va rire des situations dans lesquelles il va se retrouver. Il est attendrissant aussi.

J’ai bien aimé l’histoire et l’humour qui jalonne les aventures de ces deux demoiselles. Mais je m’étais fait une idée plus de « vieille dame indigne » qui découvrirait les émois sexuels…

En fait le plaisir de cette lecture vient de ces descriptions de vie paisibles, de ses villages mourants que les gens de la capitale investissent pour les convertir en  résidences secondaires. Le décalage entre les deux modes de vie et de pensée rentrent en collision et cela donne des scènes cocasses. On aurait pu se croire dans la campagne anglaise avec cette nonchalance et ce monde clos où tout le monde surveille tout les faits et gestes de la petite communauté.

Alvar va venir donner un second souffle à ces vieilles filles en leur redonnant un sens à leur vie. Elles vont se sentir utiles et aimées. Il va s’intéresser à elles et leur vie va avoir un intérêt ! Elles vont d’elles même aller dans des lieux qui leur était inconnu et sortir de leur zone de confort. Elles sont malignes et vont savoir cacher leur jeu, elles sont un côté petites filles espiègles.  Les scènes dans les magasins de vêtements sont amusantes. On rit, mais on sent de la tendresse dans l’écriture de K. B. Holmsqvist.

Il y a des scènes touchantes. Prenez cette histoire de cabinet au fond du jardin, c’est plus qu’un lieu où l’on va se soulager. Il y a tous les souvenirs depuis l’enfance. Faire poser des toilettes dans la maison, c’est toute une démarche de changement de mode de vie. C’est tout un pan d’histoire. J’ai eu l’impression de voir ma grand-mère qui jusqu’à la fin de sa vie c’est lavée dans une bassine dans sa cuisine fermée !

La petite aventure de « l’aphrodisiaque »  va donner lieu à des scènes drôles et cela va ouvrir des horizons nouveaux. C’est un romans avec de bons sentiments et de l’humour.

Je remercie Babelio et les Editions Mirobole pour cette émouvante lecture.

Article publié précédemment sur Canalblog

La mort est une femme comme une autre

Marie Pavlenko

Pygmalion, Octobre 2015, 190 p., 16€

Masse critique Babelio / Pygmalion

4e de couv. :

La mort, lasse d’accomplir sa besogne, décide de ne plus intervenir. La vie des hommes ne connaît alors plus de fin. En proie à la mélancolie, Emm rencontre Suzie. Touchée par la gentillesse de la jeune femme, elle découvre la beauté qui se cache dans la nature humaine.

Ma chronique :

J’ai enfin lu un roman de Marie Pavlenko ! Il était temps me direz-vous et vous auriez raison !

Lorsque je vis ce titre dans la sélection de Masse Critique, je n’hésitais pas une seconde pour le cocher… alors vous imaginez ma joie lorsque je fus sélectionnée.

Cela faisait très très longtemps que je n’avais pas lu de roman publié chez Pygmalion,  voilà une petite mise à jour de faite !

Ce qui m’a attiré outre le nom de l’auteur ce sont  le titre et la tête de mort fleurie. On est parfois attiré par de drôles de choses.

C’est une histoire que j’ai lu pratiquement d’un trait. Eh oui, vu que je lis lentement il y a eu une presque nuit blanche en plus !

Après la lecture de la 4e de couv. J’étais partie sur une toute autre histoire, alors j’ai vraiment une surprise en le lisant.

J’ai beaucoup rit pendant les dialogues entre la faux et la Mort, les quiproquos et certaines scènes sont cocasses.

Je venais de lire un livre sur une psychanalyse et là je retrouve un psy qui disjoncte, cette collision n’a fait qu’augmenter mon hilarité face à ce psy qui détient tous les savoir (enfin c’es ce qu’il croit !).

La galerie de portrait de personnages plus ou moins barrés et l’histoire qui vire au grotesque avec tous ses morts vivants cela donne un côté surréaliste.

Et à côté de cela, on a des sujets très sérieux comme la dépression, les maladies incurables, le deuil, les névroses, l’acharnement thérapeutique, etc. La dégradation du corps et de l’esprit.

J’ai bien aimé aussi le développement sur le thème de la mère. La mère qui n’en fini pas de mourir, la mère de Suzie qui est entre deux mourantes sans le savoir, la mère abusive et castratrice du chirurgien.

La scène finale est géniale et inattendue.

J’ai aimé la fluidité de la narration et le côté très visuel, presque cinématographique de l’histoire.

J’ai bien aimé la référence à Alice aux pays des merveilles (p.36) qui était la thématique du salon du livre jeunesse de Montreuil cette année.

NB :

Une autre collision vient d’avoir lieu. Hier soir j’ai lu une nouvelle de Alex Burrett « L’Ange de la Mort », où il est question de l’Ange de la mort qui fait son travail consciencieusement sans se poser de questions.

Qui en parle ?

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Article précédemment publié sur Canalblog