L’histoire de l’hiver qui ne voulait jamais finir

Shane Jones

Ill.  Anastasia Kardashova

Trad. Joy Setton

Éditions La croisée Delcourt, nov 2022, 160 p.,  18 €

Lecture Masse Critique Babelio / Édition La Croisée

4e de couv. :

Se rebeller face à la puissance de l’hiver : une fable gothique, poétique et moderne. Au cœur d’un petit village, l’hiver s’installe et ne veut plus partir. La lumière baisse, les enfants disparaissent, la morosité gagne les cœurs. Désespérés, les habitants décident alors de se rebeller et de faire revenir la vie, par tous les moyens. A la manière des livres de Tim Burton et d’Edward Carey, L’histoire de l’hiver qui ne voulait jamais finir modernise avec une touche gothique et graphique le conte hivernal.
Ce court roman devenu culte, tout d’abord publie chez un petit éditeur, a été réédite avec succès par Penguin avant de séduire l’Europe entière. Ce conte onirique pour adultes, illustre par la dessinatrice russe Anastasia Kardachova, nous emporte dans une histoire poétique et envoûtante.

Mes impressions de lecture :

J’ai eu envie de lire ce roman dès que j’ai vu la présentation de l’éditeur et la magnifique couverture.

J’ai découvert cette maison d’édition que je ne connaissais pas et c’est une belle découverte. J’ai bien aimé ce conte pour adulte.

Cet un bel objet livre. Ce petit format « édition illustrée, 14 x 16, impression couleur, couverture cartonnée, fer à dorer » précise l’éditeur. Les illustrations à l’intérieur donnent un relief supplémentaire au texte.

Lorsque j’ai ouvert le livre la première fois la composition avec titre et texte bref d’une page j’ai cru qu’on pouvait le lire comme de petits « tableaux », ce n’est pas du tout le cas. La parole est donnée à plusieurs personnages ainsi on a plusieurs focales ce qui permet une immersion encore plus complète puisqu’on a l’impression d’être au milieu de tous ses gens. Le titre prend alors toute son importance puisqu’il permet de se repérer. Le changement de focale donne des changements de rythme qui peuvent surprendre.

Le conte va nous emporter dans un lieu, dont on ne connait ni le nom ni l’époque, où les montgolfières jouent un rôle important. L’aspect aérien complète conte onirique. Très vite cela va partir en vrille lorsqu’un dictateur nommé Février va interdire tout ce qui vole et prolonger l’hiver. Au début c’est un peu perturbant cette histoire de nom puis on est tellement pris dans histoire qu’on l’intègre rapidement.

On passe très vite aux thématiques de la forêt (arbres, hiboux , mystère…) et  la terre ce qui augmente le côté sombre et mortifère, ajouter à cela les disparitions… On associe souvent la forêt à des couleurs sombres, pourtant ici la neige persistante donne un blanc angoissant.

L’eau est ici sous forme de neige persistance qu’ils veulent fondre, l’eau est aussi cause de noyade…

On suit en particulier la famille de Taddeus, Selah et leur fille Bianca. Leur vie bouleversée par cette nouvelle façon de vivre, la résistance qui s’installe. Puis, cela vire au drame…

Shane Jones va monter graduellement jusqu’à ce que la résistance se transforme en guerre.

On retrouve la thématique de la guerre et ses exactions causés par ce régime dictatorial. Cela fait écho à certaines de mes lectures récentes.

Je remercie Babelio et les Éditions de la Croisée pour cette découverte.

Malena, c’est ton nom

Anne-Christine Tinel

Éditions Elyzad, sept 2022, 315 p, 21,50 €

Masse Critique Babelio / Éditions Elyzad

4e de couv. :

Une jeune femme fuit l’Argentine et sa dictature. C’est la France qui va l’accueillir, où, réfugiée politique, elle goûte peu à peu au bonheur avec Arnaud dans le Sud. Mais est-ce le fil de sa vie qu’elle poursuit là ? Pourquoi Malena ne parle-t-elle jamais de son passé ? Quels tourments a-t-elle traversés ? Arnaud tente de percer le mystère de celle qu’il aime. De l’emprise politique à celle de l’intime, il n’y a parfois qu’un pas. Dans ce texte d’une grande force romanesque balayé par le souffle de l’océan Atlantique, Anne-Christine Tinel compose avec brio le portrait d’une femme qui se libère, une héroïne en devenir pour qui l’exil est un chemin vers elle-même, de l’ombre à la lumière.

Mes impressions de lecture :

J’ai découvert ce roman lors de la présentation de la rentrée littéraire par la maison d’édition sur VLEEL.  Quel plaisir de le recevoir pour masse critique Babelio.

Chaque lecteur arrive avec son vécu et ces connaissances. Je fais partie de la génération qui a beaucoup entendu parler dans les années 80 de cette période sombre de l’Histoire de l’Argentine, dans les livres de Langue vivante « Espagnol » dès la 6ième on avait des auteurs et des références à cette période. Je partais donc avec des idées préconçues. Le lecteur qui n’en a jamais entendu parler va avoir un autre regard et faire d’autres découvertes que celles que j’ai faites.

C’est un roman sur l’identité. Qui sommes-nous vraiment ?  Sommes-nous celui que l’autre forge ? Celui dont on donne une image ? De la naissance à la mort on peut avoir plusieurs vies, plusieurs identités… On vit avec des non-dits. On laisse passer suffisamment d’informations  pour qu’on ne nous pose pas trop de questions sur notre jardin secret, ou ce qu’on a refoulé.

La couverture m’avait intriguée, ce tableau célèbre destructuré, reconstruit comme s’il y avait plusieurs arrières plans derrière le premier plan. On retrouve cela dans le texte. Puisque le lecteur va découvrir l’histoire par fragment en essayant de se faire une idée globale de ces vies. L’art jouera un petit rôle dans ce roman…

Dans un premier temps nous assistons au sauvetage d’une femme, cette scène inaugurale interpelle le lecteur, qui se demande qui est cette femme, que lui est-il arrivé, où sommes nous et quand. Nous sommes en 1982 en Italie, puis en France où Malena un argentine a émigré à cause de la dictature en Argentine. L’autrice a choisi d’utiliser le « tu ». Cela continue d’interpeller le lecteur. Ce « tu » est insistant, lancinant, presque accusateur parfois. Ce « tu » dureras sur plusieurs époques tant qu’on est avec le personnage de Malena.

Milena a cloisonné son esprit et refoulé certaines choses, on retrouve cela dans la composition du roman. Lorsque les vannes vont s’ouvrir c’est un véritable raz de marais psychologique.

Lorsqu’on a fini cette longue partie nous avons l’impression d’avoir compris qui était Malena et ce qui lui était arrivé. Mais c’est sans compter sur l’imagination de l’autrice qui a un projet plus complexe.

Nous allons avoir une autre focale et le « tu » disparait pour un il, et découvrir un homme qui n’avait jamais vraiment chercher à savoir qui était sa femme.

Dans une troisième partie un « elle » va apparaitre avec un autre personnage… la clé de l’énigme. Nous allons avoir de nombreuses réponses mais l’autrice a laissé assez de part d’ombre pour que le lecteur comble avec ses connaissances sur cette époque. L’histoire est relancée avec un autre regard. Ce fut une bonne surprise car l’autrice reprend la main. Mais chut !

Chaque lecteur réagira différemment aux  différents rebondissements. Certains comprendront plus ou moins rapidement certaines choses.

C’est un roman poignant sur plusieurs sujets, les sujets qui touchent à la femme sont peut-être plus présents puisque nos personnage principal est une femme.

L’horreur est présente mais c’est parfois plus suggéré qu’explicite c’est donc le lecteur qui va y coller des images et des ressentis. Il y a beaucoup de pudeur, pas de voyeurisme. Par moment on ressent un certain malaise car on nous parle de sujets durs.

Je vous laisse découvrir ce beau roman. J’ai découvert une écriture qui m’a beaucoup plus, j’ai bien envie de découvrir ses autres romans.

En refermant ce livre, je n’ai pu m’empêcher de penser que le « plus jamais ça » n’est qu’une utopie au regard de l’actualité.

Je remercie Babelio et les Éditions Elyzad de leur confiance.

L’histoire merveilleuse de Mamé Alan

Jihad Darwich

Musique de Issa Hassan

Éditions Oui’dire, 2022, 97 mn, 21 €

Chronique Jeunesse du mercredi

Conte pour les plus grands et les adultes

4e de couv :

Réunis pour une nuit par trois femmes génies, Mamé, prince d’Occident, et Zina, princesse de Botan, s’éprennent d’un amour fou. Ils échangent bagues et serments avant d’être séparés. Commence alors une folle quête d’amour, presque mystique, où chacun vit l’absence de l’autre comme un manque qui l’empêche de vivre. Le jeune roi quitte alors son royaume, traverse monts et déserts et affronte mille dangers pour retrouver Zina Zidâne, sa bien-aimée qu’il avait seulement aperçue un soir.

Mes impressions de lecture :

Je ne connaissais pas cette maison d’édition de livre audio. Leur catalogue est spécialisé dans les contes et légendes « Oui’dire, le Label des conteurs ». Merci à Masse Critique et les Oui’dire éditions de cette découverte.


La voix et le phrasé de Jihad Darwiche et la musiques donnent au conte kurde une tonalité supplémentaire à la narration… une authenticité.

J’avais découvert ce conteur Libanais lors du « mois du Liban » initié par Maeve. J’ai lu et écouter des contes pour enfants. Celui-ci est plutôt pour les plus grands car il est plus long

il faut bien rester concentré car c’est une belle épopée assez longue. De belles images vont nous faire voyages dans d’autres temps et d’autres lieux.


On retrouve la structure du conte avec les thématiques du conte oriental avec princes et princesses avec les valeurs qui vont avec. La quête, l’amour et les épreuves à surmonter.


Je l’ai écouté deux fois et à chaque fois des scènes différentes m’ont interpellé.
J’ai aimé l’oralité du conte.

Du même conteur sur ce blog

« Le chat terreur des lions »

Le portrait de la Traviata

Do Jinki

Traduit du coréen par Kyungran Choi et Delphine Bourgoin

Éditions du Matin Calme, 2020, 221 p., 18,90 €

Masse critique Babelio / Éditions du Matin Calme

Les enquêtes de Gojin, avocat de l’ombre
Deux morts dans un appartement au premier étage d’un immeuble paisible de Séoul. La femme qui y habitait – un coup de couteau pour elle – et un voisin – un coup de poinçon pour lui -, un type détestable qui lui tournait autour ces derniers temps. Mais puisque le principal suspect gît à côté de la victime, il faut chercher ailleurs. Le concierge pourrait faire un coupable correct, le commissaire Lee Yuhyeon boucle son enquête et l’envoie en procès.
Mais rien ne se passe comme prévu. L’innocence du vieux bougre s’impose, le procès est un fiasco. C’est alors que dans son téléphone, Lee Yuhyeon entend un rire familier et moqueur, celui de l’avocat Gojin, l’avocat de l’ombre. Oui, il faudra tout recommencer, tout reprendre depuis le début. Car chacun dans cet immeuble pourrait avoir quelque raison d’avoir commis ce double meurtre.

Mes impressions de lecture :

Je ne sais pas si vous connaissez cette jeune maison d’édition spécialisée dans le polar coréen qui a vu le jour en 2020. J’ai déjà lu deux titres de chez eux dans les catégories différentes d’abord une comédie policière «  Carnets d’enquête d’un beau gosse nécromant » très intéressante et un cosy mystery « les 4 enquêtrices de la supérette Gangseon ». Cette fois-ci j’explore un roman policier à énigme. Vous aurez remarqué je n’ai pas encore tenté les thrillers psychologiques et autres romans plus effrayants. Qui sait un jour peut-être.  Il est temps de vous parler de ce « portrait de la Traviata ».

J’ai choisi ce roman non seulement parce qu’il s’agissait d’un roman policier à énigme mais aussi parce que je trouvais le titre très évocateur. Je me suis rendu compte après que je ne connaissais de la Traviata que le nom de l’opéra et son compositeur mais pas le sujet traité. Maintenant que j’ai lu ce roman et le sujet de Verdi je vois le lien. C’est presque spoliant.

Ce que j’ai aimé dans ce roman c’est la forte présence de dialogues. La résolution du crime se fait en grande partie grâce à des conversations entre deux amis un policier honnête et consciencieux et un avocat assez singulier. Le  policier explore ces propres pistes et celles issues des hypothèses du presque avocat. On passe de la théorie à la pratique.

 On a bien entendu de nombreuses fausses routes qui donnent lieu à des scènes cocasses. Il y a une grande part d’humour. On se demande parfois si l’avocat ne prend pas plaisir à proposer des solutions erronées, qui une fois vérifiées éliminent des possibilités, pour voir le policier se démener dans des interrogatoires farfelus. Il laisse faire le sale boulot aux policiers alors qu’il sait que ce n’est pas possible que ce soit le coupable.

J’ai apprécié ce duo entre un officiel pro des enquêtes et l’autre amateur averti  qui travaille dans l’ombre. Le policier est dans l’affirmative : c’est lui le coupable et il insiste tant qu’il y a des hypothèses possibles, c’est à la limite du harcèlement policier. Coup de théâtre à la fin comme il se doit !

Un petit détail m’a aussi plu, il y a le plan des deux lieux des crimes. C’est tout bête mais on a l’impression de voir le policier entrain de dessiner les deux scènes des crimes, cela crée une proximité.

Dans ce roman, on explore le monde interlope de la nuit à Séoul, je ne connais pratiquement rien de ce pays cependant on comprend bien ce qui se joue dans les différents lieux grâce aux petites explications glissées par l’auteur.

En guise de conclusion je tiens à rappeler qu’il s’agit de roman à énigme alors le rythme est assez lent et oubliez les scènes d’action et les courses poursuites. Par contre on y boit et on y mange souvent.

Un bon moment de lecture qui nous laisse le temps d’apprécier certains personnages et d’autres beaucoup moins.

J’ai pris plaisir aussi à retrouver les thématiques qui tournent autour de la « maison » et de « de l’apparence » et d’autres.

Quel sera mon prochain Matin Calme ? Je ne sais pas encore… mais c’est avec plaisir que j’aimerai retrouver ce duo.

 Je remercie Babelio et les Éditions du Matin Calme de leur confiance

Les 100 légendes de la mythologie japonaise

Alain Rocher

Que sais-je ?, n°4219, 2022, 126 p., 9 €

Masse critique Babelio/ Que sais-je ?

4e de couv. :

De la création de l’archipel par le couple incestueux Izanaki et Izanami à la descente sur terre de l’ancêtre de la lignée impériale, en passant par l’origine de la mort et de la végétation, la querelle entre la déesse du soleil et le trublion cosmique Susanowo, les légendes japonaises, loin d’être un fossile culturel, sont le témoignage d’une pensée mythique restée bien vivante. Compilée dans le Kojiki et le Nihon shoki sur ordre impérial au seuil du VIIIe siècle, la mythologie japonaise préserve la mémoire de la culture archaïque du Japon tout en constituant un véritable conservatoire de presque toutes les mythologies de l’Asie de l’Est et du Nord-Est. En 100 légendes, Alain Rocher dresse un éventail de la richesse et de l’originalité de cette mythologie, qui n’a rien à envier à ses homologues gréco-romain, nordique ou hindou.

Mes impressions de lecture :

Une lecture surprise. J’ai choisi cet ouvrage dans les propositions Masse Critique Babelio, pour son titre et son sujet. J’aime les contes, les légendes et ce qui touche à la mythologie. La couverture aussi était tentante mais je n’avais pas fait attention à la maison d’édition. Pour moi « Que sais-je ? » n’avais pas d’illustration. Et donc les légendes de la mythologie japonaises ne se présentent pas comme des contes.

Les textes ne trainement pas en longueur c’est un concentré de savoir. C’est d’une grande érudition et une mine d’information très variées. Le titre pour chacune porte le nom de la divinité ou de l’événement et en sous-titre un complément exemple : « Izaki et Izami / les parents du monde » ou encore « Descente du ciel / Prose de possession et renaissance ». C’est par ordre alphabétique. On peut soit lire en suivant soit piocher en fonction du titre, attention cependant certains se suivent pour comprendre les différentes étapes de la légende.

Dans chaque article on a différents types d’information selon le sujet. On peut avoir des informations linguistiques sur la construction d’un nom, soit avoir des fait historiques du Japon au du Sud Est asiatique. Ce qui est intéressant dans les « Que sais-je ? » ce sont toutes les références et sources des informations. Parfois il y a des références aux autres mythologies du monde ce qui permet de rattacher peut-être à des choses plus connues comme la mythologie grecque ou indienne. Il y a aussi des aspects linguistiques ou mathématiques qui sont très intéressants.

J’ai remarqué l’aspect très guerrier, avec les guerres fratricides, les vendettas, et tout ce qui touche aux armes.

Les figures féminines ne sont pas en reste dans les légendes présentées.

Une seule lecture ne me suffira pas à tout retenir mais c’est un bon ouvrage de références auquel je pourrais me reporter dans mes futures lectures. Il sera très utile pour les étudiants en japonais. Ou pour des études comparées avec d’autres mythologies.

Je pensais mieux connaître la mythologie japonaise, cet ouvrage m’a fiat prendre conscience que non. Je suis donc très contente de ce que j’ai appris.

Je remercie les éditions « Que sais-je? » et Babelio de leur confiance.

Les fantômes du presbytère

Daniel Sangsue

Éditions de la Baconnière, 2022, 142 p., 20 €

Masse critique Babelio / Éditions de la Baconnière

4e de couv. :
Un professeur de littérature à la retraite achète dans l’Aveyron un presbytère du dix-huitième siècle, accolé à une église désaffectée et donnant sur un cimetière de campagne. Une fois installé, il découvre que ce presbytère est hanté par un esprit frappeur. Loin d’être effrayé, il s’y intéresse de très près en qualité de spécialiste de la pneumatologie, la science des fantômes. En cherchant à se renseigner sur cet esprit, il exhume un Journal, dont les larges extraits reproduits donnent à lire une subtile parodie de textes du XIXe siècle. Comprenant à travers ces documents les raisons de la présence de cette âme en peine à sortir du purgatoire.
Un roman alerte, érudit, qui sous le couvert du fantastique et de l’humour aborde des questions intimes et essentielles autour de la spiritualité.

Mes impressions de lecture :

Lorsque j’ai vu que ce roman était dans la sélection de Masse Critique, je n’ai pas hésité. Jusqu’à présent les ouvrages de cette maison d’édition m’ont transporté dans des univers littéraires très singuliers. J’ai aussi choisi ce roman car il se déroulait en Aveyron et j’avais donc des images qui collaient à la réalité même si le lieu même est imaginaire. Par exemple il y a Espalion et tout ce secteur que j’aime beaucoup.  De plus, le pseudo de l’auteur m’a fait sourire  « Daniel Sangsue » et j’ai vu qu’une partie des ses œuvres tournent autour de vampirisme et des fantômes. J’ai vu cela comme un bon présage.

L’idée de base des nouveaux arrivants de la région qui ont une attirance pour une maison adossée à une église avec une vieux cimetière comme panorama et à qui l’on ne dit pas sa spécificité, c’est propice à de drôles d’aventures, d’autant plus que le nouveau propriétaire s’intéresse aux fantômes. On n’est pas dans un roman d’horreur ou angoissant.

Ne connaissant pas grand-chose aux fantômes j’ai appris des choses. La mise en place du décor est assez lente. On a toute la période d’installation du couple, les premières manifestations jusqu’à la découverte de ce fantôme est assez lente. Cela devient intéressant lorsqu’ils découvrent ce personnage bruyant. On va découvrir son histoire grâce à son journal intime. Jusqu’au dénouement final.

J’ai bien aimé la façon dont l’auteur a joué avec ce double texte. On a le narrateur « je » qui retranscrit des passages de ce fameux journal et ces commentaires. Commentaires très instructif pour ma part puisqu’il va déceler dans ce fameux journal des références ou « à la façon de » d’autres auteurs. Daniel Sangsue prend le lecteur par la main et lui dit « tient là il se prend pour… ». Cela pourrait exaspérer certains lecteurs quand à moi j’ai trouvé une connivence narrateur/lecteur. On va donc avoir des textes classiques qui sont cités ou des personnages emblématiques.

Dans le journal on va découvrir un autre personnage, une femme. Eh oui il faut bien un élément perturbateur, le déclencheur du drame et quoi de mieux que la passion. J’ai été un peu agacé par le personnage du journal (mais il faut se remettre dans son époque !) qui va initier cette femme à la littérature. Cela m’a fait penser à une notion plus récente de « bibliothérapie ». C’est le moment ou le lecteur prend son carnet pour noter les références aux livres, la plupart des classiques qu’on connait plus ou moins.

J’ai trouvé drôles les raisons pour lesquelles notre personnage du journal  se lance dans cette éducation.

Ce roman n’est pas dénuée d’une certaine ironie. J’ai souris parfois à l’humour de Daniel Sangsue. Il faudra que je tente d’autres lectures de cet auteur.

Je remercie Babelio et les Éditions La Baconnière pour cette plaisante lecture.

La commissaire n’a pas l’esprit club

George Flipo

Folio, 2021, 293 p., 8,10 €

Masse critique Babelio / Folio

4e de couv. :

La commissaire Viviane Lancier est envoyée incognito sur l’île de Rhodes pour enquêter sur le meurtre de King, le chef tyrannique d’un village de vacances. Alors que son nouveau lieutenant, Willy Cruyff, se fond avec enthousiasme dans la masse des joyeux vacanciers, Viviane s’efforce tant bien que mal de tirer les fils de cette sombre affaire, entre cours d’aquagym et leçons de tango. Assommée par la chaleur et déprimée à l’idée de se promener en maillot de bain, elle ne cesse de rudoyer son pauvre adjoint. Et pendant ce temps-là, les morts s’accumulent…

Mes impressions de lecture :

Lorsque je l’ai vu dans masse critique, le titre et la couverture m’ont attirée, lorsque je l’ai reçu et que j’ai fait quelques recherches je me suis rendu compte qu’il s’agissait d’une réédition d’un roman de 2010. Je n’en avais pas entendu parler. C’est donc une bonne chose de redonner une visibilité à ce texte. Il est vrai que le cosy mistery a le vent en poupe en ce moment, alors j’espère que l’auteur sortira une troisième enquête prochainement. Car il n’existe que deux enquêtes avec la commissaire Vivianne Lancier.

Les deux enquêtes publiées sont indépendantes, celle-ci  est la deuxième et il est fait souvent mention à la première. Ce qui a titillé ma curiosité et il faudra que je la lise car c’est agaçant. Ah Ah Ah !

Il y a des lectures qui vous renvoient à d’autres. À la rentrée j’ai lu « Badroulboudour »  de Jean-Baptiste de Froment, une étrange histoire qui se passe dans un club de vacances et j’ai aussi lu il y a quelques mois « La dixième muse » d’Alexandra Koszelyk qui parle de Guillaume Apollinaire et des poèmes à Lou en particulier. Et voilà que dans un roman de 2010 ces deux thèmes se croisent. Je pensais dans un premier temps qu’enquête et Rhodes me feraient plutôt penser à Poirot… quoique à bien y réfléchir…

Mais revenons à  Rhodes à « l’Esprit Club » où il se passe de drôle de choses. Cela débute par une mort étrange, celle du directeur du centre retrouvé pendu et bâtonné par les vacanciers qui pensaient que c’était un mannequin, la nuit du 14 juillet.  Pour des raisons diplomatiques on envoie une commissaire assez singulière. Côté discrétion elle se pose là, mais elle comprend la notion de ne pas faire de vague. Elle va pourtant remuer beaucoup de vase avec ses gros sabots.

C’est un roman policier qui traite le sujet avec humour, la commissaire doit régler cette enquête incognito, mais elle a l’art de se mettre dans le pétrin et de déterrer des secrets, sans parler de sa désastreuse inaptitude à la vie sociale. Un comble pour des « vacances » dans une petite communauté qui prône « le tout ensemble ». On a un duo policier improbable et diamétralement opposés, ils se complètent sans vouloir l’admettre.

L’enquête se fait un peu en dépit du bon sens puisqu’il est sensé ne pas y avoir d’enquêteur et donc d’enquête. Ce qui m’a plu c’est comment l’auteur à travers son duo d’enquêteurs incognitos va soulever les voiles de se décor factice de bonheur et de joie de vivre. Il démonte les rouages de cette machinerie.

Le chef de camp avait des problèmes pour se rappeler le nom de ses employés et de leurs fonctions, il avait trouvé comme solution de donner un nom en relation avec leur travail. Les animateurs sont les  «  kiki » (femmes) et les « coco » (hommes)  et cela donne coco Picole pour celui qui gérait le bar et la boîte de nuit, Kiki muscule celle qui s’occupaient des activités sportives etc. Cela donne le ton du roman.

L’auteur dévoile aussi les dessus financiers de ce camp fort rentable. Il est  assez sarcastique pour expliquer que de Paris on ne voit que le rapport financier et ne veulent pas voir comment on obtient de tels rendements.

Les rebondissements qui frôlent la maladresse et le ridicule rendent les crimes moins horribles, ou le contraire…

Je pense lire la précédente enquête.

Je remercie Babelio et Folio de leur confiance.

Le domaine

Federigo Tozzi

Trad. Philippe Di Meo

Éditions La Baconnière, 2021, 224 p., 20 €

Masse Critique Babelio / La Baconnière

4e de couv. :

Remigio, un tout jeune homme, est appelé au chevet de son père mourant. Il hérite de son domaine agricole. Ayant fui en ville une relation filiale difficile, rien ne le prépare à assumer cette lourde tâche. Il multiplie fatalement les maladresses. Rejetant le modèle paternel autoritaire, mais par trop naïf, névrosé et dépourvu d’expérience, il ne parvient pas à trouver une alternative valable. Sa mansuétude encourage les aigrefins de toutes sortes. On lui intente des procès sous de mauvais prétextes, on le vole, on l’humilie.
Remigio est le type même de l’inadapté rêveur voué à endurer la cruauté humaine.

Berto, l’un de ses ouvriers le prend en mauvaise part. Dès lors il n’a de cesse de le dénigrer, de le provoquer et de le menacer. Ces deux personnages antagonistes sont les acteurs d’un drame qui les dépasse. La déliquescence de l’un et la révolte de l’autre campent la férocité d’un monde âpre et cruel.

Mes impressions de lecture :

 J’ai découvert cette maison d’édition suisse (qui est présente en France) depuis peu. Chaque lecture est une découverte que ce soit une autrice actuelle ou un auteur réédité. Mon choix c’est porté sur ce roman car il y avait une histoire de famille et de transmission, avec l’idée de microcosme.

Un petit mot sur la couverture. En fin de volume on nous montre qu’il s’agit de détails d’une œuvre. La déstructurer et la réassembler ainsi m’a fait penser à des parcelles de terres.

Lorsqu’on  commence le roman, on a vite l’impression que le personnage court à sa perte, quoi qu’il tente ça se retourne contre lui. J’ai eu la même impression qu’en lissant « des souris et des hommes » de John Steinbeck, «  l’étranger de » d’Albert Camus ou encore « Mangez-le » de Jean Teulé. C’est comme si l’animalité, la cupidité des hommes et autres frustrations n’attendaient que  ce moment-là pour se mettre en branle. Le personnage n’est pas de la trempe de ceux qui se battent et il va se laisser dévorer par tous. Il n’est pas idiot, c’est juste un gentil. On a l’image du sacrifier.

Je le demande dans quelle mesure le fait que cette histoire racontée après la première guerre mondiale ne reflète pas certains sentiments.

A la fin du volume il y a « À propos de la langue de Federigo Tozzi » et « autour du Domaine » de Philippe Di Meo. Ces articles sont très intéressants car ils sont écrits par le traducteur qui a dû  faire un travail préliminaire avant la traduction. Il a su analyser certaines scènes, voir les références aux autres romans de Tozzi. En  tant que traducteur il a fait un travail très minutieux autour de la langue et de l’univers de cet auteur.

En tant que simple lectrice, j’ai pris grand plaisir à lire cette langue traduite qui n’est pas surannée mais qui a un certain rythme. Le traducteur laisse quelques mots en italien, ce qui donne une touche « exotique ». Federigo Tozzi utilise des régionalismes.

J’ai aimé les descriptions de scènes où se déroule la discussion. Elles ne sont pas longues mais pourtant précises pour bien se mettre dans l’ambiance.

La part de dialogue est importante. Les apartés des personnages rendent très visuel les mauvaises intentions des protagonistes.

L’argent tient une place importante et le pauvre Remigio honnête et sincère va se faire plumer, humilier… J’ai noté que le porte feuille (objet) joue un rôle. On lui prête des intentions, on le met dans la catégorie  « petit bourgeois » alors que maltraité par son père et écarté du domaine il n’a aucune connaissance ni revendication si ce n’est régler cette succession.

Les femmes : la mère est décédée donc absente, il n’a pas de fiancée ni d’épouse. Alors qu’il est confronté à la deuxième épouse de son père et sa maîtresse. Il y a d’autres femmes, mais aucune ne le respecte car il a trop d’un homme-enfant. Il n’a pas de soutien.

Les hommes à commencer par son père (même sur son lit de mort) ne le respecte pas. Le fils n’a pas hérité de sa roublardise et de sa violence.

Les chapitres sont assez courts. C’est un texte qui a été publié dans un premier temps dans une revue romaine du 1er avril 1920 au 1er mars 1921. Ce texte à donc cent ans. Est-ce que la structure de la narration n’est conditionnée par le fait qu’elle a été livrée par petit bouts ?

Je remercie Babelio et les éditions de La Baconnière de leur confiance.

Intelligence à louer

Henri Roorda

Éditions de la Baconnière, mai 2021, 272 p., 20 €

Masse Critique Babelio / La Baconnière

4e de couv.

Chroniques inédites d’Henri Roorda

Choix et avant-propos de Jonathan Wenger

Henri Roorda 1870-1925, professeur de mathématiques, est sans doute le meilleur humoriste qu’ait connu la Suisse romande ainsi que son meilleur moraliste.

Mes impressions de lecture :

J’ai découvert cette maison d’édition suisse en début d’année et j’ai envie de continuer leur catalogue lorsque l’occasion s’en présente. J’ai saisie l’opportunité que m’offrait le Masse critique Babelio. Petite précision cette maison d’édition est diffusée en France alors on n’a pas de soucis pour ce procurer leurs ouvrages.

Le titre et la couverture on joué un rôle important dans mon envie de découvrir ces chroniques car je ne connaissais pas cet écrivain /humoriste suisse. Le fait qu’il s’agisse de chroniques est intéressant car on n’a pas forcément accès à de vieux journaux sauf si on est étudiant. Cette forme brève permet de lire par petites touches.

J’étais intriguée aussi par la période, en effet les chroniques ont été publiées de 1915 à 1925 comme indiqué dans le titre. Que ce soient des textes écrits et publiés à cette époque là permettent de se faire une image de ce que se disait et de ce qu’on pensait.

D’entrée, j’ai adoré la façon d’aborder les sujets. Sujets qui d’ailleurs m’ont surprise par leur « actualité » en transposant certains éléments on croirait qu’il parle de notre époque. Rien de nouveau sous le soleil ! A-t-on appris quelque chose du passé ? Ce que certains pensaient à l’époque est toujours valable aujourd’hui. Juste un exemple : on dit aujourd’hui que pour être caissière ou femme de ménage on nous demande d’avoir le bac, et bien déjà à l’époque pour être cantonnier on demandait un brevet…

J’ai beaucoup apprécié la diversité des sujets abordés. Il y a des faits de société, des sujets politique, scientifiques, la famille. Il y a un côté informatif sur cette époque.

Il est parfois sarcastique et ironique, pas tendre envers lui et ses contemporains. Il a un certain humour qui me plait bien. Il semble se moquer de tout. Il traite de sujets sérieux de manière réfléchie et logique.

Je voulais aussi lires les chroniques pour voir leur construction. Elles sont généralement pas trop longues alors les sujets ne pas trop développés. Finalement je me suis laissée emportée par les sujets et  j’ai oublié d’étudier la construction.

Un vrai régal, je les ai lues dans l’ordre chronologique pour être sûre de les avoir  toutes lues et voire la progression des sujets dans le temps mais on peu aussi piocher de ci-delà de temps d’un café comme si on lisait le journal..

Cette maison d’édition me correspond…

Je remercie Babelio et les Éditions de la Baconnière de m’avoir permis de découvrir cette plume.

Mortel printemps

Claire Gratias

Éditions Le Muscadier, 25 mars 2021,  , 16,50€

Masse critique Babelio / Le Muscadier

Chronique jeunesse du mercredi

4e de couv. :

En ce mois d’avril, tout allait bien pour Hugo, Vadim et leurs deux amis Léa et Rémi. Et voilà que, dans leur village paisible, quelqu’un est assassiné. Une personne qu’ils connaissaient bien. Or, très vite, les soupçons des gendarmes se portent sur l’un d’entre eux…

Leur amitié résistera-t-elle à la véritable tornade qui balaie ce printemps placé sous le signe de la mort et des mensonges ?

Mes impressions de lecture :

Je découvre la maison d’édition Le Muscadier. J’avais lu d’autres romans de Claire Gratias mais dans d’autres genre. La collection « rester vivant » propose des textes qui « parlent du monde d’aujourd’hui.. ».

La mise en page est surprenante et intéressante. Nous avons des fac-similés de pages d’un carnet d’écrivain avec des commentaires d’Hugo sur les événements qui donnent d’autres renseignements et nous avons la narration à proprement parler à la troisième personne, écrite par Hugo adulte, où l’on voit tous les personnages au moment des faits.

Autre chose à savoir, il ne s’agit pas d’une enquête menée par des ados, ce sont des ados qui se retrouvent mêlés à des événements tragiques.

J’ai trouvé la mise en place très bien menée pour que les regards se focalisent sur un personnage qui va devenir le coupable idéal…

On va avoir des fausses pistes et des révélations qui vont faire tenir le lecteur en haleine car il a des éléments il se pose lui aussi des questions… on a la manipulation du lecteur par l’auteur… jusqu’au bout on a des twists.

Si on se fixe sur l’idée de la retranscription de la mémoire on se dit que l’auteur connait toute l’histoire et donc sa conclusion. Il peut donc semer les indices qu’il veut en fonction d’où il veut mener le lecteur. Et puis il y a la déformation due au temps et autre…

Les commentaires de l’auteur dans son carnet son aussi des ressentis plus intimes et complètent les souvenirs. Et il explique aussi les choix d’écriture, mets en avant des phrases de la narration pour les expliquer. J’aime beaucoup lorsque l’auteur s’adresse au lecteur directement. On comprendra à la fin à quel lecteur en particulier il s’adresse. Mais que cherche t-il à réaliser en fait ?

Ce roman joue avec les «  si », comme par exemple si je avais fait ou pas alors…

Ce que ce roman met aussi en avant ce sont les conséquences de nos émotions : amour, jalousie, colère, frustrations, amitié, loyauté… Tout ce bouillonnement pendant l’adolescence qui peut révéler le meilleur comme le pire.

C’est un roman très prenant avec des chapitres courts, ces fameuses insertions de textes « manuscrits ».

J’ai eu plaisir à lire ce nouveau roman de Claire Gratias qui nous plonge dans l’intimité des adolescents, leurs relations conflictuelles ou passionnelles dans la famille ou au collège.

Je remercie Babelio et les éditions Le Muscadier.

De la même autrice sur ce blog :

Un week-end sans fin

Opération Maurice