L’histoire merveilleuse de Mamé Alan

Jihad Darwich

Musique de Issa Hassan

Éditions Oui’dire, 2022, 97 mn, 21 €

Chronique Jeunesse du mercredi

Conte pour les plus grands et les adultes

4e de couv :

Réunis pour une nuit par trois femmes génies, Mamé, prince d’Occident, et Zina, princesse de Botan, s’éprennent d’un amour fou. Ils échangent bagues et serments avant d’être séparés. Commence alors une folle quête d’amour, presque mystique, où chacun vit l’absence de l’autre comme un manque qui l’empêche de vivre. Le jeune roi quitte alors son royaume, traverse monts et déserts et affronte mille dangers pour retrouver Zina Zidâne, sa bien-aimée qu’il avait seulement aperçue un soir.

Mes impressions de lecture :

Je ne connaissais pas cette maison d’édition de livre audio. Leur catalogue est spécialisé dans les contes et légendes « Oui’dire, le Label des conteurs ». Merci à Masse Critique et les Oui’dire éditions de cette découverte.


La voix et le phrasé de Jihad Darwiche et la musiques donnent au conte kurde une tonalité supplémentaire à la narration… une authenticité.

J’avais découvert ce conteur Libanais lors du « mois du Liban » initié par Maeve. J’ai lu et écouter des contes pour enfants. Celui-ci est plutôt pour les plus grands car il est plus long

il faut bien rester concentré car c’est une belle épopée assez longue. De belles images vont nous faire voyages dans d’autres temps et d’autres lieux.


On retrouve la structure du conte avec les thématiques du conte oriental avec princes et princesses avec les valeurs qui vont avec. La quête, l’amour et les épreuves à surmonter.


Je l’ai écouté deux fois et à chaque fois des scènes différentes m’ont interpellé.
J’ai aimé l’oralité du conte.

Du même conteur sur ce blog

« Le chat terreur des lions »

Le portrait de la Traviata

Do Jinki

Traduit du coréen par Kyungran Choi et Delphine Bourgoin

Éditions du Matin Calme, 2020, 221 p., 18,90 €

Masse critique Babelio / Éditions du Matin Calme

Les enquêtes de Gojin, avocat de l’ombre
Deux morts dans un appartement au premier étage d’un immeuble paisible de Séoul. La femme qui y habitait – un coup de couteau pour elle – et un voisin – un coup de poinçon pour lui -, un type détestable qui lui tournait autour ces derniers temps. Mais puisque le principal suspect gît à côté de la victime, il faut chercher ailleurs. Le concierge pourrait faire un coupable correct, le commissaire Lee Yuhyeon boucle son enquête et l’envoie en procès.
Mais rien ne se passe comme prévu. L’innocence du vieux bougre s’impose, le procès est un fiasco. C’est alors que dans son téléphone, Lee Yuhyeon entend un rire familier et moqueur, celui de l’avocat Gojin, l’avocat de l’ombre. Oui, il faudra tout recommencer, tout reprendre depuis le début. Car chacun dans cet immeuble pourrait avoir quelque raison d’avoir commis ce double meurtre.

Mes impressions de lecture :

Je ne sais pas si vous connaissez cette jeune maison d’édition spécialisée dans le polar coréen qui a vu le jour en 2020. J’ai déjà lu deux titres de chez eux dans les catégories différentes d’abord une comédie policière «  Carnets d’enquête d’un beau gosse nécromant » très intéressante et un cosy mystery « les 4 enquêtrices de la supérette Gangseon ». Cette fois-ci j’explore un roman policier à énigme. Vous aurez remarqué je n’ai pas encore tenté les thrillers psychologiques et autres romans plus effrayants. Qui sait un jour peut-être.  Il est temps de vous parler de ce « portrait de la Traviata ».

J’ai choisi ce roman non seulement parce qu’il s’agissait d’un roman policier à énigme mais aussi parce que je trouvais le titre très évocateur. Je me suis rendu compte après que je ne connaissais de la Traviata que le nom de l’opéra et son compositeur mais pas le sujet traité. Maintenant que j’ai lu ce roman et le sujet de Verdi je vois le lien. C’est presque spoliant.

Ce que j’ai aimé dans ce roman c’est la forte présence de dialogues. La résolution du crime se fait en grande partie grâce à des conversations entre deux amis un policier honnête et consciencieux et un avocat assez singulier. Le  policier explore ces propres pistes et celles issues des hypothèses du presque avocat. On passe de la théorie à la pratique.

 On a bien entendu de nombreuses fausses routes qui donnent lieu à des scènes cocasses. Il y a une grande part d’humour. On se demande parfois si l’avocat ne prend pas plaisir à proposer des solutions erronées, qui une fois vérifiées éliminent des possibilités, pour voir le policier se démener dans des interrogatoires farfelus. Il laisse faire le sale boulot aux policiers alors qu’il sait que ce n’est pas possible que ce soit le coupable.

J’ai apprécié ce duo entre un officiel pro des enquêtes et l’autre amateur averti  qui travaille dans l’ombre. Le policier est dans l’affirmative : c’est lui le coupable et il insiste tant qu’il y a des hypothèses possibles, c’est à la limite du harcèlement policier. Coup de théâtre à la fin comme il se doit !

Un petit détail m’a aussi plu, il y a le plan des deux lieux des crimes. C’est tout bête mais on a l’impression de voir le policier entrain de dessiner les deux scènes des crimes, cela crée une proximité.

Dans ce roman, on explore le monde interlope de la nuit à Séoul, je ne connais pratiquement rien de ce pays cependant on comprend bien ce qui se joue dans les différents lieux grâce aux petites explications glissées par l’auteur.

En guise de conclusion je tiens à rappeler qu’il s’agit de roman à énigme alors le rythme est assez lent et oubliez les scènes d’action et les courses poursuites. Par contre on y boit et on y mange souvent.

Un bon moment de lecture qui nous laisse le temps d’apprécier certains personnages et d’autres beaucoup moins.

J’ai pris plaisir aussi à retrouver les thématiques qui tournent autour de la « maison » et de « de l’apparence » et d’autres.

Quel sera mon prochain Matin Calme ? Je ne sais pas encore… mais c’est avec plaisir que j’aimerai retrouver ce duo.

 Je remercie Babelio et les Éditions du Matin Calme de leur confiance

Les 100 légendes de la mythologie japonaise

Alain Rocher

Que sais-je ?, n°4219, 2022, 126 p., 9 €

Masse critique Babelio/ Que sais-je ?

4e de couv. :

De la création de l’archipel par le couple incestueux Izanaki et Izanami à la descente sur terre de l’ancêtre de la lignée impériale, en passant par l’origine de la mort et de la végétation, la querelle entre la déesse du soleil et le trublion cosmique Susanowo, les légendes japonaises, loin d’être un fossile culturel, sont le témoignage d’une pensée mythique restée bien vivante. Compilée dans le Kojiki et le Nihon shoki sur ordre impérial au seuil du VIIIe siècle, la mythologie japonaise préserve la mémoire de la culture archaïque du Japon tout en constituant un véritable conservatoire de presque toutes les mythologies de l’Asie de l’Est et du Nord-Est. En 100 légendes, Alain Rocher dresse un éventail de la richesse et de l’originalité de cette mythologie, qui n’a rien à envier à ses homologues gréco-romain, nordique ou hindou.

Mes impressions de lecture :

Une lecture surprise. J’ai choisi cet ouvrage dans les propositions Masse Critique Babelio, pour son titre et son sujet. J’aime les contes, les légendes et ce qui touche à la mythologie. La couverture aussi était tentante mais je n’avais pas fait attention à la maison d’édition. Pour moi « Que sais-je ? » n’avais pas d’illustration. Et donc les légendes de la mythologie japonaises ne se présentent pas comme des contes.

Les textes ne trainement pas en longueur c’est un concentré de savoir. C’est d’une grande érudition et une mine d’information très variées. Le titre pour chacune porte le nom de la divinité ou de l’événement et en sous-titre un complément exemple : « Izaki et Izami / les parents du monde » ou encore « Descente du ciel / Prose de possession et renaissance ». C’est par ordre alphabétique. On peut soit lire en suivant soit piocher en fonction du titre, attention cependant certains se suivent pour comprendre les différentes étapes de la légende.

Dans chaque article on a différents types d’information selon le sujet. On peut avoir des informations linguistiques sur la construction d’un nom, soit avoir des fait historiques du Japon au du Sud Est asiatique. Ce qui est intéressant dans les « Que sais-je ? » ce sont toutes les références et sources des informations. Parfois il y a des références aux autres mythologies du monde ce qui permet de rattacher peut-être à des choses plus connues comme la mythologie grecque ou indienne. Il y a aussi des aspects linguistiques ou mathématiques qui sont très intéressants.

J’ai remarqué l’aspect très guerrier, avec les guerres fratricides, les vendettas, et tout ce qui touche aux armes.

Les figures féminines ne sont pas en reste dans les légendes présentées.

Une seule lecture ne me suffira pas à tout retenir mais c’est un bon ouvrage de références auquel je pourrais me reporter dans mes futures lectures. Il sera très utile pour les étudiants en japonais. Ou pour des études comparées avec d’autres mythologies.

Je pensais mieux connaître la mythologie japonaise, cet ouvrage m’a fiat prendre conscience que non. Je suis donc très contente de ce que j’ai appris.

Je remercie les éditions « Que sais-je? » et Babelio de leur confiance.

Les fantômes du presbytère

Daniel Sangsue

Éditions de la Baconnière, 2022, 142 p., 20 €

Masse critique Babelio / Éditions de la Baconnière

4e de couv. :
Un professeur de littérature à la retraite achète dans l’Aveyron un presbytère du dix-huitième siècle, accolé à une église désaffectée et donnant sur un cimetière de campagne. Une fois installé, il découvre que ce presbytère est hanté par un esprit frappeur. Loin d’être effrayé, il s’y intéresse de très près en qualité de spécialiste de la pneumatologie, la science des fantômes. En cherchant à se renseigner sur cet esprit, il exhume un Journal, dont les larges extraits reproduits donnent à lire une subtile parodie de textes du XIXe siècle. Comprenant à travers ces documents les raisons de la présence de cette âme en peine à sortir du purgatoire.
Un roman alerte, érudit, qui sous le couvert du fantastique et de l’humour aborde des questions intimes et essentielles autour de la spiritualité.

Mes impressions de lecture :

Lorsque j’ai vu que ce roman était dans la sélection de Masse Critique, je n’ai pas hésité. Jusqu’à présent les ouvrages de cette maison d’édition m’ont transporté dans des univers littéraires très singuliers. J’ai aussi choisi ce roman car il se déroulait en Aveyron et j’avais donc des images qui collaient à la réalité même si le lieu même est imaginaire. Par exemple il y a Espalion et tout ce secteur que j’aime beaucoup.  De plus, le pseudo de l’auteur m’a fait sourire  « Daniel Sangsue » et j’ai vu qu’une partie des ses œuvres tournent autour de vampirisme et des fantômes. J’ai vu cela comme un bon présage.

L’idée de base des nouveaux arrivants de la région qui ont une attirance pour une maison adossée à une église avec une vieux cimetière comme panorama et à qui l’on ne dit pas sa spécificité, c’est propice à de drôles d’aventures, d’autant plus que le nouveau propriétaire s’intéresse aux fantômes. On n’est pas dans un roman d’horreur ou angoissant.

Ne connaissant pas grand-chose aux fantômes j’ai appris des choses. La mise en place du décor est assez lente. On a toute la période d’installation du couple, les premières manifestations jusqu’à la découverte de ce fantôme est assez lente. Cela devient intéressant lorsqu’ils découvrent ce personnage bruyant. On va découvrir son histoire grâce à son journal intime. Jusqu’au dénouement final.

J’ai bien aimé la façon dont l’auteur a joué avec ce double texte. On a le narrateur « je » qui retranscrit des passages de ce fameux journal et ces commentaires. Commentaires très instructif pour ma part puisqu’il va déceler dans ce fameux journal des références ou « à la façon de » d’autres auteurs. Daniel Sangsue prend le lecteur par la main et lui dit « tient là il se prend pour… ». Cela pourrait exaspérer certains lecteurs quand à moi j’ai trouvé une connivence narrateur/lecteur. On va donc avoir des textes classiques qui sont cités ou des personnages emblématiques.

Dans le journal on va découvrir un autre personnage, une femme. Eh oui il faut bien un élément perturbateur, le déclencheur du drame et quoi de mieux que la passion. J’ai été un peu agacé par le personnage du journal (mais il faut se remettre dans son époque !) qui va initier cette femme à la littérature. Cela m’a fait penser à une notion plus récente de « bibliothérapie ». C’est le moment ou le lecteur prend son carnet pour noter les références aux livres, la plupart des classiques qu’on connait plus ou moins.

J’ai trouvé drôles les raisons pour lesquelles notre personnage du journal  se lance dans cette éducation.

Ce roman n’est pas dénuée d’une certaine ironie. J’ai souris parfois à l’humour de Daniel Sangsue. Il faudra que je tente d’autres lectures de cet auteur.

Je remercie Babelio et les Éditions La Baconnière pour cette plaisante lecture.

La commissaire n’a pas l’esprit club

George Flipo

Folio, 2021, 293 p., 8,10 €

Masse critique Babelio / Folio

4e de couv. :

La commissaire Viviane Lancier est envoyée incognito sur l’île de Rhodes pour enquêter sur le meurtre de King, le chef tyrannique d’un village de vacances. Alors que son nouveau lieutenant, Willy Cruyff, se fond avec enthousiasme dans la masse des joyeux vacanciers, Viviane s’efforce tant bien que mal de tirer les fils de cette sombre affaire, entre cours d’aquagym et leçons de tango. Assommée par la chaleur et déprimée à l’idée de se promener en maillot de bain, elle ne cesse de rudoyer son pauvre adjoint. Et pendant ce temps-là, les morts s’accumulent…

Mes impressions de lecture :

Lorsque je l’ai vu dans masse critique, le titre et la couverture m’ont attirée, lorsque je l’ai reçu et que j’ai fait quelques recherches je me suis rendu compte qu’il s’agissait d’une réédition d’un roman de 2010. Je n’en avais pas entendu parler. C’est donc une bonne chose de redonner une visibilité à ce texte. Il est vrai que le cosy mistery a le vent en poupe en ce moment, alors j’espère que l’auteur sortira une troisième enquête prochainement. Car il n’existe que deux enquêtes avec la commissaire Vivianne Lancier.

Les deux enquêtes publiées sont indépendantes, celle-ci  est la deuxième et il est fait souvent mention à la première. Ce qui a titillé ma curiosité et il faudra que je la lise car c’est agaçant. Ah Ah Ah !

Il y a des lectures qui vous renvoient à d’autres. À la rentrée j’ai lu « Badroulboudour »  de Jean-Baptiste de Froment, une étrange histoire qui se passe dans un club de vacances et j’ai aussi lu il y a quelques mois « La dixième muse » d’Alexandra Koszelyk qui parle de Guillaume Apollinaire et des poèmes à Lou en particulier. Et voilà que dans un roman de 2010 ces deux thèmes se croisent. Je pensais dans un premier temps qu’enquête et Rhodes me feraient plutôt penser à Poirot… quoique à bien y réfléchir…

Mais revenons à  Rhodes à « l’Esprit Club » où il se passe de drôle de choses. Cela débute par une mort étrange, celle du directeur du centre retrouvé pendu et bâtonné par les vacanciers qui pensaient que c’était un mannequin, la nuit du 14 juillet.  Pour des raisons diplomatiques on envoie une commissaire assez singulière. Côté discrétion elle se pose là, mais elle comprend la notion de ne pas faire de vague. Elle va pourtant remuer beaucoup de vase avec ses gros sabots.

C’est un roman policier qui traite le sujet avec humour, la commissaire doit régler cette enquête incognito, mais elle a l’art de se mettre dans le pétrin et de déterrer des secrets, sans parler de sa désastreuse inaptitude à la vie sociale. Un comble pour des « vacances » dans une petite communauté qui prône « le tout ensemble ». On a un duo policier improbable et diamétralement opposés, ils se complètent sans vouloir l’admettre.

L’enquête se fait un peu en dépit du bon sens puisqu’il est sensé ne pas y avoir d’enquêteur et donc d’enquête. Ce qui m’a plu c’est comment l’auteur à travers son duo d’enquêteurs incognitos va soulever les voiles de se décor factice de bonheur et de joie de vivre. Il démonte les rouages de cette machinerie.

Le chef de camp avait des problèmes pour se rappeler le nom de ses employés et de leurs fonctions, il avait trouvé comme solution de donner un nom en relation avec leur travail. Les animateurs sont les  «  kiki » (femmes) et les « coco » (hommes)  et cela donne coco Picole pour celui qui gérait le bar et la boîte de nuit, Kiki muscule celle qui s’occupaient des activités sportives etc. Cela donne le ton du roman.

L’auteur dévoile aussi les dessus financiers de ce camp fort rentable. Il est  assez sarcastique pour expliquer que de Paris on ne voit que le rapport financier et ne veulent pas voir comment on obtient de tels rendements.

Les rebondissements qui frôlent la maladresse et le ridicule rendent les crimes moins horribles, ou le contraire…

Je pense lire la précédente enquête.

Je remercie Babelio et Folio de leur confiance.

Le domaine

Federigo Tozzi

Trad. Philippe Di Meo

Éditions La Baconnière, 2021, 224 p., 20 €

Masse Critique Babelio / La Baconnière

4e de couv. :

Remigio, un tout jeune homme, est appelé au chevet de son père mourant. Il hérite de son domaine agricole. Ayant fui en ville une relation filiale difficile, rien ne le prépare à assumer cette lourde tâche. Il multiplie fatalement les maladresses. Rejetant le modèle paternel autoritaire, mais par trop naïf, névrosé et dépourvu d’expérience, il ne parvient pas à trouver une alternative valable. Sa mansuétude encourage les aigrefins de toutes sortes. On lui intente des procès sous de mauvais prétextes, on le vole, on l’humilie.
Remigio est le type même de l’inadapté rêveur voué à endurer la cruauté humaine.

Berto, l’un de ses ouvriers le prend en mauvaise part. Dès lors il n’a de cesse de le dénigrer, de le provoquer et de le menacer. Ces deux personnages antagonistes sont les acteurs d’un drame qui les dépasse. La déliquescence de l’un et la révolte de l’autre campent la férocité d’un monde âpre et cruel.

Mes impressions de lecture :

 J’ai découvert cette maison d’édition suisse (qui est présente en France) depuis peu. Chaque lecture est une découverte que ce soit une autrice actuelle ou un auteur réédité. Mon choix c’est porté sur ce roman car il y avait une histoire de famille et de transmission, avec l’idée de microcosme.

Un petit mot sur la couverture. En fin de volume on nous montre qu’il s’agit de détails d’une œuvre. La déstructurer et la réassembler ainsi m’a fait penser à des parcelles de terres.

Lorsqu’on  commence le roman, on a vite l’impression que le personnage court à sa perte, quoi qu’il tente ça se retourne contre lui. J’ai eu la même impression qu’en lissant « des souris et des hommes » de John Steinbeck, «  l’étranger de » d’Albert Camus ou encore « Mangez-le » de Jean Teulé. C’est comme si l’animalité, la cupidité des hommes et autres frustrations n’attendaient que  ce moment-là pour se mettre en branle. Le personnage n’est pas de la trempe de ceux qui se battent et il va se laisser dévorer par tous. Il n’est pas idiot, c’est juste un gentil. On a l’image du sacrifier.

Je le demande dans quelle mesure le fait que cette histoire racontée après la première guerre mondiale ne reflète pas certains sentiments.

A la fin du volume il y a « À propos de la langue de Federigo Tozzi » et « autour du Domaine » de Philippe Di Meo. Ces articles sont très intéressants car ils sont écrits par le traducteur qui a dû  faire un travail préliminaire avant la traduction. Il a su analyser certaines scènes, voir les références aux autres romans de Tozzi. En  tant que traducteur il a fait un travail très minutieux autour de la langue et de l’univers de cet auteur.

En tant que simple lectrice, j’ai pris grand plaisir à lire cette langue traduite qui n’est pas surannée mais qui a un certain rythme. Le traducteur laisse quelques mots en italien, ce qui donne une touche « exotique ». Federigo Tozzi utilise des régionalismes.

J’ai aimé les descriptions de scènes où se déroule la discussion. Elles ne sont pas longues mais pourtant précises pour bien se mettre dans l’ambiance.

La part de dialogue est importante. Les apartés des personnages rendent très visuel les mauvaises intentions des protagonistes.

L’argent tient une place importante et le pauvre Remigio honnête et sincère va se faire plumer, humilier… J’ai noté que le porte feuille (objet) joue un rôle. On lui prête des intentions, on le met dans la catégorie  « petit bourgeois » alors que maltraité par son père et écarté du domaine il n’a aucune connaissance ni revendication si ce n’est régler cette succession.

Les femmes : la mère est décédée donc absente, il n’a pas de fiancée ni d’épouse. Alors qu’il est confronté à la deuxième épouse de son père et sa maîtresse. Il y a d’autres femmes, mais aucune ne le respecte car il a trop d’un homme-enfant. Il n’a pas de soutien.

Les hommes à commencer par son père (même sur son lit de mort) ne le respecte pas. Le fils n’a pas hérité de sa roublardise et de sa violence.

Les chapitres sont assez courts. C’est un texte qui a été publié dans un premier temps dans une revue romaine du 1er avril 1920 au 1er mars 1921. Ce texte à donc cent ans. Est-ce que la structure de la narration n’est conditionnée par le fait qu’elle a été livrée par petit bouts ?

Je remercie Babelio et les éditions de La Baconnière de leur confiance.

Intelligence à louer

Henri Roorda

Éditions de la Baconnière, mai 2021, 272 p., 20 €

Masse Critique Babelio / La Baconnière

4e de couv.

Chroniques inédites d’Henri Roorda

Choix et avant-propos de Jonathan Wenger

Henri Roorda 1870-1925, professeur de mathématiques, est sans doute le meilleur humoriste qu’ait connu la Suisse romande ainsi que son meilleur moraliste.

Mes impressions de lecture :

J’ai découvert cette maison d’édition suisse en début d’année et j’ai envie de continuer leur catalogue lorsque l’occasion s’en présente. J’ai saisie l’opportunité que m’offrait le Masse critique Babelio. Petite précision cette maison d’édition est diffusée en France alors on n’a pas de soucis pour ce procurer leurs ouvrages.

Le titre et la couverture on joué un rôle important dans mon envie de découvrir ces chroniques car je ne connaissais pas cet écrivain /humoriste suisse. Le fait qu’il s’agisse de chroniques est intéressant car on n’a pas forcément accès à de vieux journaux sauf si on est étudiant. Cette forme brève permet de lire par petites touches.

J’étais intriguée aussi par la période, en effet les chroniques ont été publiées de 1915 à 1925 comme indiqué dans le titre. Que ce soient des textes écrits et publiés à cette époque là permettent de se faire une image de ce que se disait et de ce qu’on pensait.

D’entrée, j’ai adoré la façon d’aborder les sujets. Sujets qui d’ailleurs m’ont surprise par leur « actualité » en transposant certains éléments on croirait qu’il parle de notre époque. Rien de nouveau sous le soleil ! A-t-on appris quelque chose du passé ? Ce que certains pensaient à l’époque est toujours valable aujourd’hui. Juste un exemple : on dit aujourd’hui que pour être caissière ou femme de ménage on nous demande d’avoir le bac, et bien déjà à l’époque pour être cantonnier on demandait un brevet…

J’ai beaucoup apprécié la diversité des sujets abordés. Il y a des faits de société, des sujets politique, scientifiques, la famille. Il y a un côté informatif sur cette époque.

Il est parfois sarcastique et ironique, pas tendre envers lui et ses contemporains. Il a un certain humour qui me plait bien. Il semble se moquer de tout. Il traite de sujets sérieux de manière réfléchie et logique.

Je voulais aussi lires les chroniques pour voir leur construction. Elles sont généralement pas trop longues alors les sujets ne pas trop développés. Finalement je me suis laissée emportée par les sujets et  j’ai oublié d’étudier la construction.

Un vrai régal, je les ai lues dans l’ordre chronologique pour être sûre de les avoir  toutes lues et voire la progression des sujets dans le temps mais on peu aussi piocher de ci-delà de temps d’un café comme si on lisait le journal..

Cette maison d’édition me correspond…

Je remercie Babelio et les Éditions de la Baconnière de m’avoir permis de découvrir cette plume.

Mortel printemps

Claire Gratias

Éditions Le Muscadier, 25 mars 2021,  , 16,50€

Masse critique Babelio / Le Muscadier

Chronique jeunesse du mercredi

4e de couv. :

En ce mois d’avril, tout allait bien pour Hugo, Vadim et leurs deux amis Léa et Rémi. Et voilà que, dans leur village paisible, quelqu’un est assassiné. Une personne qu’ils connaissaient bien. Or, très vite, les soupçons des gendarmes se portent sur l’un d’entre eux…

Leur amitié résistera-t-elle à la véritable tornade qui balaie ce printemps placé sous le signe de la mort et des mensonges ?

Mes impressions de lecture :

Je découvre la maison d’édition Le Muscadier. J’avais lu d’autres romans de Claire Gratias mais dans d’autres genre. La collection « rester vivant » propose des textes qui « parlent du monde d’aujourd’hui.. ».

La mise en page est surprenante et intéressante. Nous avons des fac-similés de pages d’un carnet d’écrivain avec des commentaires d’Hugo sur les événements qui donnent d’autres renseignements et nous avons la narration à proprement parler à la troisième personne, écrite par Hugo adulte, où l’on voit tous les personnages au moment des faits.

Autre chose à savoir, il ne s’agit pas d’une enquête menée par des ados, ce sont des ados qui se retrouvent mêlés à des événements tragiques.

J’ai trouvé la mise en place très bien menée pour que les regards se focalisent sur un personnage qui va devenir le coupable idéal…

On va avoir des fausses pistes et des révélations qui vont faire tenir le lecteur en haleine car il a des éléments il se pose lui aussi des questions… on a la manipulation du lecteur par l’auteur… jusqu’au bout on a des twists.

Si on se fixe sur l’idée de la retranscription de la mémoire on se dit que l’auteur connait toute l’histoire et donc sa conclusion. Il peut donc semer les indices qu’il veut en fonction d’où il veut mener le lecteur. Et puis il y a la déformation due au temps et autre…

Les commentaires de l’auteur dans son carnet son aussi des ressentis plus intimes et complètent les souvenirs. Et il explique aussi les choix d’écriture, mets en avant des phrases de la narration pour les expliquer. J’aime beaucoup lorsque l’auteur s’adresse au lecteur directement. On comprendra à la fin à quel lecteur en particulier il s’adresse. Mais que cherche t-il à réaliser en fait ?

Ce roman joue avec les «  si », comme par exemple si je avais fait ou pas alors…

Ce que ce roman met aussi en avant ce sont les conséquences de nos émotions : amour, jalousie, colère, frustrations, amitié, loyauté… Tout ce bouillonnement pendant l’adolescence qui peut révéler le meilleur comme le pire.

C’est un roman très prenant avec des chapitres courts, ces fameuses insertions de textes « manuscrits ».

J’ai eu plaisir à lire ce nouveau roman de Claire Gratias qui nous plonge dans l’intimité des adolescents, leurs relations conflictuelles ou passionnelles dans la famille ou au collège.

Je remercie Babelio et les éditions Le Muscadier.

De la même autrice sur ce blog :

Un week-end sans fin

Opération Maurice

Le mangeur d’âmes

Alexis Laipsker

Michel Lafon mars 2021, 350 p., 18,95 €

Masse Critique Babelio /Éditions Michel Lafon

4e de couv. :

 » Il n’a pas crié. Ils ne crient jamais. « 
Certains secrets, pourtant bien gardés, s’avèrent parfois trop lourds à porter…
Quand des disparitions d’enfants et des meurtres sanglants se multiplient dans un petit village de montagne sans histoire, une vieille légende nimbée de soufre ressurgit… Diligentés par leurs services respectifs, le commandant Guardiano et le capitaine de gendarmerie De Rolan sont contraints d’unir leurs forces pour découvrir la vérité.

Mes impressions de lecture :

J’attendais ce roman avec impatience, car j’avais beaucoup aimé le premier roman d’Alexis Laipsker « Et avec votre esprit… » et j’étais curieuse de lire une nouvelle enquête et connaître les nouveaux (ou pas) personnages.

La couverture du livre est magnifique. J’ouvre le livre et commence la scène inaugurale, celle qui doit « choquer » le lecteur. C’est réussi, première réflexion, est-ce que c’est vraiment pour moi ? Je suis une petite joueuse. Je commence le chapitre et là nouvelle inquiétude… et puis tout à coup, je lève la tête et j’en suis à la page 77 ! Et après je ne l’ai plus lâché !

Ce roman évoque pour moi d’anciennes lectures comme les romans de Jonathan Kellermann (crimes autour des enfants), ou encore ceux de Luca D’Andrea (croyances et légendes du fond de la vallée perdue), ou Maud Tabachnik (pour le côté traque dans la neige « jour de glace »). Vous l’aurez compris j’étais à fond dans l’ambiance.

Le décor et la météo jouent un rôle car cela accentue le côté coupé du monde et course poursuite difficiles. Sans parler du téléphone…

Pour mener son enquête, Alexis Laipskair à choisi cette fois de créer un duo étonnant. Les personnages se découvrent en allant sur la scène du crime. Chacun vient pour une enquête différente. Les deux affaires s’entremêlent.

On a le jeu entre gendarme et policière. Lui capitaine et elle commandante. Jeu avec un certain humour « sexiste » comme pour éviter les tensions sexuelles entre nos deux « célibataires ». On retrouve le petit clin d’œil de l’auteur pour les probabilités et le Poker qui sont les spécialités de l’auteur.

On comprend très vite qu’on a affaire à deux écorchés âmes en peine. On découvrira pourquoi au cours de l’histoire. Mais chut ! Un duo intéressant.

Le lecteur se rend compte que le partage d’information n’est pas équitable, du coup le lecteur en sait plus que les protagonistes. Leurs relations sont faussées dès le départ.

On est sur le thème de l’innocence perdue et les croyances religieuses. Ainsi que sur la thématique de la justice. Cela crée aussi une ambiance lourde de secrets, une touche de mysticisme et presque de surnaturel. C’est là que le côté terre à terre de notre duo va jouer un rôle important pour ne pas les déstabiliser.

Le sujet est dur, diaboliquement cruel et la résolution est à la hauteur. Personne ne sort indemne. On a des frissons tout le long et ce n’est pas à cause de la neige…

Il ne me reste plus qu’à attendre la prochaine enquête d’Alexis Laipsker.

Je remercie Babelio et les Éditions Michel Lafon pour ce partenariat.

Les six fonctions du langage

Clémentine Mélois

Éditions du Seuil, mars 2021, 112 p., 14,90 €

Masse Critique Babelio/ Éditions du Seuil

4e de couv. :
Voici un roman-photo comme vous n’en avez jamais vu. Jalousies, trahisons, bagarres, cafés gourmands, photocopieuses en panne et tendres baisers: Clémentine Mélois, plasticienne, écrivaine et membre de l’Oulipo, connue pour ses détournements de classiques de la littérature revus et passés à la moulinette de la culture pop (Cent titres, Grasset 2014) s’empare du très populaire roman-photo pour étudier le langage dans toutes ses fonctions. Au fil de dix-huit histoires hilarantes, on découvrira des hommes et des femmes en proie à toutes les dépravations lexicales, des employés de bureau désorientés, un agent immobilier malmené, un catcheur mexicain, des pantalons pattes d’éléphants et même un certain Roland Barthes.

Mes impressions de lecture :

Il y des OLNI, objets littéraires non identifié qui m’attirent. Le mélange des genres, le pastiche et l’humour le travail des membres de l’OULIPO m’intéressent beaucoup.

La plupart des histoires sont indépendantes, cependant il y en a deux qui se suivent.

Les titres grandiloquents et un sous-titre qui ressemble souvent qui qualifie le type d’histoire : « action », « romance », « justice », « amitié », médecine » « drame » « entreprise »… Cette première source d’information met le lecteur en condition pour mieux le surprendre.

La couverture et la quatrième de couverture sont aussi chargés d’informations, une parodie marketing et forment une histoire en soi.

Détournement et recomposition, montage de vieux photoromans. (Souvenirs de vacances quand avec les copines on empruntait en cachette les magazines de nos mères ! ) Il y a des faux raccords avec des différence de vêtement. Elle en joue en l’intégrant parfois au texte. La mauvaise qualité de l’image permet de bien faire la différence avec de vrais photoromans. Les vêtements et les pauses font sourire avant même de lire les dialogues.

Ce livre m’a fait penser aux fausses doublures de films comme en faisaient « Kad & Olivier », avec une liberté de ton, parodique et second degré.

Clémentine Mélois a commis un ouvrage avec Jan Baetens « le roman-photo » (que je n’ai pas lu), de plus elle est plasticienne, écrivaine, elle fait partie de l’Oulipo. Je connaissais un peu son humour grâce aux pastiches et autres exercices dans la regrettée émission de radio « des papous dans la tête ». on retrouve ici l’exercice d’écriture sous contrainte et la maîtres des codes. Mais pas besoin d’avoir fait d’études littéraires pour comprendre.

Clémentine Mélois maîtrise bien son sujet et elle joue avec la terminologie des études de linguistique ainsi que la mise en pratique des concepts. Jeu avec les images, et l’aspect visuel, jeu dans les titres, jeu dans l’emploi des mots.  Elle joue aussi avec l’inversion des rôles par exemple H/F qui sont les plus fréquents. Exemple : L’homme romantique avec de grandes et belles phrases poétiques  et la réponse « crue » et clairement sexuelle de la femme. Jeu de contrastes entre les différents niveaux de langage. Elle joue avec les contrepoints et les chutes comiques. On est dans de la littérature pour rire.

Il ne faut que le lecteur se laisse bloquer par un langage technique abscons, car bien vite on se rend compte avec les situations caricaturales que c’est pour mieux s’en moquer.

C’est un pastiche de photoroman, un pastiche de textes théorique de linguistique, avec plusieurs niveaux de lecture.

Pour les libraires cela doit être un casse-tête pour le placer dans les rayons…

Un moment de détente pour ne pas tout  prendre au sérieux.

Je remercie Masse Critique Babelio et les Éditions du Seuil.