Pas de femmes parfaites, s’il vous plaît

Lettres de profonde superficialités

Jane Austen

Trad des lettres Louise Boudonnat

Trad des apparats Delphine Ménage

Éditions L’Orma,  mars 2020, 64 p., 7,95 €

Challenge VLEEL

4e de couv. :

Jane Austen (1775-1817), la plume la plus mordante du XIXe siècle anglais, déploie dans sa correspondance intime ― notamment avec sa sœur et ses nièces ― son incomparable prose, ironique et élégante à la fois. Ce petit livre distille, lettre après lettre, un concentré d’intelligence pratique, sociale et littéraire, dessinant avec précision un parcours d’émancipation et de conscience artistique.

Mes impressions de lectrice :

Il y a quelques temps j’ai suivi une rencontre sur Zoom entre le groupe VLEEL et les deux éditeurs de la maison L’Orma. Je ne sais pas qui sont les pires tentateurs entre tous ces passionnés  !!! En plus je me suis embarquée dans un challenge VLEEL !

Les deux éditeurs nous ont parlé des « plis » cette collection qui est conçue pour pouvoir être envoyée comme une lettre…  vous voyez l’astuce des recueils de lettres qu’on envoie par la poste ! Le piège c’est que vous les gardez pour vous une fois que vous y jetez un œil !

J’ai choisi cet ouvrage parmi les titres qui étaient chez ma libraire parce que j’aime beaucoup cette écrivaine anglaise et que le titre ne ma pas laissée indifférente.  J’ai trouvé cocasse de mettre cet ouvrage à la consigne : « un livre choisi pour son physique ».  Lorsqu’on prend les livres de cette collection on découvre qu’il y a la couverture illustrée et la jaquette qui sert à envoyer le livre, c’est un peut comme si on effeuillait le livre !

L’édition italienne est de 2016 et la version française de 2020. C’est Eusebio Trabucchi qui a choisi les lettres, et écrit une introduction. On suit donc ses choix comme dans les sélections, cependant ici on sait qu’il y a une vraie réflexion et la volonté de mettre certains passages en lumière. Lors de cette rencontre les éditeurs on mis l’accent sur le travail éditorial qu’il y a derrière chaque titre de cette collection. Au milieu de l’ouvrage il y a des informations sur les correspondantes de Jane Austen.

J’ai lu petit à petit les lettres pour bien me délecter de l’écriture de Jane Austen. On l’accompagne dans ces rencontres, ses réflexions. Elle parle aussi de ses écrits. On se rend bien compte qu’au-delà de son travail d’écrivaine elle aime écrire et raconter ce qui se passe autour d’elle. Une vraie radiographie de cette époque. C’est un bon complément aux romans de Jane Austen.

J’aime beaucoup ce regard féminin qui scrute tous les détails de ces contemporaines. Parfois avant des lettres on a une petite explication qui remets en situation ce qui va suivre. C’est très intéressant.

La dernière lettre est émouvante car on sait qu’elle allait mourir quelques semaines plus tard. Jusqu’au bout elle a garder son humour.

Chaque lecteur sera réceptif à un sujet ou un autre. Je ne vais pas me lancer dans une étude de texte. C’est le genre d’ouvrage que l’on garde à portée de la main pour en relire des fragments.

Je remercie VLEEL d’avoir mis en lumière cette maison d’édition.

Bonne lecture à tous.

Une lettre pour Alessandro Giovaninetti

Jacques Issorel

Éditions Trabucaire , oct 21, 200 p., 15 €

4e de couv. :

Un soir d’automne, le narrateur rencontre Helena sur le quai Rive Gauche à Perpignan. Elle est russe, la soixantaine, et n’a pas toujours été la pauvre femme qu’elle est maintenant devenue. Sa jeunesse, dans les années 50, à l’époque où avec Kroutchev les relations entre la France et l’URSS commencent à peine à se dégeler, son début de carrière de danseuse au Bolchoï, sa découverte de l’amour à quinze ans, tout semble la conduire vers un avenir heureux. Mais ce serait sans compter sur la police politique soviétique qui ne lui pardonnera pas d’avoir commis un faux pas.

Le livre connaît un premier dénouement, mais c’est pour mieux rebondir dans la deuxième partie où le narrateur et son ami Mario partent imprudemment à la recherche du premier et grand amour d’Helena, le beau danseur italien Alessandro Giovaninetti dont la trace se perd à New York en 1960.

Mes impressions de lecture :

J’ai eu le plaisir de revoir M.  Jacques Issorel au salon du livre du Grand Narbonne en juin 2022 et de découvrir qu’il avait publié un roman. Je le connaissais plutôt versé dans la poésie et l’étude d’œuvres littéraires. C’est donc avec curiosité que j’ai eu envie de découvrir ce roman.

La couverture m’intriguait, mais il après une petite visite sur le site de la maison d’édition, il s’avère que ce soit un concept pour cette collection roman-poésie. Seule, elle ne me plait pas trop mais en tant que collection ça a une autre portée.

Dans un premier temps j’étais un peu déstabilisée par certains traits du personnage qui comme l’auteur était professeur d’université à Perpignan. Cela arrive parfois lorsqu’on connait certaines facettes de la vie des auteurs, on se dit qu’ils se sont inspirés de certains faits.

Le roman se divise en deux parties. La première partie est une mise en place des personnages et relate la vie d’Helena singulière. J’ai trouvé cette partie un peu classique, une rencontre et un témoignage direct.  Partie intéressante et nécessaire pour lancer l’intrigue mais j’ai préféré la deuxième partie.

Dans cette première partie on va découvrir petit à petit l’histoire de cette femme qui avant d’être vagabonde avait une vie sous les feux de la rampe. Dans ce roman les personnages avec des vies « publiques » on a envie d’aller vérifier s’ils ont vraiment existé. Il y a des données qui donnent une certaine crédibilité. Danseuse étoile au Bolchoï à Moscou, danseur à la Scala de Milan, actrice à Hollywood etc.

Dans la première partie on aborde la vie personnelle du narrateur avec l’impression de constat d’un jeune professeur retraité.  Il n’y a plus l’intensité de la recherche littéraire, les cours, les conférences, les articles. Une passion qui a dévoré le quotidien d’un couple. L’épouse a fait sa vie en parallèle de son mari, les enfants sont partis. Il a troqué sa passion avec d’autres occupations. Classique. Comme elle, on se demande ce qu’il cherche…  Certains lecteurs s’identifieront facilement avec un personnage ou un autre.

Chercheur un jour chercheur toujours…

On lui a donné une mission apporter une lettre a un disparu… et avec l’aide d’amis eux aussi professeurs il va se retrouver dans une d’autre d’aventure. Cela va permettre d’avoir trois couples de professeurs avec des situations différentes…

J’ai bien aimé le duo entre le narrateur et Mario qui se complètent. L’un ni connait rien à la technologie et fait ses recherches en bibliothèque et l’autre sur internet. Chacun va faire des découvertes différentes. C’est un aspect que j’aime bien retrouver dans la résolution de mystères. Deux façons d’aborder le sujet. Vient alors se greffer un troisième larron avec une façon encore différente d’aborder la situation. Chacun a une nationalité différente et un caractère différent.

Si L’histoire débute dans le centre-ville de Perpignan, elle nous entraine au fin fond de la Sibérie, en passant par l’Espagne, le continent américain et l’Italie. Des contrastes géographiques qui viennent alimenter les intrigues.

Au fur et à mesure des rencontres, notre narrateur, dont je n’ai pas trouvé le nom, va sortir de sa zone de confort et de sa vie bien réglée. Jusqu’où va-t-il aller ? D’autant que la gent féminine va venir perturber ce détective amateur.

Ce qui dans un premier temps est une simple recherche d’une personne qui a eu une vie publique par le passé, on se retrouve dans une enquête périlleuse.

Le narrateur érudit va aussi nous faire voyager dans le monde des arts et de la littérature. Son côté candide va le mettre face à des situations qui le dépassent et le rendent sympathique.

Certains personnages vont changer d’attitude entre le début et la fin de cette aventure et d’autres vont rester dans leur lancée.

En parlant des personnages j’ai bien aimé le choix des prénoms qui ne sont pas anodins… mais ce n’est peut-être que mon interprétation.

J’ai bien aimé les références surtout littéraires. Quelques souvenirs ont refait surface. J’ai résisté à faire une liste des livres à lire… ou vérifiés qu’ils étaient dans ma bibliothèque.

 Je vous laisse découvrir la résolution de l’énigme et les nombreux rebondissements. On va beaucoup voyager…        

 On a bien envie de découvrir ce que ce personnage va devenir maintenant que sa vie à pris un nouveau chemin pétillant.

NB : Petite coïncidence de lectrice : La thématique de la lettre donnée avant de mourir à remettre à un être de son passé, c’est aussi celui de la série « le poids des secrets » de Aki Shimanzaki.

Challenge de l’été VLEEL « Un livre réunissant dans son titre les lettres V.L.E.E.L »

N’habite plus à l’adresse indiquée

Nicolas Delesalle

Éditions Préludes, 2 oct 2019, 224 p., 15,90 €

Mes Lectures Préludes

nhabite pas à l'adresse

4e de couv. :

La première fois qu’elle reçoit une lettre d’amour anonyme, Sissi est furieuse. C’est quand même le comble, pour une factrice ! La cinquantaine bien sonnée, un physique loin de celui de Romy Schneider, divorcée et marquée par l’accident de son fils, elle voudrait bien savoir qui ose jouer avec ses sentiments. Heureusement, Sissi peut compter sur ses collègues pour l’aider, surtout Simon. C’est encore lui qui parle le mieux de Sissi, de leur quotidien au bureau de poste, de leur monde à eux avec Dine, qu’on distingue à peine derrière ses tatouages, Luc, à l’humour aussi noir que naze, Paulo, le boulanger écolo philosophe, Martin, le père de famille au bord de la crise de nerfs. Alors quand les lettres enflammées se multiplient, les amis s’organisent et décident de mener l’enquête. Jusqu’au bout, jusqu’à la révélation finale. Même s’ils auraient peut-être préféré ne rien savoir.

Ma chronique :

C’est le troisième roman de Nicolas Delesalle que je lis et c’est la troisième expérience lecture. On ne sait jamais où il va nous mener… on comprend d’entrée que ce sera  dans les failles humaines qui font que le cœur à parfois des ratés.

C’est un roman qu’on dévore car on veut avoir le fin mot de l’histoire et en même temps on ne veut pas aller trop vite car on sent que le drame va arriver. C’est un roman qu’on a envie de reprendre au début pour savourer pleinement après les découvertes de la fin comme si on pouvait changer le passé. Il y a des choses que l’on devine avant qu’elles soient dévoilées mais qu’importe… le but du voyage ce n’est pas l’arrivée, c’est le chemin qu’on parcoure.

L’originalité de ce roman tient en partie dans le fait que c’est un dialogue dont on n’entend qu’une voix. L’interlocutrice de notre héros apparaît que de manière indirecte. C’est Simon qui place les questions de la Demoiselle, et qui commente les réactions de la jeune femme. Nous avons donc la narration au présent Simon et la Demoiselle dans le bar avec leur limonade et le monde qui l’entoure… les lettres que Sissi a reçu et que ces amis ont vu… la narration du temps de Sissi et de ces fameuses lettres et les temps plus anciens de l’enfance de certains protagonistes.

Au début on découvre Simon un être solitaire qui semble être un SDF (qui se dénigre) et on va découvrir comment la vie va l’emmener là… On va le voir vivre au travail, dans un groupe, plus … avant…

En aucun cas il s’agit d’une histoire triste et nostalgique. Le Simon d’aujourd’hui porte un regard sur l’enchaînement des événements dramatiques.

La notion de temps et d’espace est toute relative puisqu’on est dans la narration. Les mouvements vont vers les gens qui vont mettre en œuvre tout ce qui est possible pour sauver leur amie et aussi se sauver moralement. On va découvrir les personnages grâce aux confidences recueillies par Simon qui à son tour les fait revivre pour cette demoiselle.

Je pensais que l’important c’était cette boîte aux lettres qui fait vivre Simon et non ce sont ces êtres qui ont partagé la vie de Simon avec leur fêlures.

J’ai bien apprécié tout ce qui concerne la météo avec la forte présence de l’eau. La pluie, les tempêtes, la plongée sous marine etc…

Je vous laisse découvrir les secrets et les mystères qui ont conduit Simon à parler…

La particularité des éditions préludes c’est qu’elles proposent des passerelles vers d’autres romans sur la même thématique. Ils proposent « La liste de mes envies » de Grégoire Delacourt, je n’aurais pas pensé à ce roman mais tout compte fait oui. « Les oubliés du dimanche » de Valerie Perrin je ne connais que de nom donc je ne peux pas trop dire, sauf que ce n’est pas la même période donc pas la même problématique me semble t-il… quant à «  Le facteur émotif » Denis Thériault je découvre ce titre et il me donne bien envie, là on est plus près du facteur en tant que personnage. C’est une bonne idée de ne pas laisser les lecteurs avec un livre fermé.

Il ne nous reste qu’à attendre le prochain roman de Nicolas Delesalle… et une nouvelle quête intérieure.

Je remercie les Éditions Préludes de leur confiance.

Du Même auteur sur ce blog :

Le goût du large

Mille Soleils

Article précédemment publié sur Canalblog

 

Lettres à un jeune auteur

Colum McCann

trad. (irl) Jean-Luc Piningre

Éditions Belfond, mai 2018, 169 p., 16 €

Babelio / Belfond

lettres à un jeune auteur

4e de couv. :

Délaissant – momentanément – la fiction, Colum McCann nous livre un petit livre original et fort utile, sorte de guide pour tout aspirant auteur et, plus généralement, pour tout lecteur intéressé par l’écriture. Sans oublier les fans de l’écriture sublime de l’auteur des Saisons de la nuit et de Et que le vaste monde poursuive sa course folle.

Mon billet :

J’ai eu envie de lire ce livre, car il y a fort longtemps j’avais lu et aimé « lettres à un jeune poète » de Rainer Maria Rilke. Je trouvais le clin d’œil engageant.

D’autre part, je connais un peu le côté fiction de Colum McCann et  son écriture ciselée. J’ai aussi vu des interviews de lui par François Busnel (entre autre) et il dégage une impression de passion maîtrisée, mais revenons à notre livre du jour.

Il y a dans la lecture de ces lettres  un côté très oral, on entend presque l’auteur parler. Dans son introduction, il explique l’origine de ces lettres.

A l’heure où tout le monde donne des conseils d’écriture, il faut trouver le ton juste pour faire passer ses idées. Il y a le risque de se mettre trop en avant, de ramener à soi. Il a su allier son expérience personnelle aux conseils qu’il donne aux autres.

Les lettres ne sont pas très longues, chacune représente une réponse à une question que tout auteur en devenir ou lecteur pourrait lui avoir posé. Chaque titre et incipit (citation d’un autre auteur) est déjà une piste de réflexion. A l’instar d’un des chapitres intitulé « la Première phrase » chaque lettre débute par une phrase percutante. Un exercice style dans l’exercice.

Colum McCann s’adresse au jeune auteur avec un « tu »,  cela crée une relation directe entre maître et auteur en devenir. Il n’y pas de condescendance, il ne joue pas l’écrivain qui a atteins son apogée. On dirait presque qu’il se recentre en donnant des conseils plein de bons sens. Rien n’est acquis, toujours travailler et affûter sa plume.

Un mélange de verbes à l’impératif pour être incisif et d’explications plus explicites avec des exemples concrets.  J’admire ce côté artisan qui revient cent fois sur son ouvrage. La recherche du mot juste, de l’idée bien développée… C’est un livre dont je vais m’inspirer et qui va m’accompagner encore quelques temps, car il demande réflexion.

En lisant ces lettres, mon côté lectrice attentive, qui cherche derrière les mots un sens caché à ce que les auteurs veulent exprimer, a été satisfait. J’aime lire ce que les auteurs pensent de leur travail d’écriture, de leur rapport à l’écriture.

Pour finir un petit mot pour la couverture. Le nom de l’auteur en vert et un crayon vert sur un fond blanc, sans parler des pages de gardes vertes, tout cela est porteur de sens. Un écrivain irlandais face à la page blanche…

Je remercie les Éditions Belfond et Babelio pour m’avoir permis de lire ce livre qui m’incite encore plus à lire les romans de Colum McCann.

babelio 18
belfond vert

Article précédemment publié sur Canalblog

Petites recettes de bonheur pour temps difficiles

Suzanne Hayes & Loretta Nyhan

Trad. Nathalie PERRONY

Editions Pocket, 2015 , 416 p., 7,80 € 

Club de lecture AUF

Cercle littéraire de la Médiathèque

4e de couv. :

Deux femmes que tout sépare nouent une relation d’amitié extraordinaire au fil de la plume, et racontent ainsi leur Seconde Guerre mondiale.

États-Unis, années 1940. Glory, enceinte et déjà mère d’un petit garçon, souffre de l’absence de son mari, parti au front, de l’autre côté de l’Atlantique. À des centaines de kilomètres d’elle, Rita, femme et mère de soldat également, n’a pour compagnie que la fiancée de son fils.
Une lettre, envoyée comme une bouteille à la mer, va les réunir. Entre inconnues, on peut tout se dire. Les angoisses, l’attente des êtres aimés, mais aussi les histoires de voisinage, les secrets plus intimes et les recettes de cuisine. Les petites joies qui font que, dans les temps les plus difficiles, le bonheur trouve son chemin.

Ma chronique :

Ce roman entre dans ma série « femmes américaines de 1940-1980 ».

Nous allons découvrir deux femmes qui vont devoir changer leur vie de part les circonstances historiques mais aussi par la prise de conscience de leur pouvoir. Gloria (Glory) à une petite vingtaine d’année et deux enfants à charge. On apprend qu’elle a des moyens financiers hérités de ses parents et une certaine culture. Son mari fait aussi parti des notables de leur ville. Robert est engagé comme sergent.

Marguerite (Rita) est épouse de Salvatore (Sal) un biologiste universitaire parti en tant que médecin sur le front (Afrique du Nord et Italie) et mère d’un jeune homme de 18 ans Tobbie (dans le Pacifique).

On va découvrir à travers leurs lettres leur univers et les gens qui les entourent.

Elles vont être confrontées à leur féminité et leur engagement moral. L’une va se mettre à travailler et se faire un nom. L’autre va renouer avec le passé activiste de certaines femmes de sa famille. Tout en résistant aux tentations.

Les hommes au front et les femmes au travail… et que se passera t-il après la guerre ?

On a pas attendu internet et les réseaux sociaux en ligne pour qu’existent les réseaux sociaux et le courrier postal. C’est liaisons ont été mises en place pour maintenir une certaine stabilité dans certains milieux, sortir de l’isolement et du désœuvrement. C’est là qu’interviennent les communautés de femmes. Il ne faut pas qu’une fois les hommes au front les femmes soient complètement livrées à elles même. Autre époque autre mœurs.

C’est femmes n’ont pas le même âge, ne viennent pas forcément des mêmes milieux mais elles ont une base culturelle suffisante maintenir l’ordre. Elles vont vivre des situations qui sortent de leurs attributions habituelles, elles doivent gérer les pénuries, leur famille et leur communauté. Au départ elles devaient s’échanger des recettes et remonter le moral.

Nous allons suivre la construction d’une amitié, lettre après lettre, mot après mot. Elles vont se raconter, mettre à jour certaines choses du passé et affronter les nouvelles peurs, leurs colères, leurs doutes et leurs faiblesses. Cela aura un effet thérapeutique, introspection et analyse. Certaines lettres ne seront pas envoyées.

Elles sont honnêtes avec elles-mêmes et avec l’autre. La peur du jugement de l’autre est vite passé en arrière plan.

Elles vont écrire qui à leur mari, qui à leur fils… et une autre personne. On connaitra une partie de leur réponse grâce aux lettres suivantes, mais pas de façon directe.

Dans les échanges entre Glory et Rita on a vraiment la lettre et sa réponse sauf cas de force majeur. On va voir se développer un ensemble de valeurs telles que la tolérance, le non-jugement, et la franchise, la sincérité.

J’ai cru que nous aurions d’autres rencontres avec les autres femmes qui font partie des correspondantes de guerre. Mais non, une fois les adresses distribuées, on ne sait pas comment cela se passe avec les autres.

Cet échange de correspondance va au-delà du soutien moral entre femmes seules. On verra notamment que certaines femmes doivent se montrer encore plus patriote que d’autres.

On retrouve un sujet auquel, je n’avais pas  pensé jusqu’à il y a quelques années lorsque j’ai lu « Certaines n’avaient jamais vu la mer ». Les États-unis sont formés d’une multitude d’immigrant, mais certains du coup se retrouvent dans le camp ennemi de par leur nationalité d’origine, donc la suspicion peut compliquer les rapports aux autres. Il va aussi être question de camps de prisonniers allemands sur le sol américain.

On va donc passer de conseil de maternité/maternage et autres problème domestique à des problèmes plus politiques et complexes.

On découvre une société américaine avec la place de la communauté religieuse, comment tout tourne autour de la paroisse que vous fréquentez car il y a tout un tissu « associatif » qu’elle engendre.

Quand est-il des hommes ? Il y a ceux qui sont partis, ceux qui sont restés et ceux qui sont revenus mutilés avant la fin de la guerre. Je ne parle que de ceux en âge de s’enrôler. Cela crée des situations parfois compliquées car la vie continue son cours.

J’adore le genre épistolaire car grâce aux dates on a une relation à l’espace et au temps qui donne une autre dimension aux vies qui sont racontées. Cette façon indirecte de raconter l’histoire donne une autre dimension aux événements.

On n’est pas dans un système binaire (question/réponse), on n’aura pas  systématiquement la réponse dans la lettre suivante. D’ailleurs parfois il y aura plusieurs lettres du même expéditeur.

Ce roman épistolaire aborde de nombreux thèmes et pas seulement celui de la guerre et de la mort, ainsi que tous les dérivés.

La palette des sentiments est assez vaste pour raconter leur vie sans tomber dans le pathos. Il y a aussi de l’humour.

Si on y regarde de tout près cela parle de vies quotidiennes ordinaires, elles sont riches de petits détails que parce qu’on y fait très attention.

Les personnages sont tous très attachants et touchants, avec leurs forces et leurs faiblesses. On va les voir évoluer au fur et à mesure que les mois passent. Tous les personnages vont vivre des choses qui vont bouleverser leur vie.

C’est un joli coup de cœur pour moi.

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romans épistolaires qui traitent plus ou moins des mêmes années

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Article précédemment publié sur Canalblog