Le chevalier et la mort

Leonardo Sciascia

Trad. Michel Orcel & Mario Fusco

Livre de poche, biblio, 1988, 121 p.

LU DANS LE CADRE DU CHALLENGE « UN MOT, DES TITRES »

4 e de couv :

Les coups de feu, il les entendit, lui sembla-t-il, dans un temps incommensurablement antérieur à l’instant où il se sentit touché. Il tomba en pensant : on tombe par précaution et par convention. Il pensait pouvoir se relever, mais il n’y réussit pas. Il se souleva sur un coude. La vie s’en allait, fluide, légère ; la douleur avait disparu. Au diable la morphine, pensa-t-il. Et tout était clair, à présent : Rieti avait été abattu parce qu’il avait parlé avec lui. (Leonardo Sciascia). Une mystérieuse association subversive, des crimes inexpliqués, et l’enquête d’un commissaire de police amoureux de la gravure de Dürer, Le Chevalier, la Mort et le Diable. Ce récit est l’un des derniers textes écrits par Sciascia : derrière l’intrigue policière serrée et l’atmosphère étouffante du  » thriller « , on devine comme une désespérance. Leçon : le Diable n’a plus besoin de s’occuper du monde, les hommes le font pour lui et réussissent parfaitement dans cet emploi.

Ma chronique :

Ce challenge est un bon moyen de se replonger dans sa bibliothèque et d’extraire des livres que l’on a voulu lire au moment de l’achat et qui ont fini par prendre de la poussière. Merci Calypso !

C’est le cas de celui-ci. Acheté en Avril 2012 je ne l’aurais finalement lu en avril 2013.

Ce qui m’a fait acheter ce livre c’est d’une part sa couverture et d’autre part son titre. La couverture est un fragment d’une gravure de Dürer, qui porte le même titre que le livre. Un peintre dont je partage la passion avec une amie.

A  noter l’intéressante préface de Linda Lê, auteur dont je n’ai entendu le nom que depuis la sortie de « lame de fond ».

Intéressons-nous au texte lui-même. Les personnages apparaissent parfois par leur nom mais leur position dans la société semble conférer une certaine distance entre le narrateur et eux. Nous avons « l’adjoint » comme personnage principal. Un policier qui à travers la gravure « le chevalier, la mort et le diable » de Dürer, qui fait partie de ses biens terrestres, voit la société d’un autre œil. « Le Chef » sont supérieur qui le ménage sachant sa mort proche. « Le président » principal suspect dans la mort de « l’avocat  Me Sandoz» mais qui est intouchable. Le Dottor Rieti « le juif » qui se trouve à mi-chemin entre « le président », « l’avocat », « l’adjoint ».

Nous avons ensuite trois personnages de femme : « la femme mûre », « la femme fatale », « la femme » qui va le réconforter.

Et puis, il y a le personnage principal universel : « La Mort ». La mort dans le tableau, la mort dans son corps malade, la mort dans les cadavres qui jalonne son parcours de policier.

Sciascia déploie son érudition tout au long de ce bref conte policier. Il donne envie de se plonger dans « l’île au trésor », « les âmes mortes » etc. Il y a aussi d’autres référence littéraires : Hugo, Leopardi, Feydeau, Proust…

Nous avons aussi des références à la Révolution Française et à ses descendants qui vont se matérialiser sous l’appellation « Enfants de 89 » « groupe d’action Saint-Just ».

Mais tout dans cette histoire apparaît comme un décor de théâtre. Le narrateur nous fait bien comprendre que rien ne va vraiment être mis en œuvre pour que la vérité sorte au grand jour. Tout le monde sait  mais personne ne peut rien dire.

L’adjoint va petit à petit prendre du recul et abandonner les préoccupations terrestres. Il n’a pourtant rien à perdre alors sera-t-il un danger pour la stabilité de se monde d’apparence ?

La chute est brutale.

J’ai découvert un auteur italien qui m’a l’air intéressant… Il faudra que je trouve d’autres romans pour voir le reste de son univers littéraire.

Un-mot-des-titres
challe100

34/100

chevalier tableau

Tableau de Dürer

NB

Les Héros de la Vallée

Jonathan Stroud

Trad. Hélène Collon

Livre de Poche, 2012, 539 p.

4e de couv. :

Halli adore écouter les récits des temps anciens où la Vallée était un endroit dangereux. Il aime imaginer la nuit où son légendaire ancêtre Svein a combattu jusqu’à l’aube pour vaincre les Trâles sanguinaires. Maintenant, les Trâles ont disparu et les exploits de Svein appartiennent au passé. Quand une soirée entre grandes familles de la Vallée tourne mal et cause la mort de son oncle, Halli s’enflamme. À son tour de venger l’honneur des siens ! Il est temps de prouver qu’il est un digne descendant de Svein ! Mais on ne devient pas un héros de la Vallée parce qu’on le désire. Et le secret que Halli est sur le point de découvrir pourrait bien mener la Vallée toute entière à sa perte…

Ma chronique :

Un chapitre d’introduction relate la fameuse bataille des Héros, la bataille du Roc, sous forme de conte. Puis, ensuite nous avons en alternance entre les hauts faits de

Svein le héros fondateur et la vie de Halli son descendant. Halli est un enfant n’est né avec de mauvais augures. Enfant espiègle nourri des légendes du héros familial, il a du mal à se contenter de la vie de fermier qu’on lui promets. Lors d’un rassemblement dans sa « Maisonnée » il va faire la connaissance d’Aud la descendante d’un autre héros. Elle non plus ne peut se contenter d’un mariage de raison.

Un événement tragique va donner une mauvaise raison pour partir pour une quête personnelle.

Lors de ce voyage initiatique, le jeune héros va devoir surmonter des épreuves.

Sur son chemin, il va croiser des gens plus ou moins recommandables. Il va devoir faire des choix. Cela va mettre en valeur ses qualités tel que la générosité et le courage.

Va-t-il apprendre à se taire ? Car cela lui joue des tours.

L’eau tient une place très grande dans ce récit. On suit l’eau comme le fil de la vie. Comme cette rivière qui se jette dans la mer. Halli va-t-il aboutir à quelque chose ? ou se noyer dans l’alcool comme certains membres de la famille ?

Par moment c’est comme si la présence de Halli éveillait des sentiments mauvais chez les gens (leur vraie nature).

Une suite d’événements viendra remettre en cause les certitudes d’Halli et de son alter ego féminin, Aud. Ils apprennent petit à petit à découvrir qui ils sont au fond d’eux, face aux épreuves.

Un roman fantasy et d’aventure. Le rythme s’accélère par moment et cela rend palpitant les aventures de ses jeunes héros. Nous avons des querelles,  des bagarres, des batailles, des incendies, les nuits semblent propices à une explosion de violence. L’action naît des tensions entres les membres de la famille d’Halli et des tensions entres les différentes maisons.

Leur jeune âge Halli, 15 ans et Aud, 16 ans, donne aux personnages une certaine insolence, parfois ils se taquines et se chamaillent, parfois ils deviennent plus sérieux et plus pensifs. L’histoire principale se déroule sur moins d’un an, mais on voit le naïf Halli perdre quelques illusions et affronter la réalité.

Deux êtres qui ne peuvent se contenter des limites imposées par leurs maisonnées, être cantonnés entre les cairns dans la vallée.

Ce que j’ai apprécié c’est que la fin est une vraie conclusion.

Je remercie les éditions du livre de poche et Livr@ddict pour ce partenariat.

Article publié précédemment sur Canalblog

Tom, petit Tom, tout petit homme, Tom.

Barbara Constantine

Le livre de poche, 2010, 215 p.

Lu dans le cadre du club de lecture d’auf 

4 e  de couv :

Tom a onze ans. Il vit dans un vieux mobil-home déglingué avec Joss, sa mère (plutôt jeune : elle l’a eu à treize ans et demi). Comme Joss aime beaucoup sortir tard le soir, tomber amoureuse et partir en week-end avec ses copains, Tom se retrouve souvent tout seul. Et il doit se débrouiller. Pour manger, il va dans les potagers de ses voisins, pique leurs carottes, leurs pommes de terre… Mais comme il a très peur de se faire prendre et d’être envoyé à la Ddass (c’est Joss qui lui a dit que ça pouvait arriver et qu’elle ne pourrait rien faire pour le récupérer), il fait très attention, efface soigneusement les traces de son passage, replante derrière lui, brouille les pistes. Un soir, en cherchant un nouveau jardin où faire ses courses, il tombe sur Madeleine (quatre-vingt-treize ans), couchée par terre au milieu de ses choux, en train de pleurer, toute seule, sans pouvoir se relever. Elle serait certainement morte, la pauvre vieille, si le petit Tom (petit homme) n’était pas passé par là…

Mon billet :

Un village, un vélo, une mob et en route pour l’aventure quotidienne.

Voici un roman sur l’intelligence du cœur.

Des sujets graves traités avec délicatesse : la vieillesse, la solitude, les grossesses précoce…

Les personnages s’accordent une deuxième chance pour accéder au bonheur.

Joss qui a tout lâché adolescente car elle est tombé enceinte à 13 ans, décide de prendre sa vie en main et ne plus être une victime.

Samy jeune homme qui sort de prison et qui veut aussi pendre sa vie ne main et ne plus faire de mal.

Madeleine, 93 ans, qui sort de sa solitude.

Archibald et Odette jeunes retraités qui essaient de se reconstruire une nouvelle vie.

Et leur point commun, c’est Tom, un gentil petit gamin qui a encore l’innocence de croire en l’avenir, même s’il a dû grandir plus vite.

Une galerie de portraits de gens ordinaire, comme nous.

On sent beaucoup de tendresse dans la création de ces êtres de fiction. Dans ce roman on a une recherche de liens humains vrais et réciproques, pas  besoin d’internet et de réseaux sociaux, une bonne dose d’humour. Momo le braconnier et sa femme Marie Rose la sorcière sont des personnages en arrière plan assez loufoques. Il y a d’autres personnages Raymond, Mine, Josette, Clara qu’on a l’impression qu’ils font partie de l’univers de l’auteur. On a un clin d’œil à « A Mélie, sans mélo »  et peut-être à « Allumé le chat » (je ne l’ai pas lu mais une intuition m’y fait penser).

On retrouve les chiens et les chats qui sont les meilleurs amis de l’homme.

En conclusion : le monde est petit, les gens qui doivent se rencontrer se rencontrent et aucun secret ne le reste à jamais.

A lire si on aime les livres positifs, que certains trouverons naïfs mais qui parlent de la recherche des bonheurs simples.

J’ai beaucoup aimé, même si « A Mélie, sans mélo » reste mon chouchou.

NB : fini de lire le 23 août 2012.

Article précédemment publié sur Canalblog

Le meurtre de Roger Ackroyd

Agatha Christie

Trad.

1927, 317 p.

Club de lecture d’auf

4 e de couv :

Puisqu’il est le médecin du village, Sheppard est l’un des premiers, naturellement, à constater la mort étrange qui frappe successivement M. Ferrars, puis sa veuve, enfin Roger Ackroyd avec lequel elle devait se remarier… Le voici associé à la fascinante enquête que mène, impromptu, un certain Hercule Poirot –  » énorme moustache  » et  » yeux inquisiteurs  » – qui passe là sa retraite et  » cultive des citrouilles  » ! Chacun, à sa manière, semble bien être mêlé à ce mystère ; mais  » il n’est pas facile de cacher quelque chose à Hercule Poirot, car il a l’habitude de tout découvrir « .

Mon premier Hercule Poirot ! J’ai plutôt lu les Miss Marple.

J’avais déjà en tête de lire ce livre quand Doriane et d’autres Potinettes (oups je ne me souviens plus précisément) se sont mis a en parler, mais voilà ma Pal est tellement fluctuante qu’il s’était retrouvé perdu sur une étagère… pour celles qui comprendrons ma bibliothèque commence à ressembler à la « bibliothèque des livres oubliés ». Et puis voilà qu’il a été proposé au club de lecture, je ne pouvais pas laisser passer ce signe.

J’ai lu la préface de Georges Arnaud après avoir lu le roman. Il a mis le doigts sur certains faits. On lit ça avec notre regard actuel mais lors de sa sortie ce livre avait un petit plus, il avait quelque chose d’inédit. N’oublions pas qu’en 1927 le roman policier n’avait pas bonne presse. C’est un roman qu’il a lu à sa sortie alors qu’il était adolescent.

L’absence de Hastings (Il a succomber à l’amour et vit en Argentine), Hercule Poirot à la retraite… c’est sa période à la campagne… lui qui n’aime que la ville vous l’imaginez cultivant des citrouilles???!!!

La logique, le timing et la précision dans l’emploi des mots et les détails permettent de suspecter chaque personnage même l’impensable. Chaque personnage cache des secrets inavouables. Du coup pas évident de démêler tous les fils.

Je connaissais le meurtrier et j’ai passé mon temps à voir ce qui allait le trahir, mais des mensonges vont venir perturber et couvrir le meurtrier…

Il est toujours difficile de parler d’un roman d’Agatha Christie sans rien dévoiler.

J’ai beaucoup aimé et ce roman m’a donné envie de piocher dans mes romans d’Agatha Christie.