Le sang des sirènes

Thierry Serfaty

Le Livre de poche, 2002, 248 p.

Challenge 15K  #29 Allo allo monsieur l’ordinateur

4e de couv :

Sur fond de piratage informatique et d’espionnage industriel, le roman de Thierry Serfaty – Prix Polar 2000 – explore les limites de l’au-delà et du monde virtuel. Dans ce stupéfiant scénario, un chercheur en immunologie nous entraîne – malgré lui ? – dans une guerre impitoyable entre laboratoires de recherche. Au centre de cette série noire, Jan Helleberg n’a qu’un tort : ne pas croire en l’immortalité. C’est pourtant lui qui revient six mois en arrière, en chair et en os, pour enquêter sur les circonstances troublantes de sa propre mort – mais à une seule condition: ne rien changer au cours de l’histoire. Une intrigue hallucinante, une construction d’une habileté démoniaque pour un thriller scientifique high-tech, brillante variation autour de La Petite Sirène d’Andersen, qui impose Thierry Serfaty comme un jeune talent qui n’a rien à envier aux auteurs anglo-saxons.

Mes impressions de lecture :

Je me suis laissée séduire par « sur fond de piratage informatique » et « un thriller scientifique high-tech » ce qui correspondait à un item du Challenge de Mr Cabrik 15K. Mon cerveau avait juste oublié de noter que ce roman avait eu un prix en 2000.

La thématique de l’informatique est assez succincte car l’histoire se déroule en 1997. Oui il y a un ordinateur, des transmissions, du piratage… mais des disquettes et des CD-Rom. Le téléphone portable n’était encore un objet qu’on oubliait à la maison. C’est intéressant de réaliser que lorsque ce roman a été écrit c’était super technologique ces quelques éléments, à la pointe du progrès.

C’est un roman policier à énigme, même si les enquêteurs ne sont pas des policiers.

L’originalité du roman tiens à sa légère part de fantastique. Le personnage principal meurt et c’est le black out dans sa mémoire mais une entité qu’il appelle « la vie » lui permet de revivre dans sont corps les six derniers mois pour pouvoir mourir en comprenant pourquoi il a été assassiné. Il ne doit pas changer les grandes lignes de sa fin de vie. On le voit donc revivre son quotidien avec les trahisons, ses doutes et ses questionnements  de l’époque  tout en connaissant la fin de sa vie. C’est bien raconté. C’est drôle de voir le personnage revivre les événements en mettant en avant les possibles coupables. Cela donne lieu à hypothèses et des fausses pistes.

On a un autre fils narratif avec l’enquête « après la mort de Jan » menée par deux journalistes. Sa dernière compagne est interrogée par une journaliste qui veut écrire un article plus détaillé qu’une simple nécrologie. Une source proche de l’enquête lui a fait comprendre qu’il ne s’agit ni d’un suicide, ni d’un simple accident. C’était très intéressant de voir les deux femmes démêler les mystères. C’est aussi une façon d’avoir un autre regard que celui de Jan revivant son passé.

La fin est surprenante. La résolution aura lieu. Les coupables seront identifiés, Justice sera faite, d’une certaine façon. Je vous laisse découvrir le développement choisi par l’auteur.

Bonne lecture.

NB : ce roman pouvait aussi entrer dans la catégorie #23 MacGyver

Horrora Borrealis

Nicolas Feuz

Le livre de poche, 218 p., 7,40 €

4e de couv. :

Tout ce sang qui coule aux pieds de Walker. La question n’est pas de savoir qui est ce cadavre avec une balle dans la tête. Non. La bonne question est : qu’est-ce qui s’est passé en Laponie ? Les souvenirs sont flous, mais ce qui est sûr, c’est que de longue date, Walker ne croit plus au Père Noël. Et vous ? Vous y croyez encore ?

Mes impressions de lecture :

J’ai rencontré l’auteur lors d’un festival du Polar & Aventure au Barcarès en septembre 2021. Je connaissais son nom par ma copine de l’Atelier de Litote qui est assez spécialisée dans les thrillers et qui adore ses romans. J’ai pris ce roman qui semblait un peu moins « terrible » pour la petite nature que je suis ! Auteur fort sympathique qui a su répondre à mes interrogations.

Quel titre ! Il annonce la couleur d’entrée !

Lorsque j’ai débuté ma lecture, quelques temps après et je l’ai posé parce qu’il commence un peu trop violemment pour moi… Puis je l’ai repris avant d’assister à une rencontre en ligne avec l’auteur sur le site de VLEEL. Et puis une fois passé cette première phase sanglante ça allait mieux.

Le passé refait surface dans la vie d’un personnage traumatisé qui va être déstabilisé. Et on va suivre en même temps le présent et cette « chasse sanglante » et ce qui s’est passé dans la passé. Le personnage est devenu un peu paranoïaque. On a une thématique sur le chasseur/chassé.

L’auteur a su jouer avec les « fausses pistes » et les rebondissements. Il joue avec les identités. Au début on a même l’impression qu’il y a quelque chose de « fantastique ».

Beaucoup de suspens sur ce qui s’est passé en Laponie dans le passé. Nicolas Feuz nous a concocté une fin surprenante. Mais chut ! je n’en dis pas plus…

J’ai beaucoup aimé les tensions dramatiques, avec des variations émotionnelles.

Après cette lecture j’ai donc suivi sa présentation de « Brume rouge » qui me tente bien.

Au petit bonheur la chance

Aurélie Valognes

Le livre de poche, 2019, 376 p.

4e de couv. :
1968. Jean a six ans quand il est confié du jour au lendemain à sa grand-mère, Pour l’été. Pour toujours. Il n’a pas prévu ça. Elle non plus. Mémé Lucette n’est pas commode, mais dissimule un cœur tendre. Jean, véritable moulin à paroles, est un tourbillon de fraîcheur pour celle qui vivait auparavant une existence paisible, rythmée par ses visites au cimetière et sa passion pour le tricot. Chacun à une étape différente sur le chemin de la vie – elle a tout vu, il s’étonne de tout –, Lucette et Jean vont s’apprivoiser en attendant le retour de la mère du petit garçon. Ensemble, dans une société en plein bouleversement, ils découvrent que ce sont les bonheurs simples qui font le sel de la vie.

Mes impressions de lecture :

J’ai gagné ce roman lors d’un concours. Je l’ai prêté en attendant le bon moment pour le lire. Le jour où je rapatriais mes chroniques des romans d’Aurélie Valognes sur ce blog, on me le rendit. Je me suis dit que c’était un signe ! Une autre drôle de coïncidence : ce roman débute le 14 juillet 1968, le jour de ma naissance !

On découvre l’histoire de Jean un petit garçon confié à sa grand-mère alors qu’il fête ses 6 ans. Son père est marin, il a une autre famille en Angleterre, il est souvent absent et il est porté sur la boisson qui le rend violent. Sa mère a quitté son compagnon pour refaire sa vie à Paris.

On découvre une France à deux vitesses. Lucette, la grand-mère vit dans un immeuble vétuste sans eau courante et avec les toilettes dans la cour. Pour combien de temps encore ? Françoise, sa tante vit dans un immeuble avec toutes les commodités modernes. Elles sont toutes les deux à Granville. On va voir le quotidien qui change au fil des pages. J’ai pensé à « les choses » de Perec.

On découvre tout cela à travers le regard de Jean ce petit garçon qui grandit en réalisant que son père et sa mère ne sont pas là pour l’aimer et le choyer.

On se rend compte que les traumatismes de la seconde guerre mondiale sont encore très présents. Entre les peurs des bombardements les soirs d’orage ou la haine du boche.

Les années passent grand-mère se fait vieille et elle est veuve sans beaucoup de ressources et pourtant elle donne tout à son petit fils. Heureusement, elle est bien entourée mais pour combien de temps.

Ce roman m’a fait penser à « Tom, petit Tom, tout petit homme Tom » de Barbara Constantine. L’entraide et l’amitié sont si importantes pour avancer.

J’ai bien aimé les titres des chapitres qui à l’instar du titre sont des expressions très connues qui rappellent bien c’est années là. Cela m’a fait sourire car elles me touchent. J’ai aussi beaucoup aimé les références aux années 70 avec des objets du quotidien qui ont vu le jour, les chansons, les films etc. Nostalgie quand tu nous tiens !

C’est une agréable lecture, tendre et émouvante, qui nous fait voyager dans un temps pas si lointain où les femmes devaient faire des choix lourds de conséquence.

Les gratitudes

Delphine de Vigan

Éditions JC Lattès, 2019 , 173 p., 17 €

Existe en livre de Poche, 2020, 7€20

Dans ma médiathèque il y a…

gratitudes

4e de couv. :
«  Je suis orthophoniste. Je travaille avec les mots et avec le silence. Les non-dits. Je travaille avec la honte, le secret, les regrets. Je travaille avec l’absence, les souvenirs disparus, et ceux qui ressurgissent, au détour d’un prénom, d’une image, d’un mot. Je travaille avec les douleurs d’hier et celles d’aujourd’hui. Les confidences. 
Et la peur de mourir.  
Cela fait partie de mon métier.
Mais ce qui continue de m’étonner, ce qui me sidère même, ce qui encore aujourd’hui, après plus de dix ans de pratique, me coupe parfois littéralement le souffle, c’est la pérennité des douleurs d’enfance. Une empreinte ardente, incandescente, malgré les années. Qui ne s’efface pas.  »

 
Michka est en train de perdre peu à peu l’usage de la parole. Autour d’elles, deux personnes se retrouvent  : Marie, une jeune femme dont elle est très proche, et Jérôme, l’orthophoniste chargé  de la suivre.

Ma chronique :

J’ai eu le plaisir de retrouver l’univers de Delphine de Vigan.

Les relations humaines avec le besoin d’aider l’autre. Donner et recevoir.

La maladie cette fois-ci c’est Alzheimer.  Les mots sont au cœur de ce roman ceux qu’on dit et ceux qu’on tait.

Le texte se divise entre plusieurs « je » bien identifié en début de chapitre. Celui de « Marie » l’amie de Michka et « Jérôme » l’orthophoniste de Michka.

Comme le titre l’indique il s’agit de « gratitudes », dire merci aux gens pendant qu’ils sont vivants. Leur dire « je t’aime » et leur dire la place importante dans leur chemin de vie, d’avoir été là au moment crucial.  La mort plane non loin…

On va découvrir à travers les discussions que Marie ou Jérôme ont eux aussi des failles et des blessures.

On retrouve l’idée de la gamine qui voit son enfance volée par ses parents. Heureusement Michka a été là pour l’épauler. Comme elle-même avait été aidée enfant pendant la deuxième guerre mondiale. Il y a l’idée de donner aux autres ce qu’on a reçu.

J’aime beaucoup les personnages comme Michka qui savent se faire aimer et ne pas être aigris par leur passé.

Elle est très touchante avec les mots qui s’échappent, on la voit souffrir de « perdre ses mots ». Delphine de Vigan a su glisser suffisamment de mots à la place d’un autre pour qu’on soit dans le thème sans pour autant rendre la lecture difficile. Delphine de Vigan une nouvelle fois a su jouer avec les mots. Pudique est l’adjectif qui me vient à l’esprit lorsqu’elle nous dévoile ces êtres dans leur intimité.

Un roman bref et intense avec une grande place aux dialogues. J’aime beaucoup la couverture de la jaquette. Le coquelicot signifie dans le langage des fleurs : « D’une part, il est le symbole du repos, de la quiétude et de la consolation. Il calme les chagrins et favorise l’oubli. » mais aussi « la fertilité »

Ce roman confirme que j’aime toujours la façon  dont Delphine de Vigan a de raconter des vies simples en montrant leurs singularités.

Article précédemment publié sur Canalblog

Sur ce blog :

No et moi

Rien ne s’oppose à la nuit (prochainement)

D’après un histoire vraie (prochainement)

Les loyautés

Les Loyautés

Delphine De Vigan

Audiolib, 2018, 4h, 18,50 €

Existe en Livre de Poche, août 2019, 192 p., 7,20 €

Dans ma Médiathèque il y a…

les loyautés

4e de couv. :

« Chacun de nous abrite-t-il quelque chose d’innommable susceptible de se révéler un jour, comme une encre sale, antipathique, se révélerait sous la chaleur de la flamme ? Chacun de nous dissimule-t-il en lui-même ce démon silencieux capable de mener, pendant des années, une existence de dupe ? »

loyauté poche

 Ma chronique :

Un roman qui donne la parole à deux femmes et deux ados. Les chapitres portent le nom de la personne qui parle. On suit les drames présents et en fonction du personnage. On a des réminiscences du passé. Le substrat qui explique les réactions assez fortes face à ce qui se passe au présent. Les autres personnages n’apparaissent qu’à travers les dialogues et le récit de ceux qui parlent.

Les couples vont mal. Un couple divorcé. Un couple en rupture. Une célibataire. On a le point de vu des femmes. Ce qu’elles interprètent et ce qu’elles ressentent.

Ce roman est très structuré, on sent presque les fils tendus qui lient une histoire à l’autre.

Les points de jonctions sont Théo complètement à la dérive et Mathis qui se laisse entrainer.

Alcoolisme, la violence physique et psychologique, dépression. On voit les conséquences sur les enfants (même ceux devenus adultes).

Le secret, les non-dits, protéger le parent, le copain… les fameuses loyautés qui déclenchent les mécanismes de protection.

Il faut briser les chaînes qui se mettent en place comme la culpabilité,  la honte…

On sent monter les tensions. Ils vont frôler, voir, passer la ligne rouge.

Tous n’ont pas un interlocuteur pour s’exprimer… un prof, un ami, un psy parfois ils se parlent à eux même.

Ce n’est qu’en écrivant cette chronique que je réalise que ce roman joue sur les mêmes thèmes qui caractérisent l’univers littéraire de Delphine de Vigan. Des personnages écorchés vif, des adultes qui ont dû mal à vivre et à protéger leurs enfants.

Le monde des apparences va éclater. Il y aura un avant et un après sans retour possible en arrière.

La fin nous laisse sur des possibles. Comment va terminer la nuit. Pour la suite, c’est le lecteur qui va l’imaginer en fonction de sa propre histoire familiale.

Dans la version audio, j’ai apprécié les trois voix qui permettent de bien passer d’un personnage à l’autre. Les personnages masculins lus par Olivier Martinaud et les personnages féminins par Odile Cohen et Marie Bouvier.

J’ai dû réécouter deux fois le dernier chapitre car on reste dans l’attente. Une fin qui nous laisse pantois. On voudrait savoir ce qui va se passer après.

Article précédemment publié sur Canalblog

Et puis, Paulette…

Barbara Constantine

Le livre de poche, 2013, 281 p.,

4e de couv. :

Ferdinand vit seul dans sa ferme. Et ça ne le rend pas franchement joyeux. Un jour, il passe chez Marceline, sa voisine, et découvre que son toit est sur le point de s’effondrer. Très naturellement, ses petits-fils, les Lulus, lui suggèrent de l’inviter à la ferme. L’idée le fait sourire. Mais ce n’est pas si simple, certaines choses se font, d’autres pas… Il finit tout de même par aller la chercher. De fil en aiguille, la ferme va se remplir, s’agiter, recommencer à fonctionner. Un ami d’enfance devenu veuf, deux très vieilles dames affolées, des étudiants un peu paumés, un amour naissant, des animaux. Et puis, Paulette…

Ma Chronique :

Quel plaisir de se replonger dans l’univers de Barbara Constantine ! Ce qui me plait dans ses histoires c’est qu’elle parle de gens comme moi ou mes voisins.

J’avais ce livre dans ma PAL et lorsque Langue Déliée a annoncé qu’elle allait sortir un nouveau roman en février, je me suis dit qu’il était de le lire ! Et je l’ai lu en un week-end pour ne pas rompre le charme.

Des gens qui savent que la vie est dure et qui veulent la rendre plus douce et plus belle. L’entraide intergénérationnelle fait aussi partie de ma vie. Aujourd’hui je vis dans un milieu rural est c’est encore plus flagrant qu’il est nécessaire de s’entre-aider.

Les romans de Barbara Constantine jouent des partitions qui se ressemblent avec des variations sur le même thème, mais chaque livre va pointer le doigt sur un sujet en particulier. Il ya aussi une évolution dans son écriture. On sent qu’elle aime bien ses personnages car elle fait de petites allusions  discrètes à ceux de ces romans précédents. Ainsi on entend parler de Raymond et Mine (Allumer le chat), de Mélie (A Mélie sans mélo), on retrouve le thème du jeune et jardin (Tom, petit Tom, tout petit homme, Tom). Les chats et les vélos font toujours partie du paysage ! Il y a bien d’autres détails, mais ceci n’est pas une étude de l’œuvre de Barbara Constantine. Le lecteur aussi s’attache à certains personnages.

Ce roman met en avant le veuvage au masculin.  On a un cas où c’est une délivrance, le temps a passé, qu’est-ce que j’ai ri de sa sincérité. Quelle jolie épitaphe ! Dans l’autre cas c’est un cas plus délicat puisque c’est un couple amoureux de plus ça passe là.  C’était touchant aussi l’histoire des sœurs Lumière,  une petite leçon d’Histoire.

La maternité, la perte de l’enfant, le dénie de grosse, l’absence d’enfant. On a toute une palette de sentiments.

Un roman en apparence sur les bons sentiments et plus on se penche plus on voit les différents sujets abordés : la solitude, la difficulté de communiquer, la perte du goût de vivre, le laisser aller, le divorce, la perte de logement, les difficultés économiques…

Et malgré toutes les vicissitudes de la vie d’aujourd’hui, on a un roman avec des moments tendres et joyaux. On ne bascule pas dans l’angélisme. La « communauté » se crée avec des bases, c’est bien « réfléchi » et solide. Ferdinand va savoir sortir de sa zone de confort et enfin faire surgir sa vraie personnalité.

Le roman se termine sur des notes positives. Tout n’est pas résolu, il faudra laisser le temps au temps.

Les quatre romans de Barbara Constantine sont indépendants et traitent chacun de la vie de quelques familles d’un même secteur. Cependant je vous invite à les lire dans l’ordre pour justement retrouver les clins d’œil de l’auteure aux autres histoires. D’autant que l’écriture de Barbara Constantine s’est affinée. C’est une auteure généreuse qui veut raconter beaucoup de vies et autant dans son premier roman ce n’était pas assez fluide à mon goût. Dans « Et Puis Paulette… » on sent qu’elle a trouvé  son rythme.

Je vous souhaite une belle lecture et vous laisse découvrir chaque fragment de vie…

Sur ce blog vous trouverez les chroniques de :

allumer le chat
a melie sans mélo
tom, petit tom

     

A bientôt pour une autre lecture…

 Qui en parle ?

Langue déliée

Delcyfaro

Article précédemment publié sur Canalblog

Les ferrailleurs 1. « Le Château »

Edward Carey

Le livre de Poche,  avr. 2016, 477 p.,

Mes lecture Le Livre de poche 

4e de couv. :

Au milieu d’un océan de détritus composé de tous les rebuts de Londres se dresse la demeure des Ferrayor. Le Château, gigantesque puzzle architectural, abrite cette étrange famille depuis des générations. Selon la tradition, chacun de ses membres, à la naissance, se voit attribuer un objet particulier, qui le suivra toute sa vie.
Clod a quinze ans et possède un don singulier : il est capable d’entendre parler les objets… Tout commence le jour où la poignée de porte appartenant à Tante Rosamud disparaît. Les murmures des objets se font de plus en plus insistants. Dehors, une terrible tempête menace. Et voici qu’une jeune orpheline se présente à la porte du Château…

Mon billet :

Voilà un livre qui m’avait attiré dès sa sortie en grand format, alors je n’ai pas hésité à le choisir lorsque le livre de poche me l’a proposé. Ce livre se sera fait désirer car il fait parti d’un colis qui a vécu des aventures postales. J’ai bien failli ne jamais le recevoir… et j’aurais pu passer à côté de cette lecture pendant longtemps…

C’est l’histoire d’une drôle de famille pas drôle et d’une maison étrange où il se passe des choses bizarres…

Ce qui donne un charme particulier à ce roman c’est que l’auteur l’a illustré et ses illustrations rehaussent le côté sombre, fantastique et étrange de cette histoire…

Avez-vous un objet de naissance ? A-t-il un nom ? Vous ne l’entendez peut-être pas comme peut le faire Clod Ferrayor…

Je suis immédiatement entrée dans l’histoire… Chaque chapitre est à la première personne qui est clairement identifiée. L’auteur donne la parole à plusieurs et du coup coupe la parole pour mieux accrocher le lecteur.

Voilà, une organisation très complexe qui fonctionne à merveille. Puis, tout à coup un grain de sable vient enrayer la bonne marche de cette organisation. L’histoire débute à ce moment là  et on va voir comment le château de carte va dégringoler à partir  du moment où une carte devient vacillante.

J’ai adoré les personnages principaux « Clod » et « Lucy », deux adolescents. Ils ne sont pas sensés se rencontrer et comme ils sortent de la case qui leur était attribuée, ils vont commencer à se poser des questions, transgresser des interdits, contrarier les plans de ceux qui dirigent la famille Ferrayor.

J’ai adoré cette idée de maison en perpétuelle extension où ceux qui vivent à l’intérieur sont comme des fourmis dans une fourmilière.

La famille avec sa hiérarchie, ses règles, ses croyances, ce huis clos avec toutes ses manigances et ses non-dits… On a l’impression qu’on est dans une secte où on conditionne les habitants…

Cette ville de Londres qui est à côté, si proche et si lointaine… est mystérieuse et attirante et repoussante… déchéance, pauvreté, maladie et mort… fantasmée puisque interdite !

Je ne parle pas de tout l’aspect gothique et fantastique qui est tortueux, glauque et loufoque…

Il faut avoir l’esprit en alerte pour ne pas perdre son esprit ! Quelle imagination !

C’est difficile de parler de ce livre sans trop en dévoiler… vous ne verrez pas les objets soit disant inanimés de la même façon après avoir lu ce roman !

Je remercie les Éditions du livre de poche et Auriane pour ce Coup de cœur… vivement la publication du tome 2 !
  

kokeshi coup de coeur

Article précédemment publié sur Canalblog

La baronne meurt à cinq heures

Frédéric Lenormand

Le Livre de poche, 2013,  285 p., 6,60 €

Lu dans le cadre du Week-end à 1000

Lecture récréation

4e de couv. :

Qui a osé assassiner la baronne chez qui Voltaire coulait des jours heureux ? En ce froid février 1733, c’est la rue qui attend notre philosophe (ou pire, la Bastille !). Il lui faut donc retrouver le criminel sans délai avant que celui-ci ne s’en prenne à d’autres honnêtes gens – à lui-même, par exemple. Heureusement, avec l’aide providentielle d’Émilie du Châtelet, Voltaire ne manque pas de ressources. Brillante femme de sciences, enceinte jusqu’au cou, celle-ci va l’accompagner dans son enquête où les subtilités féminines triompheront bien souvent de la philosophie. Ensemble, ils devront affronter de redoutables héritières en jupons, des abbés benêts et des flûtistes sanguinaires, décrypter des codes mystérieux, et surtout échapper à un lieutenant général de police prêt à embastiller Voltaire au moindre faux pas…

Billet :

Voilà des années que je résiste à la série des « Voltaire enquête » de Frédéric Lenormand. Pourquoi résister ? Parce que j’aime lire des séries et généralement j’aime les enchaîner comme des feuilletons TV. Et je ne me doutais qu’une fois que j’aurais commencé il me faudrait les autres enquêtes.

Samedi, j’ai rencontré l’auteur au salon du livre de Narbonne, il était en compagnie de Michèle Barrière dont j’adore les polars historico-culinaires et d’Olivier Norek.

Tous trois m’ont fait passer un moment de joie avec leur style d’humour  très personnel.

J’ai donc succombé au charme de ses écrivains… et je suis perdue ! Heureusement qu’il y a des titres déjà publiés chez « le livre de poche ».

Mais revenons à Voltaire, il a 39 ans, il est une célébrité controversée. Frédéric Lenormand nous le caricature (ou noircit le trait)  et l’égratigne de manière à mettre en exergue ses travers. C’est un personnage qui ne sait pas se taire et d’autant plus s’il peut lancer des piques.

Voltaire va se retrouvé affublé d’une aide précieuse, une femme savante « Emilie du Châtelet » qui ne s’en laisse pas compter. Lui est décrit comme un djinn ou un lutin et elle enceinte de six mois est grande et toute en rondeurs. Les oppositions physiques viennent compenser leur complémentarité de leur esprit. A la fin de l’ouvrage une biographie parle de cette Emilie comme d’une compagne de Voltaire !

Cette série met en avant les arrangements entre gens de pouvoir.

Le commissaire de police qui essais de masquer des morts suspectes en morts naturelles. Des coupables de petite extraction qui meurent pour que certaines choses ne soient pas dévoilées. Quand aux nobles mêlés aux drames. On leur trouve des portes de secours pour étouffer les affaires. La justice divine ou la providence viennent parfois à la rescousse de la justice judiciaire.

Il y  a beaucoup d’aspects de caractère privé de la vie de Voltaire que je ne connaissais pas. Comme je ne vénère pas le personnage voir son côté humain et ses travers mis en avant ça me fait bien rire.

Ce qui m’a beaucoup plus c’est aussi de voir des réflexions sur ses écrits et ses cogitations.

Eh bien voilà, il va me falloir les autres tomes pour continuer à m’amuser.

Article précédemment publié sur Canalblog

Meurtres à la Pomme d’Or

Michèle Barrière

Le livre de poche, 2008, 320 p., 6,10€

Lu ans le cadre du challenge un genre par mois

Club de lecture d’Auf

4 e de couv. :

An de grâce 1556 : François, étudiant en médecine à Montpellier, n’a qu’une idée en tête : devenir cuisinier. Aux dissections, il préfère l’étude du safran, de la cardamome, du gingembre, du macis et autre maniguette sous la houlette de l’apothicaire Laurent Catalan. Mais une série de morts suspectes sème le trouble dans la ville. Un mystérieux breuvage distribué par un apothicaire ambulant en est la cause. Laurent Catalan, en raison de ses origines juives et de ses sympathies pour les protestants, est accusé de complicité et jeté en prison.
François mène l’enquête jusqu’à Bologne. Parviendra-t-il à sauver Catalan ?
Assorti d’un guide de la tomate, Meurtres à la pomme d’or propose également un carnet de recettes de la Renaissance.

Ma chronique :

Il était temps que je lise ce roman et que je découvre cette auteure qui m’intrigue depuis que les copines du club de lecture d’Auf m’en ont parlé !

Ce roman se compose d’une intrigue, de notes pour éclairer le lecteur sur certains éléments historiques et pour finir de recettes de tomate de la renaissance.

C’est un roman historique qui nous renvoi à une époque où de nouveaux aliments arrivés des Amériques étaient nimbés de mystère et de suspicion. Ajoutez à cela les recherches médicales qui sentent aussi le souffre en cette période où l’inquisition  est une menace et/ou une solution pour refuser certains progrès.

Nous sommes à Montpellier (voilà qui me parle !) dans le milieu médical avec ses « castes » et de frictions entre elles.

Médecins, apothicaires, épiciers : chacun cherche à protéger son pré carré et ses avantages.

La position sociale est aussi liée à sa religion : catholiques, protestants et juifs un équilibre sur le fil du rasoir. Si on lie le métier et la religion cela peut créer des étincelles.

Le pouvoir reste le moteur des ambitions.

La justice est malheureusement liée à la religion et au savoir donc avec un grand parti pris, alors dès le moindre soupçon on n’hésite pas à arrêter et faire subir la question à l’apothicaire juif qui a pignon sur rue.

L’autre aspect intéressant, c’est celui des voyages et des déplacements en Europe. Par route ou par bateau ce sont des voies banalisées à cause des bandits de grand chemin.

A une époque où l’on imagine que les informations sont difficiles à obtenir nous voyons apparaître des réseaux entre les savants chacun connaissant la spécialité de l’autre et les avancées qu’il a accompli.

L’intrigue va suivre deux voies qu vont se croiser pour donner la solutions.

La particularité de ce roman c’est que le protagoniste principal est un amateur de l’art culinaire et nous allons découvrir des mets, des recettes. Nous avons là une autre organisation en corporations avec aussi des guerres de clan. Tout est aussi cloisonné et codifié. Le voyage est prétexte pour François de compiler des idées culinaire… j’ai adoré sa découverte de la fourchette et de l’assiette à Bologne.

Le duo que forment François le français/catholique/ amateur de chair (dans tous sens du terme)/extravagant et B. le suisse/protestant/médecin/raisonnable, par leur complémentarité permet de voir plusieurs facettes du problème.

L’aspect vestimentaire fait aussi partie des codes sociaux et régionaux, et c’est aussi codifié par la religion.

Ajoutez à tout cela un brin d’amour et de sensualité au milieu des plantes et huiles médicales et vous aurez une image de cette période avec ses fêtes et ses beuveries.

Amateur de bonne chair cela va de pair avec l’amour et la sensualité pour pimenter la sexualité !

Des complots, des traquenards, des empoisonnements, des tentatives de meurtre, l’action est aussi présente dans cette histoire avec quelques galopades et escarmouches.

J’ai bien aimé ce roman qui est dans la veine que ceux que l’on retrouve dans une autre collection : 10/18 grands détectives. Un roman très documenté qui nous fait voyager dans le temps en découvrant d’autres moeurs et coutumes.

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Article précédemment publié sur Canalblog

Le chevalier et la mort

Leonardo Sciascia

Trad. Michel Orcel & Mario Fusco

Livre de poche, biblio, 1988, 121 p.

LU DANS LE CADRE DU CHALLENGE « UN MOT, DES TITRES »

4 e de couv :

Les coups de feu, il les entendit, lui sembla-t-il, dans un temps incommensurablement antérieur à l’instant où il se sentit touché. Il tomba en pensant : on tombe par précaution et par convention. Il pensait pouvoir se relever, mais il n’y réussit pas. Il se souleva sur un coude. La vie s’en allait, fluide, légère ; la douleur avait disparu. Au diable la morphine, pensa-t-il. Et tout était clair, à présent : Rieti avait été abattu parce qu’il avait parlé avec lui. (Leonardo Sciascia). Une mystérieuse association subversive, des crimes inexpliqués, et l’enquête d’un commissaire de police amoureux de la gravure de Dürer, Le Chevalier, la Mort et le Diable. Ce récit est l’un des derniers textes écrits par Sciascia : derrière l’intrigue policière serrée et l’atmosphère étouffante du  » thriller « , on devine comme une désespérance. Leçon : le Diable n’a plus besoin de s’occuper du monde, les hommes le font pour lui et réussissent parfaitement dans cet emploi.

Ma chronique :

Ce challenge est un bon moyen de se replonger dans sa bibliothèque et d’extraire des livres que l’on a voulu lire au moment de l’achat et qui ont fini par prendre de la poussière. Merci Calypso !

C’est le cas de celui-ci. Acheté en Avril 2012 je ne l’aurais finalement lu en avril 2013.

Ce qui m’a fait acheter ce livre c’est d’une part sa couverture et d’autre part son titre. La couverture est un fragment d’une gravure de Dürer, qui porte le même titre que le livre. Un peintre dont je partage la passion avec une amie.

A  noter l’intéressante préface de Linda Lê, auteur dont je n’ai entendu le nom que depuis la sortie de « lame de fond ».

Intéressons-nous au texte lui-même. Les personnages apparaissent parfois par leur nom mais leur position dans la société semble conférer une certaine distance entre le narrateur et eux. Nous avons « l’adjoint » comme personnage principal. Un policier qui à travers la gravure « le chevalier, la mort et le diable » de Dürer, qui fait partie de ses biens terrestres, voit la société d’un autre œil. « Le Chef » sont supérieur qui le ménage sachant sa mort proche. « Le président » principal suspect dans la mort de « l’avocat  Me Sandoz» mais qui est intouchable. Le Dottor Rieti « le juif » qui se trouve à mi-chemin entre « le président », « l’avocat », « l’adjoint ».

Nous avons ensuite trois personnages de femme : « la femme mûre », « la femme fatale », « la femme » qui va le réconforter.

Et puis, il y a le personnage principal universel : « La Mort ». La mort dans le tableau, la mort dans son corps malade, la mort dans les cadavres qui jalonne son parcours de policier.

Sciascia déploie son érudition tout au long de ce bref conte policier. Il donne envie de se plonger dans « l’île au trésor », « les âmes mortes » etc. Il y a aussi d’autres référence littéraires : Hugo, Leopardi, Feydeau, Proust…

Nous avons aussi des références à la Révolution Française et à ses descendants qui vont se matérialiser sous l’appellation « Enfants de 89 » « groupe d’action Saint-Just ».

Mais tout dans cette histoire apparaît comme un décor de théâtre. Le narrateur nous fait bien comprendre que rien ne va vraiment être mis en œuvre pour que la vérité sorte au grand jour. Tout le monde sait  mais personne ne peut rien dire.

L’adjoint va petit à petit prendre du recul et abandonner les préoccupations terrestres. Il n’a pourtant rien à perdre alors sera-t-il un danger pour la stabilité de se monde d’apparence ?

La chute est brutale.

J’ai découvert un auteur italien qui m’a l’air intéressant… Il faudra que je trouve d’autres romans pour voir le reste de son univers littéraire.

Un-mot-des-titres
challe100

34/100

chevalier tableau

Tableau de Dürer

NB