Fondue au noir

Hervé Jubert

Éditions Syros, 3 juin 2021, 16,95 €

Mes lectures Syros

Chronique jeunesse du mercredi

4e de couv :

Un roman gastronomique subtil, mordant, pétri d’humour.

Lola ne parle plus depuis ses dix ans, et les médecins ignorent pourquoi. Ça ne l’empêche pas de se faire très vite repérer comme le talent prometteur de sa classe de seconde pro cuisine. Les six apprentis de la brigade sont coachés par le Bosco, une cheffe renommée et imprévisible. Quand elle leur apprend que seuls deux d’entre eux participeront à l’émission Sur le Gril ! Spéciale Apprentis, l’ambiance se tend. Dangereusement.

Mes impressions de lecture :

Cette historie débute pendant le premier confinement, j’ai un peu tiqué, cependant ma petite inquiétude c’est évanouie dès le deuxième chapitre. De cette période étrange va sortir un point positif : une vocation.  L’histoire se déroule sur 2020-2021 on aura en arrière plan on aura quelques touches pour que ça soit ancré dans notre époque. Que diront les lecteurs dans quelques années ?  Revenons au présent.

Le point de départ c’est Lola. Une adolescente mutique. Pourquoi ? Comment vit-elle cela au quotidien ? Et sa famille ? On a donc le thème de la différence et du handicap. Quel est la cause du traumatisme ?

On va la suivre au sein d’un petit groupe qui l’accepte… enfin presque tour le monde.

On découvre le monde de la cuisine version apprentissage. On n’est pas un univers doux et sucré. Derrière les fourneaux il y a des êtres humains avec de l’ambition et des sentiments. Il y a aussi un côté moins glamour lorsqu’on s’intéresse aux produits, leur origine.

Nous avons un nouvel ancrage dans notre monde contemporain avec la compétition pour être sélectionné pour un concours qui mène sur un plateau TV.

Il est question de reconnaissance dans ce milieu et de carnet d’adresse soit pour se fournir en produits de qualité soit pour intégrer les jeunes apprentis.

Ce roman parle de gastronomie et aussi de se microcosme des restaurateurs d’exception. Nouveau clin d’œil à notre époque avec les difficultés pour cette profession dues aux fermetures.

Vient se greffer à cette histoire de découverte d’une région et de tout ce qui tourne autour de la gastronomie, une autre trame plus « dangereuse ». Un personnage richissime qui navigue dans des eaux troubles des produits aphrodisiaques. L’ouverture sur le monde n’est pas sans danger.

Ajoutez à tout cela l’argent et les pouvoirs locaux et on se retrouve dans une ambiance plus lourde.

On a une partie sombre dans ce roman qui prend petit à petit de plus en plus de place.

On a bien sûr toute une trame autour de l’adolescence et les premiers émois amoureux, les relations au sein d’un groupe. Sa place dans la famille. Un bouillon de tensions et de non-dits.

Vous l’aurez compris ce roman est chargé en suspens et en émotion.

Que dire du titre ? Qu’il fait saliver, qu’il intrigue ? qu’il titille nos papilles ? Et les titres des chapitres !!! un détail me direz-vous. Une jolie trouvaille comme je les aime.

J’ai adoré en particulier tout ce qui concernait la cuisine. C’est une région de France que j’ai envie de découvrir. Un jour peut-être !

Quand au roman il est à découvrir dès le 3 juin !

 Je remercie les Éditions Syros de leur confiance.

Droneboy

Hervé Jubert

Éditions Syros, avril 2019, 247 p., 16,95 €

Mes lectures Syros
Chronique jeunesse du mercredi

droneboy

4e de couv. :

Un adolescent vit à proximité d’une ZAD, zone de tous les dangers. Le premier polar, explosif et sensible, de Hervé Jubert chez Syros.

Depuis deux mois, dans cette forêt du sud-ouest de la France, des zadistes luttent contre un projet de barrage qui doit ravager une zone protégée. Grâce à son drone, Paul ne perd rien de leur affrontement avec les forces de l’ordre. Mais ce contexte de guérilla est propice aux pires dérapages. La moindre image peut devenir une arme… et son auteur payer le prix fort.

Ma chronique :

Je connaissais l’écriture de Hervé Jubert pour son monde imaginaire. J’ai adoré « Magies secrètes » et son monde steampunk. Avec « Droneboy » c’est une autre facette de cet auteur que je découvre. Celle qui nous parle de réalité à travers une fiction, cela se passe aujourd’hui et elle est ancrée dans l’actualité. De plus, on est dans un roman jeunesse, deux éléments qui ont leur importance. Sensibiliser les jeunes lecteurs sur des sujets de société ou renforcer leur opinion, cela donne un texte engagé avec tout ce qui en découle.

Ce titre est en adéquation  avec l’image que j’ai des Editions Syros à savoir ce côté engagé qui propose aux lecteurs de ses poser des questions sur leur société et celle qu’ils voudraient pour demain, tout en la mettant en scène dans de la fiction et en leur laissant leur libre arbitre. Les personnages donnent leur avis pour ou contre, même si on sent de quel côté le cœur de l’auteur balance. Dans une postface « avertissement au lecteur » l’auteur  partager des informations sur le point de départ de cette histoire.

On a donc un lieu que certains veulent protéger et préserver alors que d’autres veulent le transformer pour produire plus et préserver leur exploitation agricole… entre les deux, il y a la politique, l’argent et la loi. On comprend vite qu’il n’y a pas de dialogue possible que chacun campe sur ses positions, pas de compromis possible dans des attitudes extrêmes et diamétralement opposé.

Au milieu de tout cela la vie continue. Hervé Jubert descend son regard à hauteur d’homme. Plusieurs cercles se dessinent.

Les jumeaux,  Jason et Kevin Pradel, représentent les pro-barrage, la testostérone parle avant le cerveau. Ils représentent la milice, le bras armé. Ils forment un clan avec leur père.

Il y a les familles de Paul. Parents divorcés, l’un en ville l’autre dans la forêt, atmosphère tendue. Ici les deux adultes vont faire front commun puisqu’ils ont leur enfant comme point d’achoppement. Le père de Paul lui est garde forestier, payé par l’état et en même temps il est sensé protéger les lieux. Situation ambigüe. La mère elle veut juste que les tensions s’apaisent dans la région car ce n’est pas bon pour les affaires. Ils essaient de jour donc en terrain neutre.

La famille de Manon est du côté de la loi, là aussi on leur demande pas de prendre position. Ce qui n’est pas le cas de leur fille qui elle est en pleine rébellion adolescente et cherche ses propres positions « politiques »

Un autre ensemble ce détache celui autour de l’amitié et des premiers émois amoureux.

Cette génération connectée et avide de technologie, qui voit dans les réseaux sociaux un moyen de dire ce qu’il pense, sans toujours se rendre compte de la portée de ces actes, et des récupérations possibles. Des adolescents avides  de sensations fortes, de sport extrêmes, la vitesse et la spontanéité, provocation/action/réaction. Ils agissent et réfléchissent après. On les suit dans leur quotidien, avec leurs préoccupations par forcément en rapport avec ce sujet épineux. Mais là aussi on a plusieurs points de vue et des attitudes face à la colère qui gronde.

Toutes ces interactions permettent plusieurs niveaux de lecture. Chaque lecteur y trouvera des sujets de réflexion. Le lecteur qui lira cette histoire se reconnaîtra ou son copain.

Le côté suspens de ce roman tiens le lecteur en haleine, se traduit par de l’action, des coups d’éclats et des montées de tensions. On sent dès le début que l’atmosphère est électrique, il va se passer quelque chose, on va au clash. Plusieurs épisodes « dramatiques » vont entrainer les personnages de rebondissement en rebondissement vers le moment fatidique. J’ai aimé comment l’auteur a géré cet instant, le cliffhanger et l’ellipse qui laisse au lecteur le loisir de créer sa scène et être lui aussi actif.

Il y a heureusement de l’humour, comme dans la vie il y a des hauts et des bas et des bulles de bonheur et de l’amour. Les différentes « histoires » vont avoir une conclusion.

« Droneboy » est un roman qui ne laisse pas indifférent, on le dévore.

Je remercie les Editions Syros de leur confiance.

Article précédemment publié sur Canalblog

Magies secrètes

Hervé Jubert

Folio, mars 2016, 312 p., 7,70 €

Mes lectures Folio

magies secrètes

4e de couv. :

L’empereur Obéron III, aidé du préfet Hoffmann, souhaite débarrasser Sequana des êtres féeriques qui la peuplent. Georges Beauregard, ingénieur-mage au service du ministère des Affaires étranges, recueille toutefois certaines de ces créatures dans son hôtel particulier. C’est ainsi qu’il découvre et prend sous son aile Jeanne, une jeune fille amnésique aux étranges pouvoirs. Ensemble, aidés de la déesse Isis et de Condé, l’automate, ils vont devoir enquêter sur la disparition du neveu de l’empereur, menacé d’être démembré par son mystérieux ravisseur. Arpentant la ville-lumière, ils iront de surprise en surprise afin de découvrir qui menace l’équilibre délicat entre êtres humains et féeriques.

Mon billet :

Dès que j’ai lu la quatrième de couverture j’ai eu envie de lire ce roman. J’étais en pleine période « roman policier » et la variante « fantastique » et « steampunk » étaient des variantes que je voulais explorer.

C’est un roman baroque et flamboyant. On est dans l’excès et les fioritures.  Une kyrielle de détails créent une ambiance très particulière. On hésite entre imagination et réalité. On a l’impression d’être à Paris sous le second empire tout en étant dans une ville complètement recrée, Séquana avec un fleuve du même nom, une ville fantastique et gothique. On a parfois des noms qui évoquent des éléments du passé réel et parfois c’est complètement imaginaire et entre les deux un jeu d’illusions. Gustave Doré, Ninon de l’Enclos, Haussmann… Hoffmann et Chamisso les rois de l’étrange ont des rôles dans cette histoire.

Le temps semble suivre sont propre cours à travers les allers-retours dans les passages entre le monde « réel » et le monde « féerique ». On baigne dans l’aura  des romantiques. Nous avons quelques explications de ses phénomènes étranges.

L’ambiance steampunk est très présente dès la description du personnage principal, Carrick, haut-de forme mécanique, canne-épée …La couverture du livre illustre parfaitement le personnage.  Les  automates font partie de la vie quotidienne et les instruments mi-magiques « mi-mécaniques »,

Hervé Jubert a su créer une ambiance de décadence parfois très glauque entre les beaux quartiers  et les bas-fonds. Les  orgies et bacchanales entre créatures humaines et magiques, ainsi que les pactes avec le diable nous plongent dans un hiver nocturne.

Nous allons suivre Georges Hercule Belisaire Beauregard, 20 ans beau et mystérieux avec des pouvoirs magiques et des appuis haut placés. Plusieurs affaires étranges vont croiser le chemin de cet ingénieur-mage.

Le monde onirique, la sorcellerie, les diableries, télépathie, manipulations mentales, cannibalisme et nécromancie sont le quotidien de ce monde assez gothique.

Les masques, artefacts et Comedia del Arte nous entrainent dans une ambiance de carnaval et de bals masqués mortifères. Derrière les tapisseries et décors de théâtres se cachent des êtres maléfiques et sournois. Arlequin, Pierrot, Pantalon, Colombine etc,  côtoient des « Coppelia »…

On est dans un univers citadin glauque et violent, que ce soit dans les ruelles ou les palais. Et à côté de ça on a des forêts avec des centaures  et des nymphes et tout cela s’entremêle.

En contrepoint nous avons des notes en bas de page tirées d’archives et autres documents (imaginaires), ainsi que du journal « Le voleur illustré » qui crédibilisent cet univers. Cela permet d’avoir un passé, un présent et un futur dans la même page.

Je vous laisse découvrir comment il mène ses enquêtes, les tenants et les aboutissants, ainsi que la place de la femme dans sa vie. « Sa quête » personnelle vient interférer dans tout cela.

En fin de volume nous avons un annuaire de Séquana. Tout est en place pour d’autres épisodes !

Dans un même roman nous avons plusieurs genres d’écriture, on sent que l’auteur a voulu jouer avec tes ces possibilités et entrainer le lecteur dans son sillage.

Je remercie Folio pour ce joli coup de cœur… j’ai vu que d’autres tomes vont suivre !

Le blog de l’auteur est une belle façon de prolonger l’aventure.

kokeshi coup de coeur

Article précédemment publié sur Canalblog