La commissaire n’aime point les vers

Georges Flipo

Folio,  oct. 2021, 304 p., 8,10 €

Éditions de la Table Ronde, 2011, 300 p.

Dans ma médiathèque il y a…

Cercle littéraire médiathèque

4e de couv. :

Un clochard, sosie de Victor Hugo, assassiné devant l’Académie française ; un sonnet érotique attribué à Charles Baudelaire… comme si la commissaire Viviane Lancier n’avait pas assez de problèmes, entre son ex qui la persécute et ses régimes, qui la martyrisent, sans devoir en plus se soucier de littérature! Heureusement, son nouveau lieutenant, Augustin Monot, aussi ahuri et gaffeur que séduisant et cultivé, finira par motiver la commissaire dans une enquête corsée, pleine de meurtres et de rebondissements…

Mes impressions de lecture :

Je vous vois sourire ceux qui me suivaient. Il y a quelques semaines je vous présentais « La commissaire n’a point l’esprit club » qui était ressorti aussi chez folio. Je râlais un peu parce que j’aime lire les romans dans l’ordre de sortie car l’auteur glisse toujours des références aux tomes précédents. Maintenant que j’ai lu les deux seules enquêtes publiées je râle parce qu’il n’y en a pas d’autre prévue. Ce roman a 10 ans et à l’époque je suis passée à côté, alors merci pour cette réédition qui m’a fait connaître cette terrible commissaire.

J’avais remarqué que le tome précédent me faisait penser à deux romans récents que j’avais lu. Eh bien ce deuxième fait écho à une autre lecture de la rentrée « La muse ténébreuse de Charles Baudelaire ». Voilà que dans cette enquête il y aura des références aux poèmes sulfureux de Charles Baudelaire.

Cette première enquête d’Augustin Monot auprès de la commissaire Viviane Lancier ne va pas se déroulé comme prévue. Si le personnage principal c’est Viviane c’est pourtant Augustin qui sera le plus tenace.

Augustin Monot est un bleu, tout juste sorti de l’école de police il n’a aucune expérience et en plus c’est un littéraire. C’est lui qui va découvrir le clochard agressé et par son intervention va faire rentrer cette affaire dans l’équipe de Viviane. Mais celle-ci n’en veut pas, elle a d’autres chats à fouetter, alors elle le laisse se faire la main sur cette enquête. De temps en temps elle le recadre. Cependant Monot est idéaliste et il va ouvrir une véritable boîte de Pandore et ils vont vite être dépassés par les évènements.

On va avoir des scènes surréalistes, des rebondissements inattendus. Les journaux vont s’en mêler et donc les hauts gradés… jusqu’au ministre.

Augustin va se révélé très communiquant et il va se faire repérer par la « dircom » de la police. Il passe bien à la Tv et il pourrait donner une nouvelle image de la police. Une vrai peste cette Priscilia Smet, elle a les dents longues ! Je réalise que les noms et les prénoms ne sont pas anodins dans cette série. Il va être beaucoup question de communication et Georges Flipo va jouer avec les mots pour notre grand plaisir.

On a donc un contraste physique entre Viviane et Monot, mais aussi dans la façon de fonctionner, elle est négative alors qu’il est positif, elle se prend les pieds dans le tapis alors qui plane au-dessus de tout cela. On a le fameux duo l’expérimentée et le naïf.

On va avoir droit à tous les types de régimes alimentaires, qu’elle essai en vain car il y a toujours une contrariété, une catastrophe qui  la replonge dans les barres de mars. Une belle critique des journaux féminins et du diktat de la minceur.

Si je mets en avant le côté ironique, grotesque et drôle c’est parce que c’est ce qui m’attire dans ce genre d’enquête. L’intrigue policière est intéressante car elle se complexifie au fur et à mesure que les crimes et délits se multiplient. Il va y avoir danger et Viviane et Monot ne vont pas en sortir indemnes.

Ceux qui connaissent Paris vont se régaler à les voir déambuler que ce soit du côté des champs Elysées ou quai Conti, entre autre… Une balade qui n’est pas de tout repos !

Cher monsieur Flipo j’espère que vous allez nous raconter d’autres aventure de Viviane Lancier car j’ai passé un bon moment de détente…

Voir aussi

Ce document a été créé et certifié chez IGS-CP, Charente (16)

La commissaire n’a pas l’esprit club

George Flipo

Folio, 2021, 293 p., 8,10 €

Masse critique Babelio / Folio

4e de couv. :

La commissaire Viviane Lancier est envoyée incognito sur l’île de Rhodes pour enquêter sur le meurtre de King, le chef tyrannique d’un village de vacances. Alors que son nouveau lieutenant, Willy Cruyff, se fond avec enthousiasme dans la masse des joyeux vacanciers, Viviane s’efforce tant bien que mal de tirer les fils de cette sombre affaire, entre cours d’aquagym et leçons de tango. Assommée par la chaleur et déprimée à l’idée de se promener en maillot de bain, elle ne cesse de rudoyer son pauvre adjoint. Et pendant ce temps-là, les morts s’accumulent…

Mes impressions de lecture :

Lorsque je l’ai vu dans masse critique, le titre et la couverture m’ont attirée, lorsque je l’ai reçu et que j’ai fait quelques recherches je me suis rendu compte qu’il s’agissait d’une réédition d’un roman de 2010. Je n’en avais pas entendu parler. C’est donc une bonne chose de redonner une visibilité à ce texte. Il est vrai que le cosy mistery a le vent en poupe en ce moment, alors j’espère que l’auteur sortira une troisième enquête prochainement. Car il n’existe que deux enquêtes avec la commissaire Vivianne Lancier.

Les deux enquêtes publiées sont indépendantes, celle-ci  est la deuxième et il est fait souvent mention à la première. Ce qui a titillé ma curiosité et il faudra que je la lise car c’est agaçant. Ah Ah Ah !

Il y a des lectures qui vous renvoient à d’autres. À la rentrée j’ai lu « Badroulboudour »  de Jean-Baptiste de Froment, une étrange histoire qui se passe dans un club de vacances et j’ai aussi lu il y a quelques mois « La dixième muse » d’Alexandra Koszelyk qui parle de Guillaume Apollinaire et des poèmes à Lou en particulier. Et voilà que dans un roman de 2010 ces deux thèmes se croisent. Je pensais dans un premier temps qu’enquête et Rhodes me feraient plutôt penser à Poirot… quoique à bien y réfléchir…

Mais revenons à  Rhodes à « l’Esprit Club » où il se passe de drôle de choses. Cela débute par une mort étrange, celle du directeur du centre retrouvé pendu et bâtonné par les vacanciers qui pensaient que c’était un mannequin, la nuit du 14 juillet.  Pour des raisons diplomatiques on envoie une commissaire assez singulière. Côté discrétion elle se pose là, mais elle comprend la notion de ne pas faire de vague. Elle va pourtant remuer beaucoup de vase avec ses gros sabots.

C’est un roman policier qui traite le sujet avec humour, la commissaire doit régler cette enquête incognito, mais elle a l’art de se mettre dans le pétrin et de déterrer des secrets, sans parler de sa désastreuse inaptitude à la vie sociale. Un comble pour des « vacances » dans une petite communauté qui prône « le tout ensemble ». On a un duo policier improbable et diamétralement opposés, ils se complètent sans vouloir l’admettre.

L’enquête se fait un peu en dépit du bon sens puisqu’il est sensé ne pas y avoir d’enquêteur et donc d’enquête. Ce qui m’a plu c’est comment l’auteur à travers son duo d’enquêteurs incognitos va soulever les voiles de se décor factice de bonheur et de joie de vivre. Il démonte les rouages de cette machinerie.

Le chef de camp avait des problèmes pour se rappeler le nom de ses employés et de leurs fonctions, il avait trouvé comme solution de donner un nom en relation avec leur travail. Les animateurs sont les  «  kiki » (femmes) et les « coco » (hommes)  et cela donne coco Picole pour celui qui gérait le bar et la boîte de nuit, Kiki muscule celle qui s’occupaient des activités sportives etc. Cela donne le ton du roman.

L’auteur dévoile aussi les dessus financiers de ce camp fort rentable. Il est  assez sarcastique pour expliquer que de Paris on ne voit que le rapport financier et ne veulent pas voir comment on obtient de tels rendements.

Les rebondissements qui frôlent la maladresse et le ridicule rendent les crimes moins horribles, ou le contraire…

Je pense lire la précédente enquête.

Je remercie Babelio et Folio de leur confiance.

L’usurpateur

Jørn Lier Horst

Folio, Folio Policier 903, 2020 (VO 2013), 445 p., 8,50 €

Mes Lectures Folio

4e de couv. :

Dans la petite ville de Larvik, à deux pas de la maison de l’inspecteur Wisting, un homme mort depuis quatre mois est retrouvé chez lui, devant sa télé allumée. La fille de l’enquêteur, Line, décide d’écrire un article sur ce voisin disparu dans l’indifférence générale en pleine période des fêtes. Pendant ce temps, Wisting apprend la découverte d’un autre cadavre dans une forêt de sapins avec, dans la poche, un papier portant les empreintes d’un tueur en série recherché par le FBI. À quelques jours de Noël, par moins quinze et sous la neige, s’engage une des plus incroyables chasses à l’homme que la Norvège ait connues…

Voici une petite carte pour se repérer. Larvik c’est le point vert !

larvik

Ma chronique :

Je découvre une enquête qui met en scène  William Wisting un policier norvégien d’une cinquantaine d’années. Série qu’il a commencé à publier en 2004. Cette enquête est la dernière traduite à ce jour.

L’enquête ou plutôt les enquêtes se déroulent en 2011 en Norvège près de Larvik (voir carte). Nous allons débuter une enquête qui tourne court, un homme seul est trouvé mort chez lui. Cette enquête close pour la police va intéresser Line Wisting jeune journaliste fille de notre enquêteur. En parallèle on va suivre une nouvelle enquête, celle d’un homme trouvé mort sous un sapin, dans une forêt, mais là pas de doute c’est un meurtre, c’est donc la police qui va mener les investigations.

Les deux « enquêteurs » ne vont pratiquement pas communiquer entre eux. Le lecteur va donc suivre ces deux affaires en parallèle et en tirer ses propres hypothèses et conclusions. C’est parfois un supplice pour le lecteur car il a envie de dire à l’un ou à l’autre « parle lui ».

Les deux affaires vont se développer à un rythme relativement lent, des détails vont venir petit former ce grand puzzle bien plus vaste que prévu.

On a le temps de découvrir des habitudes des gens. Le temps voilà qui va être omniprésent, que ce soit la météo avec les chutes de neige, le froid qui s’installe en ce mois de décembre, ou que ce soit l’espace temps.

Ces intrigues vont explorer le passé, aller aux sources du drame, que ce soit les années 60 ou années 80, on va avoir des liens qui vont se tisser. Mais c’est surtout quatre mois avant les découvertes, mois juillet-août, qu’il faut trouver le fait déclencheur des cet enchaînement.

Petit à petit le rythme va s’accélérer. Des découvertes vont venir augmenter la pression. Les petites questions touchant au passé vont déclencher des avalanches inattendues. La tension va en s’intensifiant jusqu’au moment crucial. Ce crescendo sur la dernière partie mets les nerfs en pelote !

La solitude tient une place importante dans les drames. C’est d’ailleurs ce qui a motivé l’article de Line Wisting.

La famille est aussi une thématique qui va jouer un rôle. La généalogie et les liens qui se tissent au niveau mondial, les névroses que cela peut engendrer ou au contraires les liens forts qui unissent, tout aura son importance.

J’ai découvert l’expression « l’homme des cavernes » qui n’a rien à voir avec les hommes préhistoriques… je vous laisse le découvrir dans cette enquête.

Il est beaucoup question de cavités dans cette histoire, c’est lieux profonds où l’on cache des secrets plus ou moins intimes, mais je ne peux vous en dire plus.

J’ai beaucoup aimé voir nos deux enquêteur aborder leurs investigations avec chacun une façon de faire, le policier et la journaliste ne vont pas suivre les mêmes méthodes. Il y aussi les relations police et journalistes que dire et que faire… le droit à l’information la course au scoops… mais pas entre père et fille. Respect mutuel.

C’est une jolie découverte, quoique macabre, et je pense lire d’autres romans de cette série.

Je remercie Folio de leur confiance.

Article précédemment publié sur Canalblog

La loi des Sames

Lars Pettersson

Trad. (suédois ) Anne Karila

Folio, 2017, nov 2016, 523 p., 8,80 €

Mes lectures FOLIO

4e de couv. :

En Laponie norvégienne, les Sames, peuple autochtone, continuent à vivre de l’élevage des rennes et selon des traditions ancestrales. Certains restent, d’autres partent, comme Anna, qui mène son existence en Suède, où elle a été nommée substitut du procureur. Son cousin Nils, lui, est resté, et il vient d’être accusé de viol. Devoir de famille, c’est Anna qui est chargée de trouver un arrangement avec la plaignante. Elle retourne alors chez les Sames, dans ces contrées reculées qui n’évoquent pour elle que de vieux souvenirs d’enfance. Là, entre les menaces qu’elle subit et les vérités qu’on lui cache, la jeune femme comprend vite que cette affaire de viol n’est que la partie émergée d’une enquête qu’elle va devoir mener. Même si, à la lumière des aurores boréales, la nature somptueuse et meurtrière semble parfois imposer sa loi aux hommes.

Mon billet :

Il y a des romans policiers qui se lisent comme on regarde des feuilletons et d’autres qui sont de long métrages avec de grands espaces, des plans larges et des zooms sur des détails. Les personnages vont vivre les deux semaines les plus longues, enfin pas tous !

La famille, le clan, ses traditions, ses codes et ses règles. Anna va découvrir l’étendu du pouvoir du silence dans la communauté. Dès la première scène ont sent que sa tâche va être difficile. Un renne se mets en travers de sa route et tous va aller de mal en pis. Un signe de mauvais augure !

Le problème de départ semblait presque une formalité. Mais Anna ne comprend pas pourquoi sa famille à vraiment fait appel à elle. D’autant qu’elle ne veut pas couvrir les agissements coupables. Est-ce son intransigeance qui va déclencher une série de sabotages, accidents, et toutes sortes de morts…

C’est un roman qui joue avec les ambiances. Huis clos dans une zone enneigée. Tout ramène à al famille d’Anna et à l’élevage de Renne.

On a une confrontation entre les gens du coin et ceux de l’extérieur. La police, la justice, la médecine, des règles différentes. Anna fait partie des deux mondes et on lui demande de choisir le camp de sa famille maternelle. Elle a beau rejeter cette part elle va devoir s’en servir pour avancer dans ses recherches. Elle apprend petit à petit comment se servir des coutumes locales. Elle va passer du rejet à l’utilisation des armes mises à sa disposition.

J’ai beaucoup aimé tout ce qui touche à la culture same notamment en ce qui concerne la langue et l’usage qui en est fait. Comment ils commencent par faire la généalogie de la personne  avant de prendre des tours et des détours pour dire ou apprendre des choses. Cela peut dérouter ceux qui vont droit au but. Le langage passe aussi par les vêtements.

C’est un roman qui prend son temps !

Il y a toute une thématique autour du temps. La maîtrise du temps avec  façon de procéder  lente pour quelqu’un de la ville qui  ne maîtrise pas cette coutume et ça englobe le passé dans le présent.  Chaque déplacement prend du temps, que ce soit le véhicule. Les distances entre les lieux réclament du temps.

Dans cette thématique temporelle, on a le fait qu’ Anna soit plus ou moins prise pour sa mère décédée qui a quitté sa famille pour se marier et vivre hors de la communauté.  C’est parfois troublant quand on lui parle comme si elle était l’absente, la fille du passé.

Ils conservent beaucoup de choses du passé que se soit les us et coutumes, les vêtements et outils, les journaux… preuves, traces…

La luminosité et la longueur des jours donnent un éclairage étrange sur les scènes des crimes…

Ce roman fait la part belle à la neige aux sons  et aux couleurs, aux effets optique et sonores,  à l’isolement, les dangers, au froid, tous ces événements qui font partie de la vie et la mort des habitants. Les peaux de rennes sont toujours aussi vitales pour les habitants, c’est lié à la vie et à la mort.

Côté nourriture elle est aussi très importante pour la survie. On en revient encore une fois aux rennes, leur viande. Le partage…

L’alcool est un vrai fléau dans ces contrées, elle engendre entre autre la violence.

Par moment, il y a des scènes assez troublantes avec des regards, des phrases mystérieuses et l’idée du retour au sein du clan. Anna va-t-elle survivre ? Va-t-elle pouvoir repartir ? Dans quel état physique et psychologique va-t-elle terminer cette série de mésaventures ? On dirait qu’elle est un insecte pris dans une toile d’araignée. Est-elle là pour remplacer sa mère pour que tout se rééquilibre ? Quand est-il de l’amour ?

L’homme est peu de chose au milieu de ces immensités… Tout peut arriver. Circuler d’un lieu à l’autre prend du temps et demande beaucoup de concentration, la solitude et le danger est permanent, ainsi que le froid et la mort. On en peut compter que sur soi. Tout le monde semble cacher des choses, tout le monde à un rapport avec les autres.

J’ai découvert des informations sur la politique d’assimilation de la Norvège. Comment on a déplacé des enfants sames hors de la communauté. C’est un roman intéressant qui nous montre comment ce peuple est à la croisée de trois pays. Des langues et des législations différentes.

Je remercie Folio de m’avoir permis de  découvrir cet auteur.

Article précédemment publié sur Canalblog

L’enfant qui criait au loup

Gunnar Staalesen

Trad. Alex Fouillet

Folio,n°810, 2016, 480 p., 8,20 €

Mes lectures Folio

4e de couv. :

Avant d’être détective privé, Varg Veum travaillait à la Protection de l’enfance. Trop idéaliste et entier, il avait fini par en être renvoyé. Parmi les enfants qu’il avait essayé d’arracher à un destin déjà écrit figurait Janegutt, dont il s’était occupé à plusieurs reprises. Aujourd’hui devenu adulte et accusé du meurtre de ses parents adoptifs, Janegutt est retranché dans un fjord et ne veut parler qu’à une seule personne : Varg Veum.

 Mon billet :

C’est toujours délicat de parler d’un roman policier à trop déflorer l’histoire ou les mécanismes de narration … je vais faire de mon mieux.

Il y a des choses que l’on sait dès le début. L’histoire débute un peu avant 2000, Varg Veum est en danger et le roman se termine évidement avec la conclusion de cette vengeance.  Cette menace est la conséquence d’événement s qui ont eu lieu dans le passer. On va remonter jusqu’à l’été 70…

On va suivre la vie, ou plutôt la survie de Jan. Ce gamin va changer plusieurs fois de prénom, de foyer. Son existence est jalonnée de morts violentes. Et à chaque croisement de chemin notre narrateur va intervenir. Comme c’est lui qui raconte les faits on a forcément confiance en lui, il est l’enquêteur donc pas le coupable… Mais sait-on jamais il peut bien nous raconter ce qu’il veut ! Bon alors disons que la focale sera son point de vue.

Dès les premiers drames survenus dans la vie de jan on s’interroge sur la santé mentale de l’enfant. Par moment on a un doute sur certains témoignages. Quel est son rôle ? victime ou bourreau ? Il faudra attendre la fin pour avoir les réponses !

Le narrateur est  au départ un agent de la Protection de l’enfance. C’est très important car cela façonne sa personnalité et donc sa façon d’aborder l’enquête. D’abord s’occuper de l’enfant, le mettre à l’abri, l’écouter et le protéger en le mettant dans un environnement adapté. Varg est dans la parole et la négociation. Il a besoin de tous les dossiers,  de tous les points de vue. Il va même dépasser ses prérogatives. Il va tirer tous les fils de l’écheveau et  ne pas se contenter de ce qu’on lui présente qui à dépasser les limites.  La loi et les règles passent après. Le fait qu’il ne soit pas policier dans sa formation va diriger son regard vers le côté psychologique et social. Varg signifie « loup » est notre personnage une fois qu’il a mordu ne lâche plus sa proie.

On va vite se rendre compte qu’une poignée de gens vont graviter autour de Jan et ce n’est pas dû au hasard. L’intrigue devient petit à petit une vraie toile d’araignée avec des connections auxquelles on ne s’attend pas, puisque l’auteur sort de son chapeau tel ou tel événement ancien qui en apparence n’a rien à voir. On ne peut rien en déduire, quoique qu’il y ait des choses qui interpellent le lecteur.  Veum a le chic pour attirer les infos à lui.

L’auteur va égarer son enquêteur et son lecteur en intégrant des histoires de couple, d’amitié, de jalousie, d’égo et de souvenirs de jeunesse… Il va y avoir tout un questionnement sur l’identité et la personnalité de chacun.

Ce que j’ai apprécié dans cette histoire qui se déroule en Norvège, c’est qu’il a des détails sur la topographie, sur les distances et par exemple le temps qu’il faut pour se déplacer. Il y a aussi des précisions sur les accents et ce que signifie être d’ici ou de là-bas. On a même une histoire de 18xx qui s’intègre avec ce qui se passe dans les années  1980…

Ce qui me plait dans les romans policiers qui se déroulent avant les années 2000, c’est tout ce qui concerne la communication. Ici on voit le personnage de l’enquêteur s’arrêter à la première cabine téléphonique venue, depuis son hôtel ou du poste de police. Et bien sûr, il faut qu’il pense à l’heure qu’il appelle pour trouver son interlocuteur.  On verra apparaître le portable dans la partie qui concerne fin 90.

J’ai bien aimé l’aspect psychologique.  Mais comme les récits se rapportent à des événements qui se déroulent sur plus de vingt ans, c’est un peu lent à mon goût. Pour les gens qui aiment s’installer dans une certaine ambiance ce roman est très bien, les rebondissements plus ou moins importants relancent l’intérêt du lecteur.

Je remercie Folio de m’avoir fait découvrir cet auteur norvégien, je pense réitérer l’expérience.

Article précédemment publié sur Canalblog

Piste Noire

Antonio Manzini

Folio, coll. Folio Policier,  fév. 2016, 293 p., 7,10 €

Traduit de l’italien par Samuel  Sfez

Mes lectures Folio

4e de couv. :

Macho, bougon, mal embouché, odieux… tels sont quelques-uns des termes le plus souvent utilisés pour décrire le sous-préfet Rocco Schiavone. Autant dire que, lorsqu’il doit enquêter dans une petite station de sports d’hiver du val d’Aoste, son humeur ne s’améliore guère. Il n’aime pas le froid, ses Clarks résistent mal à la neige et il a les pieds mouillés! Pourtant le cadavre d’un homme écrasé sous une dameuse sur une piste de ski va l’obliger à passer quelques jours à la montagne…

Mon billet :

Le sous-préfet Rocco Schiavonne vit à Aoste. Il y tient à son titre « il n’y a plus de commissaire en Italie » c’est comme un contrepoint car rien ne change vraiment en Italie !

Dans ce premier épisode, on met l’accent sur ses relations désastreuses avec son équipe de bras cassés, de branquignoles…  Il n’est pas tendre avec ses subordonnés notamment « d’Intino et Deruta » sorte de Laurel et Hardy caricaturaux.

Il est depuis quatre mois dans une région qu’il exècre et qu’il ne cherche pas à connaître. Il n’a pas de point de repère ni de relations, il ne cherche pas à s’intégrer comme pour mieux se dire que ce n’est qu’un mauvais moment à passer, que cela ne peux pas durer ! Tout est froid et moche à Aoste, contrairement à Rome. Comme s’il ne voulait pas se poser vraiment et seulement être de passage. Cet écartèlement se retrouve sur plusieurs facettes du personnage.

Tout le monde est bête comme ses pieds. C’est justement cela il a du mal à trouver chaussure à son pied. Il s’obstine à porter ses Clark par tous les temps. Il a un pied encore à Rome et un à Aoste se qui lui donne un aspect écartelé. Les pieds représentent aussi ses racines. Ses collaborateurs non seulement lui cassent les pieds au figuré mais aussi au sens propre. D’Intino lui a fait tomber  un tiroir sur l’ongle de son gros orteil. Du coup il semble avoir le regard constamment rivé à ses pieds.

Dernièrement on me parlait de musique dans les polars, nous avons ici quelques moments où les personnages chantonnent des chansons de la variété italienne, j’ai ainsi découvert Ligabue, ça nous met dans l’ambiance.

Ceux qui me suivent ont remarqué que je m’intéresse aux thématiques que les auteurs développent. Ici bien sûr ici le titre va jouer un rôle dans mon « accroche ». Le mot « piste » qui renvoi à la piste de ski et à l’enquête ne va pas très loin, quand au mot « noir » va jouer son rôle de déclencheur et bien évidemment on va retrouver  cette couleur  associé au tissu, aux vêtements (indissociable du deuil) au ciel, aux yeux, à la peau, aux cheveux, neige, chien… ce fut l’occasion de découvrir le mot « fuligineux » noirâtre comme la suie.

J’ai aussi noté toute une thématique sur la « bouche ». Rocco semble faire une fixette sur la bouche de ses subordonnés, même le mort a quelque chose dans la bouche… on en vient au message et à la différence de langage. De la découle un problème de communication verbale. Sans parler du langage assez cru qu’il emploi. Le bouche à oreille. Confidence et confession.Tout semble lié.

Dans ce roman nous avons tout ce qui tourne autour de Rocco qui reviendra dans les autres romans. Mais, bien sûr il y a l’enquête en cours. Elle nous permet de découvrir un lieu, la Montagne, un microcosme, la station de ski où a eu lieu le drame. On est vite dans une sorte de huis clos.

J’aime bien sa petite manie de voir les gens comme avec un filtre en jouant avec la zoomorphie, chaque visage lui rappelle un animal et ses caractéristiques.

On va aussi découvrir que Rocco n’est pas « clean » du tout et qu’il a sa propre conception de la justice.

C’est le deuxième roman de la série que je lis et je me suis rendu compte que les deux histoires avaient été traduites par deux personnes différentes, mais cela ne se remarque pas.

Maintenant que j’ai lu les deux premiers épisodes me voilà frustrée en attendant la publication d’une autre enquête…

Je remercie Folio pour cette lecture.

Du même auteur :

froid comme la mort

Article précédemment publié sur Canalblog

Le gardien invisible

Dolores Redondo

Trad. Marianne Millon

Folio policier, janv 2015, 528 p., 8,50€

Mes lectures Folio

Prochainement parution chez Folio du deuxième volet : »De chair et d’os »

4 eme de couv. :
Au Pays basque, sur les berges du Baztán, le corps dénudé et meurtri d’une jeune fille est retrouvé, les poils d’un animal éparpillés sur elle. La légende raconte que dans la forêt vit le basajaun, une étrange créature mi-ours, mi-homme… L’inspectrice Amaia Salazar, rompue aux techniques d’investigation les plus modernes, revient dans cette vallée dont elle est originaire pour mener à bien cette enquête qui mêle superstitions ancestrales, meurtres en série et blessures d’enfance.

Ma chronique :

Dans un premier temps j’ai cru qu’on allait avoir une histoire du genre bête du Gévaudan à l’espagnole mais que nenni !

Ce roman est un vrai coup de cœur et j’attends avec impatience la suite de la trilogie pour retrouver l’inspectrice Salazar, son entourage et sa région.

Pour une fois on a une femme policier bien dans son couple et sans problème d’argent ni d’alcool… Oui mais, on découvre très rapidement des failles qui vont avoir des conséquences sur l’enquête. Quelles failles ? Dolores Redondo distille les infos au fur et à mesure que cela devient pertinent pour l’intrigue, je vous laisse donc les découvrir !

Nous avons toute une thématique autour de la famille. L’inspectrice vient d’une famille atypique et avec des particularités que l’on découvre chemin faisant.

Dolores Redondo déploie des thématiques qui convergent vers la femme. L’élément féminin avec toute sa part d’ombre : domination, manipulation, castration, culpabilité et sa part de lumière : sensualité sexualité et tendresse. Une main de fer dans un gant de velours…

Il y a tout un jeu de manipulations qui font douter de certains personnages.

Dolores Redondo nous fait découvrir des aspects de l’Espagne, loin  des cartes postales des villes côtières.

Ici on est dans les terres dans des vallées où le brouillard au sens propre comme au sens figuré masque des choses ou/et modifie la perception. La couverture est très représentative de l’ambiance.

J’ai beaucoup aimé le côté « magie et superstitions » qui viennent brouiller les pistes de Salazar.

Les mots basques qui émaillent le texte nous permettent de nous immerger dans cet environnement.

Le silence et les non-dits sont sources de confusions qui compliquent les relations entre Amaia et ses sœurs.

L’enquête abouti à la découverte du tueur en série, ce qui est tout de même le sujet principal du roman, mais il reste quelques intrigues qui doivent certainement être développés dans les deux autres volets de a trilogie…

Une fois fermé le roman de plus de 500 pages j’ai soufflé, mais les personnages et certaines scènes sont restées en suspend et ont trotté dans ma tête.

Je remercie les éditions Folio pour cette super découverte.

coeur livre

NB : Je veux « De chair et d’Os » dès qu’il sortira chez Folio !

Article précédemment publié sur Canalblog