Étés anglais

La saga des Cazalet. Tome1

Elisabeth Jane Howard

Trad. Anouk Neuhoff

Éditions de la Table Ronde, 12 mars 2020,576 p.,  24 €

Mes Lectures de la Table Ronde

En librairie le 12 mars 2020

étés anglais

4e de couv. :

Juillet 1937. À Home Place, au cœur du Sussex, jardiniers, femmes de chambre et cuisinière sont sur le pont. La Duche orchestre le ballet des domestiques avant l’arrivée de ses trois fils, Hugh, Edward et Rupert Cazalet, en chemin depuis Londres avec épouses, enfants et gouvernantes. Où dormira Clary, adolescente mal dans sa peau en plein conflit avec sa belle-mère? Quelle robe portera Villy, ancienne ballerine désormais mère au foyer? Polly, terrorisée à l’idée qu’une guerre éclate, s’entendra-t-elle avec sa cousine Louise qui rêve de devenir actrice? Rachel, la seule fille de la Duche, trouvera-t-elle un moment pour ouvrir la précieuse lettre de son amie Sid?
Non-dits, chamailleries, profonds chagrins… Aux préoccupations des adultes font écho les inquiétudes des enfants, et à la résilience des femmes, qu’elles soient épouses, fillettes ou domestiques, répond la toute-puissance – ou l’impuissance – des hommes. L’été regorge d’incertitudes mais, sans l’ombre d’un doute, une nouvelle guerre approche : entre pique-niques sur la plage et soirées auprès du gramophone, il faudra inventorier lits de camp et masques à gaz.

Ma chronique :

J’aime beaucoup l’écriture de Elisabeth Jane Howard et l’acuité de son regard sur ses contemporains. En 1937, elle avait à peut près le même âge que les deux gamines qu’on voit évoluer dans se monde qui change. Bien qu’elle n’est commencé à écrire cette saga en 1983 ont ne peut s’empêcher d’imaginer l’écrivaine se plonger dans ses souvenirs.

Lorsque j’ai vu la couverture de ce premier tome j’ai trouvé qu’elle représentait bien cette société de nantis anglais. Je dirais même que le mot vert anglais m’est venu à l’esprit quoiqu’ici il tirerait presque sur le kaki foncé. Vous allez dire que c’est superflu mais avouez que tenir entre les mains un livre agréable à lire c’est un petit instant de plaisir. En effet le livre est souple et malgré le nombre de page il s’ouvre bien.

Elisabeth Jane Howard décrit les couples de la haute société britannique dans le moindre détail.

Dans étés anglais » on découvre cette famille dans l’intimité. Chaque scène ressemble à un tableau qui nous révèle les personnages de l’intérieur de leur tête, de leur demeure (ou entreprise), puis en société. L’idée de ses différents angles de vue donne une certaine richesse au texte.

On retrouve parfois des effets de miroir (image inversée). Par exemple Mrs Cazalet va s’acheter deux robes et repart avec trois car la couturière est bonne commerçante. Et elle a besoin de réconfort, de penser un peu à elle. Une autre scène nous montre Phyllis la femme de chambre qui voulait s’acheter une robe d’été soldée et finit par acheter un coup de tissus, car elle doit faire attention à son maigre budget. On va ainsi avoir le montant annuel de ses gages et le prix des robes que sa maîtresse va s’acheter en une seule fois.

Un autre effet miroir avec les mêmes personnages. Madame en couple qui subit les relations sexuelles de son mari ; Alors que Phyllis 24 ans ne voit son fiancé que quatre fois par an. Ils n’ont pas les moyens de se marier et elle émue lorsqu’il lui passe le bras sur ses épaules au cinéma.

Côté homme on voit le fiancé de Phyllis courtois et droit, alors que le mari de Mrs Cazalet la trompe allègrement.

On retrouve cette dualité dans le récit assez souvent cela crée des comparaisons sur le plan moral et économique.

Polly et Louise sont cousines germaines d’à peu près le même âge à un ou deux ans près. Mais elles ont un vécu différent. Le père de Polly est revenu de la première guerre mondiale blessé et son frère le père de Louise est revenu indemne. Polly elle va acheter des objets pour se constituer une sorte de trousseau petit à petit, alors qu’on va voir Louise s’acheter un poisson rouge… elles n’ont pas la même maturité.

Une fiche détachée reprend tous les personnages, ce qui peut à l’occasion nous remettre les personnages à leur place. Dans l’ensemble il n’y a pas de soucis pour enregistrer chaque personnage car l’écrivaine à su mettre la lumière sur chacun. Cependant c’est un livre qu’il ne faut pas poser trop longtemps.

C’est un roman parfait pour les lecteurs de longues sagas. L’écrivaine va nous raconter dans le détail des scènes qui mettent en avant toute la palette des sentiments humains pas toujours reluisant. On va découvrir qu’à chaque âge il y a des préoccupations différentes, on va suivre les personnages dans leurs petites cachotteries, leurs dénis ou leurs émois.

On va découvrir cette Angleterre qui a encore des stigmates de la première guerre mondiale au sein de ses familles qui essai de ne pas voir arriver la catastrophe… ce premier tome se termine avec la fin de la paix. On vit bien les moments clés de l’Histoire mais vu depuis la sphère familiale.

J’ai pris grand plaisir à me plonger dans ce monde protégé. Je n’en avais jamais entendu parler. Il faut dire que je ne lis pas en VO et comme il n’existait pas de traduction c’était donc difficile, je ne connais pas n’ont plus la série. Parfois dans d’autres histoires on peut avoir une référence à tel ou tel roman, mais là rien.

J’ai bien entendu aimé tout ce qui concernait la condition féminine. Elisabeth Jane Howard n’hésite pas à jouer avec l’ironie sur certains sujets.

J’espère lire le tome 2 cet automne.

Je remercie les Éditions de la Table Ronde de leur confiance.

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NB : je lis depuis quelques mois une série plus légère « son espionne royale » qui se déroule en Angleterre en 1932, et c’est drôle d’entrecroiser certaines informations.

Article précédemment publié sur canalblog