Daddy

Emma Cline

Trad. Jean Esch

Éditions de la Table Ronde, sept 2021, 266 p., 22 €

Mes Lecture de la Table Ronde

Rentrée littéraire 2021

4e de couv. :

Une jeune fille devient la cible de la presse à scandale après avoir été la nounou du fils d’une célébrité. Une adolescente séjourne chez son amie, dans le ranch d’une communauté hippie, et découvre la perversité des premiers jeux sexuels. Un rédacteur en chef lâché par tout son réseau de relations et par sa fiancée tente de devenir le prête-plume d’un self-made-man. Une trentenaire se fait passer pour une ado sur des sites de rencontre. Un père se demande quelle image ont aujourd’hui de lui ses enfants, venus fêter Noël en famille. Un autre, alerté d’un incident dans l’école de son fils, a rendez-vous avec le directeur de l’établissement. Un scénariste divorcé retrouve chez elle sa petite amie dont les addictions cachent un profond mal-être. Un jeune homme qui vit et travaille dans la ferme de son beau-frère se demande quel futur les attend ici, lui, sa femme et leur enfant à naître.
Autant de nouvelles que de décors balayés du regard incisif d’Emma Cline, qui éclaire au passage, d’un rai de lumière implacable, la perversité larvée en chacun de ses personnages, en même temps que leur immense vulnérabilité.

Mes impressions de lecture :

La rentrée littéraire ce ne sont pas que des roman , il y a aussi des nouvelles.

Je vous ai déjà parlé de cette écrivaine et son roman «  Harvey » dans lequel on se retrouve dans la peau d’un producteur de cinéma accusé de « harcèlement sexuel ».

Ne vous laissez pas attendrir par la couleur « rose  » de la couverture. Cet intérieur de voiture n’inspire pas la douceur…

« Daddy » est un recueil de dix nouvelles avec des points communs. Je vous ai déjà parlé de l’une d’elle « Los Angeles » qui  m’a marqué et que j’ai relu en connaissant la fin ce qui n’a pas empêché que j’ai eu une réaction semblable.

Je ne vais pas détailler chaque nouvelle mais vous parler de ce qui ressort de ma lecture. Au bout de trois nouvelles j’ai pensé « il y a quelque chose de pourri dans ce royaume ». Ce recueil a des fils rouges qui créent l’univers littéraire de Emma Cline.

Emma Cline nous parle de l’Amérique d’aujourd’hui, du côté de la côte Ouest et du mirage autour de Hollywood. Des gens riches (ou qui l’on été) et dépravés. Tout semble corrompu dans les relations entre les gens. L’alcool, la drogue et le sexe… Elle joue avec des variantes. Quand je dis qu’elle parle du présent c’est parce qu’elle met en avant les réseaux traditionnel et les réseaux internet. Cela touche le monde du travail scénaristes etc… mais elle n’est pas tendre avec la famille et pointe le doigts sur des relations dysfonctionnelles.

Souvent à la fin des nouvelles d’Emma Cline le personnage principal semble avoir raté le coche. Il y a un aspect désenchanté. La morale n’est pas vraiment sauve à la fin elle ne fait pas dans le happy end. Les pires salauds sont traités comme des perdants et des moins que rien. Il y a des femmes qui ne valent guère mieux, on n’est pas dans le manichéisme homme mauvais et femme victime.

Elle a un langage soutenu mais en même temps elle est direct dans ce qu’elle décrit avec parfois des ellipses.

Chaque nouvelle est très visuelle.

Je remercie les éditions de la Table Ronde de leur confiance.

Je vous souhaite une bonne lecture.

Harvey

Emma Cline

Trad. Jean Esch

Éditions de la Table Ronde, Quai Voltaire, 6 mai 2021, 106 p., 14 €

Mes lectures de la Table Ronde

4e de couv. :

Harvey a mal partout. Le bracelet électronique n’arrange rien, il a les chevilles fragiles et craint de chuter dans l’escalier tapissé de la villa qu’on lui a prêtée. Demain c’en sera fini, il sera disculpé de tout ce qu’on lui a mis sur le dos dans le seul but de lui nuire. Dès demain il pourra se lancer dans de nouveaux projets. Entre deux coups de fil à ses avocats, avec lesquels il s’efforce d’être patient, il aperçoit Don DeLillo dans le jardin voisin. Adapter son chef-d’œuvre, Bruit de fond, au cinéma. Voilà. C’est LE moment de faire ce film, braille-t-il au téléphone en attendant l’arrivée d’un médecin qui lui fera une perfusion, une nouvelle thérapie, à la pointe. Devant le miroir, Harvey songe qu’il doit se faire blanchir les dents. Il demandera à son assistante de lui prendre rendez-vous, et de lui trouver un restau où emmener DeLillo. Ah, et sa fille Kristin vient dîner ce soir avec Ruby, sa petite-fille. Tout le monde semble penser qu’il joue sa vie, demain. Il ne voit pourtant pas de raison de s’inquiéter, surtout quand il lit les commentaires de soutien sur internet – il y en a –, surtout après la perfusion qui le fait dériver dans l’espace.
Il a tout le temps devant lui.

Mes impressions de lecture :

Ce roman court est aussi percutant que la nouvelle d’ Emma Cline « Los Angeles » que j’ai lue il y a quelques mois.

Elle traite un sujet dérangeant en ce mettant du côté du « méchant ». De plus il est le reflet d’une réalité actuelle. Le fait que cela touche les femmes a peut-être aussi contribué à me mettre mal à l’aise. Ce qui en soit n’est pas un négatif puisqu’elle cela signifie que le lecteur est au plus près de ce qui est raconté.

On découvre Harvey, ce producteur de cinéma accusé d’abus de pouvoir sur des femmes. Emma Cline est assez vague sur les charges exactes retenues contre lui, puisqu’on est  auprès d’un homme en phase de dénie qui a le sentiment qu’on veut lui faire porter le chapeau. Au début on ne sait pas trop quoi en penser a-t-il raison ? Il est même optimiste que l’issue du procès. Le lecteur bien sûr fait le lien avec des affaires tristement célèbres autour du #meetoo.

Au fur et à mesure que dans son dénie il se raconte on se fait sa propre opinion. Nous avons donc l’homme avec son corps souffrant d’une part, sa colonne vertébrale qui est abîmée, symboliquement très fort. Il nous donne l’image d’un homme à terre que l’on piétine. C’est comme si on tirait sur une ambulance. 

Le personnage n’est pas sympathique, on le découvre calculateur. Il sait qu’il doit jouer un rôle pour donner une image positive de lui, mais le naturel revient vite au galop. Le pouvoir et les drogues créent chez lui  une vision de son « génie » qui fausse la réalité dans son esprit. Il va jusqu’à faire des projets professionnels, il est vraiment dans sa bulle.

On a à côté de ce corps et de cet esprit dérangé tout l’aspect logistique. On a des détails sur cette maison qu’on lui a prêté, le confort, la sécurité, l’intimité préservée. Tout n’est que luxe dans les moindres détails, ce qui ne contribue pas à le rendre plus humain et aimable.

Le rapport à sa famille est aussi perverti que les autres relations. L’utilisation de certains mots donne bien l’image d’une créature visqueuse et répugnante.

Emma Cline est lucide, elle n’est pas dans le jugement mais laisse bien en évidence tous les éléments qui vont conduire le lecteur  et son protagoniste vers une seule conclusion. Tout à coup il réalise ce qu’il va lui arriver.

Tout au long le lecteur se demande : Aura-t-il des remords ? Fera t-il son mea Culpa ? Y aura-t-il une certaine rédemption possible ?

Une nouvelle fois cette histoire d’Emma Cline est comme un coup de poing qui laisse le lecteur sans souffle.

Je remercie les Éditions de la Table Ronde de leur confiance.

Qui en parle ?

Pamolico

Maeve

Los Angeles

Emma Cline

Trad. Jean Esch

Éditions de la Table Ronde, 10 oct. 2019, 48 p., 5€

Mes lectures La Table Ronde

los angeles

4e de couv :

Alice rêve d’être actrice, comme la moitié des filles de Los Angeles. Elle occupe une chambre sordide qu’elle paie en vendant des vêtements de mauvaise qualité pour une marque de prêt-à-porter. Lorsque sa mère cesse de financer ses cours de théâtre, Alice panique. Elle se souvient que sa jeune collègue, Oona, lui a parlé en riant des types qu’elle rencontre sur internet et à qui elle vend ses petites culottes. Ce qui avait profondément choqué Alice devient une possibilité, supportable, inoffensive. Après tout, que pourrait-il lui arriver?
La nouvelle d’Emma Cline envoûte et saisit par sa précision tranchante et sa singulière perspicacité. Los Angeles est le portrait indélébile d’une ville mythifiée qui dévore les rêves des filles, les abandonnant abimées, désenchantées et éperdument seules.

Ma Chronique :

Je n’ai pas osé lire « Girls » publié chez les Éditions de la Table Ronde, son précédent roman, et sorti récemment en poche. J’avais un à priori sur le sujet et la façon de le traiter.  Ce qui ne veut pas dire qu’un jour ou l’autre je serai prête à sortir de sa zone de confort … Lorsqu’on m’a proposé cette nouvelle, je n’ai pas hésité, le format court est une approche différente. Le risque est plus calculé.

Je voulais découvrir l’écriture d’ Emma Cline car il y a des lecteurs qui sont très enthousiastes. Une fois la nouvelle terminée j’ai eu envie de continuer à suivre Alice… d’autant quelle s’arrête sur un cliffhanger.

Los Angeles, et dire que cela veut dire les Anges, ville des tentations, de tous les pêchés, des apparences, des corps qui s’exhibent qui se « vendent » sur papier glacé et autres supports, ainsi que dans les salles de projection. La Californie, lieu où on a le culte du corps. Corps que l’on façonne, transforme pour entretenir l’illusion.

En 40 pages on va avoir une vue panoramique de l’utilisation du corps. Qu’il soit corseté dans des vêtements trop petits pour le travail et afficher, ou lâché pour une sexualité exacerbée.

Que reste t-il des ces jeunes filles qui rêvent ?

L’écriture sans filtre d’Emma Cline transmet le ressenti d’Alice… Une voix actuelle à suivre.

La charte graphique de cette collection est originale dans les teintes employées. Elle met bien en avant un des aspects de la nouvelle, entre plage et parking !

Je remercie les Éditions de la Table Ronde de leur confiance.

NB : Un des aspects de cette lecture fait écho à une de mes précédente lecture « coup de vieux ». Alors que ces deux histoires n’ont pas grand chose en commun, encore une coïncidence comme je les aime !

RL19

Qui en parle ?

Maeve

Article précédemment publié sur Canalblog