Un éléphant, ça danse énormément

Arto Paasilinna

Trad du finnois : Anne Colin du Terrail

Éditions Denoël, fév 2018, 273 p., 20,90 €

Mes lectures Denoël

4e de  couv. :

Emilia est un prodige des arts forains. Belle éléphante de trois ou quatre tonnes, elle maîtrise mille acrobaties et danse la troïka et le gopak à la perfection. Son spectacle ravit aussi bien les spectateurs de son cirque que les passants dans les gares ou les passagers du Transsibérien. Mais les lois se durcissent en matière de spectacle animalier, et Emilia, en sa qualité d’éléphante, se retrouve brutalement au chômage…
Lucia, sa dompteuse, ne peut se résoudre à abandonner son acolyte pachydermique, et c’est ainsi que démarre leur improbable périple, de ferme en ferme dans les forêts de Finlande, jusqu’à un cargo en partance pour l’Afrique. Petit à petit, les personnages les plus farfelus se pressent autour de l’adorable bête, chacun portant secours à ce pachyderme rempli de tendresse qui partout où il passe sème l’enchantement et la zizanie. Entre deux amourettes, Lucia et Emilia s’embarquent dans des dizaines de mésaventures plus insolites les unes que les autres…

Mon billet :

J’ai dévoré ce roman de Arto Paasilinna car c’est un auteur qui sait nous entrainer vers des rencontres incroyables. Alors que je réfléchissais à ce que j’allais écrire un cirque est venu s’installer dans mon village. Et j’ai remarqué que quelqu’un avait posé une affiche par-dessus celle du cirque avec un message contre les animaux dans les cirques. Puis, le 3 avril un éléphant est mort dans le camion qui le transportait et qui s’est renversé. C’est trouvé cela triste. Il y a parfois des coïncidences.

Arto Paasilinna, ouvre le débat sur ce sujet. C’est bien beau d’interdire d’employer les animaux sauvages dans des spectacles. Mais que faire des animaux nés en captivités qui n’ont jamais foulé la terre de leurs ancêtres ? Je ne connaissais pas cette directive européenne qui avait touché les pays nordiques (je n’ai pas vérifié). Pourquoi le reste de l’Europe n’est pas touchée ? Arto Paasilinna nous montre la logique administrative qui préfère un animal abattu qu’un animal dans un parc.

On va suivre le périple d’Emilia à travers la Russie en pleine mutation des années 80. Là-bas, Emilia et Lucia vont pouvoir se produire sur les places des villages, les quais de gare… Lucia va pouvoir affréter un wagon aux bonnes dimensions. C’était très intéressant de voir les changements dans l’évolution d’Emilia et du pays.

On découvre toute la logistique nécessaire pour se déplacer, la nourrir, la laver etc. Lucia ne vit guère mieux que son animal Lucia est en quête d’une solution pour trouver un moyen de permettre de faire vivre Emilia.

Elles vont changer la vie de certaines personnes qui croiseront leur route.

On a un bon roman de Arto Paasilinna où il allie revendication sociales tout en faisant passer son message à travers des scènes loufoques voire absurdes. Derrière les sourires et les  rires on retrouve une certaine mélancolie. Un peu comme dans les représentations, il y a la scène et les coulisses. Cela vaut pour Lucia et Emilia, mais aussi pour ses habitants de zones rurales coupés du monde. Il  y aura des moments d’abattement, des moments tendres, beaucoup d’émotion, puis avec une pirouette on redonne de l’espoir.

Arto Paasilinna dénonce les ravages des aides sociales et autres subventions qui sont détournées de leur fonction première. On va croiser des  êtres à la dérive : surendettés,  alcooliques, isolés et violence. Même la religion y passe.

Ce qui m’a plu, c’est de voir que certains ont besoin d’une cause à défendre pour redonner un sens à leur vie. On va découvrir comment des gens qui vivent dans le même secteur sans se connaître vont tisser des liens.

Ce roman c’est un voyage dans une région de Finlande. Arto Paasilinna donne envie de découvrir ces lacs, ces forêts, ces traditions qui font l’histoire de cette région.

Les jours passent, les semaines, les mois et les années, Emilia devient adulte et son appétit grandit en même temps. Elle prend de plus en plus de place dans la vie de Lucia et des gens qui l’approchent. La vie des humains semble se déployer, elle leur ouvre de nouveaux horizons. Toute une communauté va se créer petit à petit.  J’ai adoré voir l’ingéniosité des participants. Tous ont, qui un ami, qui un membre de la famille qui va prendre en charge une partie du problème.

Lucia à l’art d’entrer en contact avec les gens. Elle ne juge pas, elle prend les choses comme elles arrivent et les gens  tels qu’ils sont. Chacun essai de trouver sa voie pour vivre en harmonie avec lui-même. Certains n’y arriveront pas.

Dans l’épilogue l’auteur explique ce qui est  l’origine de cette histoire.

Je garde de cette lecture des scènes parfois surréalistes comme c’est les écrire Arto Paasilinna.

Je remercie les Éditions Denoël pour cette belle lecture.

NB : encore une de mes lectures me transporte dans les années 80… ce n’est pourtant pas le critère pour choisir mes lectures !

Article précédemment publié sur Canalblog

De l’eau pour les éléphants

Sarah Gruen

Éditions Albin Michel, 2007, 403 p.

Club AUF

Le film sort au mois de mai (bande annonce) mais il me semble qu’il n’y a que la partie du passé qui a été pris en compte.

4 e de couv : Ce roman pas comme les autres a une histoire exceptionnelle : en quelques mois, il a fait d’une inconnue un véritable phénomène d’édition, le coup de cœur de l’Amérique. Durant la Grande Dépression, dans les années 30, les trains des petits cirques ambulants sillonnent l’Amérique. Jacob Jankowski, orphelin sans le sou, saute à bord de celui des frères Benzini et de leur  » plus grand spectacle du monde « . Embauché comme soigneur, il va découvrir l’envers sordide du décor où tous, hommes et bêtes, sont pareillement exploités, maltraités. Sara Gruen fait revivre avec un incroyable talent cet univers de paillettes et de misère qui unit Jacob, Marlène la belle écuyère, et Rosie, l’éléphante que nul jusqu’alors n’a pu dresser, dans un improbable trio. Plus qu’un simple roman sur le cirque, De l’eau pour les Éléphants est l’histoire bouleversante de deux êtres perdus dans un monde dur et violent où l’amour est un luxe que peu peuvent s’offrir.

Mes impressions de lecture :

J’ai eu envie de lire ce roman par le bouche à oreille, ou plutôt par les commentaires des copines du net. D’ailleurs pas moyen de retrouver leur chronique… 

Roman très documenté sur le cirque. Les photos qui illustrent le livre sont très pertinentes, mais c’est dommage qu’il n’y ai pas de légende. On est dans l’Amérique de la prohibition où on met des produits nocifs dans l’alcool frelaté pour le rendre impropre à la consommation et ceux qui transgressent la règle meurent empoisonnés. Nous sommes dans l’Amérique d’après 1929, la crise touche tous les milieux. Des hommes se retrouvent sur le bord de la route dans tous les sens du terme. On y voit aussi l’hypocrisie par rapport à la prostitution.

J’ai beaucoup aimé le parallèle entre le le vieil homme du présent et le jeune homme du passé. L’homme en construction et l’autre en déconstruction. On fait aussi un parallèle entre le jeune homme aspiré par le groupe qui perd son individualité qui doit suivre les codes de son groupe social et le vieil homme perdu dans sa maison de retraite qui doit aussi suivre les normes de son groupe … par exemple : dans un cas il doit manger à une certaine place pour tenir son rang, dans l’autre il doit être à la table qu’on doit lui assigner. Dans les deux cas des représailles pourraient avoir lieu.

A tout à âge il faut s’imposer pour « le respect » de ses choix. L’affrontement et souvent inévitable. Le prix à payer est parfois dur.

La chute est excellente, une belle pirouette à la vie.

Je vous laisse découvrir cette belle lecture, très fluide et qui vous embarque dans le monde du voyage.

Citation :

Chapitre 1 :

« On se met à oublier des mots : ils sont sur le bout de la langue – le hic c’est qu’ils y restent ! on va chercher quelque chose, et en cours de route, on ne se rappelle pas quoi ».

je ne suis pas âgée mais ça m’arrive et c’est agaçant !

A bientôt