Le Cerbère blanc

Pierre Raufast

Éditions Stock, coll. Arpèges, mars 2020, 285 p., 19 €

4e de couv. :
Choyé par les siens, Mathieu vit une enfance idyllique dans la vallée de Chantebrie. Mais tout bascule le jour où il perd ses parents dans un accident tragique. C’est décidé, il consacrera sa vie à défier la mort. Il quitte sa vallée et Amandine, sa fiancée, pour suivre des études de médecine à Paris. Là, il travaillera pour un taxidermiste dont la plus belle pièce est un mystérieux cerbère blanc… Mais peut-on vraiment oublier son passé ?
Tiraillé par ses démons, ses regrets et son ambition, Mathieu ira d’aventure en aventure jusqu’à ce lieu ultime, interdit, duquel il reviendra transformé.

Mes impressions de lecture :

À chaque nouveau roman de Pierre Raufast on s’attend à des surprises, cette fois-ci ne fait pas exception. Cependant, il y a des éléments qu’on a plaisir à retrouver… des clins d’œil à ses autres romans ou (maintenant j’en repère certains) à ceux d’autres auteurs. C’est très drôle ce petit jeu de texte subliminal.

J’aime beaucoup les petites touches « scientifique »  ou « mathématiques ». Ici on aura droit entre autre aux théories des cordes ou à un peu de physique quantique. Voilà qui expliquerait bien des choses …

On retrouve dans la structure narrative la notion de temps. On a par moment une chronologie linéaire, avec quelques souvenirs ou résumés de vie, il faut parfois plusieurs chapitres pour parler de quelques semaines et d’un coup dans un chapitre les années s’écoulent et on retrouve l’autre narrateur qui va vivre les choses à un autre rythme, cela m’a fait penser à un élastique tantôt souple tantôt tendu à fond.

Si je vous dis qu’il a de l’humour vous allez croire que c’est une comédie, si je vous dis qu’il y a des drames que c’est une tragédie, si je vous dit qu’il est question de passion et d’amour vous allez croire que c’est une romance, si je vous dit qu’il est question d’argent que c’est un roman financier et si je vous dit qu’il y a la vallée vs le reste du monde vous aller croire que du chauvinisme rural… Mais en fait c’est tout cela et bien plus. Un peu comme dans la vie il y a toutes sortes de sentiments qui nous font vibrer.

C’est étrange en ce moment le thème de la vallée coupée de tout avec ses règles et ses qu’en dira-t-on j’ai le chic pour y tomber dessus. Cela renvoi à l’idée de frontière, d’île… soi et l’autre… rester ou partir… prisonnier ou libre…

L’idée de frontière est aussi présente dans l’idée de réalité cartésienne et la petite touche de fantastique (?) de réalisme magique?

« Le Cerbère blanc » va nous faire vivre deux parcours de vie à travers deux voix, il n’y a pas forcément d’alternance. Un personnage développe une partie de l’intrigue, le texte à la première personne nous fait vivre qu’un seul regard. Le féminin et le masculin, Mathieu et Amandine…

J’aime bien les arrangements avec la justice que nous propose à chaque fois Pierre Raufast. Ahahah !

Les personnages sont très attachants même si parfois ils sont agaçants. Pierre Raufast n’est pas tendres avec eux et il ne nous les montres pas toujours sous leur meilleur profil, comme des humains me direz-vous…

Ce que j’ai beaucoup aimé aussi dans ce roman ce sont les références à la mythologie greco-romaine, à commencer par le titre ! C’était très intéressant cette histoire de « cerbère blanc », plusieurs explications sont données en fonction de la personne ou du moment de la narration.

C’est dommage que ce roman soit sorti pratiquement au moment du premier confinement, en même temps qui aurait pu prévoir ? C’est un excellent roman qui mérite qu’on s’y intéresse de près car il y a plusieurs niveaux de lecture.

Je ne vais pas dire que c’est le  « roman de la maturité » car j’attends avec impatience la sortie la semaine prochaine de son nouveau roman, « Les embrouillamis » chez Aux Forges de Vulcain, qui va encore nous embarquer dans des aventures étranges ? Affaire à suivre … il faudra que j’ai le temps d’aller à la librairie… et que je le lise… et que j’écrive ma chronique…

Sur ce blog vous pourrez lire les chroniques de :

La Fractale des Raviolis

La variante Chilienne

La baleine Thébaïde

Prochain roman de Pierre Raufast (que je n’ai pas encore)

Les embrouillaminis

4e de couv. :
L’auteur de ce roman est né sous le signe de la Balance : il est incapable de choisir sa confiture au petit-déjeuner ni même le destin des héros de ses romans.
Est-ce que Lorenzo part au Mexique rejoindre une équipe d’effaroucheurs, disciples des dieux aztèques ? Ou alors, est-ce que Lorenzo reste dans la vallée de Chantebrie et devient cambrioleur par amour ?
José-Luis Borges parle d’une bibliothèque infinie dans laquelle se trouveraient toutes les histoires du monde. L’auteur de ce roman remercie l’écrivain argentin pour l’avoir invité dans ce lieu où l’indécision est heureuse.

Une saison à longbourn

Jo Baker

Trad. : Sophie Hana

Stock, La cosmopolite, avril 2014, 396 p., 21,50€

Lecture Libfly / Stock

longbourn

4 e de couv :

Nous sommes au xixe siècle, au coeur du Hertfordshire. Sur le domaine de Longbourn vit la respectable famille Bennet, constituée de Mr et de Mrs Bennet et de leurs vénérables filles, en âge de se marier. Hélas, point de garçon dans la lignée : Mr Collins, un cousin, deviendra l’héritier légitime du domaine. Ce qui n’est pas sans inquiéter les domestiques qui veillent sur leurs maîtres sans répit. Matin et soir, ils astiquent, frottent, remplissent, vident, pétrissent et vivent au rythme des exigences et des aventures de leurs bien-aimés patrons. Mrs Hill, l’intendante, règne sur l’organisation de la maison et orchestre la petite troupe d’une main de fer : son époux Mr Hill, la juvénile Polly qui aime les sucreries plus que de raison, Sarah, une jeune idéaliste qui rêve de s’extraire de sa condition et surtout d’aventures, et enfin, le dernier arrivé, James, un valet un brin lunaire, ancien soldat de surcroît. À mesure qu’Elizabeth, se laisse aller à rêver à un mariage avec le beau Mr Darcy, on assiste, un étage plus bas, à la naissance d’une idylle entre Sarah et James. Mais une histoire d’amour peut en cacher une autre, et qui sait quel secret enfoui risque de ressurgir…

Ma chronique :

Lorsque j’ai choisi ce roman j’avais lu plusieurs fois « Orgueil et préjugé » (1813) et vu au moins deux adaptations cinématographiques. Mais je pense que sans connaître l’œuvre de Jane Austen, on peut lire ce roman dérivé. Par contre pour les fans entendre parler des Bennet c’est très amusant.
Les chapitres portent un incipit qui nous positionne dans l’histoire de Jane Austen.
Sarah est servante dans la maison des Bennet, c’est une jeune fille qui va connaître ses premiers émois et prendre conscience de ce que sa condition sociale lui permet comme avenir.
James un mystérieux valet fait son entrée dans ce petit monde clos à une époque où les hommes valides sont enrôlés dans les guerres napoléoniennes. Il a un regard sur la société et les gens qui l’entourent qui laisse supposer qu’il n’est pas un simple quidam. Son arrivée crée des tensions entre la gouvernante et le maître de maison, mais aussi entre Sarah et lui. On présume qu’une histoire d’amour va voir le jour entre les deux célibataires… mais arrive un autre homme, le valet mulâtre de la maison Bingley. L’affaire se corse. Si l’on se contente de cette partie on pourrait croire que c’est une romance, mais il y a des sujets de fonds qui sont abordés même si Jo Baker ne fait que les effleurer.
Avec l’arrivé de cet homme de couleur on a le thème de l’esclavage qui est abordé. Les domestiques ne sont pas des esclaves mais ils ne sont pas libres de faire ce qu’ils veulent de leur vie. Il y a une certaine perversité dans cette situation.
D’autres thèmes sont abordés comme celui de la maternité et de la famille. Les domestiques semblent vivre certaines choses par procuration, Mrs Hill parle des filles Bennet comme si c’était ses filles. Mrs Bennet avec son tact légendaire met le doigt sur un sujet sensible, l’absence de descendance de Mrs Hill.
Le thème de l’homosexualité n’est pas non plus un sujet abordé par Jane Austen, Jo Baker explore des sujets laissés de côté par l’auteure du début du XIX e siècle (1775-1817).
C’est très étrange et amusant de voir en filigrane se dérouler les événements du roman de Jane Austen. Roman qui montrait combien les jeunes filles de bonne famille n’avaient pas un sort toujours enviable. Les filles Bennet ne pouvaient pas hériter de leur père donc si elles ne faisaient pas un bon mariage de son vivant elles auraient été dans une position délicate. Quand à Jo Baker, elle nous montre que cet héritage les touche aussi car ils sont à la merci de l’héritier dont le choix de l’épouse n’est pas anodin.
Une rupture dans le récit nous éloigne du domaine de l’histoire de base. Jo Baker prend son envol. Un petit flash back nous permet de découvrir le secret de James et d’autres qui y sont liés. On va plonger dans les horreurs des guerres napoléoniennes. Cette partie était très intéressante mais la rupture dans la trame m’a un peu dérangé. Sans parler d’une partie du secret qui bien que plausible m’a déplu.
La fin m’a réconcilié avec le plaisir que j’ai pris à lire cette histoire.
J’ai trouvé le travail littéraire très intéressant et bien mené.
Merci Libfly et Stock pour ce partenariat.

libfly
stock
100 livres 2014

Article précédemment publié sur Canalblog