Maudit printemps

Antonio Manzini

Traduit de l’italien par Samuel Sfez

Éditions Denoël, mai 2017, 292 p., 20,90 €

Mes lectures Denoël

4e de couv. :

Chiara Breguet, héritière d’une riche famille d’industriels du Val d’Aoste, étudiante brillante admirée de ses pairs, n’a plus donné de ses nouvelles depuis plusieurs jours. Persuadé que cette disparition est inquiétante, Rocco Schiavone se lance dans une course contre la montre pour sauver la jeune femme et découvrir ce que dissimule la façade impeccable de ce milieu nanti. Pendant ce temps, la neige tombe sur Aoste en plein mois de mai, et cette météo détraquée ne fait qu’exacerber la mauvaise humeur légendaire de Rocco.

Mon Billet :

Il y a des livres que vous dévorez et ensuite vous devez  attendre le prochain épisode. C’est ce qui fait le charme des romans policiers avec un enquêteur attitré.

L’intérêt de la lecture de ce type de roman, réside dans l’enquête et sa résolution ainsi que dans l’intrigue personnelle des personnages récurrents. Cependant,  ce n’est pas  gênant de lire ce roman avant les autres, l’auteur distille suffisamment d’éléments sur les spécificités de la série.

On apprend très vite les manies et réactions de Rocco. J’aime bien ces petits trucs qu’on attend dans la mesure où on donne un sens symbolique qui forge l’identité du personnage.

On voit si le personnage a évolué ou si certains actes sont devenus une part de lui-même. Il y a aussi une part comique dans les choses qui pourraient à première vue puéril, comme ses obsessions à ne se chausser que de chaussures, des Clark inadaptées à sa nouvelle région. il pleut s’en cesse et vous attendais le moment où il va mettre les pieds dans une flaque et où il devra battre le pavé sous la pluie et la neige détruisant ses chaussures de peau s’en suivent des scènes de mauvaises humeur, de colère, de tristesse voir de douleur physique. Un romain à Aoste qui ne veut pas s’adapter ou qui s’auto-puni au choix… Puis, il y a la quête d’une nouvelle paire pratiquement introuvable et le soulagement lorsque ses pieds blessés (maltraités) chassent les nouvelles Clark taille 44. Ces différentes étapes accompagnent l’enquête et influencent les relations  avec les autres. Ces collaborateurs ont  vite compris qu’elles servent de baromètre dans les réactions de leur chef. Ils tiennent les comptes depuis l’arrivée du sous-préfet neuf mois plus tôt.

Il a un rapport aux femmes très conflictuel. Elles essaient  de le retenir et lui fait tout pour pourrir les situations. Il ne veut pas ou ne peux plus aimer une femme car il n’a pas fait le deuil de Marina dont il retient une sorte de fantôme qui  fait partie de sa vie. Voilà un deuxième exemple d’automutilation le corps (chaussures) et le cœur (Marina). Bien sûr il y a toujours une femme qui s’accroche à lui et cela crée des étincelles dans ses relations conflictuelles.

On pourrait ajouter la cigarette et le cannabis. Encore deux autodestructions qui influent sur ses rapports aux autres. Il fume des Camel et continue à prendre les cigarettes de ses collaborateurs qui fument d’autres marques. Avec le cannabis, on rit de le voir se cacher pour fumer dans son bureau avec la fenêtre ouverte… personne n’est dupe. Cet élément fait partie de son aspect borderline. Il franchit parfois la frontière de la légalité, il s’arrange avec les lois. Il crochète les serrures, casse les vitres,  toujours pour une bonne raison, mais ces actes répréhensibles pourraient porter préjudice dans les enquêtes. Le juge Baldi essaie de rattraper autant que possible ses incartades. Mais heureusement il ne les connait pas toutes.

Je ne vais pas vous dévoiler tous les petites manies, défauts et qualités de Rocco. Rocco le cynique, le sadique, le robin des bois, jaloux et incontrôlable mais fidèle en amitié.  Tout semble se liguer contre lui…

C’est la troisième enquête qu’Antonio Manzini publie. Chaque roman a en dehors des spécificités (dont je viens de vous en énumérer certaines) une trame particulière. Il y a le côté polar avec la description d’une certaine société italienne. On y voit les bas fonds, les malfrats, petites frappes, petites gens dans la détresse, les sans papiers… mais aussi les notables, entrepreneurs, banquiers et notaires, hauts fonctionnaires… La corruption, les petits arrangements…

Ce qui m’a beaucoup plu dans ce roman, ce sont les enquêtes qui viennent s’insérer dans la narration, sans que Rocco soit au courant.  Nous avons donc tout ce quotidien avec les embrouilles « amoureuses », les problèmes de gestion du personnel, une enquête sur un accident avec une camionnette portant une fausse plaque alors que le propriétaire est au volant. Nous avons un texte en italique, la voix d’une jeune fille de 19 ans qui a été enlevée ligotée et abandonnée. Et personne qui semble la chercher. Ce texte en italique joue avec le registre de l’angoisse et de l’émotion. On la voit se battre, essayer de comprendre ce qui lui arrivé et où elle se trouve, mais la déshydratation et la panique font aussi qu’elle souffre et perd conscience…. Va-t-elle mourir ? Il attendre une soixantaine de pages pour voir arriver des informations extérieures.

Les deux enquêtes vont soulever d’autres interrogations. Là, on a l’Italie  dans toutes ses diversités qui s’invite. La place de la famille, la tradition, les règlements de compte, la corruption, la passion latine, clandestins …

Je ne vais pas vous en dire plus sur les enquêtes pour vous laisser la surprise…

Juste un mot pour dire que jusqu’à la fin, il y a de l’émotion et du danger… Cette terrible fin ouvre la porte à un prochain épisode et laisse le lecteur dans l’attente de la prochaine publication.

A chaque nouvel épisode je trouve que les histoires s’intensifient. Antonio Manzini tisse une toile au motif  de plus en plus complexe.

Je remercie les Éditions Denoël pour leur confiance.

Article précédemment publié sur Canalblog

Une amie très chère

Anton Disclafani

Trad. de l’américain par Pierre Ménard

Éditions Denoël, avril 2017, 440 p.

Mes lectures Denoël

Texas, années 50. Les frasques innombrables de Joan Fortier, grande, blonde et riche, défraient la chronique. Tous les hommes la désirent et toutes les femmes rêvent de lui ressembler. Mais derrière le vernis du physique parfait et de la vie idéale se cache en réalité une personnalité complexe et tourmentée. La seule personne à avoir compris cela est Cece Buchanan, sa meilleure amie. Dévouée à Joan depuis leur plus tendre enfance, liée à elle par un inavouable secret, Cece lui tient lieu autant de chaperon que de complice, acceptant de couvrir toutes ses excentricités. Au point de mettre en danger son propre mariage.

Mon Billet :

J’ai lu ce roman avec une curiosité grandissante. Où allait nous mener cette histoire ? Quel était le propos de ce roman ?  J’ai même cru qu’on allait vers un roman noir, voire un fait divers tant une ambiance devenait délétère… Au moment d’écrire ma chronique, je ne sais pas vraiment répondre à mes interrogations d’où ce petit laps de réflexion …

Ce roman se base au Texas à Houston 1950-1958, on y croise même des personnalités réelles. On est dans un quartier huppé « River Oak » où vivent des magnats du pétrole et des dirigeants d’entreprise.

Ce microcosme de gens aisés ou richissimes vit en vase clos avec des règles et ses valeurs. Ce roman traite surtout du côté féminin. L’homme est lié à l’argent, au travail, à la vie sociale et aux mondanités. Sa place en tant que père est assez réduite.

La sexualité est liée au monde de la nuit… l’alcool, le tabac, la violence sont aussi régis par des codes.

Tout  est codifié. Le mari travaille, la femme est  à la maison et les employés de maison s’occupent du quotidien et des enfants. De ses employés de maison on ne connaîtra que très peu de chose de leur vie privée.

Les filles vont à l’école pour se préparer à assurer leur rôle public. A la fin de leurs études, le bal des débutantes va les conduire vers leur rôle de parfaites épouses, de parfaites mères qui garantirons que les traditions se perpétuent. Tout est écrit à l’avance. Fini les frasques de cette « jet set » de l’époque. Il faut rentrer dans le rang.

Les amies ne viennent pas d’ailleurs. Celles qui font un mariage hors de ce cercle  sont presque considérées comme des bannies. C’est presque un soulagement de les voir revenir après un divorce, mais elles auront droit à une certaine condescendance en fonction de la fortune familiale !

Dans ce groupe d’amies, il y a une richissime héritière qui n’en fait qu’à sa tête. Elle dérange l’ordre établi même si en secret on lui envie cette liberté de corps et d’esprit. Mais dans les années 50 la femme libérée dans un tel milieu c’est impensable. Les frasques de la jeunesse on leurs limites et on les cache grâce à l’argent et au pouvoir familial.

Joan est un être lumineux qui va se brûler les ailes, on nous le dit d’entrée.

Cecilia son âme sœur est tout le contraire elle veut se sentir protéger par ce giron social. Elle vit dans le sillage de Joan tout en ayant son caractère et sa vision de la vie qu’elle veut mener. Cécilia est plus forte qu’il n’y paraît et s’interroge en permanence sur cette relation qu’elle a avec Joan.

Cecilia la narratrice, nous parle avec sincérité de ce qu’elle a vécu avec Joan. Cette amitié avec ses secrets et ses mystères.

 Ce n’est pas une biographie chronologique, cependant les périodes mises en avant sont bien précisées.

Cécilia est riche, belle et intelligente, elle a des amies,  elle à un mari qui l’aime. Elle est une mère aimante et attentive. Elle a vingt-six ans au moment où elle raconte cette histoire. Elle a tout pour être heureuse, cependant il y une part d’ombre qui la lie à Joan. Une amitié toxique ?

Le mari de Cécilia n’a pas un rôle facile. Il aime sa femme. Il lui concède des choses mais la pression sociale et la morale de l’époque sont ce quelles sont. Il a ses limites et il va lui poser un ultimatum et la pousser dans ses ultimes retranchements.

On sent les angoisses de Cecilia tout au long de sa jeune vie. La souffrance de sa mère, son garçon qui ne parle pas, âme sœur qui qu’elle voit s’autodétruire…

La fin nous dévoile quelques mystères de la vie de Joan, c’est très émouvant. Et du coup, Cecilia va « relire» sa vie avec un autre filtre. C’est comme si elle était passé à côté de quelque chose… Qu’aurait été sa vie si elle avait su cela bien avant ?

Cecilia  va devoir vivre sans son alter ego, le fil invisible qui les liait a été coupé. C’est un peu comme si des jumelles devaient vivre séparées. Cette idée de gémellité apparaît dès leur entrée à la maternelle, puisqu’elles avaient le même prénom et qu’on a imposé à Cecilia d’utiliser son deuxième prénom… Ce n’est pas anodin !

L’aspect psychologique est très intéressant, mais comme la narratrice est partie prenante, elle n’a pas les réponses. Elle va devoir continuer à se construire avec les séquelles du passé.

En guise de conclusion : c’est un roman qui m’a beaucoup plu car il décrit un milieu et une époque, qui se lit facilement mais qui intrigue…

je remercie les Éditions Denoël pour leur confiance.

NB : Depuis que j’ai lu ce roman je continue à m’interroger sur ce qui m’a un peu dérangé… Je crois après réflexion que c’est le fait que nous avons un texte qui nous remet dans le présent de l’action et lorsqu’on arrive à la fin on a des éléments qui donnent un éclairage à certains mystères et comportements. C’est comme si la narratrice nous racontait ce qu’elle avait vécu à l’époque alors qu’aujourd’hui elle sait d’autres choses. Vous me direz c’est logique sauf que le livre début par « Ce sont les femmes qui me demandent encore de leur parler de Joan »…. je ne sais pas si je suis claire…

Qui en parle ?

Felina

Lea Touch

Article précédemment publié sur Canalblog

Les larmes noires sur la terre

Sandrine Collette

Editions Denoël, coll. Sueurs froides, 2017, février 2017, 334 p., 19,90 €

Mes lectures Denoël

4e de couv. :

Il a suffi d’une fois. Une seule mauvaise décision, partir, suivre un homme à Paris. Moe n’avait que vingt ans. Six ans après, hagarde, épuisée, avec pour unique trésor un nourrisson qui l’accroche à la vie, elle est amenée de force dans un centre d’accueil pour déshérités, surnommé «la Casse».
La Casse, c’est une ville de miséreux logés dans des carcasses de voitures brisées et posées sur cales, des rues entières bordées d’automobiles embouties. Chaque épave est attribuée à une personne. Pour Moe, ce sera une 306 grise. Plus de sièges arrière, deux couvertures, et voilà leur logement, à elle et au petit. Un désespoir.
Et puis, au milieu de l’effondrement de sa vie, un coup de chance, enfin : dans sa ruelle, cinq femmes s’épaulent pour affronter ensemble la noirceur du quartier. Elles vont adopter Moe et son fils. Il y a là Ada, la vieille, puissante parce qu’elle sait les secrets des herbes, Jaja la guerrière, Poule la survivante, Marie-Thé la douce, et Nini, celle qui veut quand même être jolie et danser.
Leur force, c’est leur cohésion, leur entraide, leur lucidité. Si une seule y croit encore, alors il leur reste à toutes une chance de s’en sortir. Mais à quel prix?

Mon Billet :

Je vais vous parler d’un roman que j’attendais avec impatience car les deux précédents romans de Sandrine  Collette m’ont laissés sans voix. Et pourtant j’ai mis plus d’un mois à le lire ! Vous allez voir pourquoi…

Ce que j’aime dans ce roman c’est son architecture. Chapitre après chapitre Sandrine Collette construit une spirale qui ressemble à une descente aux enfers. Les chapitres sont assez courts alors on les enchaîne rapidement…

Ce roman commence comme l’histoire de violences ordinaires d’ordre privée. Une jeune fille polynésienne se retrouve dans la campagne française avec un mari qui se révèle violent et une belle-mère despotique. Coupée de ses liens familiaux elle ne peut compter que sur elle-même. On voit malheureusement dans les faits divers que cela existe à côté de chez nous. On se doute que ça va mal finir avec l’escalade de la violence et de la maltraitance, le coup de trop etc. On a ensuite quelques sursauts d’espoirs mais c’est pour mieux plonger.

Sandrine collette va créer un climat social, et un lieu en France qui fait froid dans le dos. Une variante d’un campas comme celui de Sangatte. Là encore on a des images qui viennent étayer cette construction.

On suit la trajectoire de Moe et de son bébé. Dans un premier temps j’ai dévoré le livre et puis j’ai eu un blocage émotionnel au moment où elle est confrontée à un dilemme. C’était trop pour moi et j’ai dû poser le livre et lire d’autres choses entre deux lectures. C’est là qu’on se dit que l’auteure est très forte car elle a su insuffler à son histoire quelque chose de très prenant.

Il y a une sensation d’étouffement qui s’installe. On est en France, dans un camp social où il n’y a pratiquement pas d’espoir de sortir en vie. Il y a une placette formée par le feu central et autour voitures roulottes et caravane des habitantes. Fils barbelés, ordures, manque d’hygiène, violence, trafics en tout genre, pas d’école… tout le monde est sur le qui-vive et l’instinct de survie est primordial.

A partir de leur entrée à la Casse, on a une nouvelle façon de voir le monde. Un nouveau vase clos. Après l’île et la famille, Moe a connu la campagne française un autre petit microcosme. La troisième étape c’est la casse et sa courette où elle va vivre avec cinq femmes très abîmées par la vie qui essaient de se créer une bulle de protection. Chacune a une certaine philosophie en elle.

Moe depuis toujours à l’art de prendre les mauvaises décisions. Et là, ces cinq femmes vont essayer de la guider+ Chacune (ou presque) va raconter son histoire et ce qui les a conduites là et c’est un peu sensé leur montrer qu’elle est en train de prendre de mauvaises décisions. Elle n’y  voit pas toujours ce côté « parabole » et se fourvoie encore et encore. Elle n’arrive pas à se servir de l’expérience des autres. C’est plus fort qu’elle. Elle croit qu’elle s’en sortira mieux que les autres et vlan elle descend d’un cran. Grâce à l’entraide et à la main tendue, elle ressort un peu la tête de l’eau… mais pas longtemps !

Ce que j’ai aimé, c’est ce côté clan de femmes. Tout n’est pas rose, elles ne sont pas des saintes, mais elles ont bien compris que seules elles seraient mortes depuis longtemps. On retrouve cette thématique qui me plaît, celle de la famille que l’on se crée !

***

Si vous mettez cette histoire dans le contexte politique mondial actuel, elle entre en résonance et c’est encore plus effrayant de se dire que cela pourrait arriver.

Dernièrement j’ai vu un reportage sur les « Kamalari » c’est petites népalaises qui se retrouvent vendues par leurs parents pour faire du ménages et autres travaux. Ces petites filles se retrouvent piégées. C’est tellement ancré dans leur culture que c’est une fatalité acceptée. Urmila est la porte parole d’une ONG qui l’a aidée à s’en sortir.

D’autre part j’ai lu un roman qui traite des «ospedale » (orphelinats à Venise) qui pendant quelques siècle à servit de refuge aux fillettes abandonnées. Elles passaient ensuite quasiment leur vie à travailler pour l’orphelinat pour payer leur dette. « Sonate Oubliée » de Christiana Moreau.

***

Jusqu’à la fin on souffre avec Moe et les autres. Sandrine Collette manie l’art du suspens jusqu’au bout. Elle n’édulcore rien, elle tranche dans le vif et emporte ses lecteurs !

Je remercie les Éditions Denoël pour cette belle lecture.

Qui en parle ?

DUP

Stephanie plaisir de lire

Sur la route de Jostein

partage de lectures

Article précédemment publié sur Canalblog

Les Mortes-Eaux

Andrew Michael Hurley

Editions Denoël, mai 2016, 383 p., 21,80 €

Mes Lectures Denoël

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4e de couv. :

Angleterre, années soixante-dix. Comme tous les ans au moment des vacances de Pâques, la famille Smith part en pèlerinage avec quelques membres de sa paroisse. Ils se rendent dans une vieille bâtisse sinistre en bord de mer, sous la houlette d’un prêtre, le père Wilfred. Les Smith, des gens très pieux, espèrent en venant là obtenir la guérison de leur aîné, Andrew, déficient mental. Andrew, lui, part explorer les environs du sanctuaire avec son jeune frère. Au cours de leurs escapades, ils font la connaissance des villageois, qui ne cachent pas leur hostilité à l’égard des pèlerins et semblent se livrer à d’obscures activités nocturnes, sortes de rites païens censés guérir les malades.
Andrew Michael Hurley dresse une galerie de portraits tous aussi étranges et effrayants les uns que les autres, mélangeant de sinistres autochtones et des pèlerins aussi perturbés que perturbants, et signe ici un roman obsédant et ambigu.

Anecdote de lectrice :

C’est un livre que j’ai commencé lorsque je l’ai reçu et puis je l’ai posé à cause de son côté sombre… d’autres  romans sont venus se superposer et lorsque j’ai rangé ma PAL urgente, je l’ai découvert qui m’attendait. C’était le bon moment pour le lire, lorsque je devais le fermer mon esprit restait embourbé dans les méandres de ce roman psychologique où les lieux sont un reflet de l’âme.

Mon Billet :

Ce titre m’a immédiatement attiré, sa couverture avec un crayonné gris/ noir avec un effet de miroir avec la maison près de l’eau, ces arbres inversés, qui excite l’imagination. Je ne savais pas trop à quel degré de fantastique et d’horreur je devais m’attendre surtout après avoir lu l’avis de Stephen King : « Les Mortes-Eaux n’est pas seulement un bon livre, c’est un grand livre. Un roman Incroyable ». Je n’ai pas fait de cauchemar mais lorsque vous posez le livre, il vous hante, il vous reste une sensation étrange. On a vraiment hâte de connaître les tenants et les aboutissants. On s’enfonce un peu dans cette vase et cet obscurantisme ambiant.

Andrew Michael Hurley instille des touches d’angoisse. Avec subtilité il déploie son histoire qui nous transporte dans différentes époques. La pluie, la brume et cette campagne de bord de mer, humide et froide…

Le narrateur parle d’aujourd’hui et d’éléments de 1979 et 1976 et parfois plus anciens. Ils sont tous liés. Il y est question de fragments de vérité autour d’événements fondateurs qui ont eu lieu trente ans plus tôt.

Sur fond de religion catholique et de croyances païennes on va découvrir un groupe de gens à la limite fanatiques ou du moins psycho-rigides. Deux enfants sont au milieu de tout ça et vont vivre des choses très étranges à leur niveau.

Qui dit religion dans les années 70 en Angleterre dit bain de sang en Irlande, guerre de clan et traumatismes. Dans ce roman elle est juste évoquée.

C’est une histoire qui parle de mémoire et de deuil. On a un personnage qui est mort mais que l’on s’évertue à faire revivre en pensée, il est presque plus présent que certains protagonistes. On passe notre temps à nous demander ce que cela cache pourquoi le père Bernard en fait autant les frais. Ils essaient de faire revivre le père Wilfred en le comparant constamment à son successeur. C’est assez dérangeant. Mais le père Bernard va jouer le rôle de l’accoucheur pour leur faire sortir ce qu’ils ont sur le cœur, mais il y a des secrets qui devraient restés enterrés avec les morts ! Mais comment avancer avec des doutes ?

Qui était ce père Wilfred ? Un Saint, un sadique, un Mentor ou un menteur ?

En quête d’un miracle, tout va partir à vau l’eau, cela dérape,  un huis clos ou s’invitent des gens encore plus étranges… qui va perdre dans cette guerre des nerfs ?

Il y a un avant et un après… pour Hanni et Tonto tout particulièrement, ces deux enfants avec leur surnom vont finir par acquérir leur prénom après les événements. Eux aussi vont vivre avec leur secret. Leur vie sera changée à tout jamais après les événements de pâques.

Lorsqu’on arrive vers la fin de l’histoire, on se rend compte que certaines choses racontées au début ne sont pas aussi anecdotiques qu’on le croirait… c’était bien des pièces du puzzle que l’auteur avait mise en place…

Insidieusement Andrew Michael Hurley installe une ambiance délétère qui va nous tenir en haleine, où  la part du fantastique va  finalement culminer au fond d’une cave.

Ce roman parle des réflexes que l’esprit met en place pour surmonter les moments traumatisants. Il y est question de mémoire et  de révélations.

Les rôles dans une communauté sont bien définis, gare à ceux qui sortent du rang, parfois il vaut mieux fermer les yeux que perdre sa raison d’être ! Dans une famille aussi … Passez sa vie à dissimuler pour protéger l’autre, pour ne pas rompre l’équilibre.

Je n’irai pas jusqu’au coup de cœur mais en tout cas c’est un roman qui marque les esprits. Il hante.

Je remercie les Éditions Denoël pour leur confiance.

Denoel

Article précédemment publié sur Canalblog

La fête est finie

Olivier Maulin

Éditions Denoël,mai 2016, 239 p.,18,90 €

Mes Lectures Denoël

4e de couv :
Victor et Picot sont deux copains à la ramasse. Le premier passe ses journées vautré sur un canapé à écouter Bach ; le second enchaîne les petits boulots. Ils se retrouvent vigiles de nuit à Lagny-sur-Marne, chargés de veiller sur un parc de camping-cars avec deux chiens récupérés en hâte à la SPA. Mais les deux bras cassés s’endorment dans l’un des véhicules et celui-ci est volé. Ils se réveillent près de la frontière allemande et décident alors de s’installer dans un camping isolé d’une vallée alsacienne où ils font la rencontre d’une jeune fille et de son père, qui avec quelques amis du coin se préparent à l’effondrement de la société. Les deux compères se sentent très à l’aise dans leur nouvelle famille, mais voilà que le «progrès» pointe le bout de son nez dans la vallée : une décharge industrielle et un Center Parc de deux cents hectares menacent de s’implanter sur la lande. Et si la catastrophe attendue était déjà là? Pour la petite bande que va bientôt diriger un «général» très spécial, il est l’heure d’entrer en résistance au cœur de la montagne…

Mon Billet :

J’ai découvert l’écriture d’Olivier Maulin dans « Gueule de bois ». Il y a des choses que je n’aime pas dans son univers et d’autres qui me lassent. Je voulais voir si on les retrouvait dans le reste de ses romans. Je n’étais pas hostile mais sur mes gardes. Pourquoi l’avoir choisi alors ? Parce qu’il y a des choses qui me plaisent dans les sujets qu’il aborde… Et en partie son humour un peu « pourri » qui semble au  premier degré mais qui est plus que ça !

Je ne vais pas comparer ici mes deux lectures, je dirais juste que j’ai préféré. Le côté excessif est moins trash et l’histoire part moins en vrille et en délire alcoolique. (Pourtant en écrivant cela j’ai des flashs du « de gueule de bois » qui me reviennent et un sourire qui étire mes lèvres !) Alcoolisme est une base… les abstinents ne vont pas aimer et les alsaciens vont trouver les descriptions caricaturales ! mais j’adore quand on grossit le trait…

Olivier Maulin nous présente la vie du point de vue d’une bande de branquignoles, de loosers et de laissés pour comptes, des marginaux plus ou moins volontaires que les effluves alcoolisées n’arrangent pas !

Cela donne lieu à des beuveries et des discours  haut en couleur. En découlent des scènes cocasses et délirantes, des rencontres improbables et des voyages imprévus. La vie n’est pas un long fleuve tranquille mais une route à travers la forêt avec des chemins défoncés et des branches basses !

Sous couvert d’humour et de cynisme, dans une ambiance éthylique, on découvre des sujets très actuels.

Les excès et les caricatures couvrent les idées concernant les étrangers par exemple, les clichés racistes qui sont ancrés dans notre langage.

On retrouve aussi les problèmes écologiques, comme par exemple :  quand pour créer une déchetterie ou un complexe hôtelier on dénature une vallée, une région loin de chez nous (mais près de quelqu’un), on réalise que seul les « locaux » et une minorité se bat.

On découvre la perte de métiers ancestraux à cause de l’évolution de la société… et l’industrialisation. Les petites distilleries familiales disparaissent pour laisser grossir les grandes structures aux normes internationales…

Quant à l’humour d’Olivier Maulin ça passe ou ça casse. Je n’adhère pas à toutes ses vannes mais certaines donnent lieu à des scènes d’anthologie. Par exemple :  le Grand d’Espagne  qui mesure moins d’un mètre, cela donne des dialogues assez surréalistes quand on introduit dans la discussion un « géant » qui n’a pas la lumière à tous les étages !

J’ai bien aimé l’idée de « on est toujours le péquenot de quelqu’un. Ceux de la Capitale n’ont pas la science infuse et  ne comprennent pas toujours tout…  là aussi je revois la scène qui  pourrait se conclure par un coup de poing, s’apaiser par un « c’est un parisien », pas besoin d’un long discours.

Olivier Maulin joue avec les contrastes : il prend deux personnages, le grand et le petit. Le petit a un gros chien, le grand un petit chien etc. on est dans le gag plus visuel.

Quand à l’amour, il suit des chemins insoupçonnables. Quand Bach rencontre Schubert … quand…

Entre le début et la fin, toutes les vies vont être bouleversées. Cela m’a fait penser à l’effet papillon…  A quoi ça tient la vie que l’on a ? A un whisky de trop ou à un pays de l’Europe de l’Est qui  est si pauvre que certains habitants vont se servir en France, au culot d’un homme  ou…  jusqu’où remonter l’enchaînement des événements.

Certains protagonistes vont trouver leur voie et la nature reprend ses droits grâce à la main de certains hommes.

Je remercie les Éditions Denoël pour leur confiance.

Article précédemment publié sur Canalblog

Le jour où Anita envoyer tout balader

Katarina Bivald

Editions Denoël, mai 2016, 459 p., 21,90 €

Trad du suédois : Mariane Ségol-Samoy

Mes lectures Denoël

4e de couv. :

L’été de ses dix-huit ans, Anita Grankvist s’était fixé trois objectifs : apprendre à conduire une moto, acheter une maison et devenir complètement indépendante.
Presque vingt ans plus tard, Anita n’a toujours pas réalisé ses rêves. Elle mène une petite vie tranquille, seule avec sa fille Emma, et travaille au supermarché local. Le départ d’Emma pour l’université va bouleverser ce quotidien un peu fade. Anita réalise qu’elle va devoir gérer quelque chose qui lui a cruellement manqué ces deux dernières décennies : du temps libre.
Qu’à cela ne tienne, Anita commence à prendre des leçons de moto, se lance dans un projet impossible, apprend à connaître sa mère légèrement sénile, et tombe follement amoureuse.
Finalement, n’est-ce pas merveilleux de réaliser ses rêves d’adolescence à l’approche de la quarantaine?

Mon Billet :

Oubliez le titre, c’est comme pour son précédent roman « La bibliothèque des cœurs cabossés »,  il ne correspond pas vraiment au texte. C’est sûr que la traduction littérale du titre original (version internet car je ne lis pas le suédois !) « vie, motos et autres projets impossibles » c’est plus rock and roll ! Bon ceci est une parenthèse…

Je ne vais pas non plus comparer les deux romans. Mais quand on voit le rappel entre les deux couvertures on ne peut s’en empêcher !  Ils sont pourtant différents. J’avais bien accroché au premier mais il y avait des petites choses  qui ne m’avaient pas convaincu, notamment une rupture dans le récit… Cette fois-ci,  c’est un coup de cœur car il y a une fluidité du début  à la fin. C’est encore un page turner. Katarina Bivald surf sur la vague deuxième chance pour une femme. Ne boudons pas notre plaisir ça fait du bien de voir des personnages qui cherchent leur voie et la trouvent là où ils ne s’y attendaient pas.

Il y a tous les ingrédients des livres « feel good ». L’amitié et l’entraide dans l’adversité. Le soleil après l’orage.

C’est un roman sur la famille et surtout sur les femmes. Les relations entre mère et fille, entre copines, dans le travail, dans amours…

Le personnage principal est mère, mais aussi fille… elle est la deuxième génération, il faut qu’elle compose entre les deux positions.

Ce qui me plaît dans ce genre d’histoire ce sont ces familles hors liens du sang qui se forment arrivé à l’âge adulte. Anita a sa petite tribu autour d’elle. Mais on voit que sa mère aussi à une fille « spirituelle » qui prend beaucoup de place, et Anita va passer sa vie avec  cette personne qui est presque plus près de sa mère.

Chaque personnage féminin à un caractère bien trempé alors cela donne des rencontres électriques.

On est au moment crucial où le départ de la fille à l’université sonne la fin d’une relation exclusive. Katarina Bivald décrit des scènes assez réaliste,  juste après le départ, mais ne s’attarde pas sur la coupure du cordon… Il est question de grandir et de passer à autre chose autant pour la fille que pour la mère.

Il va y avoir des scènes causasses qui vont détendre l’atmosphère. On est sur des positions positives. L’appartement est vide qu’à cela ne tienne Anita va chercher à l’extérieur de la compagnie… Elle va faire de drôles de découvertes. On se rend compte aussi qu’elle a refoulé sa véritable personnalité pendant dix huit ans. Ce n’est dont pas étonnant qu’elle ait suffisamment d’ouverture d’esprit pour redonner un second souffle à sa vie…

Ce qui m’a plu c’est Anita qui rêve de piloter une moto et on l’a voit s’imaginer sur son bolide rouler jusqu’au bout du monde et  au retour de la première leçon c’est une autre réalité !

Nous allons avoir une galerie de portraits très touchants… et chaque personnage va être une pièce qui va avoir sa place dans le puzzle. Et le tableau d’ensemble va devenir harmonieux.

Bon âmes sensibles prévoyaient des kleenex, il y a de bons sentiments et des scènes émouvantes.

Il y a tous les ingrédients pour passer un bon moment de lecture… de la tendresse, de la colère, de l’amitié, de l’amour, de l’aventure, des secrets de famille… je ne vais pas tout vous dévoiler…

Ne cherchez rien d’extraordinaire ni une leçon de vie comme dans les livres de développement personnel. C’est un roman avec un peu de romance, de l’humour et de la tendresse.

C’est un roman qui semblera léger pour certains mais la magie à fonctionné pour moi. C’est donc un livre que je recommanderai  plutôt pour des femmes qui ne veulent pas se prendre la tête et juste partir dans une histoire de femmes.  C’est un livre qui devrait bien fonctionner pour les vacances et en bibliothèque.

Je remercie les Editions Denoël pour leur confiance.

Denoel
kokeshi coup de coeur

Si vous voulez relire ma chronique de « La bibliothèque des cœurs cabossés »

coeurs cabossés

Article précédemment publié sur Canalblog

Froid comme la mort

Antonio Manzini

Éditions Denoël, coll. Sueurs noires, mars 2016, 256 p.

Traduit de l’italien par : Anaïs Bouteille-Bokobza

Mes  Lectures Denoël

4e de couv. :
Rocco Schiavone a une nouvelle affaire sur les bras, et il est bien décidé à la régler presto.
Ester Baudo est retrouvée morte dans son salon, pendue. Le reste de l’appartement a été saccagé, et ce qui semble à première vue être un suicide se révèle vite un meurtre. On fait appel à Rocco Schiavone, ce drôle d’inspecteur, amateur de joints matinaux et de jolies femmes. Dans la petite ville grise et froide d’Aoste, il croise et interroge les proches de la victime. Il y a Patrizio le mari, Irina, la femme de ménage biélorusse à l’origine de la découverte du cadavre, ou encore celle qui semble avoir été la seule amie de la défunte, Adalgisa. Si la vie de la victime se dessine peu à peu, le mystère reste entier. Qui pouvait bien en vouloir à la calme et tranquille Ester Baudo?
Cette deuxième enquête de Rocco Schiavone, vice-préfet râleur, macho et doté d’un humour cinglant, ravira les amoureux du commissaire Montalbano, de l’Italie et des polars à l’humour grinçant.

Mon billet :

J’adore les titres qui ne laissent pas de place au doute ! Surtout lorsque c’est publié dans la collection Sueurs Froides.

Lors de la sortie du premier épisode des enquêtes de Rocco Schiavone « Piste noire » je n’ai  pu le lire (ce qui ne saurait tarder). Je découvre donc directement le personnage principal, ce n’est pas très gênant, puisque l’auteur nous le resitue dans le contexte.

Ce que j’aime dans les personnages récurrents des séries policières, c’est de les voir se débattre avec les aléas de la vie en marge de l’enquête. Bien sûr, la partie personnelle vient influencer ses déductions puisqu’il n’y pas de barrière entre les deux. Il y a donc une évolution d’où le besoin de lire dans l’ordre. Là sur le deuxième ce n’est pas encore flagrant.

Le coté borderline des garants de la loi donne lieu à des franchissements de la frontière légale. On n’a pas affaire à des personnages lisses. A force de se frotter aux malfrats cela laisse des traces d’autant plus qu’il explique qu’il vient d’un quartier où jouer au gendarme est au voleur ses jouer aux rôles futurs. Lui a choisi la loi mais ces meilleurs amis l’autre bord.

Les relations compliquées avec les femmes vont avoir des répercussions sur son enquête où il est question de femmes et d’amitié.

On est dans un jeu de manipulations dans lequel le lecteur va être emporté par les différents retournements de situation.

Le côté « exilé », « banni » de Rome, avec son problème d’adaptation au climat donne un aspect décalé, comme s’il était au purgatoire pour expier ses fautes, on l’a mis au vert pour qu’il se fasse oublier. Son problème redondant de problème de chaussure est dans la même ligne, une sorte de pénitent, et même temps on ne peut s’empêcher de penser au proverbe Sioux  « Ne juge jamais un homme avant d’avoir marché un mille dans ses souliers. »

La thématique de l’eau est très présente ce qui contribue à me rendre cette série très intéressante.

Rocco est un personnage tourmenté qui me plait bien et que j’espère suivre dans d’autres enquêtes. C’est la première affaire que je lis et  j’aime bien qu’elle se déroule à Aoste et ses environs car je ne connais pas du tout ces décors là. Je l’imagine bien en téléfilm.

Je remercie les Éditions Denoël pour cette découverte.

De la même série :

Piste noire

Article précédemment publié sur Canalblog

Le fil rouge

Paola Barbato

Éditions Denoël, coll.  Sueurs Froides, nov 2015, 359 p., 21,90 €

Traduction de l’italien : Anaïs  Bouteille- Bokobza

Mes lectures Denoël

fil rouge

4 e de couv. :

Antonio Lavezzi mène une existence solitaire et monotone depuis le jour où Michela, sa fille de treize ans, a été sauvagement assassinée. Sa femme l’a quitté, et le meurtrier n’a jamais été arrêté. Antonio travaille dans le bâtiment avec un ami d’enfance. Ce dernier lui présente inlassablement de petites amies potentielles qui ne l’intéressent pas. Lorsqu’un corps est découvert sur le chantier dont il est responsable, des éléments troublants amènent Antonio à penser que cette affaire et son histoire personnelle sont liées. Contacté par un homme mystérieux, baptisé l’Assassin, qui lui ordonne d’exécuter des criminels ayant échappé à la justice, Antonio décide d’obéir et va s’extraire peu à peu de sa torpeur et de son silence. L’Assassin semble savoir qui a tué Michela, et Antonio, pris dans une spirale meurtrière, est plus que déterminé à venger sa fille. 
Paola Barbato impose une fois de plus sa vision et son style uniques : le schéma de vengeance privée à l’œuvre est savamment imaginé et décrit. Le Fil rouge, c’est à la fois un Crime de l’Orient-Express moderne et un Dexter à l’italienne.

Ma chronique :

Lorsque l’on débute ce roman, on part sur un type particulier de roman policier. On se dit d’accord j’ai compris ce qu’a voulu faire l’auteur, c’est classique et facile. Mais petit à petit Paola Barbato nous conduit vers le Thriller et on voit s’ouvrir des chausses trappes  devant Antonio, le personnage principal. On se demande alors à quel moment il va bascule dans le côté obscur et perdre son âme.

C’est un roman qui interpelle le lecteur car le personnage principal est un quidam quelconque. On nous le présente avec une vie insipide et bien réglée avant le drame qui va le « détruire ».  Une série de cas dramatiques vont être exposés auquel le  lecteur peut s’identifier même si heureusement il n’a rien vécu de tel.

On s’attache à Antonio même si on a envie de lui donner des baffes car il se laisse écraser par les autres notamment son ex-femme, son complexe d’infériorité et sa culpabilité n’arrangent rien. Il est passé à côté de sa vie.

Ce qui était intéressant dans ce roman noir c’est qu’il ne s’agit pas d’une vengeance à chaud. Qui n’a jamais pensé « si on touche à l’un des miens je tue le coupable » ? Passerions-nous à l’acte ?  Si oui, serais-ce tout de suite ou plus tard ? Là nous avons un personnage qui est tombé dans le coma au moment de l’agression de sa fille, puis semble avoir perdu tout ressort. Cinq ans ont passé. Il a préféré masquer sa souffrance dans une vie « mécanique ». Alors il ne se pose pas de question pour ne pas ouvrir la boîte de Pandore. Il va falloir attendre que quelqu’un déclenche le mécanisme de cet automate qu’il est devenu. Et il va se poser des questions : Pourquoi ne me suis-je pas suicidé alors que je ne vie pas vraiment ?

Le déclencheur de se retour à la vie est assez étrange, un pédophile notoire tué sur l’un de ses chantiers ?  On se demande s’il aurait quelque chose à voir avec le meurtre de Michela, mais la piste est vite écartée. On se demande aussi si quelqu’un ne veut pas l’impliqué dans ce crime. Encore une piste d’écartée car il n’est pas inquiété par la police. Alors que lui veut le vengeur masqué ?  Dans un premier temps on se dit qu’il l’utilise et qu’il veut le tester. Puis petit à petit, on tombe dans un jeu pervers et on va suivre le personnage avec ce fil rouge. Qui est ce manipulateur qui se fait nommer l’Assassin? Le mystère sera bien préservé.

La dernière partie où Antonio, notre héros malgré lui,  va essayer de prendre la main est très prenante et se lit d’un trait. On va obtenir des réponses.

C’est un roman qui traite du sujet bourreau-victime … mais n’est on pas le bourreau ou la victime de quelqu’un ou tantôt l’un et l’autre ?

L’histoire va prendre un virage dangereux avec l’arrivée d’un animal à travers lequel on entr’aperçoit l’assassin.

Le lecteur va suivre les aventures d’Antonio, il va entrer plus ou moins en empathie avec tous les personnages qu’il va croiser quand dans la scène finale Paola Barbato renverse la situation dans laquelle elle l’avait entraîné et nous laisse pantelant !

Wouah quelle fin  ! Elle terrible….

Je remercie les Éditions Denoël pour la découverte de cette jeune auteure dont le premier roman « A main nue » a eu un bel accueil des lecteurs.

Article précédemment publié sur Canalblog

Les enfants de l’eau noire

Joe R. Lansdale

Trad. Bernard Blanc

Éditions Denoël, Sueurs froide, sept 2015, 353 p., 21,90€

Folio

Mes lectures Denoël  

B26603

4e de couv. :

Texas, années 1930. Élevée dans la misère au bord de la Sabine, qui s’écoule jusqu’aux bayous de Louisiane, May Linn, jolie fille de seize ans, rêve de devenir star de cinéma. Un songe qui s’achève brutalement lorsqu’on repêche dans le fleuve son cadavre mutilé. Ses jeunes amis Sue Ellen, Terry et Jinx, en rupture familiale, décident alors de l’incinérer et d’emporter ses cendres à Hollywood. May Linn ne sera jamais une star, mais au moins elle reposera à l’endroit de ses rêves… 
Volant un radeau mais surtout le magot d’un hold-up, la singulière équipe s’embarque dans une périlleuse descente du fleuve, le diable aux trousses. Car non seulement l’agent Sy, flic violent et corrompu, les pourchasse, mais Skunk, un monstre sorti de l’enfer, cherche à leur faire la peau. Quand vous décidez de faire vôtres les rêves d’un autre, ses pires cauchemars peuvent aussi profiter du voyage…

Ma chronique :

L’histoire commence fort. Le ton est donné d’entrée mais ensuite j’ai trouvé les cent premières pages trop lentes. Je pense que c’est une façon de mettre en condition le lecteur bien montrer que les lieux sont propices à la stagnation avec parfois des précipitations et des tempêtes.

J’ai dernièrement lu un roman, « Ouragan » de Laurent Gaudé, qui se passait aussi dans la tourmente avec ses zones humides et pauvres. La coïncidence veut qua dans ses deux cas bien que 70 ans les séparent on voit la place des « noirs » dans les états du sud des États-Unis. J’étais donc dans de bonnes prédispositions.

On découvre ses jeunes gens qui arrivent à l’âge où les différences sociales deviennent des barrières. Nous avons la jeune noire révoltée, le jeune homosexuel, la jeune fille qui devient désirable. Il leur reste un côté idéaliste et essaient d’avoir des valeurs morales au milieu de cette société décadente.

Ces trois adolescents de 16-17 ans qui  sont pourtant confrontés au manque de moyens, à l’analphabétisme, l’alcoolisme, la violence depuis leur naissance mais ils vont découvrir qu’ils n’ont pas atteins le fond…

Ils vont croiser la route de gens pétris de culpabilité avec des cas de conscience.

La mère alcoolique, le prédicateur avec un lourd passé, des migrants victimes de la grande dépression, des flics pourris, un tueur en série, la vieille psychopathe etc.

Heureusement, le rythme va s’accélérer et j’ai pratiquement lu d’un trait la traque, la tempête et autres mauvaises rencontres… il y a tout de même des gens qui viennent aider.

L’intrigue policière est plus que secondaire.

Il n’y a pas de famille idyllique tout part à vau-l’eau !

En conclusion j’ai bien aimé ce roman, d’autant qu’il aborde un des thèmes que j’affectionne, celui de l’eau… mais ça c’est une autre histoire.

On retrouve quelques références à Mark Twain avec ce voyage en radeau sur l’eau, ses enfants livrés à eux même.

Cela m’a aussi fait penser aux romans de Louise Erdrich.

C’est l’Amérique des petites villes perdue où ont prend des libertés avec les règles et les lois.

Il y a toute la thématique du voyage initiatique. Sortir de l’enfance mais ont-ils eu une enfance ? En quoi croient-ils encore ? Comment voient-ils l’avenir ? Tout cela sur fond d’eau noire et sombre.

Je remercie les Editions Denoël pour leur confiance.

Denoel
1% rentrée 2015

Précédemment posté sur Canalblog

Dans les eaux du lac interdit

Hamid Ismaïlov

Traduit de l’anglais par Héloïse Esquié

Éditions Denoël, coll Y, 20 Août 2015, 128 p., 12€

Mes lectures Denoël

4e de couv. :

Un voyageur anonyme a pris place à bord d’un train pour un interminable voyage à travers les steppes kazakhes. Le train s’arrête dans une toute petite gare et un garçon monte à bord pour vendre des boulettes de lait caillé. Il joue Brahms au violon de manière prodigieuse, sortant les passagers de leur torpeur. Le voyageur découvre que celui qu’il avait pris pour un enfant est en fait un homme de vingt-sept ans. L’histoire de Yerzhan peut alors commencer… 

À travers ce conte envoûtant, l’auteur nous livre une parabole glaçante sur la folie destructrice des hommes et la résistance acharnée d’un jeune garçon qui voulait croire en ses rêves.

Auteur :

Né en 1954, Hamid Ismailov est un journaliste et écrivain ouzbek. Il a vécu en Russie, en France et en Allemagne avant de s’installer à Londres avec sa famille, où il dirige le service Asie centrale de la BBC.

Ma chronique :

J’ai choisi aussi ce livre pour son titre qui laisse présager bien des choses…

La couverture du livre, avec ces fleurs étranges, prend tout son sens dès que l’on ouvre le livre… un lieux exposé aux tests nucléaires…

« Cette histoire commença d’une manière on ne peut plus prosaïque. Je traversais les steppes immenses du Kazakstan en train. Le voyage durait depuis quatre nuits. » Dès les premières lignes le décor est posé. Le narrateur ne fait que traverser, il n’est pas un habitant du lieu. On a un regard externe, ce regard va aller vers l’autre et vers ses terres hostiles. On est au rythme d’un train, de façon à ce que le lecteur s’imprègne de l’atmosphère du lieu et nous préparer à cette rencontre improbable comme seul les voyages peuvent en procurer.

Les trains les rails comme fil conducteur, une belle façon de parler du temps et de la mémoire. Tantôt on regarde vers l’avant et tantôt vers l’arrière, le présent ne dure que quelques instants puisque l’on ai en mouvement. Le narrateur d’aujourd’hui se rappelle une rencontre qui elle nous renverra plus de vingt ans avant. Avec des va et vient de façon a garder les pieds sur terre.

Le décor est assez spectaculaire et je crois que le plus loin où je suis allé dans mes voyages littéraires c’est en Sibérie avec Michel Strogoff, c’est certainement le train qui m’y fait aussi penser pour le reste ça n’a rien à voir puisqu’on est surtout dans les années 1950-1989 (rien de très précis).

Nous allons suivre l’histoire de deux familles coincées dans une gare perdue. On a un huis clos parfois ouvert sur les autres, les liens entre les habitants sont très entremêlés et complexes, des non-dits vont être mis à jour. La musique est très présente, des instruments à corde, des notes sur des portées encore des lignes.

Ce court roman est assez sombre, parfois violent mais c’est présenté sans pathos. Les loups (à deux pattes ou à quatre) rodent encore sur les chemins, ces peurs ancestrales (dévoration et enlèvements) viennent se rajouter à des peurs actuelles et réelles (pollution nucléaire et mutation). On est dans une autre culture, une autre époque, certaines images peuvent nous heurter.

La culture des autres est assimilée sans chercher à comprendre, notamment en musique.

Pour ceux qui explorent l’idée de la mémoire dans la littérature ce roman. Comme je le disais plus haut nous avons plusieurs strates de passé, mais le regard aussi change. Le narrateur qui raconte son enfant se remet dans le regard de l’époque, on a donc un changement de focale.

C’est un roman très littéraire dans la construction, il y a un travail de construction avec un peu l’idée des portes qui s’ouvrent et qui se ferment dans les wagons du train ou de la mémoire.

On peut aussi simplement y lire la vie de cette population dans un milieu contaminé avec tout le travail de propagande qui a permis d’exploiter des gens au nom de la modernité.

Mais pourquoi pas juste s’arrêter l’observation du mécanisme qui met en place des relations entre gens de plusieurs générations dans un milieu coupé du monde.

C’est un livre riche puisqu’il permet d’avoir plusieurs niveaux de lecture.

Je remercie les Éditions Denoël pour m’avoir permis de découvrir cet auteur ouzbek en avant-première.

1% rentrée 2015

NB : un coïncidence littéraire… je venais de terminer la lecture de « La revanche de l’écrivaine fantôme » qui débute aussi dans un train !