Les fantômes du presbytère

Daniel Sangsue

Éditions de la Baconnière, 2022, 142 p., 20 €

Masse critique Babelio / Éditions de la Baconnière

4e de couv. :
Un professeur de littérature à la retraite achète dans l’Aveyron un presbytère du dix-huitième siècle, accolé à une église désaffectée et donnant sur un cimetière de campagne. Une fois installé, il découvre que ce presbytère est hanté par un esprit frappeur. Loin d’être effrayé, il s’y intéresse de très près en qualité de spécialiste de la pneumatologie, la science des fantômes. En cherchant à se renseigner sur cet esprit, il exhume un Journal, dont les larges extraits reproduits donnent à lire une subtile parodie de textes du XIXe siècle. Comprenant à travers ces documents les raisons de la présence de cette âme en peine à sortir du purgatoire.
Un roman alerte, érudit, qui sous le couvert du fantastique et de l’humour aborde des questions intimes et essentielles autour de la spiritualité.

Mes impressions de lecture :

Lorsque j’ai vu que ce roman était dans la sélection de Masse Critique, je n’ai pas hésité. Jusqu’à présent les ouvrages de cette maison d’édition m’ont transporté dans des univers littéraires très singuliers. J’ai aussi choisi ce roman car il se déroulait en Aveyron et j’avais donc des images qui collaient à la réalité même si le lieu même est imaginaire. Par exemple il y a Espalion et tout ce secteur que j’aime beaucoup.  De plus, le pseudo de l’auteur m’a fait sourire  « Daniel Sangsue » et j’ai vu qu’une partie des ses œuvres tournent autour de vampirisme et des fantômes. J’ai vu cela comme un bon présage.

L’idée de base des nouveaux arrivants de la région qui ont une attirance pour une maison adossée à une église avec une vieux cimetière comme panorama et à qui l’on ne dit pas sa spécificité, c’est propice à de drôles d’aventures, d’autant plus que le nouveau propriétaire s’intéresse aux fantômes. On n’est pas dans un roman d’horreur ou angoissant.

Ne connaissant pas grand-chose aux fantômes j’ai appris des choses. La mise en place du décor est assez lente. On a toute la période d’installation du couple, les premières manifestations jusqu’à la découverte de ce fantôme est assez lente. Cela devient intéressant lorsqu’ils découvrent ce personnage bruyant. On va découvrir son histoire grâce à son journal intime. Jusqu’au dénouement final.

J’ai bien aimé la façon dont l’auteur a joué avec ce double texte. On a le narrateur « je » qui retranscrit des passages de ce fameux journal et ces commentaires. Commentaires très instructif pour ma part puisqu’il va déceler dans ce fameux journal des références ou « à la façon de » d’autres auteurs. Daniel Sangsue prend le lecteur par la main et lui dit « tient là il se prend pour… ». Cela pourrait exaspérer certains lecteurs quand à moi j’ai trouvé une connivence narrateur/lecteur. On va donc avoir des textes classiques qui sont cités ou des personnages emblématiques.

Dans le journal on va découvrir un autre personnage, une femme. Eh oui il faut bien un élément perturbateur, le déclencheur du drame et quoi de mieux que la passion. J’ai été un peu agacé par le personnage du journal (mais il faut se remettre dans son époque !) qui va initier cette femme à la littérature. Cela m’a fait penser à une notion plus récente de « bibliothérapie ». C’est le moment ou le lecteur prend son carnet pour noter les références aux livres, la plupart des classiques qu’on connait plus ou moins.

J’ai trouvé drôles les raisons pour lesquelles notre personnage du journal  se lance dans cette éducation.

Ce roman n’est pas dénuée d’une certaine ironie. J’ai souris parfois à l’humour de Daniel Sangsue. Il faudra que je tente d’autres lectures de cet auteur.

Je remercie Babelio et les Éditions La Baconnière pour cette plaisante lecture.

Le domaine

Federigo Tozzi

Trad. Philippe Di Meo

Éditions La Baconnière, 2021, 224 p., 20 €

Masse Critique Babelio / La Baconnière

4e de couv. :

Remigio, un tout jeune homme, est appelé au chevet de son père mourant. Il hérite de son domaine agricole. Ayant fui en ville une relation filiale difficile, rien ne le prépare à assumer cette lourde tâche. Il multiplie fatalement les maladresses. Rejetant le modèle paternel autoritaire, mais par trop naïf, névrosé et dépourvu d’expérience, il ne parvient pas à trouver une alternative valable. Sa mansuétude encourage les aigrefins de toutes sortes. On lui intente des procès sous de mauvais prétextes, on le vole, on l’humilie.
Remigio est le type même de l’inadapté rêveur voué à endurer la cruauté humaine.

Berto, l’un de ses ouvriers le prend en mauvaise part. Dès lors il n’a de cesse de le dénigrer, de le provoquer et de le menacer. Ces deux personnages antagonistes sont les acteurs d’un drame qui les dépasse. La déliquescence de l’un et la révolte de l’autre campent la férocité d’un monde âpre et cruel.

Mes impressions de lecture :

 J’ai découvert cette maison d’édition suisse (qui est présente en France) depuis peu. Chaque lecture est une découverte que ce soit une autrice actuelle ou un auteur réédité. Mon choix c’est porté sur ce roman car il y avait une histoire de famille et de transmission, avec l’idée de microcosme.

Un petit mot sur la couverture. En fin de volume on nous montre qu’il s’agit de détails d’une œuvre. La déstructurer et la réassembler ainsi m’a fait penser à des parcelles de terres.

Lorsqu’on  commence le roman, on a vite l’impression que le personnage court à sa perte, quoi qu’il tente ça se retourne contre lui. J’ai eu la même impression qu’en lissant « des souris et des hommes » de John Steinbeck, «  l’étranger de » d’Albert Camus ou encore « Mangez-le » de Jean Teulé. C’est comme si l’animalité, la cupidité des hommes et autres frustrations n’attendaient que  ce moment-là pour se mettre en branle. Le personnage n’est pas de la trempe de ceux qui se battent et il va se laisser dévorer par tous. Il n’est pas idiot, c’est juste un gentil. On a l’image du sacrifier.

Je le demande dans quelle mesure le fait que cette histoire racontée après la première guerre mondiale ne reflète pas certains sentiments.

A la fin du volume il y a « À propos de la langue de Federigo Tozzi » et « autour du Domaine » de Philippe Di Meo. Ces articles sont très intéressants car ils sont écrits par le traducteur qui a dû  faire un travail préliminaire avant la traduction. Il a su analyser certaines scènes, voir les références aux autres romans de Tozzi. En  tant que traducteur il a fait un travail très minutieux autour de la langue et de l’univers de cet auteur.

En tant que simple lectrice, j’ai pris grand plaisir à lire cette langue traduite qui n’est pas surannée mais qui a un certain rythme. Le traducteur laisse quelques mots en italien, ce qui donne une touche « exotique ». Federigo Tozzi utilise des régionalismes.

J’ai aimé les descriptions de scènes où se déroule la discussion. Elles ne sont pas longues mais pourtant précises pour bien se mettre dans l’ambiance.

La part de dialogue est importante. Les apartés des personnages rendent très visuel les mauvaises intentions des protagonistes.

L’argent tient une place importante et le pauvre Remigio honnête et sincère va se faire plumer, humilier… J’ai noté que le porte feuille (objet) joue un rôle. On lui prête des intentions, on le met dans la catégorie  « petit bourgeois » alors que maltraité par son père et écarté du domaine il n’a aucune connaissance ni revendication si ce n’est régler cette succession.

Les femmes : la mère est décédée donc absente, il n’a pas de fiancée ni d’épouse. Alors qu’il est confronté à la deuxième épouse de son père et sa maîtresse. Il y a d’autres femmes, mais aucune ne le respecte car il a trop d’un homme-enfant. Il n’a pas de soutien.

Les hommes à commencer par son père (même sur son lit de mort) ne le respecte pas. Le fils n’a pas hérité de sa roublardise et de sa violence.

Les chapitres sont assez courts. C’est un texte qui a été publié dans un premier temps dans une revue romaine du 1er avril 1920 au 1er mars 1921. Ce texte à donc cent ans. Est-ce que la structure de la narration n’est conditionnée par le fait qu’elle a été livrée par petit bouts ?

Je remercie Babelio et les éditions de La Baconnière de leur confiance.

Inflorescence

Raluca Antonescu

Éditions de la Baconnière, janv 2021, 258 p, 20 €

Masse critique Babelio / La Baconnière

4e de couv. :

Jura, 1911. Une femme se désespère d’être à nouveau enceinte. Pour implorer la fin de sa grossesse, elle se rend au Gouffre du Diable. A partir de ce lieu dont la terrifiante et réelle histoire nous est contée, Raluca Antonescu entrelace quatre générations de femmes qui traversent le siècle.
Lorsqu’il a plus d’une fleur sur une tige, on parle d’inflorescence. Les protagonistes de ce roman se construisent au sein de leur jardin, chacune à son rythme, en se réappropriant leur vie. L’inflorescence se fait l’expression de la transmission muette entre générations, le jardin un lieu-miroir qui n’appartient qu’à soi et permet la reconstruction.
Jardin ou gouffre, pépinière en Argentine ou plates-bandes ordonnées d’un lotissement Levitt, pollinisation ou pollution ; l’auteure observe ce perpétuel balancier.

Mes impressions de lecture :

Lorsque j’ai vu passer ce livre sur les réseaux sociaux c’est la couverture qui m’a attirée, ensuite c’est cette histoire de femmes. J’ai eu le plaisir de découvrir en ouvrant le livre que chaque partie est séparée par une page graphique qui représente une sorte d’empreinte de plante, en deuxième page c’est indiqué « élaboration graphique sur base des cyanotypes d’Anna Atkins (1799-1871) », tiens encore une femme.

 Je ne connaissais pas cette jeune maison d’édition suisse. Le livre est agréable à tenir en mains, il est souple.

J’ai aimé les chapitres courts où on suit chaque femme, à la première ou troisième personne (cela dépend). Le nom et le lieu et date sont indiqués en titre ce qui permet de bien se repérer même si chaque histoire est clairement identifiable. Les écritures sont aussi différentes.

Il y a une grande vivacité dans l’écriture, c’est femmes ont cela aussi en commun.

La vie, la mort, le deuil et tout ce qui se déroule entre temps. La femme faisant partie de la nature. Il y a l’idée du tout, du cycle.

J’ai beaucoup aimé ce roman tant dans sa structure que dans les idées développées. C’est une autrice que j’espère suivre.

Lu dans le cadre de Masse Critique, je remercie Babelio et Les éditions de la Baconnière pour ce partenariat et cette découverte.