le juste milieu

Annabel Lyon

Trad.David Faukemberg

Folio, 2013, 400 p.

 LU DANS LE CADRE D’UN PARTENARIAT FOLIO

4 e de couv :
Aristote était un être de chair et de sang, et Alexandre le Grand, un adolescent plein de doutes et d’arrogance. Lorsqu’en 342 avant Jésus-Christ le philosophe devient précepteur du futur roi de Macédoine, la relation qui s’établit est aussi enrichissante pour l’un que pour l’autre. Par ses démonstrations sur une table de dissection, comme par ses réflexions éthiques et métaphysiques, Aristote transmet à son élève la notion de «juste milieu», point d’équilibre entre deux extrêmes. De son côté, le fougueux Alexandre offre de nouvelles perspectives à son maître peu aventureux. 
Des cahutes enfumées aux chambres du palais, Annabel Lyon lève le voile sur deux hommes qui ont transformé le monde. Elle explore avec finesse et jubilation des thèmes aussi universels que la transmission du savoir, les conflits de génération, les jeux de pouvoir.

Ma chronique :

J’ai choisi ce roman pour le personnage d’Aristote. Comme vous avez dû le remarquer je ne lis pas de philosophie alors je me suis dit qu’il serait intéressant d’aborder le philosophe sous forme de roman historique. Je n’ai pas été déçue. Il ne s’agit pas d’une biographie déguisée. C’est un vrai roman historique. Annabel Lyon nous fait vivre au cœur des événements.

C’est un roman à la première personne.

L’histoire débute avec un Aristote adulte qui retourne dans une ville où il a vécu adolescent. Il y retrouve son ami d’alors qui est devenu roi, Philippe le père d’Alexandre. C’est l’occasion de se remémorer leur rencontre lorsqu’ils avaient environ 16 ans. Issus de deux mondes différents, leur destin va les éloigner avant de les retrouver. D’un côté on a Aristote adulte et d’un tempérament mélancolique  qui va devoir s’occuper d’un adolescent, de l’autre on a Aristote adolescent lui-même pris en charge par Illaeus.

Une carte de cette partie de la méditerranée où ont lieux les évènements et une liste des personnages nous permettent de nous repérer.

Dans l’épilogue nous avons même la retranscription du véritable testament d’Aristote, où l’on voit qu’il  ne laissait rien au hasard.

Aristote étudiait vraiment tout, il se basait sur l’observation qu’il s’agisse de coquillage ou du sexe de sa jeune femme. Il a une relation particulière avec elle. Elle va lui donner une fille.

Nous avons des références à l’Histoire de son époque et à une vision du monde de tous les jours. Mais c’est une vraie narration et non pas une pseudo manière de nous présenter les thèses du philosophe.

Elle nous fait vivre Pella avec son père médecin et la peste qui rode. Les idées sur la médecine etc.

Aristote va devenir le précepteur du futur Alexandre le grand, il a toute la confiance du roi Philippe, jusqu’au moment où il est en guerre contre Athènes et là on voit apparaître la suspicion. Considéré comme Athénien par les Macédoniens, et considéré comme Macédonien par les Athéniens.

« Le juste milieu » est un thème de réflexion propre à Aristote, nous avons même une discussion entre le jeune Alexandre et Aristote à ce sujet. C’est un sujet que j’aimerais approfondir car je n’aime pas les extrêmes…

Annabel Lyon nous le présente comme un homme de son temps et même si des choses peuvent nous choquer aujourd’hui, comme l’achat et la vente d’esclave, il semble différent, car il y a vécu dans d’autres contrées.

La lutte pour le pouvoir est un thème plus qu’évident. L’imposer à l’autre pour mieux asseoir son pouvoir sur les autres. Philippe donne à Alexandre son héritier, Aristote comme précepteur. Le meilleur penseur pour le meilleur élève. Mais, il les maintient tous les deux sous sa volonté comme s’il avait peur d’être surpassé. Les philosophes peuvent influencer les futurs rois comme on le voit au retour de Platon de Sicile.

Ce roman parle beaucoup de stratégies politiques. Philippe manie le bâton et la carotte d’une main de maître. Il laisse entendre à Aristote qu’il va lui permettre d’aller à Athènes mais les années passent et les conflits  viennent entraver les vœux d’Aristote.

L’auteure nous montre bien comment un grain de folie s’installe au fil des ans dans le comportement d’Alexandre.

Les femmes ont une grande place dans cette histoire… certaines règnent dans les coulisses d’autres accompagnent les grands…

J’ai pris un réel plaisirs à suivre Aristote dans ses expériences, même si parfois les expressions assez crues mon  heurté au début. Que voulez-vous qui dit philosophe, dans ma petite tête cela est associé à une langue châtiée. Mais, là c’est l’homme au quotidien…

Je remercie Folio de cette belle découverte.

A bientôt pour d’autres aventures littéraires…

challe100

60/100

Article précédemment publié sur Canalblog

Le soleil des Scorta

Laurent Gaudé

Actes Sud, 2004, 247 p.

LU DANS LE CADRE DU CHALLENGE « DEFI LECTURE LAURENT GAUDÉ »

4 e de couv :

Parce qu’un viol a fondé leur lignée, les Scorta sont nés dans l’opprobre. A Montepuccio, leur petit village d’Italie du sud, ils vivent pauvrement, et ne mourront pas riches. Mais ils ont fait vœu de se transmettre, de génération en génération, le peu que la vie leur laisserait en héritage. Et en dehors du modeste bureau de tabac familial, créé avec ce qu’ils appellent  » l’argent de New York « , leur richesse est aussi immatérielle qu’une expérience, un souvenir, une parcelle de sagesse, une étincelle de joie. Ou encore un secret. Comme celui que la vieille Carmela – dont la voix se noue ici à la chronique objective des événements – confie à son contemporain, l’ancien curé de Montepuccio, par crainte que les mots ne viennent très vite à lui manquer. Roman solaire, profondément humaniste, le nouveau livre de Laurent Gaudé met en scène, de 1870 à nos jours, l’existence de cette famille des Pouilles à laquelle chaque génération, chaque individualité, tente d’apporter, au gré de son propre destin, la fierté d’être un Scorta, et la révélation du bonheur.

Ma chronique :

C’est avec ce titre que je débute « Le défi lecture Laurent Gaudé » proposé par unchocolatdansmonroman.

Voilà des années maintenant que mes copines du club de lecture d’auf me vantent les qualités narratives de cet auteur. Il est temps que je le découvre à mon tour.

Je ne sais pas si c’est mon côté méditerranéen ou parce que j’aime ses histoires de clan mais j’ai beaucoup aimé l’histoire et la façon de la narration

Ce roman est composé de Dix parties.

Partie I

Le premier tableau : l’apparition de Luciano Mascalzone dans le village de Montepuccio est décrite d’une manière très cinématographique. On se croirait dans un western. Des phrases courtes forment des images précises. C’est le drame initial. Le thème de la vengeance. Mais, le personnage rate son final, il croyait mourir avec panache mais il va être floué. On a un petit côté Prospère Mérimé qui nous raconte la Corse dans « Colomba ».

Deuxième tableau : Carmela Scorta Mascalzone parle Don Salvatore. C’est une vielle femme qui veut transmettre un message à sa petite fille Anna par l’intermédiaire du curé. Car ils ont un jour signé un pacte. Chaque frère et sœur devait transmettre un secret à un neveu ou une nièce. Mais Carmela sent qu’elle permet la mémoire.

Partie II

La Malédiction de Rocco. Fils bâtard de Luciano et Immacolata. La dynastie des Scorta voit le jour. Rocco et la muette vont avoir 3 enfants.

Une amitié est née entre Raffaele et les 3 enfants Scorta.

Une date apparaît 1928, Rocco meurt à 50 ans.

Rocco tient sa revanche et réussi sa sortie contrairement à son père.

Lorsque Carmela raconte on passe en mode italique et on ne suit pas le même cours du temps.

Partie III à X.

Nous avons l’histoire de Domenico, Giuseppe, Carmela et leur frère d’adoption Raffaele. Ils vont se battre contre leur destinée de pauvre, avec la colère et la détermination dans le sang. Survivre, vivre, se marier et avoir des enfants pour former un clan, car la famille c’est l’union qui fait la force. Il y a une idée de transmission de l’histoire de la famille.

On y retrouve tout ce qui tourne autour de la tradition, du poids de la fatalité. La décence, les convenances, la mort et la dignité.

La mémoire collective, la mémoire familiale, la mémoire personnelle… les secrets et les non-dits ne peuvent être tous enterrés, car ils font l’identité et  la force du clan.

Nous allons voir la société évoluer le village et ses alentours en même temps que la famille. Deux générations vont suivre.

Les femmes vont aussi avoir leur mot à dire dans tous les changements de la société italienne.

Merci unchocolatdansmonroman et à bientôt pour une autre chronique pour de Défi lecture Laurent Gaudé !

challe100

32/100

NB : j’ai dû emprunter le livre que j’ai offert à une copine avant de pouvoir récupérer le mien dans les cartons !

scorta poche

Article précédemment publié sur canalblog

Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants

Mathias Enard

Actes Sud, 2010, 154 p.

 4 e de couv :

13 mai 1506, un certain Michelangelo Buonarotti débarque à Constantinople. A Rome, il a laissé en plan le tombeau qu’il dessine pour Jules II, le pape guerrier et mauvais payeur. Il répond à l’invitation du Sultan qui veut lui confier la conception d’un pont sur la Corne d’Or, projet retiré à Leonardo da Vinci. Urgence de la commande, tourbillon des rencontres, séductions et dangers de l’étrangeté byzantine, Michel Ange, l’homme de la Renaissance, esquisse avec l’Orient un sublime rendez-vous manqué. Par l’auteur du très remarqué « Zone » (prix Décembre 2008 et prix du livre Inter 2009).

Ma Chronique

J’ai choisi ce titre à cause de son titre que je trouve très poétique. On apprend qu’il est inspiré de Rudyard Kipling et ça lui ressemble bien. Dans mon petit entourage du monde du livre il a eu un bon accueil lors de sa sortie, alors quand je l’ai vu  chez mon passeur de livre je n’ai pas hésité un instant et je n’ai pu résister à le lire pratiquement immédiatement.

Je ne connaissais pas le sujet, donc c’est une complète découverte d’un auteur, d’une écriture et d’une histoire.

Il s’agit d’une version romancée du voyage de Michel-Ange à Istanbul afin de dessiner un pont. Mais qui dit la cour de Constantinople on parle d’intrigues et d’enjeux politico-religieux.  Michel-Ange subit des pressions d’Italie et de Constantinople. Les luttes de pouvoir au sein même de l’entourage du Sultan. On entrevoit les manigances des espions.

Michel-Ange est présenté comme un grand enfant colérique, qui ne vit que par et pour l’art. Comme tous les génies il ne peut faire les choses simplement.

C’est un roman sur la passion. Quelle soit esthétique ou physique, elle peut faire des ravages et conduire à la destruction.

On est dans un monde d’hommes les femmes sont totalement absentes, à peine évoquées comme des êtres qui sont là pour assouvir les désirs des hommes.

Nous avons deux narrateurs. L’un actuel qui nous conte ce que Michelangelo a pu voir ou faire et parfois on a des allusions à aujourd’hui. Par exemple, il parle de Sainte Sophie et ce qu’elle deviendra plus tard. L’autre narrateur est un être androgyne qui se présente comme une voix sensuelle et un corps qui cherche à éveiller la passion chez le sculpteur. Est-ce un homme ou une femme, cette ombre va-t-elle arriver à ses fins ? A vous de le découvrir.

J’ai trouvé très touchant le fait que le grand Michel-Ange constitue des listes de tout et de rien. Je suis nulle en art mais j’adore écrire des listes !

Il y a un travail d’écrivain on y retrouve de vrai lettres retranscrites, des contes dans l’histoire, des extraits de poèmes. Le travail de langage entre les deux narrateurs. Le tout forme une composition très romanesque.

J’ai découvert que la sexualité était plus libre qu’aujourd’hui, du moins dans un certain milieu.

Les descriptions de la cité sont très vivantes. J’avais déjà des images en tête du cette époque par des lectures croisées. Il y a un certain exotisme qui fait rêver, il évoque le caravansérail, les souks le monde de la nuit…

Comme d’habitude les éditions Actes Sud m’ont fait partager un moment de littérature.

A bientôt pour une autre découverte…

challe100

36/100

Article précédemment publié sur Canlblog

Rosa Candida

Audur Ava Ólafsdóttir

France Loisirs, 2010, 319 p.

LU DANS LE CADRE DU CLUB DE LECTURE D’AUF

LU DANS LE CADRE DU CHALLENGE NORDIQUE

LU DANS LE CADRE DU CHALLENGE 100 LIVRES

4 e de couv :

Le jeune Arnljótur va quitter la maison, son frère jumeau autiste, son vieux père octogénaire, et les paysages crépusculaires de laves couvertes de lichens. Sa mère a eu un accident de voiture. Mourante dans le tas de ferraille, elle a trouvé la force de téléphoner aux siens et de donner quelques tranquilles recommandations à son fils qui aura écouté sans s’en rendre compte les dernières paroles d’une mère adorée. Un lien les unissait : le jardin et la serre où elle cultivait une variété rare de Rosa candida à huit pétales. C’est là qu’Arnljótur aura aimé Anna, une amie d’un ami, un petit bout de nuit, et l’aura mise innocemment enceinte. En route pour une ancienne roseraie du continent, avec dans ses bagages deux ou trois boutures de Rosa candida, Arnljótur part sans le savoir à la rencontre d’Anna et de sa petite fille, là-bas, dans un autre éden, oublié du monde et gardé par un moine cinéphile.

Ma chronique :

Une jolie balade dans des lieux qui ne portent pas de nom. Pourquoi ? Parce qu’ils ne sont que des prétextes… on suppose que les champs de laves représentent l’Islande, mais c’est plus le changement de terreau qui compte… On va passer par exemple d’une cuisine de la mer, à la cuisine de la terre… Le changement d’environnement est propice a un changement de point de vue.

Le jeune héros (22 ans) n’a pas fini son travail de deuil (mais le termine t-on un jour ?) Il a été surtout été élevé par sa mère, à sa mort son père essais de prendre le relais, mais lui aussi est en deuil. Cette femme était le pilier de la maison jusqu’au dernier instant elle à pris en charge ses « hommes ».

Joseph le fils autiste, surtout élevé par le père, va trouver un autre système pour retrouver ses repères.

Le père essais de maintenir tout comme avant, en allant jusqu’à reproduire les recettes que sa femme notait dans son cahier. Une amie de la famille vient petit à petit le consoler.

Arnljótur, frère jumeau de Joseph, lui se retrouve père par hasard, sans vraiment prendre sa place. Ce personnage principal apparaît souvent avec le petit nom que lui donne son père Lobbi, comme un enfant.

Par moment Lobbi semble être un vieux garçon très attaché à sa maman, à d’autre un enfant. Il a un côté féminin très développé, d’ailleurs on le lui fait remarqué.

Le fort attachement à la mère est lié à la terre. Ils ont les roses comme passion commune. C’est d’ailleurs vers une roseraie mythique qu’il va se tourner pour essayer de trouver des réponses à ses questionnements existentiels.  Ce qu’on pourrait prendre pour une fuite est en fait une quête.

J’ai beaucoup aimé la partie « road movie » où le personnage principal va subir « des épreuves » comme dans un voyage initiatique.

Il va couper le cordon avec sa maison familiale, il va pour cela quitter son pays, perdre ses repères géographiques et linguistiques.

Les femmes vont l’aider. De l’hôtesse de l’air à sa fille en passant par sa voisine dans l’avion, les infirmières, l’aubergiste de la forêt, les étudiantes, la cuisinière du village, la vieille voisine et Anna.

La partie du voyage en forêt m’a fait penser au monde de l’enfance et tous les contes qui cristallisent nos angoisses : le petit poucet, Hansel et Gretel, les loups, les arbres qui prennent vie. Mais aussi la forêt peut représenter le monde féminin et ses mystères.

Il va se retrouver dans un monde « asexué », les moines vont lui permettre de se chercher, loin de la brutalité, des démonstrations de virilité et des rivalités sexuelles…

Finalement Anna va devoir prendre les devants, elle va jouer le rôle masculin et laisser le rôle « maternel ».

L’histoire ne dure que deux mois, Arnljótur n’aura le temps que d’accepter sa vraie nature.

C’est un roman qui aurait pu être un coup de cœur mais la partie dans la roseraie m’a laissait sur ma faim.

Un joli livre sur les questionnements intérieurs, tendre doux et sensible comme ses personnages.

Je le mets dans la catégorie livres « petits bonheurs ».

challe100

04/100

challenge_nordique

 5/5

Islande

article précédemment publié sur Canalblog