La maison enchantée

Agathe Sanjuan

Éditions Aux Forges de Vulcain, mars 2022, 352 p., 20 €

Mes lectures Aux Forges de Vulcain

4e de couv. :
Zoé est une jeune femme discrète. Rien ne la distingue des autres, sinon une passion dévorante pour l’art, née à l’adolescence. Montée à Paris, elle entreprend d’abord des études d’histoire de l’art, qu’elle abandonne, persuadée qu’une telle voie détruirait, à terme, son amour des images. Elle finit par trouver un apparent salut dans la collection d’estampes. Mais un jour elle est conviée à visiter une collection privée unique au monde, qui fait son admiration et sa terreur. Ce miroir tendu à son obsession lui en fait voir les dangers et la puissance.

Dans ce premier texte, roman d’éducation gothique aux accents merveilleux, l’autrice mêle une exploration du monde de l’estampe à une analyse de la folie qui anime tout collectionneur, mariant des scènes oniriques à une fine réflexion sur ce que l’art nous fait.

Mes impressions de lecture :

Est-ce que ça vous arrive de trainer pour écrire une chronique d’un livre COUP DE CŒUR  de peur de ne pas savoir partager ses émotions ? Eh bien voilà pourquoi j’ai tant tarder pour vous parler de « La maison enchantée ».

Il se trouve que dans ce roman je retrouve d’anciennes passions, celles des maisons et de la mémoire dans la fiction. Alors découvrir cette étrange aventure m’a procuré beaucoup d’émotions. La petite touche fantastique m’a rappelé des sensations ressenties dans « L’ombre du vent » de Carlos Ruiz Zafón dans cette étrange librairie. Dans « La maison enchanté » ce ne sont pas des livres mais des œuvres d’art qui vont dégager leur magie esthétique.

J’ai bien aimé le parcours suivit par Zoé de son enfance  jusqu’à son émancipation. L’élément déclencheur de son enfance qui va lui ouvrir des perspectives pour son avenir qu’elle n’aurait jamais imaginé. Elle est consciente de sa différence, même si elle essai de ne pas l’afficher, elle ne cherche pas à changer, d’une certaine façon elle assume.

Ce roman parle des rencontres qui sont fondamentales et vous conduise vers une vie singulière. C’est un peu un parcours initiatique. Zoé vient d’une famille où l’art n’a pas de place, mais quelqu’un va semer une graine qui en germant la conduira à faire des études d’art et à devenir une collectionneuse d’estampe.

L’exploration de ce monde d’artistes et de collectionneur va lui ouvrir des portes vers un monde singulier. Jusqu’à cette maison enchantée qui va bouleverser une fois de plus sa vie.

J’ai aimé la voir marcher sur le fil du rasoir entre la raison et la folie. Dans les deux cas elle est dans l’extrême. J’ai aimé l’image du funambule, et cette déambulation pas tout à fait droite…

J’ai passé mon temps à chercher des images de ce qu’elle découvre, ce qu’elle admire. Je n’ai pas forcément aimé les mêmes choses qu’elle mais j’ai pris plaisir à me laisser emporter par cet étrange fiction.

Il y a une grande richesse dans les différentes thématiques abordée mais je voudrais tant vous laisser surprendre que je préfère en rester là… Lisez-le et vous comprendrez !

Je vous invite à découvrir cet univers particulier et la belle plume narrative d’Agathe Sanjuan.

Encore une fois Elena Veillé a su trouver la couverture qu’il fallait !

Je remercie les Éditions Aux Forges de Vulcain de leur confiance et de cette belle découverte.

#marsaufeminin

Vent blanc, cavalier noir

Luke Rhinehart

Trad. Francis Guèvremont

Éditions Aux Forges de Vulcain, 3 sept 2021, 272 p., 20 €

4e de couv. :

« Je ne suis pas morte », dit-elle avec une voix douce et émerveillée.

Matari, qui s’était enfoncée dans la nuit neigeuse dans l’espoir d’y mourir, est sauvée et recueillie par Oboko, un poète et moine bouddhiste. Nous sommes au Japon, au début du dix-huitième siècle. Oboko et son ami Izzi, un poète de cour, aussi extraverti qu’Oboko est secret, s’éprennent, l’un comme l’autre, de la jeune femme, qui leur apprend que, bientôt, ils seront tous les trois rejoints, et sans doute massacrés, par le Seigneur Arishi, auquel Matari était promise, et qu’elle a fui.

Mes impressions de lecture :

J’ai découvert cet auteur il y a relativement peu de temps et je vais de surprise en surprise à chaque roman. Je ne m’attendais pas au contenu de ce roman. J’avais aimé le côté irrévérencieux, cynique, sarcastique  de ce qu’il dénonçait dans les autres romans que j’ai lu. Mais ici, dès les premières pages je me suis rendu compte que je devais tout oublier de Luke Rhinehart.

« Vent blanc, cavalier noir » est mon coup de cœur de la rentrée.

Les questionnements d’Oboko sur sa recherche du détachement qu’impose le zen, ainsi que ses difficultés à trouver la concentration nécessaires. Son deuil et l’écho de ce passé récent. Tout cela nous le rend plus humain que ce personnage d’ascète que certains voient.

La rencontre avec le deuxième acteur de ce drame est cocasse car c’est un peu comme son double inversé. Leur vision de la vie est opposée ou complémentaire selon comment on se positionne.

J’ai adoré leurs conversations. Un préambule à ce qui va se jouer ensuite.

Nous avons ensuite le décor du premier acte. Un temple désolée, délabré et abandonné où nos deux héros sont bloqués par la neige. On se dit qu’on va avoir des discussions philosophiques et poétiques pendant un laps de temps, peut-être jusqu’à mourir de faim ainsi  coupé du monde dans provisions. On sent presque que c’est ce qu’ils recherchent. L’un a mal au cœur (physique) et l’autre au cœur (émotion).

Mais voilà qu’apparait le personnage féminin et d’entrée Izzi  sait qu’Oboko a ramené le début de la fin. Une bombe a retardement. Cette apparition presque surréaliste donne une dimension supplémentaire à cette histoire.

Et effectivement dans le deuxième acte et les suivants on va se rendre compte que ce roman est la chronique d’une mort  annoncée…

Les personnages qui vont venir s’insérer dans ce drame jouent chacun un rôle  comme au théâtre.

Le drame va se déployer comme un éventail, les brins s’ouvrent et petit à petit l’image complète va nous dévoiler la fin du drame.

Nous allons suivre les différentes étapes de cette tragédie avec une fin inexorable.

Je ne vais pas vous les dévoiler mais chaque acte est soit symbolique soit inéluctable à chacun d’y voir ce qu’il ressent. C’est difficile de ne pas commenter ces scènes…. Mais chut, je me tais !

J’avais imaginé une autre fin mais elle n’avait pas le même impact, j’y avais projeté mes idées et non celles liées au zen. Je parle de Zen mais je ne connais pas vraiment.

Je ne vous ai pas parlé d’un des multiples sujets de ce roman celui de la poésie, nos deux personnages du départ son deux poètes avec des approches bien différentes. Puis la plume va être confrontée au sabre et à l’arc.

Luke Rhinehart a su me faire oublier le présent le temps de cette lecture. J’étais avec les personnages, tantôt l’un, tantôt l’autre. J’ai retrouvé la « tragédie » de la littérature japonaise qui joue avec les codes sociaux avec les personnages qui ne peuvent sortir du rôle qui leur est assigné.

Je ne peux finir dans parler de la couverture qui est juste magnifique. Bon d’accord mon avatar est une kokeshi mais cette « geisha » de dos et le choix des couleurs qui donne le ton.

On a envie de terminer ce roman pour en finir avec ce supplice de savoir comment cela va se terminer et puis après on ressent un vide, c’est déjà fini ? Les personnages sont parfois agaçants (on a envie parfois de leur donner des gifles) mais  on s’y attache.

Je remercie les Éditions Aux Forges de Vulcain de leur confiance.

Voir aussi :

L’homme-dé

Invasion

Mystères à Minuit T. 3. Le lac aux esprits

Camille Brissot

Éditions Syros, avril 2021, 214 p., 9,95 €

Mes Lectures Syros

Chronique jeunesse du Mercredi

4e de couv. :

Pourquoi Balti est-il le plus ancien fantôme de Minuit, la ville la plus hantée du monde ? 

Comment calmer le fantôme en colère qui a décidé d’effrayer les touristes du Grand Hôtel de Minuit ? Voilà une mission délicate pour Victor, Tamara et leur ami fantôme Balti… Mais il y a bien pire : le réfectoire du collège, en travaux, vient de s’effondrer. Sous les décombres se trouve une crypte secrète, qui renferme… le tombeau de Balti !

Mes impressions de lecture : coup de coeur

Nous voici dans la troisième aventure de Balti et Victor, Tamara est venue compléter le trio dans le tome 2. Chacun à sa particularité et donc son rôle dans l’histoire et la résolution du mystère.

Lorsqu’on suit une série on a toujours la crainte que la prochaine aventure soit moins excitante que la précédente et bien je vous assure que ce n’est pas le cas dans celle-ci !

Si vous me suivez vous savez que j’ai un coup de cœur pour cette série. Je vous conseille de la lire dans l’ordre car bien qu’une enquête soit complètement résolue  dans l’histoire il y a d’autres enquêtes « secondaires » celles qui vous rendent accro à une série, celle dont la résolution ferme un cycle.

Les personnages sont attachants et chacun a sa propre quête. Cependant on se rend vite compte qu’ils ne peuvent avancer qu’en conjuguant leurs talents.

Ce que j’aime dans cette série c’est que chaque personnage devient le personnage central au cours de l’histoire. Les autres personnages vont le seconder, l’accompagner et lui permettre de progresser. Une amitié qui se renforce à chaque nouvelle aventure.

Nos trois personnages vont progresser et des changements vont se produire entrainant avec eux une partie de leur entourage.

La palette d’émotion est assez vaste pour qu’on soit emporté avec les personnages dans un ascenseur émotionnel important. On s’amuse, on pleure, on rit…

J’avoue que c’est le côté drôle qui me plaît, drôle dans tous les sens du terme. C’est très visuel. A quand une version animée ? C’est bizarre dans ma tête ce n’est pas avec des acteurs réel que j’imagine mais en dessin animé. Et vous ça vous dirait ?

J’ai eu plaisir à retrouver la ville de Minuit et se habitants vivants et morts.

En parlant de ville, j’aime beaucoup la carte à l’intérieur du roman.

Ce que j’aime aussi dans cette série c’est la thématique du passage, de l’entre-deux, de l’impermanence. Il y a aussi cette notion de point de bascule avec le besoin de rétablir l’équilibre.

C’est une narration très dynamique et rythmée qui plaira aux jeunes lecteurs qui aiment la petite touche fantastique.

Vous avez vu je ne vous ai rien raconté pour garder le suspens et titiller votre curiosité de lecteur. Ah si je peux rajouter qu’on a 10 ans quand on lit l’histoire et ça fait du bien.

C’est avec impatience que j’attends la prochaine aventure !

Je remercie les Éditions Syros de leur confiance.

Qui en Parle ?

Jangelis (bientôt)

Sur ce blog vous pouvez aussi lire mes avis sur :

« Mystère à minuit. Tome1. La ville la plus hantée du monde « 

« Mystère à minuit. Tome 2 . Le cercle des sorcières »

Dune. T.1

Frank Herbert

Trad. Michel Demuth

Traduction revue et corrigée.

Éditions Robert Laffont, 2021, 627 p., 20 €

Mes lectures Robert Laffont

4e de couv. :

Voici l’épopée prodigieuse de Paul Atréides, connu comme prophète sous le nom de Paul Muad’Dib, seigneur d’Arrakis et empereur appelé à devenir le messie de Dune.
Avec le cycle de Dune, Frank Herbert a brossé une fresque immense, digne, par l’intensité dramatique et le foisonnement des personnages, des plus grands chefs-d’œuvre du roman historique classique.
On y perçoit aussi le bruit et la fureur des drames shakespeariens. Mais cette fresque ne se situe pas dans le passé. Elle se déploie dans l’avenir. Un avenir où les hommes naviguent entre les étoiles et peuplent un milliard de mondes. Parmi ces mondes, Dune, planète désertique où l’eau est plus précieuse que l’or et pour laquelle se battent les deux grandes familles des Atréides et des Harkonnen.
Car Dune produit l’Épice, drogue miracle, source de longévité et de prescience.

Mes impressions de lecture :

Me voilà partie pour Dune. Il y a quelques mois j’ai reçu le « Mook Dune », dont j’avais suivi l’aventure, où des articles de passionnés et de spécialistes de cette œuvre. Il est très intéressant et prenant. Cependant, il me manquait l’essentiel lire le texte qui est à l’origine de ces passions. Autre précision je n’ai jamais vu le film. C’est parti pour une séance découverte

Pendant des années j’ai vu les volumes de cette série et je ne me sentais pas prête à me lancer dans cette lecture. Maintenant vient le moment délicat de partager  mes impressions de lecture.

Aujourd’hui la nouvelle édition grand-format m’a attirée. Le format est agréable à tenir en main et à lire. J’ai beaucoup apprécié ce format là.

La couverture d’Aurélien Police est magnifique, on est d’entrée dans l’histoire. Elle donne une touche actuelle. Et puis c’est assorti au mook !

Cette série culte n’a pas vieilli, c’est incroyable ! L’histoire débute par Paul Atréide, c’est peut-être pour cela qu’on a envie d’être tout de suite de son côté, il incarne le bien.

C’est un roman à la troisième personne, ainsi le lecteur va d’un groupe à un autre et en sait plus que les personnages.

J’ai beaucoup aimé l’importance du monde onirique qui contribue à nous faire découvrir des facettes cachées avant qu’on découvre la version « réelle ». Ce qui aide à comprendre les alliances et les complots.

Ce qui m’a marqué d’entrée c’est l’importance de la  hiérarchie. Tout semble structuré dans ce monde. La famille, les maisons, l’empire,  comme l’architecture du palais.

La présence des jeunes gens permettent de détailler les stratégies politiques et militaires et ainsi le lecteur découvre peu à peu ce monde imaginaire. Les « réunions stratégiques » sont des moments de lecture intenses car on découvre les enjeux politiques et économiques. On apprend petit à petit la place de chacun dans les développements de la colonie. J’ai été très surprise des détails donnés et toute la bureaucratie (beaucoup de rapports, des preuves écrites, des chiffres, des livres de comptes…) qui montrent l’ancrage de la société de l’écrit face à l’oralité et les traditions.

Nous sommes dans le premier tome de la série, il est assez volumineux. C’est le socle, de solides fondations solides qui laissent présager que tout ne va se résoudre en quelques tomes.

J’ai aussi noté l’importance de la thématique des couleurs, qu’elle soit vestimentaires, corporelles ou dans le décor. L’intensité des regards, la différence entre les différentes populations que l’on note en autre à travers les yeux.

Vous imaginez bien que la thématique de «  l’eau » qui est omniprésente a été un aspect de l’histoire qui m’a passionné (thématique fétiche). Les changements de valeurs qu’elle implique dans l’évolution des Fremen par exemple.

Il est des questionnements qui sont toujours d’actualité que ce soit celui  de l’eau ou de matières rares et chères.

Une histoire très prenante qui par les différents rebondissements nous fait entrevoir de nombreuses possibilités. On n’a qu’une envie découvrir la nouvelle facette de cette histoire.

Cette lecture est une vraie surprise, alors qu’on pourrait croire que depuis le temps que j’en entends parler et  tout ce que j’ai lu concernant cette fresque je pourrais avoir l’impression de déjà vu, et bien non j’ai eu un  ressenti très fort pour ce premier tome. Un coup de cœur.

Je vais pouvoir enchaîner avec le tome 2 qui est déjà paru dans cette nouvelle version.

Je remercie les Éditions Robert Laffont de leur confiance.

A bientôt  pour le tome 2.

Capitale du sud. Tome 1 . Le sang de la cité.

Série « La tour de garde »

Guillaume Chamanadjian

Éditions aux Forges de Vulcain, 16 avril 2021, 405 p., 20 €

Mes Lectures Aux Forges de Vulcain

4e de couv.

Enfermée derrière deux murailles immenses, la Cité est une mégalopole surpeuplée, constituée de multiples duchés. Commis d’épicerie sur le port, Nox est lié depuis son enfance à la maison de la Caouane, la tortue de mer. Il partage son temps entre livraisons de vins prestigieux et sessions de poésie avec ses amis. Suite à un coup d’éclat, il hérite d’un livre de poésie qui raconte l’origine de la Cité. Très vite, Nox se rend compte que le texte fait écho à sa propre histoire. Malgré lui, il se retrouve emporté dans des enjeux politiques qui le dépassent, et confronté à la part sombre de sa ville, une cité-miroir peuplée de monstres.

Anecdotes de lecture :

Il y a quelques années j’avais aimé le concept de #U4 une série Syros/Nathan où quatre auteurs traitaient la même histoire mais chacun de son côté avec son personnage principal. Ce fut une expérience de lecture très intéressante, alors quand j’ai vu cette saga fantasy qui allait voir le jour aux Forges de Vulcain j’ai voulu tenter l’aventure.

Ce roman fait partie d’un vaste projet. Deux trilogies vont s’entremêler. Guillaume Chamanadjian situe son intrigue dans le sud et Claire Duvivier dans le nord. Je vous invite à lire l’article sur Elbakin http://www.elbakin.net/edition/26364-Aux-Forges-de-Vulcain-presente-La-Tour-de-Garde ou encore celui  sur point pop-culture : https://www.lepoint.fr/pop-culture/avec-la-tour-de-garde-une-grande-saga-de-fantasy-francaise-est-en-train-de-naitre-09-04-2021-2421436_2920.php

J’avais eu un coup de cœur pour « un long voyage de Claire Duvivier » son premier roman fantasy publié aux Forges de Vulcain.  Qu’en sera-t-il de cette saga ?

Après avoir lu l’interview sur point pop-culture je comprends  pourquoi j’étais en phase avec le texte. Nous avons des points communs dans les références littéraires, les mêmes textes inspirants !

Mes impressions de lecture :

Bon si vous me suivez sur les réseaux vous aurez compris que c’est un coup de cœur.

C’est un roman très prenant qu’on a du mal à poser tant les intrigues se croisent et tissent des liens entre les personnages.

Ce roman a tout pour me plaire : Il y a une carte bien dessinée par Daria Gatti. Oui je fais partie des lecteurs qui aiment ces cartes des pays imaginaires !

Cela se passe dans le sud (d’un pays imaginaire) et j’ai l’impression de regarder autour de moi et d’y être. Le coq sur la tour, ok, on a un coq sur le clocher du village. Le vin et la vigne on leur importance, vu que j’habite entourée de vignes et que le vin est important par ici, je coche aussi. L’olivier et la place dans notre imaginaire collectif (je suis méditerranéenne). La rivière que traverse le village et le canal du midi pas loin je visualise bien ce qui est raconté.  Le port (pas aussi grand)  aussi à moins d’une heure d’ici. La place des gourmandises culinaires aussi. Les clans, les histoires du passé, et autres guerres de pouvoir on a ce qu’il faut au niveau local. Pas aussi extrême heureusement !  du coup je me demande si pour la cité du nord de Claire Duvivier j’aurais le même déclic (mais ceci est un autre histoire !) On verra cet automne !

Bon revenons à cette Cité du Sud… Il y a sang dans le titre donc il va y avoir de l’action. Y aura-t-il  de la réflexion.. Aïe ! Les a priori sont là. C’est la que la caution « Aux Forges de Vulcain » rassure, bien que parfois ça peut aussi partir en live … Eh oui ! il va y avoir de quoi cogiter !

Bon, le jeu de la Tour de Garde  est trop complexe pour moi, aux échecs je n’ai que les bases alors là je n’ai même pas essayé de suivre… Ce que j’ai aimé par contre c’est l’idée de la représentation des différents corps de métiers et autres figures politiques. Un peu comme la représentation de la société… la thématique de la vie de la « Cité greco-latine » (j’extrapole).

Les légendes, les comptines et autres poésies ou chansons qui seraient la mémoire d’un temps passé ou parallèle cela donne des textes dans le texte très travaillés. C’est aussi une façon d’aborder le passé des personnages et de comprendre certaines zones d’ombres.

C’est aussi un roman coup de cœur, car les quatre éléments (c’est mon dada) sont omniprésents. Que ce soit l’eau avec ces travaux gigantesques avec des passages par des chemins souterrains. La terre, notamment avec l’argile du tuilier. L’air avec toute la part onirique et magique. Et enfin le feu destructeur et purificateur ?

La magie est présente alors qu’on a dans un premier temps l’impression que ce sont la mémoire et la folie qui sont le fond du sujet.

J’ai aimé la part constructive de la magie comme avec les maçons…  je vous laisse découvrir les autres pratiques.

L’auteur semble nous focaliser sur les mains. Elles façonnent, on les blesse, on les mange…

La magie aussi permet d’aborder le thème du passage. Le personnage principal est jeune, Nohamux, dit Nox, nous raconte à la première personne ce qu’il vit et ses relations avec le autres. Il va s’entourer d’autres jeunes gens qui  ont chacun une particularité et chacun va faire son expérience.

Les thèmes que j’adore sont nombreux, la famille, les livres, la transmission et le pouvoir des mots, mais je ne veux pas vous dévoiler certaines parties de l’intrigue alors je ne développerais pas plus.

Je me rends comptes que je n’ai pas développé certaines idées ou que je n’ai pas abordé certaines pour garder le mystère. J’espère avoir suffisamment titillé votre curiosité pour que vous ayez envie de découvrir cette aventure.

Misère il faut attendre la suite !

Je remercie les Éditions Aux Forges de Vulcain de leur confiance.

NB : Cet après-midi je suis allée me promener pour profiter de ma journée de repos et du soleil et aussi pour réfléchir à cette chronique. Qu’est-ce que je voulais retenir de ce roman pour vous en parler ?  Et je réalise que finalement je n’ai pas développé « l’importance des rencontres qu’on croit issues du hasard et qui en fait vont façonner vos avenir » Alors oui l’auteur crée ses personnages et les interactions qui vont former toute une histoire. Mais qu’en est-il du lecteur ? A-t-il lu ce roman juste parce qu’il était sur sa route ou c’est tout un cheminement plus lointain qui l’a conduit à cette lecture. Et qui du coup va contribuer à l’expansion du texte en le partageant avec d’autres lecteurs. Bon ce n’est pas très clair tout cela… « ça ne s’arrange pas ma pauvre fille ! »

Je vous épargne les milliards d’autres pensées que certaines lectures activent.

Merci à ceux qui sont allé au bout de cette chronique.

Grand appartement bizarre. T1 Plein de chambres à louer

Nathalie Stragier

Éditions Syros, coll. OZ, 4 mars 2021, 266 p., 9,95 €

Mes Lectures Syros

4e de couv. :

Et si vous invitiez vos amis à partager votre grand appartement ? 

Gabriel ne peut pas accepter de vendre l’appartement où il a toujours vécu, lui qui a déjà perdu ses parents. C’est Domi, sa tutrice, qui lui a annoncé la nouvelle : ils n’ont plus assez d’argent pour continuer d’y habiter. Alors Gabriel a une idée de génie : proposer à d’autres familles de venir vivre avec eux ! Mais qui pourrait bien accepter ?

Mes impressions de lecture :

Quel plaisir de retrouver cette autrice qui explore le monde des ados et leurs interactions.
J’ai adoré sa trilogie de la « fille du futur » et touchée par « transparente ». Qu’en sera-t-il de cette nouvelle série ?

La couverture du roman met en avant certaines scènes du roman. Elle nous montre des personnages souriants et dynamiques, mais vous verrez que dans le roman il y a tout ça et encore bien plus.
Nathalie Stragier va prendre des situations pas très drôles mais ce n’est pas triste. C’est touchant ou révoltant ça oui. On va suivre trois « familles » aux parcours difficiles mais différents. Trois familles de compositions différentes, trois familles qui ne se sont jamais croisé jusque là et rien ou presque ne le laisser présager.
On note que chaque enfant n’a près de lui qu’un adulte pour s’occuper d’un ou plusieurs enfants. Un équilibre fragile. Alors si un problème survient cela peut faire basculer la tranquillité nécessaire à l’évolution de l’enfant. Où trouver de l’aide pour reconstituer cet équilibre. Ici ce sont les enfants qui vont prendre les initiatives.
On a des enfants qui sont une bulle qui les isole des groupes. Gabriel n’ose pas avoir de contact avec la vie extérieure. Félix de par la précarité financière de sa famille n’ose avoir d’amis. Et Charline n’ose demander de l’aide à personne isolée dans ses responsabilités vis-à-vis de ses sœurs. Et vers qui se tourner pour ne pas déclencher les actions des services sociaux ? Ou les railleries des autres ados ? On voit par exemple que pour Rémi les préoccupations sont autres.

Ce roman plaira aux enfants (à partir de 8 ans) qui aiment découvrir des enfants dans des situations assez réelles. Le collège, la vie de famille et l’amitié.
L’humour a une place importante pour dédramatiser ces situations qui pour nos héros semble sans solutions pendant un temps. On a le choc des cultures et des « milieux sociaux ». On a les à priori face à un inconnu. Mme Dominique va voir sa vie bouleversée et ce n’est pas le bouleversement qu’elle avait prévu au début de cette aventure. La cohabitation donne lieu à des situations cocasses.
Je ne veux rien dévoiler mais la scène de Rémi découvrant la cuisine vaut sont pesant de cacahouètes ! On pense à quelque chose puisqu’on ne voit pas se qui se déroule dans la pièce et lorsqu’on suit tous les autres personnages pour voir se qui se passe on a une surprise !

Vivement le mois de juin pour connaitre les nouvelles aventures au sein de cet appartement bizarre, car Le choc des rencontres n’est pas terminé ! Mais chut je n’en dis pas plus.
Une nouvelle fois cette nouvelle collection OZ a réussi à me faire plaisir. Nathalie Stragier à mis l’accent sur le jeu de mot « ose ». Il faut oser sortir de sa zone de confort. Enfants et adultes font devoir faire des efforts pour surmonter.
J’ai dévoré la lecture en une soirée qui s’est prolongé dans la nuit puisque je suis une lectrice lente. Allez encore un chapitre, puis un autre … alors c’est difficile de faire cette chronique sans rien dévoiler…  Je n’ai qu’un mot à vous dire Lisez le !

Je remercie les Éditions Syros de leur confiance renouvelée.

NB : Domi et Gabriel sont des prénoms qui me touchent de près alors cela a donné à la lecture une touche personnelle !

Qui en parle ?

Jangelis (Bientôt)

Autres chroniques :

Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous

Ne retournez jamais chez une fille du passé et

Ne dites jamais jamais

Signe particulier : Transparente

Constellations, Éclats de vie

Sinéad Gleeson

Trad. Cécile Arnaud

Éditions de la Table Ronde, 11 fév. 2021, 296 p, 22€

4e de couv. :

J’en suis venue à me représenter tout le métal que j’ai dans le corps comme des étoiles artificielles, scintillant sous la peau, une constellation de métal neuf et vieux.

Mes impressions de lecture :

Coup de cœur pour l’écriture et la structure de ce livre.

Avant de vous parler du contenu il faut que je vous parle de la couverture. Elle est magnifique lorsqu’on a livre dans les mais et que l’on suit le tracé des ces fameuses constellations, ces sillons qui vont d’un point à l’autre. On retrouve ses représentations en début de chaque chapitre (sans le relief) et une explication à la fin.

Les titres des chapitres sont déjà une invitation à découvrir ce qu’elle veut nous raconter. « Collines bleues et os de marbre », « cheveux », « de la nature atomique des trimestres »…

Il est beaucoup question des sens que ce soit le vue (en parlant des tableaux par exemple) l’ouïe (avec la présence de la musique) le toucher (avec tout ce qui a attrait au corps), l’odorat (odeur du sang, de la naissance, de la mort), le goût …

C’est un texte à la première personne. Je l’ai lu comme un roman même si la narratrice parle d’ « essai ». Par moment on a l’impression d’une autofiction et à d’autres moment on c’est comme si elle englobait toutes les femmes. J’ai bien aimé cette sensation que la narratrice nous parle directement, nous comment son quotidien.

Chaque chapitre par d’un aspect physique et la narratrice nous entraine dans les méandres de l’esprit et de l’âme humaine. Par exemple, le corps est examiné jusqu’ la moindre petite particule, on va suivre par exemple la moindre veine vers le globule rouge et en chemin elle va raconter sa vie, ses pensées mais aussi de son pays, des femmes etc… Pour moi cela reste quand même une écriture viscérale,  elle qui prend aux tripes… Elle incise avec son scalpel les chairs et les mots ont la même fonction. Parfois le récit prend quelques pages et à d’autres moments en quelques phrases elle concentre les idées et les sensations. De l’infiniment grand à l’infiniment petit tout semble ses refléter dans le corps. On ressent parfois un détachement, une mise à distance par rapport aux événements racontés et puis d’un coup c’est comme si elle se repliait sur elle-même et le lecteur avec. C’est émouvant et sans pathos.

L’écrivaine est irlandaise, comme la narratrice, et le texte est bien ancré en Irlande. On a des références historiques, politiques et la place de la religion catholique avec tout ce que cela implique. Et puis on va vers la femme irlandaise en Irlande.

J’ai beaucoup aimé toutes références culturales et surtout picturales, elles donnent au récit un aspect encore plus visuel. Elle joue avec le visible et l’invisible.

Cet ouvrage touche des sujets qui font écho  à des choses ressenties, elle met des mots là où je ne savais pas le faire et en même temps c’est assez universel pour englober beaucoup d’être humains, « Éclats de vie ».

C’est le genre de livre qu’on pose parfois pour laisser le temps de décanter. D’autre fois les sujets sont assez durs puisqu’ils vont de la vie (et ce n’est pas le plus facile) à la mort en passant par la maladie, le deuil, alors on ne peut pas passer à autre chose.

 « Constellations, éclats de vie », m’a marqué et j’espère que vous aussi.

Je vous laisse découvrir cette plume.

Je remercie les Éditions de la Table Ronde de leur confiance.

Je tenais à publier cette chronique aujourd’hui d’une part parce que c’est le jour de sa sortie en librairie en français. Et parce que ce soir à 20 h elle va en parler au Centre Culturel Irlandais en ligne. Mais vous pourriez le lire pour le mois de la littérature irlandaise du mois de mars sur le blog « mille (et une) lecture de Maeve » !

La dixième muse

Alexandra Koszelyk

Aux Forges de Vulcain, 15 janv. 2021, 280 p., 20 €

Mes Lectures Aux Forges de Vulcain

Anecdotes de lectrice :

Au mois de mars-avril pendant le premier confinement David Meulemans, l’éditeur des Forges de Vulcain avait proposé des conversations téléphoniques avec ses auteurs et collaborateurs. J’avais apprécié la conversation qu’il avait eue avec cette autrice qui nous avait partagé ses lectures. J’avais découvert que nous avions des goûts communs en ce qui concerne la littérature.

Pour le moment pas de rencontre avec les auteurs mais dimanche 17 janvier une rencontre aura lieu sur  zoom organisée par Serial Lecteur Nyctalope.

Ce roman a réveillé des souvenirs d’une autre rencontre celle de Geneviève Dormann qui été venue à Perpignan nous présenter son roman « la gourmandise de Guillaume Apollinaire » à sa sortie en 1994. J’ai ressorti le livre…

Mes impressions de lecture : Coup de Cœur

Il y a un an, je découvrais le premier roman d’Alexandra Koszelyk « A crier dans les ruines ». Ce fut un coup de cœur, allais-je en avoir un pour le deuxième roman ? Oui car j’ai à nouveau été emportée par l’histoire et l’écriture d’Alexandra Koszelyk et son érudition.

J’ai beaucoup aimé le fils rouge de « l’arbre » dont la fibre et la sève vont tisser des liens entre le tendre Florent et le grand Apollinaire, entre le présent et le passé.

Alexandra Koszelyk joue avec ce pauvre Florent, elle va lui ouvrir les portes d’un monde très éloigné de ce qu’il connait. Il nous apparait presque comme un être effacé, transparent et elle va lui donner la chance de vivre quelque chose d’unique et ainsi de donner un autre sens à sa vie. Cette petite touche de fantastique n’est pas sans rappeler Kafka. L’univers de Guillaume Apollinaire va dévorer celui de Florent qui arrive à douter de sa santé mentale.

On a l’impression que ces deux êtres n’ont rien de commun et petit à petit on se rend compte que si. Par exemple ce syndrome de l’abandon et le rapport aux femmes.

Le roman est composé de chapitres qui nous font vivre au présent avec Florent qui perd pied petit à petit. Le monde onirique vient créer des passerelles avec se que Florent va découvrir. D’autres chapitres donnent la parole aux muses, à l’entourage de Guillaume et au poète. Des lettres, des poèmes, des extraits de journal intime… Ce qui dessine pas à pas une sorte de biographie romancée d’Apollinaire.

On va revivre les 39 ans de Guillaume Apollinaire et sa soif de vie. A croire qu’il savait qu’il allait mourir jeune et qu’il lui fallait profiter de chaque plaisir que la vie lui offrait.

Ces muses ont chacune joué un rôle différent et ont contribué à  créer des poèmes marquants. J’ai aimé comment Alexandra Koszelyk a su associer un poème à chaque moment clé qu’elle nous a raconté.

Elle utilise les rêves pour que Florent entre en communication avec ce passé, mais aussi les « signes magiques  de la vie» qui vont créer des connexions. Ces synchronicités sont crées par exemple par une image, un nom de rue, un livre, un tableau, une photo, un parfum, une lumière…

Au fur et à mesure que Florent découvre des aspects de la vie d’Apollinaire il crée un déséquilibre dans sa vie cependant il n’y a pas que ces côtés négatifs à cela. Je vous laisse découvre ses changements, ses transformations… Après quels fantômes courent-ils tous ?

Alexandra Koszelyk a su créer une atmosphère très particulière où le réel magique, le pas de côté dans l’imaginaire réveille des images fantômes. Un mélange d’amour et de manque. Il y a beaucoup d’amour dans ce roman tout en parlant l’absence de l’être aimé.

J’ai pris grand plaisir à l’évocation de la période de la Belle Époque qui va se terminer avec la première guerre mondiale qui coïncide avec la mort de Guillaume Apollinaire. On voit comment la société était entrain de changer. J’ai souris au clin d’œil à la tapisserie signée William Morris dont l’œuvre est publiée Aux Forges de Vulcain.

Ce roman m’a donné envie de me replonger dans la poésie de Guillaume Apollinaire, j’avais « alcools » sous la main.

Je vous laisse découvrir les autres facettes de ce roman et toutes les figures majoritairement féminines.

Je vous laisse découvrir ce magnifique roman et la belle plume d’Alexandra Koszelyk.

Je remercie les Éditions Aux Forges de Vulcain de leur confiance.

vulcain
kokeshi coup de coeur

Au bord de la Sandá

Gyrðir Elíasson
Traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson
Éditions de la Peuplade, 2019, 147 p, 18 €

au bord de la Sanda

4e de couv. :

Un homme vit et peint dans ses caravanes tout près de la Sandá, une rivière glaciaire aux confins de l’Islande. L’été s’achève, les tableaux s’entassent dans l’atelier, les visites sont rares et les nuits, de plus en plus froides et tranquilles. Avec en tête la biographie de Chagall ou les lettres de Van Gogh, l’artiste arpente la forêt, s’oubliant dans le courant du temps passé, que viennent interrompre les apparitions irréelles de la femme à l’imperméable rouge. Une seule chose lui importe : peindre la vérité des arbres qui l’entourent. Dans une langue vêtue de paysages, sensible aux tensions secrètes du silence, Au bord de la Sandá suit l’itinéraire d’une réflexion qui choisit l’au-revoir, laissant derrière « des années de sable, dénudées et balayées par le vent, comme un désert desséché par un hiver sans pluie ».

Ma chronique : Coup de cœur

J’ai été attiré par ce roman depuis sa sortie et c’est avec plaisir que je l’ai eu pour mon anniversaire cet été.  Je me suis dit il est court (160 p) je vais vite le dévorer. Et bien croyez le ou non j’ai pris volontairement mon temps pour le lire, des semaines ? si si… Entre les chapitres courts (parfois j’en lisais plusieurs) mon esprit vagabondait… j’allais moi aussi me promener au bord d’une rivière…
C’est un coup de cœur ! Je crois qu’il y a des livres qui entrent dans votre vie au moment adéquat et qu’ils entre en résonance avec une partie de vous.
Lorsqu’on parle de ce roman l’adjectif « contemplatif » revient à chaque fois. Oui il fait partie de cette catégorie de romans. Dans le terme contemplatif il y a l’image d’immobilité et de passivité. Pourtant dans ce roman il y a un mouvement, une volonté, une quête vers l’instant sublime où l’homme et le peintre, les deux facettes du protagoniste, seront en phase jusqu’au moment ou ils se fondront presque dans le paysage. On guette l’état de grâce.
L’homme fait un bilan de sa vie personnelle et en tant que peintre, il y a une honnêteté et une lucidité dans l’analyse des faits, jusqu’au moment où il est en accord avec lui-même.
Ce que j’ai aimé c’est de le voir en action : je pense, je vois, je fais.
En tant qu’homme il se retranche dans une solitude qui lui confère une paix intérieure. En tant que peintre on va le voir tâtonner, travailler sa technique reprendre l’aquarelle et revenir aux sources, aux origines. J’ai aimé cet aspect « work in progress ». Ces réflexions en tant que peintre se nourrissent des biographies de peintres et des lettres de Vincent Van Gogh… J’ai d’ailleurs repris mon recueil de lettres et comme lui j’en lisais quelques unes…
L’histoire se passe en Islande au bord de la Sandá, mais vous pouvez transposer l’histoire n’importe où, il faut une rivière, une forêt en dehors d’un village. Les références littéraires que Gyrðir Elíasson cite sont la plupart connues de tous. Il y a bien quelques particularités mais rien qui empêche le lecteur français de s’identifier ou de se ressentir les mêmes sensations.
Le personnage me semblait tellement réel … que j’avais l’impression de le voir, de l’entendre…

Conclusion il faut que je lise un autre roman de Gyrðir Elíasson pour voir si la magie opère une nouvelle fois ! D’ailleurs j’ai vu que son prochain roman va bientôt paraître chez la Peuplade…

peuplade
kokeshi coup de coeur

Chinatown, intérieur

Charles Yu

Trad. Aurélie Thiria-Meulemans
Éditions aux Forges de Vulcain, 28 Août 2020,  277 p., 20 €

Mes Lectures Aux Forges de Vulcain

chinatown

4e de couv :

C’est l’histoire d’un Américain d’origine asiatique qui essaie de trouver sa place dans la société américaine. Et, comme on est dans la patrie d’Hollywood, Yu raconte cette épopée sous la forme d’une quête du rôle idéal. Car le rêve de toujours du héros c’est de devenir Mister Kung Ku : il a vu la série à la télé quand il était petit, et c’est son but dans la vie. Sauf que plus il monte les échelons, plus il comprend que Mister Kung Fu n’est qu’un autre rôle qu’on veut lui coller parce qu’il est asiatique. C’est un roman high-concept écrit sous la forme d’un scénario : le héros n’est ni « je » ni « il » mais il est désigné par un « tu ». Le héros suit le script qui peint sa vie comme une série télé en mélangeant les genres : la bonne vieille série policière, avec un flic noir et une flic blanche et une grande tension amoureuse entre les deux, des scènes de kung fu, et on finit sur une superbe scène de court drama où l’Amérique se retrouve jugée pour son traitement de la communauté asiatique. Un roman virtuose, drôle et attachant : un Lala Land sauce aigre-douce.

Ma chronique : Coup de cœur

Le premier qui me dit que tous les romans de la rentrée se ressemblent je l’envoie lire celui-ci !

La couverture de « Chinatown, intérieur » donne déjà des indices sur certains aspects de l’histoire. La mise en lumière d’un masque, de type asiatique, dans le monde du cinéma. Le monde des apparences, de ce qu’on veut voir ou de ce qu’on veut nous faire voir. Les jeux de lumière vont jouer un rôle, tantôt l’un sera mis sous les projecteurs tantôt c’est autre, tout le monde court après  la « poursuite» (projecteur qui forme un rond de lumière)  alors que c’est elle qui fait sortir de l’ombre. (note à moi-même : thématique de la lumière à creuser)

Lorsque vous ouvrez le livre vous marquez un temps d’arrêt devant la typographie qui rappelle les textes écrits à la machine à écrire. Puis vient la structure, on lit « Acte I Asiat’ de service » et on se dit que c’est une pièce de théâtre… En fait c’est un roman polymorphe, protéiforme. A la limite avec un OLNI (objet littéraire non identifié ».  On a des citations, des listes, des textes succincts avant d’entrer dans la narration et les dialogues. J’ai bien aimé ses commentaires sur d’autres « séries » Tv… De nombreuses mise en abîmes, une histoire dans l’histoire (sortes de poupées russes).

Puis vient la narration à la deuxième personne du singulier. « Tu » ne s’adresse pas au lecteur, c’est plutôt un dialogue intérieur du narrateur avec lui-même, de celui qui écrit à celui qui  a vécu dans sa chair (et vice versa). C’est un roman viscéral, j’entends par là qu’il fait souvent référence au corps. Le corps en tant qu’enveloppe avec sa couleur et ce que cela implique mais aussi le corps qui a faim, le corps qu’on martyrise, qui vit et qui meurt, un corps de qui on exige beaucoup. Il y a des moments très touchants que le narrateur balaie d’un geste comme pour ne pas s’attarder sur le sujet, pas de pathos.

Le texte fait penser à un document pour un film, dans la quatrième de couverture parle de scénario, il me semble que c’est bien plus que cela car il y a des commentaires, des notes pour rejouer son film intérieur, personnel, sa vie revue avec un autre regard qui créent une sorte de mise à distance.

Lorsque je lisais les différents types de rôles cinématographiques qui incombent aux acteurs asiatiques de Chinatown. Ils font partie de la mémoire collective (de ma génération ?). Je l’ai ai visualisés car je suis revue en train de regarder ces films qui ont bercé mon enfance et adolescence. A la Tv on avait droit régulièrement à tous les épisodes de « Kung fu » avec David Carradine. Tous les étés j’allais dans le même village, dans le même cinéma de village espagnol et on nous repassait les Bruce Lee et autres films du même genre. Et moi aussi petite fille blanche gringalette, souple comme un verre de lampe,  j’étais le petit scarabée,  je voulais devenir moine Shaolin.

La narration va nous raconter la vie du narrateur, de sa famille mais aussi de tous ceux qui l’entourent dans son immeuble et forment une micro société. On a des zooms arrière et des zooms avant, des travelings… La thématique de la famille est omniprésente.

On retrouve dans ce roman ce côté « work in progress »  qui est une des caractéristiques de l’œuvre de Charles Yu (si je m’écoutais mes chroniques auraient plus de digressions, c’est peut-être pour ça que je me retrouve dans les romans et nouvelles de Charles Yu !). J’aime cette façon d’écrire qui demande au lecteur d’être actif. On n’est pas dans la linéarité on a les petites cellules grises qui entrent en action, et font appel à la pensée en arborescence. Une idée en appelant une autre tout en gardant la ligne directrice pour atteindre la canopée.

Charles Yu tisse une grande toile. C’est un roman très visuel mais qui fait réfléchir sur la condition humaine. On finit par chercher comment positionner sa caméra intérieure.

Par moment je transposais l’histoire à d’autres communautés, d’autres histoires… mutatis mutandis!

« Chinatown, intérieur » est un roman avec différents niveaux de lecture. Chaque lecteur s’attachera à une façon de raconter une histoire. Vous n’avez rien compris à ce que je vous ai raconté ? Le mieux c’est de lire le roman !!!

Ce roman est un coup de cœur pour tout ce que j’ai dit et ce que je n’ai pas dit…

Je remercie Les Éditions Aux Forges de Vulcain de leur confiance.

vulcain
kokeshi coup de coeur