Jusque dans la terre

Sue Rainsford

Trad. Francis de Guévremont

Éditions Aux Forges de Vulcain, sept 2022, 213 p., 20 €

Mes lectures Aux Forges de Vulcain

Rentrée Littéraire Automne 2022

4e de couv. :
Ada vit avec son père dans une clairière, en bordure d’une forêt, non loin de la ville. Ils passent leur temps à soigner les habitants qui leur confient leurs maux et leurs corps, malgré la frayeur que ces deux êtres sauvages leur inspirent parfois. Un jour, Ada s’éprend de Samson, un de ces habitants. Cette passion, bien vite, suscite le dépit voire la colère du père de la jeune fille et de certains villageois. L’adolescente se retrouve déchirée par un conflit de loyauté entre son héritage vénéneux et cet élan destructeur qui l’emmène loin de tout ce qu’elle a connu.
Roman lyrique, inquiétant, roman de l’émancipation autant que roman du désir souverain, Jusque dans la terre a été salué comme la naissance d’une romancière à l’imagination terrifiante, peuplée de sorcières et de monstres.

Anecdotes de lectrice :

Lorsque je reçois un livre, j’aime bien faire une ou des photos en rapport avec la couverture ou le sujet pour les réseaux sociaux et aussi pour m’amuser. En voyant la couverture, j’ai tout de suite eu l’idée de photos. Cependant ce n’est qu’une fois le livre en main que j’ai voulu aller faire la fameuse photos avec l’arbre aux racines visibles pas très loin de chez moi. J’habite un coin assez sec… eh bien figurez-vous qu’au moment où j’ai choisi d’aller faire les fameuses photos il s’est mis à pleuvoir, pas longtemps mais je me suis dit c’est un signe. La pluie ici ne dure pas donc j’ai fait les photos dès qu’il y a eu une éclaircie. quelques jours après, j’ai eu envie de faire une autre photo avec de la terre et rebelote j’ai dû attendre que l’averse passe. J’étais dans les conditions du livre avec cette terre mouillée…

Mes impressions de lecture :

« Étrange étrangeté », c’est l’expression qui m’est rapidement venu à l’esprit. Je ne suis pas prête d’oublier ce roman, j’y suis entrée comme en terre connue. Il est original et singulier et pourtant j’avais une sensation de continuité. D’autres lectures sont venues nourrir cette histoire. Comme cette ambiance parfois glauque ou gothique. Bien sûr l’influences de mes dernières lectures « Sorrowland » de Rivers Solomon, « Blackwaters » de Mickael McDowell entre autre dans « Le soldat désaccordé » de Gilles Marchand on a les tranchées de la première guerre mondiales qui font écho avec le thème de l’enfouissement.

Par moment on pense aussi à Mary Shelley et sa créature , « Frankestein » , ou E.T.A. Hoffman et son conte « l’homme se sable »… Vous l’aurez compris c’est la littérature fantastique et les romans gothique qui me sont revenus en mémoire.

De l’importance d’une couverture de livre… J’ai bien aimé cette image de racines qui s’enfoncent profondément, cet espace souterrain source d’énergie.

Mais penchons nous sur le texte lui même, des chapitres courts à la première personne, des chapitres « témoignages » aussi à la première personne mais d’autres narrateurs, leur nom apparaît dans l’intitulé du chapitre, donc pas de soucis de repérage.

Dans un premier temps, on présume qu’on va partir sur un procès ou une chasse aux sorcières, avec les « témoignages » des « cures » (ceux qui viennent se faire soigner) que l’autrice insèrent au fur et à mesure entre les chapitres, avec des Ada par-ci des Ada par-là… Il est beaucoup de question de femmes et de féminité… Je vous laisse découvrir… Pour la petite anecdote : dans les liens entre mes lectures on peut rajouter le prénom Ada…personnage de « Ces liens qui nous enchaînent » de Kent Haruf, une fille Edith est liée à son père et à sa terre et ne peux vivre son grand amour.

Les séances de soins sont fortes et prenantes, cette plongée dans les corps des scènes puissantes. On a la thématique de la pénétration et de la dévoration. Le retour à la terre pour ce ressourcer, renaître…

C’est un roman tellement fort que j’ai ressenti parfois l’impression de me retrouver dans cette terre qui aspire les corps et les maux. Sue Rainsford a su donner vie à la matière, on sent l’odeur de la terre (tantôt sèche, tantôt mouillée) on ressent la texture. C’est un roman très visuel et sensoriel.

C’est un roman avec plusieurs niveaux de lecture. On a aussi le rapport père-fille, créateur et créature/création. De plus le père porte en lui une part de mystère et d’animalité qui le rend encore plus inquiétant quant à ses réactions. On a la jeune fille qui découvre le désir, et l’amour pour quelqu’un d’autre que son père. C’est le grain de sable qui va enrayer la machine.

L’arrivée de ce personnage, assez spécial, va briser le noyau père-fille. Samson ne pouvait qu’avoir une particularité pour être attiré par une jeune fille mystérieuse et différente. Ada en voulant s’émanciper va faire des choix sans anticiper les conséquences. Et c’est très intéressant de voir comment Sue Rainsford a su transposer cette histoire de fille qui veut vivre sa vie de femme sans le consentement de son père dans cet univers singulier.

Quant est-il du temps ? On ne sait pas à quelle époque cela se déroule, on sait juste que Samson à un « camion ». Quant à la durée de l’aventure elle est assez brève même si on a des références à des événements passés. Pour ce qui est de la météo on va avoir l’été caniculaire et des périodes très pluvieuses.

Le lieu c’est assez vague, une maison isolée avec un jardin et une rivière pas très loin. On a des mouvements entre la maison et cette rivière. Ada passe de la terre à l’eau en passant par l’amour…

Car c’est aussi cela ce roman est une histoire d’amour à la vie à la mort, mais on n’est loin de la romance. Cette thématique rejoint aussi mes dernières lectures, des amours intenses.

Je vous laisse découvrir cet univers singulier qui a quelque chose de magnétique qui fascine le lecteur jusqu’à la conclusion.

Ce roman pourra intégrer des challenges autour de Halloween !

Je remercie les Éditions Aux Forges de Vulcain de leur confiance.