Il n’y a pas de passé simple

François-Henri Soulié

Éditions du Masque, 2016, 392 p., 7,90 €

4e de couv. :

Journaliste stagiaire au Courrier du Sud-Ouest , le jeune Skander Corsaro réalise un reportage culturel sur l’abbaye cistercienne de Morlan. Quarante-huit heures après la parution de son article, un cadavre est retrouvé au pied d’un échafaudage, dans la grande nef.
Skander Corsaro est alors pris dans un engrenage infernal dont le premier rouage remonte à l’Occupation nazie… À moins que tout n’ait commencé encore bien plus tôt, en 1789, par l’assassinat du dernier prieur de l’abbaye ? Peut-être que Blb, le poisson jaune de Skander, connaît la solution. Ce serait tellement rassurant si les poissons savaient tout comme dans la chanson d’Iggy Pop…

Mes impressions de lecture :

Je connaissais le nom cet auteur pour  « Angelus » et « Magnificat » qui se déroulent dans ma région et qui sont dans ma PAL. L’auteur m’a dédicacé « Angelus » au festival Aventure et Polar du Barcarès au mois de juin et en discutant avec lui il m’a dit qu’il avait écrit d’autres séries dont une policière avec un jeune journaliste. Je ne sais plus quel terme il a choisi mais je me suis dit tiens du cosy mystery. Il ne lui restait plus la première enquête. Ce n’est pas tombé dans l’oreille d’une sourde et depuis je me suis acheté « Il n’y a pas de passé simple »… et maintenant que je l’ai lu il me faut les autres titres « un futur plus que parfait », « le présent n’a plus de temps », « impératif imprévu »…

Je suis très sensible aux titres des romans et les titres de cette série me plaisent beaucoup, le jeu de mot est tout un programme. Il donne le ton et résume bien l’intrigue.

Dès le titre on a la thématique du temps qui va jouer un rôle primordial puisque vont intervenir dans notre présent des histoires du passé. A commencer par la moto du jeune héros une Morini 69, le point de départ du mystère une abbaye cistercienne… et je vous laisse découvrir le temps dans les intrigues.

L’autre thématique est celle des fantômes du passé. Ils vont surgir dans la vie du jeune héros et perturber sa vie. Il va faire de drôles d’expériences qui vont le tournebouler un peu.

Le personnage principal est un journaliste stagiaire, on pense tout de suite à Rouletabille, d’ailleurs le narrateur y fait référence aussi. Il est bien entouré et il va faire des rencontres marquantes. Il y a un côté roman de formation avec ce personnage qui va devoir affronter des épreuves pour mieux se connaître. La thématique de la famille vient s’ajouter à ce personnage de père inconnu. Je vous laisse découvrir sa mère !

L’intrigue va mener notre jeune héros sur de drôles de chemins. De la page culture, on va passer à la page fait divers…

Nous avons d’autres sujets comme la religion, la politique et le sexe…

J’ai passé un bon moment avec des personnages touchants ou abjects.

Roman policier très prenant avec toutes ses intrigues qui composent un ensemble très intéressant.

Il y a aussi une touche humoristique qui me plait bien.

Je vous laisse découvrir ce qui se cache derrière  ce passé pas si simple.

Écrire c’est respirer

Susie Morgenstern

Éditions Le Robert, coll secrets d’écriture, mai 2022 , 175 p., 14,50 €

Masse critique Babelio / Le Robert

4e de couv. :

« Écrire c’est de l’archéologie intime. On fouille avec le stylo à la recherche de soi-même. On plonge dans les profondeurs d’une mer inconnue pour pêcher des poissons qui nagent à l’intérieur de nous. C’est la mine qu’on descend pour chercher l’or. C’est la cave à vieilles bouteilles de vin. C’est un chemin de pèlerinage, la chasse aux trésors, l’éternelle quête de soi-même. »

Mes impressions de lecture :

Susie Morgenstern est une autrice incontournable de la littérature jeunesse. Je ne connais pas ses roman pour adulte mais comme on peut le voir sur son site ses livres sont pour les 0-120 ans. J’aime beaucoup c’est romans (je ne les ai pas tous lu loin de là), dans cet ouvrage elle apparait comme une personne passionnée et très intéressante.

Cet ouvrage s’adresse à ceux qui veulent connaître mieux l’autrice et son travail d’écriture, ainsi qu’à ceux qui veulent des conseils d’écriture. Elle ne va pas vous donner des solutions pour publier vos histoires, le but c’est de partager des idées.

J’ai beaucoup aimé le fait qu’elle parte de son expérience d’écriture pour emmener dans son sillage les amateurs d’ateliers d’écriture. On est dans du concret.

C’est un livre très stimulant pour ce lancer dans une « routine » d’écriture. Les ateliers, exercices proposés vont de la liste d’idées à des conseils plus poussés, dans le but de stimuler l’acte créatif.

On découvre aussi derrière l’écrivaine la femme, son parcours, son quotidien, ses questionnements, ses motivations. Ce que j’ai retenu c’est le plaisir d’écrire, de créer.

J’ai trouvé amusant de me reconnaître dans certaines situations, même si cela ne fait pas de moi une écrivaine. Je vous rassure je ne suis pas prête à publier…

Ce que je retiens (et que j’ai déjà trouvé dans d’autres ouvrages sur l’écriture) c’est la notion de régularité dans l’acte d’écrire et écrire pour écrire avant d’écrire pour publier.

Ce livre est un livre à garder près de soi pour s’inspirer des 41 ateliers qui vous permettrons d’avancer dans la routine d’écriture.

Et vous êtes vous prêts à écrire ?

Je remercie Babelio et les Éditions Le Robert de leur confiance

La collection « Secrets d’écriture » montre plusieurs facette de l’écriture en fonction des auteurs.

Sur cette thématique sur ce blog :

« Lettres à un jeune auteur » Colum McCann

« Écrire son premier roman en dix minutes par jour » David  Meulemans

« Écrire de la fiction Comment écrire de la fiction ? Rêver, construire, terminer ses histoires» Lionel Davoust

« J’écris des histoires »  Louie Stowell & Jane Chisholm

« Le livre du petit écrivain » Daynes Katie

« Mon carnet d’écrivain » Ruth Brocklehurst

La forêt ivre

Gerald Durrell

trad Mariel Sinoir révisé par Leila Colombier

Éditions de la Table Ronde, Hors collection, juin 2022, 252 p., 14,50 €

Mes lectures de la Table Ronde

4e de couv. :

Publié en 1956, La Forêt ivre est l’un des premiers livres de Gerald Durrell, qui retrace le voyage du naturaliste-écrivain et de sa femme en Argentine puis dans la forêt du Chaco, au cœur du Paraguay. Après plusieurs mois à observer, capturer et soigner des espèces rares d’animaux, après les défaillances des compagnies aériennes, les nuées de moustiques et autres coups de bec assassins, une révolution les forcera à quitter le pays. Déconvenue qui n’enlève rien à l’aventure, rapportée avec tout le charme et la drôlerie dont Gerald Durrell continuera de faire preuve au fil de son œuvre.

Mes impressions de lecture :

J’avais bien aimé « ma famille et mes animaux » le tome 1 de la trilogie de Corfou alors quand on m’a proposé « la forêt ivre » j’ai eu envie de découvrir cette aventure.

Le titre et la couverture nous plonge dans l’ambiance de ce roman. On y voit Gérald et Jacquie.

C’est un récit dépaysant l’Argentine, le Paraguay… en 1954 c’était toute une autre époque. On suit les mésaventures de l’auteur-narrateur. Il a une façon drôle de présenter les choses. J’aime bien parce qu’il ne se mets pas en avant. « Je peux dire (sans vanité, puisque je n’y suis pour rien) qu’à son arrivée en Angleterre Cai dépassait en force et en beauté tous les douroucoulis des autres zoo. »

Lui et son équipe vont rencontrer des personnages hauts en couleur à chaque étape de ce voyage. Que ce soit l’interprète qui ne pense qu’à dormir, la mère maquerelle qui leur sert de « gouvernante », le menuisier qui semblait vouloir tuer les clous et tant d’autres…

Les moyens de transports sont très exotiques il y a le vieux coucou qui effraie l’interprète (en particulier), l’autovia : des rails étroits et délabrés avec deux vieilles Ford au milieu du Chaco une sorte de marécage…

L’exotisme c’est aussi le vocabulaire local j’ai découvert « el palo borracho » .

Le seul Hic cette expédition a pour but de collecter des animaux pour les zoos, il faut se remettre dans le contexte de l’époque. Ils s’occupent bien des animaux. J’ai appris des choses à travers les anecdotes que Gerald nous raconte. En fin de volume il y a un message de la fondation Durrell et de ce qu’ils font pour la préservation de la faune. http://www.durell.org

Ce n’est pas un voyage de tout repos pour ces collectionneurs d’animaux.

Un très bon moment de lecture.

Je vous laisse découvrir les multiples péripéties auxquelles ils vont être confrontés.

Je remercie les Éditions de la Table Ronde de leur confiance.

Challenge 15 k #17. Les mystérieuses cités d’or ; un livre d’aventures, de voyage

Challenge VLEEL « un livre qui invite au voyage et aux vacances »

Challenge #payetonslip

Réexposition

Un paysage unique envisagé 99 fois

David Samblanet

Éditions Photœil, coll. Un manteau d’image, 2020, 122 p., 25,32 €

David Samblanet

4 e de couv. :

Réexposition : un paysage unique envisagé 99 fois.Ce livre est le résultat d’une rencontre sidérante entre le cirque de Viviès et le photographe David Samblanet. La contrainte était de décliner un même paysage photographiquement 99 fois, en référence au livre singulier « Exercices de style » de Raymond Queneau qui raconte 99 fois la même histoire, mais dans un style à chaque fois différent. Le titre « Réexposition » vient des compositeurs classiques qui utilisaient la structure « forme-sonate » pour le premier mouvement de leurs œuvres musicales. Cette structure comportait l’exposition, le développement et la réexposition : c’était entendre à nouveau ce qui était présenté dans l’exposition sous des aspects identiques ou voisins

Neuf textes correspondants à neuf personnages, seront présents toutes les onze réexpositions. Si vous souhaitez les lire, il vous suffira simplement de scanner les « QR code » avec votre téléphone. La répétition du même paysage, appelé le cirque de Viviès, à Saint-Laurent de la Cabrerisse, proche dans sa composition de l’origine du Monde de Gustave Courbet, du point de vue de l’artiste, deviendra obstinément un prétexte à une construction mnémonique. C’est à l’aide des mots qu’il trouvera un passage.

Mes impressions de lecture :

Je connaissais David Samblanet avant de savoir qu’il était photographe. Nous avions parlé de littérature et autres sujets plus quotidiens. Il vit dans un village à côté de chez moi et nous avons une amie en commun qui a su mettre en avant le travail de David. Une exposition était prévue en juin 2020 dans la médiathèque où je travaille, mais les événements en ont décidé autrement. Nous avons pu la mettre en place pour juin et juillet 2022.

Une chose c’est voir les photos sur le site de l’artiste une autre de les voir face à vous en 1×1 m, 10 photos. C’est un travail qui surprend par les formes qu’elle prend. La démarche artistique est fort intéressante. Voir un espace naturel qui nous est familier prendre des formes aussi étranges il faut faire la démarche de se plonger dans cet imaginaire.

Les photos sont numérotées mais n’ont pas de nom contrairement à Queneau qui annonçait le titre de l’exercice. Ici le photographe laisse le « spectateur » se projeter émotionnellement ou mentalement. J’avoue avoir un faible pour #88. Certaines on un effet hypnotiques comme si on plongeait dans une autre dimension. Des sphères argentées, d’autres translucides ou d’autres objets étranges viennent se superposer au paysage. Tantôt David Samblanet joue avec les couleurs et les déformations, tantôt on voit le paysage voler en éclat… laissant l’observateur interpréter son ressenti.

Comme je disais, l’exposition est constituée de 10 grandes photos, pour avoir les 99 photos, il faut feuilleter le livre ( format ≃ 22×22). Vous savez que je suis une amatrice de livres donc toutes les excuses sont bonnes pour avoir le livre dédicacé et customisé par l’artiste.

Dans un avant propos l’auteur nous explique le pourquoi et le comment accéder à ses textes. En effet le photographe a inclus des textes pour certaines photos, mais il a choisi d’utiliser des QRcod pour les lire, il faut vivre avec son temps,  par pudeur puisque ce sont des personnes qui les lui ont inspiré. Je trouve l’idée très intéressante car on feuillète un « album photo » avec toutes ses variantes sans que le regard soit perturbé par du texte. D’autant qu’il n’y a que 9 textes et  99 photos.

Ces neuf textes qui abordent le thème de l’origine, la pédophilie, des traumatismes de la guerre, souvenirs de rencontres marquantes, voyages… et il y a les textes en suspend qui attendent le moment où l’auteur sera près à les dévoiler. C’est comme si l’auteur se donnait la possibilité de faire évoluer ses textes et pourquoi ne pas en créer d’autres.

Ce livre « d’images » nous invite aussi à nous plonger dans ses paysages modifiés et comme le dit l’auteur « Il regardait le paysage comme un horizon et il songeait… » Voilà qui pourrait donner lieu à des ateliers d’écriture (d’ailleurs il me semble que lors d’une expo ce fut proposé).

Et vous que vous inspirent  ces photos ?  ICI

Je ne vais pas analyser ces photos, c’est un exercice que je ne maîtrise pas du tout.

Je vous laisse découvrir le travail photographique de David Samblanet et les lieux de ses expositions.

NB : pour la petite anecdote, je suis arrivée dans ce village il y a 9 ans et je n’ai toujours pas fait cette randonnée, quelque chose me freine… Je ne connais donc que la partie extérieure… David y voit l’origine du monde à la Courbet et moi un lieu étouffant… mon côté claustrophobe resurgit.

Challenge VLEEL « un livre qui « ouvre mes horizons littéraires »

Padania blues

Nadia Busato

Trad. : Karine Degliame-O’Keeffe

Éditions de la Table Ronde, 2022, 269 p., 22 €

Mes Lectures de la Table Ronde

4e de couv. :

Barbie travaille au salon Hair&Beauty d’Ogno, petite ville de la vallée du Pô perdue au milieu des champs et des usines, où elle est née et a grandi.
Quand Barbie regarde sa mère, elle lui en veut de baisser la tête et d’accepter sans rien dire le retour de son mari après deux ans d’absence. Quand Barbie regarde son père, elle voit un raté scotché devant les interviews du président de la Ligue du Nord. Quand Barbie traverse la nationale perchée sur ses talons, elle s’imagine assistante d’un présentateur télé, ou mariée à un footballeur. Quand Barbie regarde le photographe avec qui elle a couché, elle voit son ticket d’entrée dans le milieu de la mode. Et quand elle se regarde dans le miroir, elle se rappelle ses ambitions. Elle sait se mettre en valeur et saura obtenir des hommes qu’ils l’amènent là où elle veut arriver : loin d’Ogno. Tout ce qui lui manque, c’est de quoi se payer une belle paire de seins.
Alors, quand Barbie regarde le bidon d’essence qu’elle a entre les mains, elle ne voit pas le drame qui approche : elle voit s’ouvrir la porte de sortie.

Nadia Busato, s’emparant d’un fait divers aussi tragique que déroutant, dresse le portrait d’une jeune femme d’aujourd’hui, dont la vision du bonheur se situe à l’exact opposé de sa réalité.

Mes impressions de lecture :

Nadia Busato nous parle de l’Italie d’aujourd’hui mais on pourrait y voir des jeunes gens de n’importe quel pays du moment qu’ils sont en province et qui rêve d’une autre vie que celle de leur lieu de naissance.

L’aspect politico-économique est très intéressant par que cela met en place la toile de fond de cette région de ltalie.

Il y a Barbie et il y a Maicol, le choix des prénoms est déjà un reflet de l’importance de la TV dans la vie des gens. Le culte de la célébrité…

Le culte du corps aussi lorsque c’est le seul atout qu’ils ont. La quête de la perfection esthétique, le corps comme dont on sert pour atteindre son but, le corps dont se servent les autres… pour assouvir des désirs et comme marche pied vers un autre univers.

Ce roman qui se déroule en 2011 avec l’avènement de la TV réalité en plein marasme économique… On n’est pas encore dans le monde des influenceurs (et écoles d’influenceurs… si si ça existe).

Nadia Busato joue avec l’idée de naïveté, quelque soit leur âge, ses personnages qui connaissent pourtant la triste réalité sont suffisamment naïf pour avoir encore des illusions.

En parlant d’illusion, on est dans le monde des apparences, des trompes l’œil et des faux espoirs. Comme s’il suffisait par exemple qu’on ne nomme pas certains actes de prostitution pour que ce soit moins sordide.

Ce qui m’a attiré mon attention dans ce roman c’est la place des « portes », par exemple les portes que l’on ferme pour que les drames familiaux restent dans la sphère privée alors qu’on sait que c’est déjà sur la place publique, par exemple Thérésa et Fausto. C’est la porte que l’ex-amant claque pour fermer le clapé de l’amant quitté. C’est le portail fermé pour bien marquer les territoires. C’est la porte de la réserve du salon de coiffure que Barbie ferme sur son agresseur, C’est la porte du salon que Maicol ouvre pour découvrir le carnage… c’est la porte que l’on ferme pour simuler une effraction etc.

J’ai bien aimé comment Nadia joue avec le temps. Il y a bien sûr cette sorte de compte à rebours avec un an avant »  « un mois avant » «  une semaine avant », mais il y a aussi dans la construction de la narration. Elle raconte un évènement  en quelques paragraphes, puis elle raconte la suite. Quand elle finit de tricoter son récit hop elle défait tout et reprend en allant chercher plus profondément les tenants et les aboutissants de ce qui s’est passé. C’est surprenant parce qu’on se dit «elle a déjà raconté de truc » à oui mais là c’est plus complexe.

Je remercie les Éditions de la Table Ronde de leur confiance.

Challenge #payetonslip

Challenge 15 K #22.Deux papas

Sorrowland

Rivers Solomon

Trad. Francis de Guévremont

Éditions Aux Forges de Vulcain, 2022, 510 p., 20 €

Mes Lectures aux Forges de Vulcain

4e de cou. :
Vern est enceinte de sept mois et décide de s’échapper de la secte où elle a été élevée. Cachée dans une forêt, elle donne naissance à des jumeaux, et prévoit de les élever loin de l’influence du monde extérieur. Mais, même dans la forêt, Vern reste une proie. Forcée de se battre contre la communauté qui refuse son départ, elle montre une brutalité terrifiante, résultat de changements inexplicables et étranges que son corps traverse. Pour comprendre sa métamorphose et protéger sa petite famille, Vern doit affronter le passé…

Mes impressions de lecture :

J’ai découvert l’écriture de Rivers Solomon avec « Les Abysses » qui m’avait emporté dans son univers aquatique. Lorsque j’ai lu la quatrième de couverture de ce roman je me suis dit qu’après l’élément aquatique nous allions plonger dans la terre. Terre nourricière ou sépulcrale ? Mais rien n’est aussi simple, il y a tant de possibles.

On va suivre les différentes étapes de ce parcours de vie bien singulier. On la voit combattre ses vieux démons. Comment vivre librement lorsqu’on vous a été programmé physiquement et mentalement ?

Quel est ce lieu appelé le Domaine béni pays Caïn ? Au début on voit se dessiner un univers  autour du révérend Sherman où vivent des afro-américains loin du monde corrompu des blancs. On imagine bien le concept à l’américaine, avec toutes sortes d’idées pour maintenir sa communauté sous sa coupe. Cependant, plus on avance, plus Vern soulève des voiles. Plus elle s’enfonce dans la forêt et la terre plus elle se « purifie » plus on découvre la corruption et la maltraitance.

Dans un premier temps on a l’impression qu’elle retourne à la vie primitive, dans le rôle de la mère et ses enfants, où son instinct lui dictera la voie à suivre et plus on découvre des facettes très étranges. Au fur et à mesure que le temps, elle va faire des rencontres qui vont lui permettre de révéler sa véritable nature et les autres façons de voir le monde.

Le roman devient de plus en plus complexe au fur et à mesure que Rivers Solomon développe certaines idées en fonction du rôle de ses personnages. Amitié, amour et soif de liberté, sortir du moule dans lequel la société essai façonner les êtres humains.

Les univers de Rivers Solomons sont vastes et très riches. Bien que très différents pourtant retrouvé des points communs entre « Abysses » et « Sorrowland » comme deux facettes d’un diptyque. Je n’en dis pas plus pour ne pas vous influencer car c’est peut-être moi qui tisse des liens invisibles.

Roman très intéressant qui fait écho à l’actualité tout en jouant avec l’imaginaire et la fiction. J’ai hâte de découvrir son prochain roman pour voir vers quels confins de l’âme humaine Rivers Solomon va nous emmener.

Je vous invite à vous aventurer dans une autre Amérique que celle que l’on nous sert habituellement.

« Sorrowland » est un roman qui demande aux lecteurs de se poser les bonnes questions sur la société que l’on souhaite avoir.

NB : j’ai adoré en particulier les références à Ursula K. Le Guin.

Je remercie les Éditions Aux Forges de Vulcain de leur confiance.

Challenge 15 K #22.Deux papas

#paye ton slip

Challenge VLEEL

Songe à la douceur

Clémentine Beauvais

Sarbacane, Coll. Exprim’, 2016, 243 p., 15,50 €

Challenge 15 K

4e de couv. :

Quand Tatiana rencontre Eugène, elle a 14 ans, il en a 17 ; c’est l’été, et il n’a rien d’autre à faire que de lui parler. Il est sûr de lui, charmant, et plein d’ennui, et elle timide, idéaliste et romantique. Inévitablement, elle tombe amoureuse de lui, et lui, semblerait-il… aussi. Alors elle lui écrit une lettre ; il la rejette, pour de mauvaises raisons peut-être. Et puis un drame les sépare pour de bon. Dix ans plus tard, ils se retrouvent par hasard. Tatiana s’est affirmée, elle est mûre et confiante ; Eugène s’aperçoit, maintenant, qu’il la lui faut absolument. Mais est-ce qu’elle veut encore de lui ? Songe à la douceur, c’est l’histoire de ces deux histoires d’un amour absolu et déphasé – l’un adolescent, l’autre jeune adulte – et de ce que dix ans à ce moment-là d’une vie peuvent changer. Une double histoire d’amour inspirée des deux Eugène Onéguine de Pouchkine et de Tchaikovsky – et donc écrite en vers, pour en garder la poésie.

Mes impressions de lecture :

Cet été je participe à plusieurs challenges et dans l’un d’eux il me fallait trouver un livre avec une construction spéciale, j’ai tout de suite pensé à ce roman. Ce roman je l’ai depuis longtemps mais justement sa structure particulière m’a perturbée lorsque j’ai voulu le lire la première fois. J’ai lu plusieurs albums jeunesse  écrits par Clémentine Beauvais dont « lettres à mon hélicoptêtre » et j’aime beaucoup l’aspect poétique qui fait sa particularité.

La composition de se roman demande un peu de concentration pour entrer dans la narration. On a le personnage qui raconte, on a la voix « off » de ces pensées et visuellement cela ne saute pas aux yeux puisque le texte ressemble à un poème. Mais une fois qu’on est entré dans l’histoire on se laisse emporter par la narration au présent, les souvenirs et tous les questionnements des personnages.

On a d’une part cette histoire de premier amour Tatiana aime Eugène mais 10 ans après ils se retrouvent par hasard et on se pose des questions sur ce qui s’est passé dans leur adolescence puisqu’ils se sont perdus de vu. Nous allons donc suivre ce qui a eu lieu 10 ans,  avec une montée émotionnelle puisqu’on comprend que quelque chose de grave est arrivé.

D’autre part on voit nos jeunes adultes qui refont connaissance et qui ressentent des choses l’un pour l’autre, jusqu’où cela les mènera. On a une sorte de ballet amoureux qui se met en place. Un pas en avant deux pas en arrière ou le contraire.

Opération à cœur ouvert sur les drames passés et sur les possibilités à venir avec des variations d’intensités émotionnelles.

J’ai bien aimé le côté humoristique des échanges. Avec ces voix off de ce que pensent les personnages, des monologues intérieurs,  et les mots qui sortent de leurs bouches, les changements entre les messages texto/mails qu’ils voudraient écrire et ceux qu’ils envoient. Ce n’est pas qu’ils ne soient pas sincères mais il y a l’autocensure/ protection  qui se met en place avec l’âge.

Roman singulier très émouvant et une écriture très poétique.

Challenge 15K #23 McGyver Lire un livre avec une construction originale, particulière.

Challenge  #payetonslip

Grand appartement bizarre. T4 Catastrophe une lettre d’amour

Auteur.rice.s : Nathalie Stragier

Illustration : Clémence Penicaud

Éditions Syros, Coll. OZ, juin 2022, 229 p., 9,95 €

Chronique jeunesse du mercredi

4e de couv :

Qui est amoureux, dans le grand appartement bizarre ? 

Catastrophe, une lettre d’amour est arrivée à l’appartement où Gabriel, Charline et Félix habitent avec leurs familles ! Le chien Trésor en a avalé la moitié, impossible de savoir à qui elle est adressée. Pour les trois amis, il y a urgence à mener l’enquête : et si l’irruption d’un(e) amoureux(se) menaçait leur vie tous ensemble ?

Mes impressions de lecture :

Quel plaisir de retrouver cette tribu et ce Grand appartement bizarre, je retrouve mes 8-12 ans… En plus il y a un petit truc que j’adore… l’histoire se termine avec la fin de l’école et le début de vacances… C’est pile le bon moment pour le lire !

Il y a plusieurs facettes de cette série on commence par l’amitié et la cohabitation de différents types de « famille ». Nous avons Gabriel l’orphelin et sa tutrice bienveillante et célibataire, il y a M. Meurice et ses deux fils (son épouse travaille sur des bateaux de croisière), et il y a Rokia la mère célibataire avec ses trois filles de trois pères différents qui est médecin urgentiste. Nous avons donc 9 personnes avec des préoccupations différentes selon leur âge et leur vie sociale. Et puis il y a la voisine Amandine et l’ancien proviseur M. Boussac qui gravitent autour, ainsi que la concierge et son chien Trésor. ça fait un sacré brassage de population, ça vit et ça bouge.

On pourrait croire qu’après les trois premières aventures la vie en communauté serait plus apaisée et que tout le monde avait trouvé ses marques, cependant c’est un équilibre fragile et un rien peu tout remettre en question.

On a par exemple la fameuse lettre déchiquetée par trésor qui laisse entrevoir que quelqu’un est amoureux.se d’une.e habitant.e. Voilà notre trio Gabriel, Félix et Charline qui essayent de résoudre cette énigme.

Deux autres trames vont venir compliquer la vie des personnages. Chaque situation met en avant des problématiques d’ordre émotionnelles. Qu’est-ce que signifie vivre pour toujours ensemble ? Est-ce possible ? Chaque protagoniste va réagir en fonction de son vécu. Et si passer par la vie des « animaux domestiques » pouvait aider à accepter certaines situations ?

La communication joue un rôle important, la mauvaise communication étant source de complication. J’ai bien aimé l’épisode « démocratie ». L’humour est toujours là pour dédramatiser les situations et mettre du baume au cœur. La bienveillance et l’amour viennent aussi permettre aux habitants du Grand Appartement Bizarre (et satellites) d’avancer et de progresser.

On a plusieurs problèmes qui vont se greffer au fur et à mesure. À la fin nous auront des réponses mais Nathalie Stragier laisse plusieurs pistes en suspens pour la suite des aventures… et je vois déjà poindre de nouvelles mésaventures où l’amour et la famille et l’amitié vont bouleverser la vie de cette tribu.

Je vous laisse découvrir ce que Nathalie nous a concocté pour nous émouvoir, nous faire réfléchir et rire.

À quand une version animée ou série tv ? C’est très visuel et bien rythmé. Les personnages sont hauts en couleur…

J’ai hâte de lire le prochain épisode… car le seul problème de ce bonbon pétillant c’est qu’il est vite dévoré !

Je remercie les Éditions Syros de leur confiance.

Les autres romans de cette série sur ce blog :

Monument national

Julia Deck

Éditions de Minuit, 2022, 205 p., 17 €

Dans ma médiathèque il y a…

4e de couv. :

Au château, il y a le père, vieux lion du cinéma français et gloire nationale. Il y a la jeune épouse, ex-Miss Provence-Alpes-Côte d’Azur, entièrement dévouée à sa famille et à la paix dans le monde. Il y a les jumeaux, la demi-sœur. Quant à l’argent, il a été prudemment mis à l’abri sur des comptes offshore.
Au château, il y a aussi l’intendante, la nurse, le coach, la cuisinière, le jardinier, le chauffeur. Méfions-nous d’eux. Surtout si l’arrêt mondial du trafic aérien nous tient dangereusement éloignés de nos comptes offshore. 

Mes impressions de lecture :

C’est le premier roman de Julia Deck que je lis, elle m’a été fortement recommandée. Je découvre sa plume, mais il me faudra lire d’autres romans pour vraiment me faire une opinion.

L’histoire débute au moment du confinement de 2020, un moment de crise dans la famille d’un « Monument national » Serge Langlois un pilier du cinéma français. S’il s’agit d’un roman à clefs, je n’ai pas le bon trousseau. On a bien évidement cet univers qui est abordé, mais Serge semble retiré sur « ses terres » pas de visites liées à ce milieu, mais pas vraiment un havre de paix.  Il y a ainsi des paradoxes.. Julia Deck laisse le lecteur, influencé par l’actualité, se faire des films sur ce qui va se passer sur ce domaine clos. Il y a quelque chose de malsain qui s’installe dans ce lieu qui se délite.

Dans ce roman on a deux narratrices. On a Joséphine qui a dans les 8 ans au moment de la débâcle, mais on ne sait pas avant la fin qu’elle âge elle a au moment ou elle relate les faits. Elle nous raconte sa famille, son adoption, leur vie fort singulière. On n’a que sa voix, il faut donc la croire sur parole, est-ce la réalité/la vérité. On a quelques réponses avant la fin.

Nous suivons en parallèle les vies d’autres acteurs du drame qui va se jouer dans ce domaine près de la forêt de Rambouillet. On a un groupe de personnes du 93 qui vont se retrouvés liés. On a donc un contraste entre deux mondes.

J’ai eu du mal à comprendre où voulait en venir l’autrice. Elle semble jouer avec des effets miroirs avec les problèmes rencontrés dans ces deux mondes. Problème d’identité, d’intégration, d’acceptation dans un quartier, problèmes d’argent, de drogue, de rapport à la loi, maternité/famille, dépendance affective, fragilité mentale, secrets de famille…

On a ainsi des duos qui se forment : Joséphine / Marvin, Ambre/Cendrine, Cendrine/Aminata et Ambre/Sophie… etc.

C’est un roman très structuré, très travaillé. On a une impression de spirales ascendantes et descendantes comme dans ce bassin entouré de topiaire, où des algues prolifèrent. Cela crée une ambiance délétère.  Il faut attendre la fin pour avoir une vue d’ensemble.

Je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages.

Je suis restée avec une impression que ça partait dans tous les sens, trop de sujets abordés en si peu de pages et que le lecteur les développait dans son esprit ?

Ce roman me laisse perplexe quand à ce que l’autrice à voulu créer. J’ai la désagréable impression qu’elle a voulu jouer avec le lecteur comme elle a joué avec ses marionnettes-personnages.

Challenge 15 k #Les croissants : lire un.e auteur.e français.e

Challenge #payetonslip