La patience du lichen

Noémie Pomerleau-Cloutier

Éditions la Peuplade, mars 2021,257 p., 18 €

4e de couv
Très loin sur la côte nord du golfe Saint-Laurent se trouve au milieu du chemin un panneau de signalisation portant le mot FIN : le voyageur doit s’arrêter à cette hauteur. Or, au-delà de la limite de l’asphalte existent sur plusieurs centaines de kilomètres des communautés qui ne sont accessibles que par les airs, l’eau ou la glace, selon les saisons. Fascinée depuis son enfance par le bout de la route 138, Noémie Pomerleau-Cloutier est allée à la rencontre des Coasters – innus, francophones et anglophones –, a enregistré leurs voix pour remailler en poème ces territoires morcelés et ces luttes à finir. La patience du lichen est un témoignage poétique d’une rare envergure, un reportage au grand cœur qui plonge dans l’histoire et l’intimité de cette partie méconnue du Québec.

Mes impressions de lecture :

Je lis peu de poésie et je n’ai pas souvenir d’en avoir chroniqué. Cependant, j’avais envie de partager une jolie expérience de lecture.

Il y a quelque mois j’ai écouter  Julien Delorme lire l’introduction de cet ouvrage et quelques extraits : ICI. Et j’ai aimé la façon d’écrire  de Noémie Pomerleau-Cloutier, alors j’ai acheté le livre et j’ai eu le plaisir d’assister à une rencontre sur internet qui a fini de me convaincre que je pouvais lire ses poèmes.

Elle expliquait lors de cette discussion qu’elle avait voyagé dans des contrées isolées  du Canada. Elle a employé des termes géographiques que je n’ai pas retenu. Elle a rencontré des gens dans leur quotidien et leur intimité, elle a recueilli des témoignages quelle a retransmis non pas sous forme de conversation mais transmuté en poèmes. Elle n’a ainsi gardé qu’ un concentré. La poésie s’y prête. D’autant que si j’ai bien suivi ce sont des gens très pudiques qui ne se livrent pas facilement.  Elle leur a ensuite lu le résultat qu’ils ont validé.  J’ai  été touchée par la délicatesse de cheminement et du respect envers ces personne qui ont peu la parole.

Alors depuis des mois, je lis ces poèmes qui sont rassemblés par lieu. On voyage ainsi au pays des mots et des sensations. Il y a des vers en anglais ou en innu-aimun, des phrases emblématiques qui ponctuent ces poèmes récits. Cela contribue à bien nous rappeler que nous sommes dans un pays aux multiples langues. Il y a parfois des mots québécois qui ont leur charme. Cela donne un côté exotique… oui, j’habite dans un petit coin de France…

Récit de vies, récits de voyages, mémoire, souvenirs et tradition viennent se rajouter à l’actualité et à la vie quotidienne et réelle. Noémie Pomerleau-Cloutier partage son ressenti dans s’étaler. lorsqu’elle passe d’un lieu à l’autre, lieux annoncés dans le titre du « chapitre ». Cela forme comme des pauses. Cela permet au lecteur de se situer, mais sa parole ne prend pas le dessus sur ce qu’elle raconte de ses rencontres.

Pas de titre pour chaque poème, pas de majuscules ni de ponctuation… mais les strophes permettent des pauses. Il y a un poème par page sans fioriture, ce laisse visuellement du blanc, du silence, de la respiration. Rien ne vient interférer avec l’ellipse que crée la feuille blanche, l’humain est là, tout n’est pas dit il faut ressentir et combler les silences.

Une fois de plus au trouvé un ouvrage dans cette maison d’édition canadienne La Peuplade avec des textes qui invitent à la réflexion et à l’introspection. Des textes qu’on aime à savourer petit à petit.

Pour les non lecteurs de poésie oubliez vous cours de français et les auteurs classiques. C’est autre chose. Laissez vous emporter par les images, pas toujours gaies, parfois crues et réalistes.

Je vous souhaite une belle découverte.

Sortir un poème du contexte m’est difficile mais en voici un :

« Ici »

se dénouent toujours
le langage du vent
les arcanes des nuages
les stratagèmes des marées
les filets du ravitaillement

Il faut déployer
la patience du lichen
pour attendre
au bord d’une route
qui n’existe pas

*****

Une réflexion au sujet de « La patience du lichen »

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