Canción

Eduardo Halfon

Trad. (espagnol) : David Fauquemberg

Éditions de la Table Ronde, 14 janv 2021, 170 p.

Mes lectures de la Table Ronde

4e de couv. :
Par un matin glacial de janvier 1967, en pleine guerre civile du Guatemala, un commerçant juif et libanais est enlevé dans une ruelle de la capitale. Pourquoi ? Comment ? Par qui ? Un narrateur du nom d’Eduardo Halfon devra voyager au Japon, retourner à son enfance dans le Guatemala des années 1970 ainsi qu’au souvenir d’une mystérieuse rencontre dans un bar miteux – situé au coin d’un bâtiment circulaire – pour élucider les énigmes entourant la vie et l’enlèvement de cet homme, qui était aussi son grand-père.

Eduardo Halfon, dans ce nouveau livre, continue d’explorer les rouages de l’identité. En suivant à la trace son grand-père libanais, il entre avec lui dans l’histoire récente, brutale et complexe, de son pays natal, une histoire dans laquelle il s’avère toujours plus difficile de distinguer les victimes des bourreaux.

Mes impressions de lecture :

Je vous ai parlé en 2018 de « Duels », un roman qui m’a ta touché. C’est donc par cette autofiction que j’ai découvert cet auteur. En 2019 j’ai découvert une nouvelle « Halfon Boy ». Ces histoires sont des autofictions qui tournent autour de la famille et de la famille, avec à chaque fois des contours différents.

Dans « Canción », le narrateur va jouer avec différents espaces temporels. On commence dans le présent où il revit un voyage au Japon. Il a été invité à participer à des conférences sur la littérature libanaise. Son seul lien avec le Liban c’est son grand-père paternel. On va le suivre dans le cheminement de ses pensées que cette invitation va déclencher. On va découvrir le passé de son grand-père, puis son passé avec lui, puis le passé sans lui. De la légende familiale aux faits qu’il va découvrir au cours de son enquête et son besoin de retrouver les témoins encore vivants. On a des va et vient dans ces différents espaces.

En ce qui concerne ses différents temps le lecteur n’est pas perdu car ce roman c’est comme une longue conversation. Toutes les digressions de quelque type qu’elles soient ne font qu’enrichir le propos. Ce n’est pas un monologue, des personnages vont partager leur propre vécu. On a de scènes, des conversations qui se rajoutent à la quête.

Ces digressions forment des cassures qui rendent la narration encore plus « vivante ». Cela prête aussi lieu à des décalages qui mettent des touches d’humour.

Il y a un côté « surréaliste » lui un Guatémaltèque qui a vécu une partie de sa vie à New-York et en Europe, invité à parler du Liban. Lui-même se sent obligé de revêtir un vêtement arabe qui a appartenu à son grand-père et qui n’est pas vraiment à sa taille, comme pour se mettre dans la peau de son personnage.

Si l’histoire est émouvante et touchante, elle est racontée avec un ton un peu décalé du conteur. Mise à distance nécessaire pour ne pas tomber dans le pathos ?

Ce roman m’a beaucoup intéressé pour différentes raisons. Il entre dans le cadre de mes lectures sur le thème de la mémoire, mémoire familiale, et transmission de cette mémoire. ! d’autres part ce roman nous retrace à travers des petites histoires la grande Histoire. Cela commence par les changements de frontières. Le grand-père est né dans une ville qui faisait partie de la Syrie quelques années après cette ville se trouve au Liban. On n’imagine pas ce que cela peut avoir comme conséquences personnelles et internationales. Le grand-père a décidé qu’il était Libanais même si sur ses papiers il est né en Syrie donc considéré comme syrien.

Nous avons aussi l’Histoire du Guatemala dans les années 60 à nos jours. Là aussi le changement de régime change la donne pour sa famille.

Ce roman aborde aussi la thématique de l’exile, de la reconstruction, que l’auteur soit issu d’une famille juive nous renvoie à l’image du juif errant. Lui-même est né au Guatemala, est allé vivre à new York  etc avant de revenir au Guatemala.

 Racine et déracinements.

L’auteur est sans cesse en train de se questionner sur son histoire familiale et ici sur son grand-père.

Son voyage au Japon, pays où les ancêtres son honorés et on leur autel cela donne un autre sens.

Choc des cultures.

J’ai beaucoup aimé être dans la tête du narrateur qui est complètement en décalage avec le présent. Il joue e rôle de l’imposteur. Mais que vient-il faire ans cette galère ?

Une conférence sur le Liban et la littérature libanaise, lui qui n’a que son grand-père qui le rattache à cette terre. Il ne peut que parler de lui au grand étonnement de son auditoire qui n’a que ses bribes de son cheminement mental.

Je suis étonnée par tout ce que ce roman recèle en si peu de pages. Cela tient à la façon dont Eduardo Halfon maitrise l’art de l’ellipse.

Je vous laisse découvrir qui est Canción, ce qui va arriver au grand-père d’ Eduardo Halfon.

La thématiques des noms et surnoms joue un rôle.

A vous de suivre l’enquête personnelle de Eduardo Halfon.

Je me demandais comment cette histoire allait se terminer. Eh bien en un feu d’artifice. Plus la conférence va vers sa conclusion plus Eduardo Halfon monte dans les tours… Je ne vous en dis pas plus.

Je vous laisse découvrir la quête et les rencontres d’Eduardo Halfon qui donne lieu à une galerie de portraits hauts en couleur.

Je remercie les Éditions de la Table Ronde de leur confiance.

NB : En ce moment mois de janvier 2021, je participe (pas très activement) au mois de la littérature libanaise sur le blog de Maeve. Ce roman fait écho au sujet, je pense qu’elle va le chroniquer.

2 réflexions au sujet de « Canción »

  1. Ping : « Canción » d’Eduardo Halfon (La Table ronde-Quai Voltaire, 2021) – Les miscellanées d'Usva

  2. Ping : Craquage livresque février | L'Atelier de Ramettes 2.1

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