La fenêtre au sud

Gyrdir El­íasson

Trad. Catherine Eyjólfsson

Editions la peuplade, septembre 2020, 161 p., 18 €

Masse critique Babelio / éd. La Peuplade

Rentrée littéraire 2020

fenêtre au sud

4e de couv. :
Quelque part en Islande, au bord de la mer, un village de maisons noires fait face à l’infini de l’eau. Dans son repaire, un romancier peine, sur sa vieille Olivetti, à écrire la vérité d’un couple parti en vacances pour se retrouver. Qui s’amuse ? se demande-t-il, déposant les feuilles dactylographiées sous la fenêtre sud claire. La radio, pendant ce temps-là, donne des nouvelles d’un autre monde : le séisme de Fukushima, l’assassinat de Ben Laden, la guerre en Syrie. Au rythme des quatre saisons de l’année, comme un contrepoint nordique aux célèbres concertos de Vivaldi, La fenêtre au sud transforme cette histoire simple d’amour et de fantômes en un livre immense sur les crépuscules de la création. L’encre s’épuise, l’écrivain tapera bientôt blanc sur blanc, traversant la page comme on marche dans la neige.

Mes impressions de lecture :

J’ai découvert cet auteur cet été avec « Au bord de la Sandá » et ce fut un coup de foudre littéraire. J’étais en adéquation avec ce qu’il racontait et le personnage qu’il avait créé.

Cette fois-ci Gyrdir Eliasson met en scène un écrivain face à la mer. Un solitaire qui essai d’écrire dans un petit village de pêcheur islandais.

Mais voilà l’inspiration cela ne se commande pas. Il essai d’écrire le roman attendu par son éditeur et ce sont des poèmes qui lui viennent à l’esprit.

C’est un roman à la première personne alors on va avoir des monologues intérieurs et des scènes avec des interactions extérieures.

On va découvrir les petits parasitages qui font dériver ses pensées…

La famille, sa mère et sa sœur par téléphone interposé vont venir créer des interférences dans sa quête de tranquillité. Il y a une certaine régularité, surtout avec sa mère, une ponctuation temporelle.

D’autre part on a le propriétaire et ami qui lui prête la maison et son éditeur qui ponctuent leurs appels par des notions de temps… mais il arrive à repousser les dates butoirs.

Sa vieille machine à écrire qui s’emmêle les marteaux et le ruban qui s’abîme, ils rappellent l’usure du temps.

Les vacanciers qui viennent tous le week-end pendant la belle saison. Cela rythme ses semaines, car il perd la notion du temps à vivre ainsi en dehors de la vie sociale.

On lui prête gracieusement la maison, il y a donc un côté temporaire.

Ces lectures le plongent de plus en plus dans les souvenirs littéraires du passé, il retrouve des éditions qu’il avait étant plus jeune. Il en est de même pour le cinéma. C’est comme s’il se créait une bulle temporelle faite de bons souvenirs.

Les mauvaises nouvelles du monde lui parviennent par la radio, seul média qu’il s’autorise à petite dose. Nous sommes en 2011.

La musique tient une certaine place. Son ouïe est souvent sollicitée par la nature ce qui forme un contraste avec le glissement vers un certain mutisme, économie des mots.

Les rêves aussi faussent la relativité du temps. Il y a quelques scènes où la réalité est un peu irréelle.

J’aime beaucoup la composition du texte, qui ressemble à des réflexions dans un journal même s’il n’y a pas de date. On va avoir ainsi une alternance de tous les sujets dont j’ai parlé précédemment. On a aussi l’avancée (ou non-avancée) des scènes du roman en cours de création. Cela forme comme un tableau impressionniste. Il excelle dans l’art de l’ellipse.

Il y a beaucoup de références culturelles : littérature, cinématographiques, musicales, pictographiques…

Il partage ses réflexions autant sur ce qu’il écrit que sur ce qu’il lit.

Le narrateur à un côté désabusé, presque cynique. J’ai adoré ses réparties lorsqu’on lui dit qu’il est écrivain, ou sur son travail. Il y a de l’humour et de l’autodérision dans ce qu’il nous raconte, en contrepoint comme pour ne pas basculer dans la mélancolie totale.

Et l’amour dans tout ça me direz-vous ? il a un amour mystérieux, secret dont on ne saura pas grand-chose. Il y a une relation entre ce qu’il vit et ce qu’il arrive à écrire (ou plutôt ce qu’il n’arrive pas à écrire).

Au fur et à mesure on voit se dessiner le portrait du narrateur au fur et à mesure de l’avancée de la narration car toutes ses réflexions, introspections font avancer le récit de ces mois passés dans ce lieu isolé et magnifique.

J’ai adoré ses relations avec sa machine à écrire, les lettres qui s’emmêlent et l’encre qui s’épuise… Petit à petit on a l’impression que les mots qui resterons visibles seront les plus importants. Il brûle beaucoup de ses écrits, là aussi il ne restera que l’essentiel. On a presque l’impression de le voir et on sent que la fin sera sur la même idée…

Tout s’estompe au fil des mois qui passent. On le retrouve dans l’utilisation des couleurs si on retrouve des touches de vert, de jaune et de rouge. Il y a une prédominance de noir, de blanc et de gris…

D’avoir lu les deux romans à la suite, « Au bord de la Sánda » où l’on suit un peintre qui remets sa vie en cause et dans « Fenêtre au sud » avec cet écrivain qui se questionne aussi on a comme un diptyque. De la rivière à la mer… il sème des petits cailloux dans ces deux romans différents. Je n’ai pu m’empêcher de chercher un fil rouge… Par exemple cette femme mystérieuse sur la plage qui fait écho à la femme en rouge dans la forêt…  Est-ce que le prochain roman nous parlera d’un musicien ?

Ce roman est un coup de cœur pour sa poésie et une nouvelle fois il y a des échos personnels.

Je remercie Babelio et les éditions de la Peuplade de m’avoir permis de lire ce roman de la rentrée.

NB: Dans ma wish list de Noël il y a « Les excursions de l’écureuil » si je ne craqua pas avant !

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au bord de la Sanda

Une réflexion au sujet de « La fenêtre au sud »

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