Hérésies glorieuse

Lisa McInerney

Trad. Catherine Richard-Mas

Éditions de la Table Ronde, La Petite Vermillon, 28 mai 2020, 536 p., 9,80 €

Mes Lectures de la Table Ronde

hérésies

4e de couv :

Jimmy Phelan trône sur la ville de Cork comme sur un tas de billets. Il est de toutes les magouilles, et mieux vaut marcher dans son sens que croiser son chemin. Pourtant sa mère, Maureen, fraîchement installée dans l’ancien bordel dont il est propriétaire, réussit à semer la pagaille dans ce bel équilibre. Quand un inconnu se présente à sa porte, elle lui assène un coup fatal et déclenche une série de malheurs dans cette ville où cohabitent dealers, prostituées et chrétiens illuminés se faisant un devoir de réparer les dégâts… qu’ils ont eux-mêmes causés. Mais Maureen n’est pas née de la dernière pluie et compte bien se laver de toute culpabilité à sa façon.

Ma Chronique :

Je découvre de plus en plus la littérature irlandaise actuelle que j’apprécie. Je n’avais pas vu ce titre lors de sa sortie en grand format, mais je ne crois pas que j’étais prête à le lire non plus. Appréhension d’un texte trop « cru » trop « réaliste », oui on a des à priori. Entre temps j’ai rencontré des irlandais fort sympathiques. Et puis on évolue aussi en tant que lecteur, heureusement ! Et on sort de sa zone de confort pour tout à coup se rendre compte que c’est un roman magnifique que l’on a entre les mains.

Après ce petit préambule je vais essayer de vous partager ce coup de cœur littéraire.

Une mention pour la magnifique couverture qui résumé en partie une tranche de vie, Le visage resté en partie dans l’ombre, la beauté sensuelle, la place du corps et des muscles et ce tatouage de vierge Marie… « Hérésies Glorieuses » !

Les 500 pages de ce roman vont vous faire vivre des émotions fortes, et vous aurez du mal à le poser. Tant de vies sur le fils du rasoir entre les pages et entre vos mains ne vous laissent pas indifférents.

Ce qui m’a particulièrement plu c’est que le fond et la forme sont étroitement liés. Je viens de vous dire qu’on a des personnages forts, pas forcément sympathiques que l’on va voir dans des situations plus ou moins dramatiques. Mais je crois que ce qui les rend encore plus prenantes c’est la façon dont elles sont amenées.

Ce n’est pas simplement la vision d’une population en marge des bas fonds de Cork. Cela pourrait sonner comme un roman noir voir un polar avec des truands qui gèrent la prostitution, la drogue et le crime organisé. Et autour gravitent des laissés pour conte de la société, les losers et les petites frappes. Lisa McInerney les place sur différents plans. Leur place dans la société, dans leur communauté et petit à petit dans leur intimité.

Ce que j’ai adoré c’est le côté très visuel, cinématographique. On découvre un personnage et ce qu’il vit. Puis au chapitre suivant c’est un autre. Et on enchaîne avec une autre scène une autre vie. Mais on se rend vite compte que A nous a déjà parlé de B avant de le rencontrer, puis B nous parlera de A et de C ou D… et lorsque ce nouveau personnage apparait on le reconnait même si on va le voir sous un autre angle. Et c’est comme si la caméra avait tourné autour de lui pour nous montrer une autre facette de lui. Et tout cela va tisser une vaste tapisserie de cette partie de la ville de Cork.

On va aussi découvrir  des personnages à différents âges. Les adolescents qui ont encore des chances de s’en sortir ou de plonger, des êtres au point de bascule. Puis il y a ceux qui ont entre 20 et 30 ans qui semble déjà vieux tant ils sont esquintés. Ceux qui ont entre 40 et 50 ans soit ils dirigent soient ils sont en bout de course, s’ils ont survécu. A part un ou deux personnages rares sont ceux de la tranche au-dessus.

 Du bouillonnement de l’adolescence révoltée à la chute de l’adulte déchu on a un panorama assez sombre. Cependant il y a des moments merveilleux d’espoir et d’amour, tout n’est pas pourri ou corrompu dans ce royaume.

Les années passent et on se rend compte que finalement on est dans un creuset. Le monde est petit dans ce microcosme et tous se retrouvent liés d’une façon ou d’une autre. Il y a un effet boomerang quand on s’y attend plus la tâche de sang ressort.

Les personnages féminins sont aussi présents que les personnages masculins mais ils ne jouent pas dans la même cour.  Il y est beaucoup question de prostitution et du rapport au corps. Sexe, maternité, drogue et alcoolisme, violence en tour genre, elles ne sont pas épargnées bien au contraire.

En arrière plan on a  la société avec l’école,  la religion et la familiale et à chaque fois les dérives les mauvaises décisions qui ont des conséquences sur l’avenir et sur la place dans la société.

Ce que j’ai aimé c’est aussi la langue, j’avais peur de trouver une langue crue voir argotique mais pas du tout. Lisa McInerney (ou/et sa traductrice) joue plus avec le rythme beaucoup de phrases courtes percutantes et des phrases légèrement plus longues. Alternance de dialogue et de narration.  Parfois à la troisième personne en suivant un personnage plus qu’un autre, puis de temps en temps un chapitre à la première personne (en italiques). Jeu de rythme et de regard.

Ce roman est un roman qui m’a marqué car il parle de révolte et de colère tout en parlant de démission et résignation, comment réussir à s’en sortir ?

J’arrête de vous parler de ce roman car il faut que vous le découvriez  avec vos yeux.

C’est le début d’une trilogie…

Je remercie les Editions de la Table Ronde, La Petite Vermillon pour cette découverte.

table ronde
kokeshi coup de coeur

Qui en parle ?

Maeve

2 réflexions au sujet de « Hérésies glorieuse »

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