Le goût du large

Nicolas Delesalle

Éditions Préludes, 2017, 319 p, 14,20 €

Mes lectures Préludes

goût du large

4e de couv. :

«  Le temps : tout était là, dans ces cinq lettres, cette simple syllabe. J’allais soudain en être riche, ne plus courir après, le nez rivé sur l’ordinateur, le téléphone. Pendant neuf jours, j’allais devenir un milliardaire du temps, plonger les mains dans des coffres bourrés de secondes, me parer de bijoux ciselés dans des minutes pures, vierges de tout objectif, de toute attente, de toute angoisse. J’allais me gaver d’heures vides, creuses, la grande bouffe, la vacance, entre ciel et mer.  »
 
De l’inaccessible Tombouctou à la mélancolique Tallinn, entre une partie d’échecs fatale dans un hôtel russe et un barbecue incongru à Kaboul, des clameurs de la place Tahrir au fin fond d’un trou, dans l’Aveyron… c’est le roman d’une vie et de notre monde que raconte Nicolas Delesalle, le temps d’une croisière en cargo.

Anecdote :

J’ai l’impression que mes lectures depuis quelques temps m’emmènent vers l’autre !

Mon billet :

On m’avait dit du bien de son premier roman «Un parfum d’herbe coupé » que je n’ai pas encore eu l’occasion de lire. Lorsque j’ai l’opportunité de lire celui-ci j’avais donc un à priori positif.

Je suis tout de suite monté sur le cargo avec le narrateur. Ce roman se compose de plusieurs récits, le passé se mêle au présent. Au fil de l’eau le narrateur déroule sa mémoire. Voilà deux thèmes qui me sont chers l’eau et la mémoire.

Ce voyage en cargo avec tous ces containers mystérieux peuvent être vus comme une métaphore de l’esprit. C’est comme si le narrateur ouvrait des boîtes de souvenirs rangés dans sa mémoire. C’est comme s’il avait besoin d’ouvrir quelques boîtes à souvenirs pour mieux en engranger d’autres.  Ce sentiment m’est venu en cours de lecture et j’en ai eu confirmation vers la fin de son voyage… j’étais contente d’avoir saisi  cette idée.

On pourrait presque lire les histoires séparément. Je dis presque car il y a des liens qui se tissent entre ces contrées plus ou moins lointaines, ce qu’il y a vécu (dans l’espace et le temps) et ce voyage qu’il est en train de faire. Une image en appelle une autre. Les évènements  de la vie sur le bateau  sont des déclencheurs qui ouvrent les tiroirs émotionnels. C’est comme si le narrateur avait un trop plein d’images et d’émotions qu’il a besoin d’extérioriser. Son métier de reporter l’a mené sur divers lieux de la planète ou la paix et la tranquillité n’existe pas.

De magnifiques portraits de parfaits inconnus qui ont croisé sa route et qui l’on accompagné pendant ce voyage en cargo. Plus qu’une succession de rencontres, ce roman est pour le narrateur (auteur) comme un besoin impérieux de mettre en lumière ses êtres dont personne ne parle une fois le reportage terminé. Peut-être sont-ils morts d’ailleurs !

Ce roman fait appel à nos sens à travers ceux du narrateur. Les souvenirs sont aussi composés d’odeurs agréables ou nauséabondes, de goût (tiens on retrouve le titre), on en prend plein les mirettes (avec une aventure faite d’obscurité et une de cécité), le touché est moins évident à mettre en relief… quand à l’ouïe, on en prend plein les oreilles, que ce soit des cris, des explosions ou des rires… mais c’est la play list musicale que je veux retenir. En effet le narrateur se crée une bulle avec ses écouteurs et les chansons qu’il écoute, des chansons à texte et des chansons qui entrent en résonance avec ses souvenir. J’en ai écouté certaines que je ne connaissais pas. Dommage je n’ai pas pensé à les noter…

J’ai noté une récurrence dans presque tous les récits sont liés à des véhicules et surtout des 4×4, il y a aussi une prédominance de Toyota… quelle conclusion tirer de cette remarque ? C’est devenu un véhicule emblématique des pays aux nombreuses pistes ?

Les sujets sont assez lourds, cependant parfois les rires viennent ponctuer les récits… parfois doux et parfois pour ne pas pleurer.

Un roman très riche en sujets de réflexion mais qu’on peut simplement lire comme un carnet de voyage physique et intérieur.

Je remercie les Éditions Préludes pour leur confiance.

Article précédemment publié sur Canalblog

4 réflexions au sujet de « Le goût du large »

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