Les mots entre mes mains

Guinevere Glasfurd

trad. Claire Desserrey

Éditions Préludes, 24 août 2016, 446 p., 15,90

Mes lectures Préludes

4e de couv. :

Helena Jans van der Strom n’est pas une servante comme les autres. Quand elle arrive à Amsterdam pour travailler chez un libraire anglais, la jeune femme, fascinée par les mots, a appris seule à lire et à écrire. Son indépendance et sa soif de savoir trouveront des échos dans le cœur et l’esprit du philosophe René Descartes. Mais dans ce XVIIe siècle d’ombres et de lumières, leur liaison pourrait les perdre. Descartes est catholique, Helena protestante. Il est philosophe, elle est servante. Quel peut être leur avenir ?

Mon Billet :

Dès que j’ai vu la couverture de ce livre, j’ai été attirée par ses tons bleus, ce visage de trois quart dont on ne voit qu’une partie, comme pour évoquer un mystère… et ce titre très évocateur ne pouvait qu’attirer l’amoureuse des mots que je suis.

C’est un roman sur des êtres qui n’entrent pas dans le moule social dans lequel ils vivent.

Ce roman historique met en scène René Descartes et Helena Jan, le penseur et la servante.  Je ne connaissais pas cette histoire. Il faut dire que René Descartes est trop cartésien pour moi (vous avez-vu je les ai casé tous les deux dans la même phrase !). Il représente les extraits de textes obligatoires à étudier au lycée et j’avoue que ce n’était pas tasse de thé.

Par contre la petite histoire intime du grand homme romancée, elle m’intriguait. J’ai tout de suite accroché aux choix réalisés par l’auteure.

René Descartes, nommé Le Monsieur dans ce roman, est un penseur égocentrique qui aura changé le destin de cette jeune servante intelligente.

Ce roman se compose de tableaux. Ils sont identifiés par le lieu et l’année où les événements vont avoir lieu. Les deux premières parties ne sont pas dans l’ordre chronologique. Elle a choisi de débuter le roman non au début de l’histoire de Helena amis avec un moment clé pour bien accrocher le lecteur.  

Le fait que l’on rentre dans les événements sans préambule évite les longueurs. J’ai trouvé ces scènes très visuelles. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser aux tableaux des peintres flamands.

Il y a des scènes qui m’ont plu parce qu’on y voit le plaisir d’apprendre de Helena ou Betje, ainsi que la place du livre et de l’écrit. Cependant ce roman met en lumière la place de la femme qui est peu enviable. Et bien sûr Guinevere Glasfurd joue avec les émotions des lectrices (lecteurs).  On est quelque peu révolté de voir que les hommes sont du côté de la religion et ses théories sur l’infériorité des capacités des femmes. Sans pathos, elle nous parle de la pauvreté qui oblige à abandonner les enfants ou à les placer comme servantes dès qu’elles en on l’âge.  On voit par exemple  le paradoxe entre ces gamines qui n’ont pas le droit de se révolter contre leur maître qui abusent d’elles et  elles sont rejetées dès qu’elles tombent enceinte. Guinevere Glasfurd met la société et son hypocrisie en lumière. Elle met aussi la religion sur le devant de la scène que ce soit face au x mœurs des riches qu’elle couvre. Mais aussi face aux écrivains –philosophe – penseurs. Les filles n’ont pas le droit d’apprendre à lire et à écrire et donc à publier.

On y voit Descartes s’auto censurant pour ne pas finir en prison. Il y a des scènes cocasses où il dit des vérités qui ne sont pas bonnes à dire comme par exemple que la terre bouge. On le croit soul ou qu’il plaisante et se moque du petit peuple.

Le sort des hommes pauvres  n’est guère plus enviable. On a Limousin qui  après avoir été soldat,  est devenu le valet de Descartes,  n’a pas de vie. Thomas qui n’a d’autre choix que de s’enrôler et devenu marin comme sont père avant lui.

L’alcool et la violence envers les femmes comme seul exutoire.

Avec Descartes on découvre que les penseurs et les autres hommes érudits sont aussi coincés dans des carcans. Par exemple, il ne peu publier quelque chose qui remettrait en cause la religion et les « savoirs qu’elle diffuse ». il lui faut aussi une autorisation du roi pour publier en français…

Guinevere Glasfurd a choisi de nous raconter les événements du point de vue d’Helena. C’est un récit à la première personne. On peut ainsi découvrir ses moindres pensées et ses émotions. Elle ne peut qu’interpréter et s’interroger que l’attitude de Descartes et des autres personnages.

« Une seul chose est sûre : nous ne pouvons retourner en arrière ». p. 295

Un des fils conducteurs de ce récit, c’est la présence des cartes est-ce un jeu de mot avec Descartes ? je ne sais pas, on est dans une période où la cartographie est en plein essor avec tous les voyages. Helena a aussi a besoin d’ailleurs. Les cartes sont une façon aussi pour Hélena de se repérer dans la ville et dans la vie. Elle  est ballotée depuis son Leyle natal. De là découlent des notions de frontières, France/ Hollande, Homme femme (etc.)  et de barrières sociales et morales.

Qui dit cartes dit papier,  pour René Descartes  il sert à mettre ses pensées et les partager avec le monde et pour Helena  elle y dessine ou note son quotidien pour elle ou pour un petit comité. Deux notions différentes lui  va vers l’extérieur et elle reste confiné à l’intérieur. Cette autodidacte va devenir un temps un sujet de recherche.

La notion de temps est aussi très présente. Que ce soit la différence d’âge, le temps qu’il faut pour que les nouvelles se propagent, le cadran solaire, le nocturlabe, l’horloge protégée par le coffret… La question sous entendue est combien de temps cela va durer ?

On va suivre les tribulations de se couple caché. J’avoue que malgré ce qui nous ai dit sur l’époque et la délicate position de Descartes, je n’ai pas pu trouver entrer en empathie avec ce penseur. La thématique de la dissimulation est aussi très développée, il y a leur relation mais aussi des coffrets fermés à clés, les sentiments étouffés, les pensées, la position envers Dieu et la religion, rien n’est fait pour que la vérité éclate au grand jour…

J’ai eu les yeux bien humide à un certain moment très touchant, que je  ne développerais pas ici, mais la plupart du temps c’est plutôt le sentiment de révolte qui m’habitait devant le manque de choix d’Hélena et de toutes les femmes.

J’ai aimé me promener dans cette Hollande qui attire les penseurs de l’Europe surtout ceux des pays catholiques. Il y avait une certaine effervescence intellectuelle.

J’arrête là pour vous laisser vous faire votre propre opinion de ce roman qui comme vous l’aurez compris m’a beaucoup plu et vous souhaite une belle lecture.

Je remercie les Éditions Préludes pour leur confiance et Guinevere Glasfurd qui a remarqué et retweeté mes photos autour de son livre.

QUI EN PARLE ?

JANGELIS

Capturer% rentrée 2016
héléna 1
helena 2

En fin de volume deux romans étaient conseillés et il se trouve que je les ai lus :

manoir
une saison

     Article précédemment publié sur Canalblog

Une réflexion au sujet de « Les mots entre mes mains »

  1. Ping : Éditions Préludes | L'Atelier de Ramettes 2.1

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s