Ma chèvre s’est mangé les pattes

Alex Burrett

Éditions Aux Forges de Vulcain, janv.  2015, 317 p., 18 €

La voie des indés 2015 /libfly / Aux Forges de Vulcain

4e de couv. :

Quel lien peut-il bien exister entre une chèvre qui, faute de pattes, est obligée de barboter dans un étang arrimée à un radeau, une femme dont le dernier petit ami était l’ange de la Mort en personne, un abattoir à humains, un guerrier médiéval qui ne sait qui choisir entre sa femme et son chien, un homme indestructible mais qui l’ignore, un couple d’amants littéralement collés l’un à l’autre et qui deviennent des gourous du sexe, et bien d’autres encore ?

L’imagination fantasque d’Alex Burrett !

En 31 textes enlevés, Burrett dépeint notre société par autant de saynètes absurdes, déployant un talent de conteur sous acide, mordant, percutant ; un monde à vif où rien n’est ce qu’il semble être, où l’on peut être ami avec une pierre, où l’Enfer se convertit aux vertus du tourisme de masse, et où les maisons habitées depuis des années savent faire culpabiliser leurs habitants.

Absolument jubilatoire !

Anecdote :  

Je suis sûre que c’est le passage que vous préférez… celui où je vous dis les trucs bizarres que j’ai  vécu en lisant un livre…

Après avoir écrit ma chronique, je ne me sentais pas satisfaite, parce que je n’arrivais pas à expliquer pourquoi ce recueil de nouvelles est un coup de cœur, alors j’ai repris le livre. Le mieux me disais-je c’est de revenir à la source. Je me suis donc replongée  dans les premières nouvelles lues il y a quelques semaines en me disant que j’allais trouver l’inspiration et vous savez le petit truc qui fait que votre chronique est bien ficelée ! J’avais juste envie de les relire, pas de les décortiquer pour trouver pourquoi c’est un coup de cœur !

Alors j’ai eu une idée … Eurêka !  Je vais interroger l’éditeur, elle doute de rien Ramettes … Voilà un des avantages des  jeunes maisons d’éditions à taille humaine,  les créateurs sont assez accessibles, passionnés et aiment communiquer …  En même temps vu mon niveau d’anglais je n’allais pas interviewer l’auteur !

Comment avez-vous trouvé cet auteur ?

C’est un des co-fondateurs des Forges qui m’en a parlé. Et lui-même l’a découvert par un biais atypique: Alex est le mari d’une de ses anciennes collègues de bureau. Et, même s’il n’avait pas rencontré Alex, je crois qu’il avait été frappé par sa personnalité ou son parcours, racontés par son épouse. Alex est un homme très intelligent, très créatif, qui a fait l’armée car il voulait être indépendant, puis, il a repris des études de théâtre, avec une foi sans fin dans les pouvoirs du théâtre. C’est à la fois quelqu’un de très concret et de très idéaliste – une sorte de Brecht, mais avec un sens de humour très british. Chacune de ses nouvelles est une exploration: il répond par la fiction, et l’humour, à des questions existentielles.

Qu’est-ce qui vous a attiré dans ses nouvelles ?

Ses nouvelles m’ont tout de suite passionné car il arrive à assumer ensemble des choses en apparence contradictoires: à la fois un esprit joueur, taquin, satirique, nihiliste, parfois, et une sorte de gravité sur le fond, sur les questions qu’il pose, qu’il amène à nous poser. En un sens, alors que nous ne nous connaissions pas, nous nous sommes retrouver à chercher exactement la même chose, lui comme auteur, moi comme éditeur, un mélange de sérieux et d’humour, de gravité et de distance. En un sens, ce qui m’a frappé, c’est sa croyance dans les pouvoirs de la fiction, dans son urgence vitale, qui ne signifie pas non plus de se prendre trop au sérieux, mais impose, pour ainsi dire, l’humour, le rire, comme manière de résister et de vaincre le réel. Enfin, cela revenait à une esthétique qui relève d’une forme de réalisme poétique noir, qui fait écho à des auteurs que je vénère, comme Kafka ou Vian.

Comment savez-vous que le texte cadre avec les Forges ? Êtes vous seul à décider ?

Chaque texte est différent et peut cadrer avec notre projet d’une manière différente. En fait, nous avons trois critères formels: une bonne histoire, un sens de la langue et un propos. Ces trois critères permettent d’éliminer la quasi totalité des manuscrits que nous recevons car, très souvent, les écrivains en herbe ne cherchent pas à réunir dans leurs textes ces trois aspirations, qu’ils perçoivent parfois comme contradictoires. Une fois ce premier examen passé, je m’intéresse à d’autres caractéristiques. Je ne me sens pas compétent, par exemple, pour publier de la littérature de genre. Je laisse cela aux éditeurs spécialisés. Par contre, j’apprécie toute littérature générale qui flirte avec le genre: Mary Shelley, Kafka, etc. Ensuite, ce qui m’est apparu récemment, c’est que nombre de manuscrits que je reçois sont des récits de deuils, tournés vers le passé, vers l’acceptation du réel, or je rêve de textes de révoltes, de fictions conquérantes, qui croient au pouvoir de la fiction, pas à son pouvoir réparateur, mais à son pouvoir de transformation du réel. Je reste seul à décider, même si je discute beaucoup avec les autres forgerons.

Est-il prévu d’autres publications d’Alex Burrett ?

Alex a plusieurs autres titres en anglais – je suis en train de tous les lire et j’espère bien continuer à travailler avec lui, et avec sa traductrice, Patricia Barbe-Girault, qui est vraiment une traductrice remarquable. Au point que, désormais, je lis toutes ses traductions: elle choisit très bien les auteurs qu’elle traduit – et les traduit avec une intelligence rare.

Cela fait un an qu’il est en vente … Ce livre fait-il partie des meilleures ventes de cette année ?

Disons que cette année, nous avons sortis plusieurs essais qui ont particulièrement bien marché, donc ils ont, pour ainsi dire, éclipser certaines de nos fictions. Mais le livre est davantage un « long seller »: il a été repéré par une communauté de fans qui le poussent, le recommandent, et diffusent ce recueil comme un secret bien gardé entre personnes qui aiment les aventures un peu fortes!

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Ma chronique :

Encore une chronique complètement subjective !

Cela fait au moins un an que j’entends parler de ce recueil de nouvelles puisque je suis de près les dernières parutions des Éditions Aux Forges de Vulcain, de fil en aiguille il aura fallu attendre « la voie des Indés 2015 » pour craquer. Merci Libfly !

Je ne vous ferais pas le petit laïus sur la qualité de l’objet livre. Une couverture qui accroche l’œil, un livre que l’on lit sans le casser parce qu’il s’ouvre bien et le papier est de bonne facture…

J’avoue que le titre me faisait un peu peur, je sais que les Éditions Aux Forges de Vulcain peuvent aller très loin dans leur imaginaire et leur humour. La quatrième de couverture n’est guère plus rassurante sauf si comme moi vous avez un humour parfois très décalé !

Je suis plutôt amatrice de roman, avec un besoin de m’installer dans une narration mais je suis attirée aussi par les nouvelles qui savent en quelques pages vous propulsé dans une histoire incroyable.

Tout ce préambule pour vous dire que j’ai succombé à l’univers d’Alex Burrett ! A quand d’autres histoires, voir un roman ???

Face à un recueil de nouvelles je me demande toujours s’il faut les lire dans l’ordre ou pas, alors j’ai commencé sagement mais au bout de quelques nouvelles je me suis rendu compte qu’elles étaient indépendantes alors j’ai pioché au gré de mes envies… souvent attirée par le titre. Il y en a deux qui sont liées « sensations (partie 1) (partie 2) » mais qui sont séparées j’ai gardé un certain intervalle pour les lire…

Les nouvelles ont des thématiques que l’on peut relier, alors on commence à se prendre au jeu pour savoir qu’est-ce qui les relie entre elle en plus de l’écriture de l’auteur. Les narrateurs changent ainsi que les lieux. La nourriture semble un fil rouge qui accompagne les histoires.

Le cannibalisme et l’autophagie viennent compléter toutes les façons de se nourrir pour survivre. Après avoir écrit cela je me dis que cela parle de survie et de vivre, d’exister !

La fameuse question me vient à l’esprit en cette période de fête où il ya une surabondance de nourriture : faut-il vivre pour manger ? ou Faut-il manger pour vivre ? Je pense notamment à la nouvelle « Compte rendu de visite à l’abattoir humain »  un titre qui fait froid dans le dos ou qui titille la curiosité, j’ai beaucoup aimé comment sont transposés  les problèmes éthiques que posent les abattoirs pour animaux (aujourd’hui)  pour conduire les gens à accepter à passer à la casserole eux ou l’un des leurs.

Je ne vais pas passer en revu les 31 histoires car cela enlèverait du charme à la découverte, je n’effeuillerai  pas la marguerite… 

Il y a des titres qui font mouche à commencer par celui qui a été choisi pour le recueil et d’autres qui ne laissent rien transparaître.

J’ai été étonnée  en avançant dans une nouvelle de ne pas aller là ou je croyais. J’ai beaucoup aimé cet effet de surprise qui emportent le lecteur encore plus loin qu’il ne croyait pouvoir le faire. Je pense notamment à la dernière.

L’auteur a le sens de la formule et j’ai noté quelques paragraphes qui ont accroché mon attention. L’enchaînement de certaines pensées enveloppe le lecteur… ou alors c’est que je suis influençable ! On y retrouve la marque de fabrique des Éditions Aux Forges de Vulcain le côté « poptu » populaire et  pointu ! Et le côté je ris mais il ne faudrait pas… c’est trop cruel, trop acide…  Ce n’est pas cynique, ni ironique… j’ai du mal à dire a quel type d’humour correspondent chaque nouvelles. Est-ce le côté anglo-saxon ? Le mieux c’est de le lire et de venir  me faire la causette…

Voici donc une des dernières lectures de l’année 2015 qui laissera une marque très positive dans mon esprit   !

2 réflexions au sujet de « Ma chèvre s’est mangé les pattes »

  1. Ping : La mort est une femme comme une autre | L'Atelier de Ramettes 2.1

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