Trois Oboles pour Charon

Franck Ferric

Denoël, 2014, 301 p., 20,50€

Collection Lunes d’encre

9782207117316

Mes lectures Denoël

4e de couv. :

Pour avoir offensé les dieux et refusé d’endurer sa simple vie de mortel, Sisyphe est condamné à perpétuellement subir ce qu’il a cherché à fuir : l’absurdité de l’existence et les vicissitudes de l’Humanité. Rendu amnésique par les mauvais tours de Charon – le Passeur des Enfers qui lui refuse le repos –, Sisyphe traverse les âges du monde, auquel il ne comprend rien, fuyant la guerre qui finit toujours par le rattraper, tandis que les dieux s’effacent du ciel et que le sens même de sa malédiction disparaît avec eux.
Dans une ambiance proche du premier Highlander de Russell Mulcahy, Trois oboles pour Charon nous fait traverser l’Histoire, des racines mythologiques de l’Europe jusqu’à la fin du monde, en compagnie du seul mortel qui ait jamais dupé les dieux.

Ma Chronique :

C’est un roman noir, très noir. La magnifique couverture et le titre nous mettent dans l’ambiance.

C’est un roman qui parle de la solitude des êtres maudits.

Sisyphe nous apparaît comme un géant rendu fragile par ses failles et ses errances à travers les âges.

Le thème de la frontière est comme un leitmotiv : frontière entre rêve et réalité, entre la vie et la mort, entre les deux rives.

Ce qui m’a gêné dans cette histoire, ou plutôt ces histoires, c’est que je n’ai ressenti pour le personnage ni empathie ni antipathie.

A chaque étape il rencontre des gens mais il est rejeté.

Le thème de la mémoire est lié à la défaillance, à l’oubli que Charon s’ingénie à instiller à Sisyphe.

C’est un roman sombre qui ne retient de l’Histoire de l’humanité que les guerres et les destructions.

Ce roman est construit comme un ruban de Moebius. On pourrait relire l’histoire une fois arrivé à la fin avec une légère distorsion de ce que nous aurons retenus des mésaventures de ce héros maudit.

Ce qui joue en faveur c’est la langue. J’ai bien aimé le phrasé et le vocabulaire. Des répétitions viennent donner une impression de déjà vu et  déjà entendu. La parole est donnée à Sisyphe qui est le narrateur de son aventure. On voit à travers son seul œil valide ses vies.

Un roman trop sombre à mon goût car il n’y a aucun espoir, aucune étincelle. Rien ne fera changer d’avis le passeur, il est le garant de la continuité. Pas de rédemption malgré ce qu’il aura appris de ses mésaventures.

Je remercie les éditions pour m’avoir fait découvrir la collection « Lunes d’encre » et cet auteur français.

Citation 1:

«  Je m’éveillai roulé en boule, quelque part sur la crête grise d’une montagne aux contreforts rongés par le brouillard.

Au-dessus de moi, le vent rugissait une complainte de fin du monde terrible. Vrombissant depuis ses hauteurs, sans doute pouvait-il me trouver l’allure d’un nouveau-né abandonné aux éléments. Un gros nourrisson dégoûtant, nu, le menton tout poisseux de poils et de cruor séché, couché en chien de fusil. 

Peut-être le vent trouvait-il émouvante ma présence dans ce chaos minéral. Car, après tout, rien d’autre que moi ne semblait ici être en mesure d’apprécier combien son chant était fantastique de puissance et de solitude.

Peut-être. Mais sans doute le vent m’ignorait-il, tout bonnement.»

Citation 2

« – Je me fous de tes belles phrases, face de gangrène ! Je veux sortir de ce cycle. A chaque fois, je m’éveille, conscient de rien, et quoi que je fasse, la guerre me rattrape. Autour de moi, les hommes braillent, s’éventrent pour une raison ou une autre. J’ai compris le sens de ma punition. Maintenant, ma peine ne signifie plus rien. Mes victimes sont mortes, ainsi que mes juges, qui pourrissent dans des sarcophages oubliés. Il n’y a  plus que toi et moi à savoir le pourquoi de tout ce cirque. Brise la malédiction ! »

Anecdote :

Ce roman je l’ai lu entre deux livres « l’emprise des rêves » et « Immortelle randonnée« , le premier a parasité ma lecture de « Trois Oboles pour Charon »(des changements d’époque avec des personnages qui reviennent), j’ai dû faire une pause lecture, et le deuxième est entré en résonance. Comment le récit  de J-C Rufin sur son expérience du chemin de Compostelle a pu faire écho à ce roman ? Il y a des passages dans « Trois Oboles pour Charon » où Sisyphe marche, s’interroge, découvre des paysages, réfléchit sur la condition humaine, sur ce qui l’a conduit à cette errance et fait des rencontres qui modifient son chemin tout comme les jacquets perdus dans la solitude de leur marche d’un autre temps. Il y a un mélange des temps passés et présents. La lecture de « Immortelle randonnée » m’a permis de voir des choses dans « Trois oboles pour Charon ».

100 livres 2014

« L’éternité c’est long surtout vers la fin » Woody Allen

C’est ce que semble penser Sisyphe dans ce roman !

Qui en parles ? Lutinielle : ici

Vous l’avez lu ? mettez en commentaire vos liens et je les intégrerai !

Article précédemment publié sur Canalblog

2 réflexions au sujet de « Trois Oboles pour Charon »

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