Rien ne s’oppose à la nuit

Delphine de Vigan

Éditions JC Lattès, 2011, 440 p., 20 €

4 ième de couv :

« La douleur de Lucile, ma mère, a fait partie de notre enfance et plus tard de notre vie d’adulte, la douleur de Lucile sans doute nous constitue, ma sœur et moi, mais toute tentative d’explication est vouée à l’échec. L’écriture n’y peut rien, tout au plus me permet-elle de poser les questions et d’interroger la mémoire. 
La famille de Lucile, la nôtre par conséquent, a suscité tout au long de son histoire de nombreux hypothèses et commentaires. Les gens que j’ai croisés au cours de mes recherches parlent de fascination ; je l’ai souvent entendu dire dans mon enfance. Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du Verbe, et celui du silence. 
Le livre, peut-être, ne serait rien d’autre que ça, le récit de cette quête, contiendrait en lui-même sa propre genèse, ses errances narratives, ses tentatives inachevées. Mais il serait cet élan, de moi vers elle, hésitant et inabouti. » 

Dans cette enquête éblouissante au cœur de la mémoire familiale, où les souvenirs les plus lumineux côtoient les secrets les plus enfouis, ce sont toutes nos vies, nos failles et nos propres blessures que Delphine de Vigan déroule avec force.

Chronique : 

On entre dans une écriture de l’intime, où certains aspects sont mis en lumière. La narratrice est bien consciente qu’elle écrit sur des personnes réelles qui deviennent  des personnages recréés.

On y retrouve le thème de la mémoire dans comme dit la narratrice « une construction narrative » (p. 151) avec toute la subjectivité que cela implique.

A travers la vie de Lucille, on a une vision de trois générations de femmes, entre force et fragilité. On assiste à des tableaux familiaux et à travers eux on a une vision de la France.

Ce roman est intéressant pour le travail sur l’écriture. Les questionnements sur les raisons qui poussent à écrire et à sa façon d’écrire.

L’acte de création fait partie intégrante du roman : l’origine du projet, la gestation, la maturation, la concrétisation avec ses qualités et ses défauts.

On a progressivement la narratrice qui entre dans l’histoire en tant que protagoniste. Puis peu à peu, elle s’interroge sur les conséquences sur son avenir. On se construit avec des failles et des fêlures qu’on comble mais qui parfois sont mises à jours par des circonstances inattendues.

La mère disparue  n’a pas résolu les problèmes existants.

A travers l’histoire de la mère, la narratrice voit son propre parcours.

J’ai bien aimé les références à ses lectures qui apportent de l’eau à son moulin, ou encore l’évocation d’un de ses romans dont elle dévoile la genèse.

Quant à la place des autres personnages, c’est-à-dire les autres membres de la famille et amis, la narratrice se préoccupe de ce qu’elle peut dire ou non et comment. Mais, chacun porte en lui sa vérité, sa vision des évènements. Comme il y a un avant et un après la vie de Lucile il y aura je pense pour chacun un avant et un après ce livre. Elle prend parfois des gants et semble prévenir les protestations. Quand est-il aujourd’hui ? il faudra que j’écoute les interviews de l’auteure.

Une question n’a pas été posée : la bipolarité est-elle héréditaire ? Je ne connais pas la réponse, mais deux femmes de la même famille ont été frappées par cette souffrance. A aucun moment Delphine ne se pose la question pour elle ou ses enfants.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture qui aborde des thèmes que j’affectionne, et qui nous mets face à des questions qu’on se pose tous quand on fait un travail sur soi.

Un roman émouvant qui interpelle le lecteur qui aime s’interroger sur son passé.

Lu grâce au concours du Lycée Arago de Perpignan.

Article précédemment publié sur Canalblog

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