Personne

Gwenaëlle Aubry

Mercure de France, 2009, 156 p

Prix Femina 2009

Couv :

« Personne » est le portrait, en vingt-six angles et au centre absent, en vingt-six autres et au moi échappé, d’un mélancolique. Lettre après lettre, ce roman-abécédaire recompose la figure d’un disparu qui, de son vivant déjà, était étranger au monde et à lui-même. De  » A  » comme  » Antonin Artaud  » à  » Z  » comme  » Zelig  » en passant par  » B  » comme  » Bond (James Bond)  » ou  » S  » comme  » SDF « , défilent les doubles qu’il abritait, les rôles dans lesquels il se projetait. Personne, comme le nom de l’absence, personne comme l’identité d’un homme qui, pour n’avoir jamais fait bloc avec lui-même, a laissé place à tous les autres en lui, personne comme le masque, aussi, persona, que portent les vivants quand ils prêtent voix aux morts et la littérature quand elle prend le visage de la folie.

Avis :

Ce récit soulève le problème de la construction d’une enfant en femme. A travers les histoires du père, c’est l’histoire de la fille. Quand l’inversion des rôles se produit c’est assez perturbant. On a un père qui reste bloqué dans une enfance alors que sa fille (ses filles) elles grandissent. Comment construire un foyer stable quand on a connu l’instabilité avec un homme de référence : son père. La fille a soutenu les extravagances de son père maniaco-dépressif qui de professeur à la Sorbonne devient SDF, pour ensuite refaire surface etc.

C’est un livre intéressant car il permet de se poser des questions. Comment le comportement de nos parents nous a influencé pour notre vie d’adulte… et comment à notre tour dans le rôle de parents nous engendrons un futur comportement.

Il y a un travail entre ses souvenirs et ses sentiments à elle et les écrits de son père. Écrits qu’elle a retrouvé après sa mort sous le titre : « le mouton noir mélancolique ». Titre qui résumé tout. Mouton noir de sa famille bourgeoise, mélancolique comme son état d’âme.

Il a passé une partie de sa vie à se créer un personnage selon sa phase pour devenir « Personne ». Pour chaque personnage une souffrance l’accompagnait. En devenant personne il voulait retrouver « une grande joie »…

Voilà un « roman » que je n’aurais pas acheté ni lu s’il ne m’avait pas été offert. J’ai voulu à tout prix le lire avant qu’il ne se perde dans mes étagères mais ce n’était pas le moment pour moi de descendre dans les méandres de ses vies de souffrance morale. C’est une lecture qui m’a coûtée mais je ne regrette pas, car il est toujours bon de se poser des questions. Je n’ai pas connu de personne ayant vécu ce genre d’expérience, ce récit reste donc assez théorique.

Par contre j’ai du mal à le conseiller. Le travail d’écriture est très intéressant, une histoire à deux voix. La parole est donnée au sujet. Gwenaëlle Aubry parle de récit romancé. Sa formation de philosophe n’y est pas sans doute pour rien. Elle dit qu’elle n’a pas trouvé la solution ni toutes les réponses à ses interrogations.

Article précédemment publié sur Canalblog

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